Le soleil était levé depuis une bonne heure, et dardait déjà ses rayons chaleureux, perçant tant bien que mal l'épaisse voûte formée par les cyprès, sur le porche de la maisonnée où Caroline émergeait d'une bonne nuit de sommeil. Elle était installée dans dans le siège en osier faisant face à l'allée bordée par la pelouse verdoyante et quelques azalées. Un bol de café sur les genoux, elle contemplait la verdure sans réellement la voir, laissait l'odeur des magnolias la titiller sans vraiment l'apprécier, perdue dans ses pensées suite aux événements de la veille. Il ne suffisait pas que Klaus et Marcel se fassent la guerre comme deux gosses, qu'une légende de leur propre mythologie s'annonce au grand jour avec de biens mauvaises nouvelles, il fallait qu'en plus Silas se révèle plus coriace que prévu. Le fait qu'Elena et Damon soient partis se compter fleurette dans leur coin, ne représentait soudainement plus grand chose à ses yeux. Sans nul doute qu'il en serait de même pour Stefan dès lors qu'il saurait la vérité.
Alors pour l'instant, elle profitait de cet instant paisible, seule selon son bon désir – pour une fois – assise sur le porche, perdue dans la contemplation du jardin. Vu comme cela, ça avait un côté dame âgée, mais qu'importe, elle se doutait que les choses tourneraient bien vite au vinaigre et cela lui vaudrait une bien désagréable compagnie. Le seul problème dont elle souhaitait s'occuper pour le moment était les placards vides! Certes, les propriétaires étaient des vampires n'ayant pas le moindre besoin de se sustenter ''normalement'' pour vivre, mais en ce qui la concernait, elle ne pouvait décemment pas tenir sans lait, bonbons, chips et autres cochonneries du genre.
La blonde porta le bol à ses lèvres, les volutes de fumée titillant agréablement ses narines, tandis que des bruits de pas incertains dans l'escalier et des grognements la prévinrent de l'arrivée du dernier pensionnaire qui semblait avoir des difficulté à se remettre de l'effet du sang de vampire. Son entrée fut précédée d'un claquement de la porte d'entrée et d'une nouvelle volée de jurons, le pauvre étant aveuglé par la forte lumière naturelle. Elle esquissa un sourire alors qu'il prit place à ses côtés , les paupières étroitement closes.
Après quelques minutes pour s'accommoder à l'environnement extérieur, les cheveux balayés par une une légère brise, il tourna un visage défait vers Caroline qui ne put s'empêcher de pouffer de rire.
- Tu as fait de beaux rêves? S'enquit la jeune femme avec un regard mutin, sentant un fou rire poindre le bout de son nez, reposant le bol sur l'accoudoir.
- Je couchais avec cette espèce de Superman blond, tu sais ce type bizarre qui m'a sauvé, finit-il par répondre , les sourcil froncés et le regard fuyant, un peu troublé par le réalisme de ce dernier et surtout d'en faire part si naturellement à sa meilleure amie. Sur la table de la cuisine.
- Oh mon Dieu, veinard! S'exclama la blonde en lui assénant un gentil coup sur le bras puis elle reprit une gorgée de son breuvage chaud avant de continuer dès qu'elle fut remise de cette nouvelle vague de rire. Tu as aimé ça?
- Pas autant que l'effet de son sang et les cheveux de Jessica ... Oui, je m'en souviens, ne me regarde pas avec cet air là! Fais pas l'innocente.
- Oh, c'est juste que je pensais que ça te ferait l'effet d'une gueule de bois le lendemain. Comme ça j'aurais pu te raconter ton tour au pays des sirènes hier soir et voir ta réaction... Tant pis!
Elle haussa les épaules avec une fausse mine contrite avant de s'attaquer à la fin de son café tandis que le rescapé s'abîmait dans ses pensées secrètes, le pli sur son front prouvant que son esprit tournait à plein gaz.
- Je croyais que le sang de vampire ne pouvait guérir que les humains. Ce n'est pas faute d'avoir essayé sur Lexie ou même Damon pourtant...
Un soupir effleura les lèvres rosées de Caroline alors qu'elle baissait les paupières quelques instants: voilà, il venait de mettre les pieds dans le plat! N'aurait-il pas pu attendre le déjeuner? Ou au moins qu'elle soit complètement réveillée avant de partir à l'attaque? Mais le pauvre ne pouvait pas savoir ce qui se cachait derrière cela, derrière la porte , la véritable porte, qu'on leur avait caché durant des siècles et des siècles au nom du règne d'un hybride mégalomane.
- Stef, il y a des choses que tu ne sais pas sur les vampires..., déclara Caroline dans un murmure, n'osant pas le regarder, les doigts serrés autour de son bol vide à s'en blanchir les phalanges.
- Je ne vois pas ce que Klaus peut nous cacher de plus.
- La vérité.
- Décidément, c'est une maladie chez lui..., marmonna-t-il en regardant son amie à la dérobée: il voyait son regard fuyant, ses jambes repliées sous elle: elle n'était pas prête à lui dire maintenant. Il sentait que c'était un secret qui lui rongeait le cœur, l'esprit. La malédiction de la lune et puis maintenant cette autre chose...
- Quand Jessica sera réveillée, nous irons chez Lestat. Il t'expliquera tout et plus encore. Moi, je n'ai aucun droit de le révéler. Je ne fais pas partie de la vérité.
Sur ce, un silence glacial s'abattit sur le duo, chacun au regard détourné. Caroline avait à présent l'air maussade: son meilleur ami venait littéralement de lui gâcher la matinée.
Ce n'était pas de sa faute même, bien entendu. Lui n'y était pour rien... Mais repenser aux mensonges éhontés de ce maudit Klaus Mikaelson, lui qui se permettait de se pavaner et de se reposer sur des lauriers ne lui revenant même pas de droit. La punition que les véritables vampires infligeaient à leur semblable pour une trahison lui était inconnue, quant à elle, elle avait envie de l'humilier, le traîner plus bas que terre? bien qu'il y soit déjà en vérité. Elle se sentait ainsi depuis les petites devinettes d'Eric.
Pour la première fois, elle expérimentait véritablement la haine car cet être abjecte ne s'était pas contenté de mentir pour se hisser au rang de roi. Oh non. Il avait aussi menti à toute sa maudite lignée, sa propre fratrie, leur faisant croire qu'ils étaient les grands vampires de légende, de ce qui terrorisent les enfants la nuit.
Stefan de son côté, cogitait. Ce que venait de lui dire Caroline s'imprimait dans tout son être. Klaus cachait la vérité. Dans le fond, il s'en doutait: mentir comme un chef était la plus grande qualité de ce fou.
Pourtant, il aurait aimé en rester là. Savoir qu'ils étaient simplement issus d'une famille de dégénérés en proie à la plus obscure des magie. La vengeance, puisque c'était bien là le motif de la transformation, était compréhensible. Cela le réconfortait car , en un sens, c'était à la limite du rationnel, ce n'était pas si effrayant. En revanche, il craignait que l'histoire derrière tout ça ne soit encore plus sombre que la plus longue nuit d'hiver ou aucune étoile ne venait rassurer les insomniaques en quête de réponses.
D'un mouvement de tête, ses boucles d'or dansant autour de son visage pâle, Caroline chassa ces sombres pensées. Il n'était pas encore l'heure d'entendre de nouveau la vérité, elle avait le temps de se détendre encore un peu avant d'entendre, elle l'espérait, le véritable mythe des vampires.
- Y a rien à bouffer dans cette maison, je n'ai même pas pu prendre un café correct. Sans sucre, tu te rends compte! On va aller faire des courses pour se préparer de bons petits plats, ça nous fera du bien!
- J'ai envie de poulet... Le sang de vampire creuse l'estomac! S'exclama-t-il soudainement bien guilleret, à présent sur ses pieds. Il s'étira langoureusement, les rayons de soleil venant chatouiller son visage. Nos hôtes ne mangent pas?
- Tu te doutes bien que non! Laisse moi juste prendre ma douche, me faire présentable et tout ça. Même si on ne connait personne ici et que les gens sont charmants, je ne tiens pas à ressembler à un épouvantail.
Stefan acquiesça d'un signe de tête amusé tandis qu'elle gambadait jusqu'à la porte d'entrée, le plancher craquant presque mélodieusement sous ses pas légers. Elle y marqua un temps d'arrêt avant de lui jeter un regard navré par dessus son épaule et lui dire:
- Il faudrait dire à ton frère que tu es là. Que tout va bien.
- Pourquoi? Je pense qu'il s'en moque éperdument. Pas la peine de gâcher son aventure avec Elena avec cette histoire de noyade et de Silas.
Se rendant compte de la gaffe qu'elle venait de commettre en amenant Damon sur le tapis, elle tourna le talon et alla l'enlacer le plus étroitement possible. Finalement elle préférait encore le plonger dans l'incertitude avec ces histoires de légendes, au moins il n'aurait pas l'air si déprimé rien que d'y penser.
- N'y pense pas. Tu es à l'abri de tout ici! Tu vas voir, c'est magique, le rassura-t-elle en lui frottant délicatement le dos avant de s'en retourner à ses occupations sans demander son reste, le laissant là, immobile sur le porche, ne sachant comment réagir
La journée avait défilé le plus paisiblement du monde, bien qu'un peu trop lentement au goût de Caroline qui avait littéralement eut l'impression de fondre sous le soleil qui s'était fait de plus en plus imposant malgré le toit de feuilles. De plus, l'angoisse de la discussion avec Lestat commençait à poindre le bout de son nez tandis qu'elle était rentrée faire le dîner - le fameux poulet basquaise au riz – laissant Stefan lézarder sur une chaise longue à l'arrière, estimant qu'il valait mieux le laisser reprendre du poil de la bête avant le moment fatidique.
Le duo de Mystic Falls avaient mangé à la table de la terrasse, la brise accompagnant la tombée du jour leur caressant la peau encore luisante de chaleur, en se planifiant quelques visites du Vieux Carré car autant en profiter plutôt que de faire les casaniers et ne se contenter que du vaste jardin fleuri d'Eric. Qui l'aurait cru , d'ailleurs?
Jessica les avait rejoint peu après, déjà toute pomponnée , les cheveux tressés en épi et vêtu de rose. Stefan s'était bien entendu excusé de sa conduite de la veille, ce à quoi elle s'était contentée de répondre par un rire et une bise qui l'avait laissé pantois, bras ballants sur la terrasse tandis qu'elle repartait pour enfiler ses ballerines, plus sobre que d'accoutumée, prête à partir.
Les rues du Vieux Carré regorgeaient de badauds malgré la soirée bien entamée et une température qui peinait à tomber sous les 30° malgré la brise. Le trio ne s'attarda pas à danser avec les passants malgré les invitations, à prendre un verre de Chartreuse à même le trottoir, non il fila droit rue Royale, slalomant avec grâce parmi les gens excités, éméchés, bruyants. Lors qu'ils arrivèrent, le portail en fer forgé était déjà ouvert et alors qu'ils s'engageaient dans l'allée sans mots dirent, l'appréhension se faisant trop écrasante, la porte d'entrée s'ouvrit grand devant eux, laissant sortir une jeune femme de taille moyenne, qui aurait semblé somme toute banale dans son petit short en jean et son caraco rose si elle ne portait sa crinière brune jusqu'au creux des reins.
''Ça doit être un supplice à porter par une telle chaleur'' ne put s'empêcher de penser Caroline tandis que l'inconnue les saluaient de sa voix grave, ses yeux gris brillant pourtant d'un éclat enjoué , un agréable sourire accroché à ses lèvres peintes en rose clair avant qu'elle ne sorte et se perde dans la foule un peu plus loin, seul le claquement de ses talons indiquant encore qu'elle était dans le coin.
Lestat ne vint bien entendu pas les accueillir. Ils le trouvèrent attablé dans la coquette salle à manger de la demeure, figé tel une statue, la sensation d'autant plus renforcée par sa peau si pâle, cireuse, le regard perdu sur la cheminée face à lui. On ne l'entendait même pas respirer. Le cœur de Caroline se serra dans sa poitrine et elle eut un faible mouvement de recul à cette vue alors qu'il n'avait pas encore esquissé le moindre geste. C'est qu'il faisait peur dans cette posture, l'animal!
Stefan, ne sachant strictement pas à qui il avait affaire, bien qu'il ai lu Entretien avec un Vampire comme se le devait chaque véritable créature de la nuit et qu'il se doutait que cet homme là n'était pas n'importe qui, s'apprêta à aller de l'avant pour le saluer avant qu'il ne sente l'angoisse de sa meilleure amie. En revanche, Jessica, qui commençait à bien s'entendre avec le maître des lieux, prit la parole:
- Stefan, voici Lestat de Lioncourt, fit la rousse sans donner plus de précision, ce qui sembla tirer le concerné de ses rêveries. Il se redressa vivement comme si il sortait d'une bonne sieste et accueillit Jessica dans ses bras, venue lui planter un baiser sur chaque joue. On est là pour que tu leur expliques la vérité. La mythologie.
Stefan s'abstint de tout commentaire , mais il avait bien faillit laisser échapper un ''On la connait déjà'' avant de se souvenir de la révélation matinale.
- Oh Caroline ma chérie, bonsoir, fit un Lestat soudainement rayonnant. Il lui fit un baise main tandis que la blonde le fixait les sourcils froncés comme si il allait lui transmettre la peste. Décidément, elle était toujours aussi mal à l'aise en sa présence! Vous devez être Stefan Salvatore, enchanté jeune homme!
Pas de bise, d'accolade ou de serrage de main. Rien. De plus, le ''jeune homme'' était pour le moins gênant puisqu'il n'avait plus rien d'un jeune homme fringant depuis un bon siècle... Intérieurement bien entendu. Lestat n'avait même pas plus de 100 ans que lui, mais les légendes sur ses pouvoirs et ses histoires rocambolesques intimaient aussitôt une certaine révérence à son égard.
Le fameux prince garnement leur indiqua de prendre place autour de la table ovale sur laquelle trônait un vase garnit de pivoines. A l'opposé de la table, au plus près de la cheminée éteinte par cette chaleur et sans la moindre trace de suie, se trouvait une coupelle et une tasse de porcelaine chinoise vide, bien qu'encore fumante. Caroline ne put s'empêcher de trouver cela curieux.
Le vampire blond s'éclipsa quelques instants et revint avec deux flûtes de cristal et une bouteille pleine à ras bord de bourbon Henry McKenna. Il était peut être distingué, mais il n'avait pas le moindre sens du détail: quelle idée de boire du bourbon dans des flûtes!
Quoiqu'il en soit, il posa les verres devant Caroline et Stefan, les seuls à pouvoir boire puis alla allumer l'imposant chandelier trônant au centre de la pièce. Il finit par prendre place auprès de la rousse qui avait pris ses aises, les jambes croisées sur sa chaise rembourrée.
[Future World Music - The Divine Truth]
- Mon cher Stefan, il faut que vous sachiez que le louveteau Mikaelson et sa famille de fous ne sont pas à l'origine des vrais vampires.
Voilà, c'était dit.
- Ils ont bel et bien crée une branche grâce à la sorcellerie en l'an 1011 par pur esprit de vengeance, mais malgré ce que ce mégalomane a raconter à qui voulait bien l'entendre, ils n'étaient pas les premiers. Loin de là. Ce ne sont que des gamins capricieux par rapport à nos Enfants des millénaires.
- Quelle surprise..., marmonna le jeune Salvatore, les mains serrées autour de son verre qui menaçait d'éclater en morceaux, sentant la vague de la trahison ravager son être tout entier. On ne peut pas lui reprocher d'avoir le sens de l'imagination et du drame au moins.
- C'est peu dire, en effet. En vérité, les vampires foulaient cette terre avant Jésus Christ, alors que le pays aujourd'hui connu sous le nom d'Egypte, s'appelait Kemet , en un temps où les croyances envers les esprits, les démons étaient puissantes. Un temps où l'on croyait non pas en un Dieu, mais en plusieurs, les sacrifices humains et les possessions par des démons jaloux étaient monnaie courante. Il y a donc 6000 ans de cela – plus ou moins, j'ai perdu le compte - , la splendide reine Akasha régnait sur Kemet, assoiffée de pouvoir et jalouse de simples médiums qui avaient accès à des entités tellement plus anciennes et savantes. C'était pourtant une reine juste, mais sa folie des grandeurs à mené à la création de notre race.
Caroline et Stefan buvaient ses paroles, bien que tous deux choqués par la vieillesse de cette race, son existence en un temps que chacun ne croyait qu'imaginaire. Les Originaux pouvaient aller se rhabiller avec leur pitoyable millénaire à leur actif .
- Elle fit venir les jumelles Maharet et Mekare, de très puissantes sorcières qui communiquaient avec les esprits comme bon leur semblaient, dans l'espoir d'apprendre à faire de même, mais cachant cela sous la coupe du dégoût, de l'injustice. Ces femmes et leur peuple mangeaient leurs morts afin de préserver leur puissance divinatoire et d'honorer leurs proches , vivaient comme des ermites dans leur montagne. Cela était intolérable aux yeux de ce peuple si civilisé. N'obtenant ni la connaissance, ni la domination sur ces braves femmes, Akasha les persécuta sans remord… Elle les fit toutes les deux violer, arracha la langue de l'une et les yeux de l'autre. Ce qui éveilla malheureusement l'ire de l'un des plus puissants esprit, Amel , qui se décida à venger cette injustice commise par une gamine capricieuse qui n'obtenait pas son jouet. Le terrible Amel profita d'une tentative d'assassinat sur le couple royal pour posséder la cruelle Akasha. La monarque étant malheureusement déjà morte, le démon se retrouva coincé dans cette enveloppe charnelle. Il ne pleura que peu de temps cette punition car ayant enfin prit forme humaine, il découvrit la véritable nature de ses besoins lorsque Akasha revint d'entre les mors: le sang. Le second vampire fut son époux, Enkil, bien entendu. Et la religion polythéiste égyptienne naquit. Akasha était Isis, Enkil était Osiris , tous deux fuyant le soleil, Ra, leur ennemi ultime.
Un long silence envahit la salle à manger tandis que Lestat, fier de son effet, souriait discrètement, en observant les visages aux traits déformés par l'étonnement de ses deux compères qui, il y a peu encore, se voyaient comme descendant d'une ancienne race.
Caroline ne s'attendait vraiment pas à ce que la vérité soit si ancienne, si effrayante, si imposante. Car pour le coup, on parlait de possession, de religion. Le récipient était le même certes: la revanche. Stefan était tout autant soufflé, bien que lui ne se soit jamais vanté d'être une créature de la nuit. L'histoire était majestueuse, il devait l'avouer. Les démons, ce n'était pas la même chose que des loups.
Il se demandait si Klaus savait tout cela. Probablement que oui et dans le fond, il ne devait pas faire tant son malin que ça puisque s'opposant purement et simplement aux vrais enfants de la nuit.
- Alors vous êtes des enfants des Dieux? S'enquit la blonde d'une petite voix après une bonne rasade de whisky pour se donner du courage.
- Pas le moins du monde, répondit Lestat en la couvant d'un regard attendri et indulgent. C'est la population de Kemet qui a créé cette mythologie après la contemplation du nouvel état de leurs souverains. C'est eux qui ont inventé cette histoire de dieux car bien que croyant aux esprits, ils n'avaient pas la moindre conception du vampire. La mythologie égyptienne découle véritablement d'Akasha et Enkil, mais la majorité de cette dernière est soit imagée, soit un tissu de mensonges.
- Et Akasha, votre reine, elle existe toujours? Continua Stefan, ayant oublié toutes ses peines de cœur, comme prévu..
- Elle est morte, fit Jessica avec un léger haussement d'épaules qui repoussa sa tresse.
- Pourquoi pas vous alors? S'étonna la blonde, les jambes à présent ramener contre sa poitrine, la tête posée sur les genoux.
- Amel, lui, n'est pas mort, il ne le peut pas. Il vivait dans son cœur et son cerveau. Lorsque j'ai tué Akasha devenue folle à liée après des millénaires de sommeil, Maharet et Mekare ont absorbé le noyau vital, nous empêchant à tous de nous éteindre.
- Ça veut dire qu'elles ont mangé le cœur et le cerveau quoi, explicita la rousse en voyant les moues d'incompréhension de ses amis.
- Dégueulasse..., commenta la blonde en secouant la tête, faisant mine de vomir. Et elles sont où, vos jumelles?
- Cachées afin d'éviter une nouvelle catastrophe, éluda Lestat qui s'était levé afin de faire les cents pas devant la fenêtre donnant sur la rue bondée, se demandant justement ce qu'il en retournait: pas de nouvelles depuis un moment. Ou que ce malade de Niklaus s'en prenne à elles, histoire de rajouter un trophée sur son étagère.
- C'est quand même complètement abracadabrant, nota Stefan qui avait du mal à avaler une telle énormité. Si c'est véritablement le cas, pourquoi ne vous êtes vous pas montrés avant?
- Nous vous fuyons, car la plupart d'entre vous a une foi éperdue en la sage parole de Klaus, peu importe qu'il déchaîne l'Enfer contre vous. Nous ne voulons pas nous mêler à vous et ainsi dévoiler la vérité, ce qui pousserait ce malade à faire Dieu sait quelle bêtise!
- Non mais... Un démon? S'étonna Stefan, les mains grandes ouvertes devant lui en signe d'incompréhension, son explication pour l'hybride lui semblant néanmoins censée.
- Vous avez bien des sorcières qui voient des fantômes, pourquoi pas des démons? Reprit Jessica, assez étonnée par cette fermeture d'esprit. Votre bestiaire n'est pas très bien rempli à ce qu'on dirait!
- Oui après tout, finit par admettre le jeune frère Salvatore avec un soupir, lui qui essayait de se convaincre qu'il ne pouvait pas y avoir pire que la famille Mikaelson, il s'avérait qu'il y avait des démons possesseurs par-dessus le marché, mais il existait bien des fantômes après tout, alors pourquoi pas? Et les jumelles? On peut les voir?
- Si Klaus et Marcel continuent leur guerre civile, ça ne saurait tarder, marmonna Lestat plus pour lui même que pour lui répondre.
- Ah parce qu'en plus monsieur à décidé de faire la guerre? Ça ne lui suffisait pas d'avoir mis Mystic Falls sens dessus dessous?! Et c'est qui ce Marcel?
- Stef', on verra ça plus tard, là ça fait un peu trop à gérer pour moi en une soirée, chuchota Caroline en lui tapotant évasivement l'épaule, les coudes sur la table et le visage enfoui dans ses mains.
De plus, elle n'avait pas envie de retourner à ces petits jeux de cour de récréation. La jeune femme préférait s'imaginer à quoi ressemblait les jumelles, et les autres vampires, si il y avait d'autres pouvoirs cachés chez eux. C'était tellement plus agréable que de trouver comment déjouer la nouvelle combine de l'hybride... Pourtant la mythologie n'avait strictement rien de gaie. On passait à un niveau de surnaturel ahurissant avec des démons. Sur ce point du moins, elle était d'accord avec Stefan.
Pour le côté plus ''terre à terre'', cela l'effrayait encore plus car ces êtres pouvaient posséder. Elle osait espérer que ça ne ressemblait pas aux immondices peintes dans les films d'horreur. Avant de retourner à sa boisson, elle s'avoua que payer une petite visite au Talamasca ne serait pas du luxe. Ils venaient d'apprendre un bon pan de l'histoire du surnaturel, mais sans nul doute que l'univers recelait encore une multitude de trésors.
- Dites Lestat, il y en a d'autres des démons comme ce Amel? Continua pourtant un Stefan intarissable, n'ayant pas bu la moindre goutte du breuvage dans son verre.
- Oh que oui. C'est amusant que vous connaissiez si peu de chose à l'autre bout des Etats-Unis...
- Si ça peut vous rassurer, vous n'êtes pas stupides, ces démons sont invisibles, ils ne se montrent qu'aux médiums et seulement si ça leur chantent, expliqua la rousse, les pieds nus posés sur la table, ce qui fit grimacer Lestat. Et heureusement car ils sont énormes, complètement disproportionnés quand ils sont dans leur forme primaire... C'est pour ça que même si tu arrives à voir ceux-là, il se peut que tu ne t'en rendes pas compte et boum tu te retrouves dans de sale draps sans même avoir vu à qui tu avais à faire.
- Ah oui, très rassurant en effet..., marmonna Stefan en la dévisageant avec incrédulité, sa désinvolture menaçant de le faire rire.
Toutes les fenêtres de la salle de séjour de la demeure de Marcel, éclairée comme par un jour de fête, étaient grandes ouvertes, laissant rentrer un flot de fraîcheur dans l'espoir de refroidir l'intérieur et dormir un peu plus sereinement. Ce dernier faisait danser les lourds rideaux de mousseline et apaisait les âmes s'y trouvant.
Le vampire avait prit un ''jour de congé'' aujourd'hui afin d'installer au mieux sa nouvelle pensionnaire, sa petite princesse Davina. On pouvait bien dire des choses concernant les anciennes conditions de vie de la jeune fille, que c'était à la limite de l 'emprisonnement, mais il l'aimait sincèrement. Elle était comme cette petite sœur, si ce n'est même comme cette fille, qu'il n'avait jamais eu et n'aurait jamais. Alors, il avait passé sa matinée à lui acheter tous ses aliments préférés afin qu'il lui concocte lui même un petit plat maison, et l'après-midi en compagnie de couturiers venus les bras chargés de robes pour la parer sans rechigner à ses caprices.
Ça n'avait pas été de tout repos, mais elle souriait malgré la catastrophe de la veille et c'était le principal pour lui. Il y a quand même un moment où il faudrait arrêter de jouer au gentil papa poule et tenter d'élucider ce mystère abracadabrantesque qui n'avait rien pour le rassurer.
Alors que le métisse lisait paisiblement le nouvel ouvrage de Dan Brown - il adorait les polars religieux, il ne s'en cachait pas - assis dans son fauteuil favori de velours crème, dos au piano, le portable dans sa poche vibra, soutirant un regard désintéressé à la petite sorcière, allongée de tout son long dans le sofa non loin de là, vêtue d'une nouvelle chemise de nuit au prix exorbitant.
Voyant le nom de Klaus sur l'écran, Marcel se leva dans un bruissement de tissu et s'éloigna afin de ne pas alerter la jeune fille captivée dans sa série à l'eau de rose, probablement les Frères Scott.
[Trevor Morris-Henry Eats the Swan]
- Que me vaut cet appel?
- J'ai un plan, annonça son ancien sauveur de but en blanc, d'une voix rauque de conspirateur qu'il ne connaissait que trop bien.
En effet, Klaus Mikaelson avait trouvé le point faible de ce vulgaire Lestat. Que dire, les points faibles même!
Au pied de son fauteuil se trouvait la chronique des vampires d'Anne Rice au grand complet. Quel pseudonyme passe-partout, astucieux avait-il tout de même noté. Oui, il avait dévoré les 11 tomes, poussé par son envie de trouver le point sensible et frapper fort. Le dernier se trouvait sur ses genoux, encore chaud de la présence de sa main. A présent, il connaissait toutes ses aventures et surtout la moindre de ses failles. Ne disait-on pas que l'amour était la plus grande faiblesse de tout vampire? Si bien sûr... Il en allait de même pour les simples humains.
Alors que les visages de ses êtres chers dansaient devant ses yeux, un sourire de satisfaction étira les lèvres de Niklaus . Personne ne le prenait de haut et il avait de quoi prouver son autorité de nouveau. Femmes, hommes, vampires, sorciers, humains... Il n'avait que l'embarras du choix, mais il avait jeté son dévolu sur ceux sans qui il ne pourrait décemment pas vivre.
C'était jouissif.
- Nous allons avoir besoin d'une arme dévastatrice pour cela, ajouta l'hybride d'une voix empreinte d'excitation par sa trouvaille. Ses faiblesses ne sont pas n'importe qui.
- J'ai ce qu'il te faut, assura Marcel dans un murmure presque animal.
Depuis sa place dans l'encadrement de la double porte, il riva son regard vers le fauteuil d'où la petite tête brune de Davina dépassait à présent. Si frêle, si innocente et pourtant si puissante que ça en était douloureux de l'utiliser ainsi. Elle aurait dû fuir tant qu'elle en avait encore la possibilité, cela aurait mieux pour elle.
Son cœur commença à frapper de plus en plus fort contre sa poitrine et il fut contaminé par l'allégresse. Que c'était bon de se savoir dominant, de disposer de cartes secrètes dans sa manche et qu'il détenait le moyen de les abattre et de blesser là où cela faisait le plus mal. Une fois que cela serait effectué, il se retournerait contre Klaus et l'éliminerait une bonne fois pour toute grâce à sa précieuse petite princesse.
Il glissa le téléphone dans la poche de son jean et vint se placer juste devant la sorcière, lui cachant une scène dégoulinante de bons sentiments. Il attrapa sa petite main dans la sienne, bien que cela lui évoque plus la paume d'un animal capturant une colombe et lui la redressa délicatement.
- Tu sais que je t'aime Davina, n'est-ce pas?
- Oui. Moi aussi.
Un sourire étira les lèvres de l'adolescente, firent naître des fossettes des plus attendrissantes sur ses joues. Bien heureuse et rassurée, elle se blottit contre lui, le nez enfoui contre le coton blanc de son t-shirt banal sans se douter le moins du monde que celui qu'elle considérait comme son père imaginait quelques nouveaux stratagèmes meurtrières avec elle en leurs centres et dont elle ne sortirait pas indemne.
