Chapitre 9 : Subterfuge
Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis le procès de Bill devant le tribunal gobelin. En dépit de l'insistance du professeur Dumbledore, l'aîné des enfants Weasley n'avait pas daigné lui adresser la parole, que ce soit au sujet de la venue d'Harry à Gringotts ou même vis-à-vis des conditions de son incarcération. Il ne s'était pas tardé longtemps au Terrier non plus, prenant simplement le temps de rassembler ses affaires et d'avoir une discussion avec Fleur. Un sortilège d'insonorisation avait dû être mis en place à l'intérieur de la pièce parce qu'ils n'avaient pas entendu le moindre bruit provenant de l'étage. La jeune Delacour était ensuite partie sans un mot en transplanant. Quant à Bill, il avait serré la main de Ron, embrassé sa mère et sa sœur puis serré son père dans ses bras… avant de transplaner à son tour.
Même si son fils ne lui avait pas donné d'explication, Arthur n'en avait pas eu besoin pour comprendre ce qui s'était passé.
En effet, Alfred Delacour s'était exprimé d'une manière particulièrement virulente à l'encontre de son fils dans une interview donnée au Républicain Sorcier. Le père de Fleur avait déclaré que si la conduite de William était inqualifiable, celle d'Albus Dumbledore était tout simplement criminelle et qu'il devrait répondre de ses actes devant la justice. Il avait également réitéré son soutien à Harry et approuvé avec vigueur les mesures qui étaient en train d'être mises en place par la nouvelle Manitou Suprême de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers.
Le patriarche des Weasley avait tenté de contacter le père de sa future belle-fille mais toutes ses lettres lui avaient été retournées sans même avoir été ouvertes. En cet instant, il devait reconnaître qu'il était heureux de pouvoir se vider l'esprit avec un bon vieux match de Quidditch.
En cette fin du mois d'août, la coupe nationale de Quidditch était sur le point de commencer et, par le plus merveilleux des hasards, c'étaient les Canons de Chudley qui participaient au premier match. Connaissant la passion de son fils cadet pour cette équipe, Arthur avait réussi à obtenir des places, à un prix assez réduit puisque les Canons ne faisaient pas partie des équipes britanniques les plus performantes.
- Alors, tu es content d'être là, Ron ?
Assis à sa droite, l'adolescent se tourna vers son père, un sourire rayonnant aux lèvres. Vêtu de vieilles robes oranges ornées de deux C noirs et d'un boulet de canon, l'uniforme officiel de l'équipe qu'il supportait depuis des années, le préfet s'était également peint le visage en orange avec un C noir sur chaque joue.
- C'est génial ! Je rêvais de les voir jouer depuis tellement longtemps mais leurs matchs tombaient toujours en plein milieu de l'année scolaire !
- Sais-tu contre qui ils jouent ? Je n'ai pas retenu leur nom en allant acheter les billets.
Ron haussa les épaules, signe qu'il l'ignorait et qu'il s'en fichait un peu, du moment que les Canons sortaient vainqueurs. Soupirant de lassitude, Ginny prit la parole à son tour pour répondre à Arthur.
- D'après ce que j'ai lu dans Quidditch Magazine, il s'agirait d'une petite équipe qui vient tout juste d'être formée. Même les noms des joueurs n'ont pas encore été publiés.
- Oh, et comment s'appelle-t-elle ?
- Les Eclairs de Blackwater.
Ce nom n'était effectivement pas familier au père de famille, qui suivait pourtant les championnats de Quidditch avec presque autant d'enthousiasme que ses enfants. Son regard dériva alors vers le quatrième et dernier membre de leur petit groupe.
Hermione Granger n'était pas une grande supportrice de Quidditch, n'assistant en général qu'aux matchs de Gryffondor, par solidarité pour sa maison et… pour soutenir Harry. C'est d'ailleurs pourquoi il s'était demandé ce qui l'avait décidée à accepter l'invitation de Ron. Elle ne regardait même pas le terrain, où ne tarderaient pas à apparaître les joueurs, mais les tribunes. La jeune femme finit néanmoins par les abaisser avant de se retourner vers lui, son visage trahissant sa nervosité.
- Qu'y a-t-il, Hermione ?
- M. Weasley… pourriez-vous me dire à quelle maison appartiennent les armoiries sur la cape de l'individu à côté de Neville dans la tribune d'honneur ? L'interrogea-t-elle en lui tendant les multiplettes.
- Bien sûr. Répondit-il d'une voix affable, en portant les multiplettes à ses yeux.
Arthur porta son regard sur la tribune en question, repérant rapidement la silhouette d'Amélia Bones, majestueuse dans sa robe officielle. A côté d'elle se trouvait sa nièce, Susan, reconnaissable à ses longs cheveux d'un roux sombre. A la droite de la jeune Bones était assis un jeune homme aux cheveux châtains qu'il reconnut comme étant Neville… non, Lord Londubat désormais. Il était vêtu de vêtements moldus bien coupés, en partie dissimulés sous une cape de sorcier aux armoiries de sa famille.
A ses côtés, un homme était également vêtu d'une longue cape de sorcier mais son visage était dissimulé sous un capuchon. Tout ce qu'il était en mesure de voir, c'était les armoiries qui étaient brodées dans son dos… et qui lui coupèrent le souffle lorsqu'il les reconnut.
Abaissant les multiplettes, c'est avec une expression stupéfiée que le patriarche des Weasley posa à nouveau le regard sur Hermione.
- Il s'agit des armoiries de la Maison Potter.
- Ne devrait-on pas prévenir le professeur Dumbledore de sa présence ici ? Demanda Ron avant de porter un fondant du chaudron à sa bouche.
- Non ! S'écria Ginny, visiblement furieuse. Tu ne crois pas qu'on lui a fait suffisamment de tort comme ça ?! Et puis souviens-toi de ce qui est arrivé à Bill le jour où il a eu la même idée…
- D'accord ! J'ai compris, on ne dit rien. De toutes manières, je n'ai pas envie de manquer un match des Canons à cause de ça… Rétorqua son frère en reprenant un fondant dans son sac de friandises.
Les deux jeunes femmes soupirèrent à nouveau avant de discuter à voix basse du caractère invivable du rouquin. De son côté, Arthur était plutôt soulagé de ne pas avoir rapporté la présence d'Harry ici au directeur. Après tout, le jeune Potter s'était montré plutôt clément à l'égard de son fils aîné cette fois-ci… mais rien n'indiquait qu'ils auraient autant de chance la prochaine fois qu'un membre de la famille Weasley conspirait avec Dumbledore contre lui.
Le père de famille avait une dette de vie envers le garçon, et s'il voulait un jour parvenir à réparer les torts que sa famille avait causés à Harry lors de son procès, il fallait bien qu'il commence dès maintenant.
Ce qu'Arthur ignorait, c'était la présence du sorcier à la peau ébène qui était assis à seulement quelques mètres derrière lui. Ce dernier se drapa dans sa cape bleutée et quitta son siège, l'anneau doré qui pendait à son oreille brillant sous la lumière des projecteurs.
Les vacances scolaires n'avaient pas encore touché à leur fin que Minerva McGonagall croulait déjà sous le travail… ou plus précisément, sous les tâches administratives. En effet, en tant que directrice adjointe de Poudlard, elle s'était vue déléguer la plupart des devoirs de ce genre par Albus, depuis l'époque où elle avait été nommée à ce poste. L'enseignante ne s'en était jamais plainte, consciente que le professeur Dumbledore avait peu de temps libre en raison de ses responsabilités de Manitou Suprême à la CIMS et de Président-Sorcier du Magenmagot… au détail près qu'il n'occupait plus aucune des deux fonctions aujourd'hui et pourtant, la charge de travail de la directrice des Gryffondor n'avait pas diminué pour autant.
Bien sûr, à chaque fois qu'elle essayait de lui en toucher deux mots, le leader de l'Ordre du Phénix avait toujours une bonne excuse. D'abord, il y avait eu le fait de diriger l'Ordre… même si leurs activités étaient au point mort depuis le massacre des évadés d'Azkaban, faute d'activité de la part des Mangemorts depuis ces évènements du 1er août. Le vieux sorcier avait ensuite déclaré qu'il fallait absolument retrouver Harry Potter… alors que le jeune homme s'était visiblement engagé à retourner à Poudlard le 1er septembre.
Si cela ne suffisait pas, Amélia Bones l'avait contacté un peu plus tôt dans la journée, pour lui faire part d'une demande assez inhabituelle. La nouvelle Ministre de la Magie avait désiré qu'elle reçoive un élève potentiel en rendez-vous, afin de discuter de ses accommodations de son séjour à Poudlard. Il s'agissait visiblement de quelqu'un d'important, peut-être l'enfant d'un haut dignitaire étranger. Cela n'impressionnait nullement Minerva, qui avait dit et répété à Amélia qu'il n'y avait pas d'exceptions parmi les élèves, peu importe leur statut social.
Bones avait tout de même insisté pour une entrevue, et McGonagall avait fini par céder. Voilà pourquoi elle attendait l'arrivée par cheminée d'un adolescent dont elle ignorait jusqu'au nom… et qui serait très certainement en retard s'il ne faisait pas son apparition d'ici une minute.
Comme pour lui donner tort, sa cheminée s'illumina de flemmes vertes, laissant apparaître deux nouveaux venus, drapés dans de longues capes noires et dont les visages étaient dissimulés sous leurs capuchons. Alarmée à l'idée de se trouver en présence de Mangemorts, le professeur de métamorphose porta la main à sa baguette mais stoppa net quand le premier homme révéla son visage.
Habillé de vêtements neufs et ses cheveux châtains à peine grisonnants au niveau des tempes, Remus Lupin ne lui avait jamais paru aussi plein de vitalité qu'en cet instant. L'ancien professeur arborait une fine moustache et ses yeux bleu-gris étaient fixés sur elle avec une intensité qu'elle n'y avait pas vue depuis l'époque où James et Lily Potter étaient encore de ce monde.
- Bonjour Minerva. Déclara-t-il de sa voix grave et douce à la fois.
- Bonjour Remus. C'est un plaisir de te revoir, cela faisait longtemps…
Plus exactement, elle n'avait pas revu le lycanthrope depuis l'incarcération du jeune Potter, au terme de laquelle Lupin avait annoncé son départ de l'Ordre du Phénix, en même temps que celui de Nymphadora Tonks. L'ami d'enfance de James et Sirius n'avait pas accepté le procès d'Harry et la part que Dumbledore et certains membres de l'Ordre avaient joué dans sa condamnation.
- Puis-je savoir ce qui me vaut le plaisir de ta visite ? Lui demanda-t-elle d'un ton amical.
- Remus a eu la gentillesse de m'accompagner pour ce rendez-vous, professeur. Répondit le second homme, d'une voix qui lui parut étrangement familière.
En dépit du calme qu'elle essayait de garder en toutes circonstances, Minerva ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux lorsque le second visiteur révéla son identité. Il avait toujours d'indomptables cheveux noirs et un visage quelque peu émacié mais dont les traits étaient si semblables à ceux de son père. En revanche, les yeux verts qu'il avait hérité de sa mère ne laissaient plus transparaître la moindre candeur, ni la gentillesse qu'on pouvait y lire jadis… Non, à la place, elle y voyait de l'intelligence mais aussi de la méfiance et une froideur à lui glacer le sang.
- M. Potter… Murmura-t-elle, la gorge serrée.
Kingsley Shacklebolt se considérait comme un homme juste, fidèle à la loi mais aussi et surtout à ses convictions. Auror émérite, il était l'un des plus fervents partisans de Dumbledore, et ce depuis l'époque de la première guerre contre Voldemort. De son avis personnel, les Mangemorts méritaient que l'on mène un combat sans merci contre eux mais la loi ne permettait malheureusement pas aux Aurors de les affronter sur un pied d'égalité.
L'Ordre du Phénix avait été un moyen pour lui de se mesurer à eux sans avoir à se retenir. De plus, Albus Dumbledore était un homme capable de faire passer le bien commun avant le sien, ainsi que devant celui des individus. Cela avait convaincu Shacklebolt que son leadership leur serait indispensable s'ils voulaient gagner la guerre.
Bien sûr, le directeur avait récompensé la loyauté de l'Auror assez généreusement, tant sur le plan monétaire que vis-à-vis de sa carrière. Aujourd'hui, Kingsley était devenu l'un des Aurors les plus réputés du Bureau et l'un des candidats les plus probables pour devenir directeur du bureau des Aurors. Il était bien évidemment regrettable que Dumbledore ait perdu ses prérogatives de Président-Sorcier mais au besoin, Shacklebolt était certain qu'il pouvait faire pression sur quelques fonctionnaires influents afin de faire pencher la balance en sa faveur.
L'Auror ne perdait toutefois pas de vue son objectif premier : débarrasser le monde sorcier de Lord Voldemort et de ses Mangemorts. Harry Potter était un élément essentiel à la réussite de ses ambitions mais le garçon ne désirait apparemment plus se conformer aux décisions de Dumbledore. Kingsley pouvait compatir avec sa situation mais son devoir passait avant tout, et s'il lui fallait le kidnapper pour lui faire comprendre la gravité de la situation et l'importance de son rôle dans la lutte contre le mage noir… et bien qu'il en soit ainsi.
Dissimulé sous une cape d'invisibilité, l'Auror s'était glissé dans la tribune d'honneur et se rapprochait pas à pas de sa cible. Lorsqu'il avait contacté Dumbledore, celui-ci lui avait demandé d'appréhender le jeune Potter pendant que le directeur ferait diversion. Ce dernier était arrivé sur les lieux quelques instants auparavant et discutait avec la Ministre un peu à l'écart des autres invités.
Potter était assis à côté de Neville Londubat, son visage toujours caché sous sa capuche, sans doute dans l'intention de dissimuler son identité. Cela aurait sans doute fonctionné si l'adolescent avait été suffisamment malin pour ne pas porter les armoiries des Potter sur sa cape. Enfin… cette erreur lui avait permis de le trouver alors il n'allait pas s'en plaindre.
Arrivant finalement au niveau du jeune homme, Kingsley sortit prudemment une main de sa robe, dirigeant sa baguette sur l'adolescent avant de penser son sortilège informulé :
- Stupéfix !
Le sortilège toucha la silhouette, qui s'effondra. Kingsley était sur le point de stupéfixer le jeune Londubat pour l'empêcher d'appeler à l'aide mais n'en eut pas le temps. Tout ce qu'il vit, ce fut un éclair de lumière rouge… puis tout devint noir.
- Je comprends votre surprise, professeur. J'imagine que vous ne vous attendiez pas à ce que je sois l'élève envoyé par Mme Bones.
Harry et Remus s'étaient assis en face d'elle et l'on aurait presque pu croire à un entretien normal… mais Minerva était suffisamment expérimentée en la matière pour savoir que ce n'était pas le cas. Le jeune Potter se tenait parfaitement droit, ses deux mains bien en évidence mais l'une d'entre elles était proche de sa poche, où elle supposait qu'il cachait sa baguette. Remus paraissait plus à l'aise mais l'ancien Gryffondor avait toujours été doué pour dissimuler ses émotions.
Se raclant la gorge, autant pour tenter de dissiper le climat tendu qui régnait dans la pièce que pour s'éclaircir la voix, le professeur de Métamorphose reprit la parole avec son aplomb habituel.
- En effet, vous me voyez surprise, M. Potter, agréablement surprise. Comme beaucoup, j'ai lu l'article du Républicain Sorcier où vous annonciez votre retour mais suite au procès de M. Weasley, je pensais que vous auriez peut-être changé d'avis.
Pour toute réponse, le jeune homme se contenta de lui sourire mais elle n'y voyait aucune chaleur. C'était comme si le Harry Potter si franc et direct, qui n'avait jamais été en mesure de dissimuler ses sentiments, avait fait place à un individu complètement refermé sur lui-même… Ce changement était compréhensible mais il mettait l'enseignante quelque peu mal à l'aise.
- Je mentirais si je vous disais que je n'ai pas songé à quitter définitivement ce pays. Toutefois, il me reste quelques affaires à régler en Grande-Bretagne et c'est pourquoi je suis ici. J'envisage de retourner à Poudlard… si vous acceptez mes conditions.
- Vos conditions ? Répéta-t-elle, en fronçant les sourcils derrière ses lunettes rectangulaires.
Harry se tourna vers Remus et inclina très légèrement la tête. Ce dernier sortit un parchemin de sa poche et le tendit à McGonagall. L'enseignante ne tarda pas à le dérouler puis à le parcourir du regard. Ses yeux s'agrandirent au fur et à mesure de sa lecture.
Le parchemin n'était rien de moins qu'un contrat magique entre M. Potter et Poudlard. Il stipulait un certain nombre de privilèges auxquels l'élève aurait droit pour le restant de sa scolarité au sein de la prestigieuse école de sorcellerie. Parmi ceux-ci, elle nota qu'il demandait le droit de quitter l'enceinte de Poudlard comme bon lui semblait afin de s'acquitter de ses devoirs de membre du Magenmagot et de Chef des Maisons Potter et Black. Il requérait également des appartements séparés pour son usage personnel, comme la charte de 1137 l'autorisait aux chefs de famille de la noblesse. Tout cela paraissait un peu particulier à la directrice-adjointe mais sans doute pas insurmontable si cela suffisait à leur garantir le retour d'Harry Potter.
Malheureusement, ses demandes ne s'arrêtaient pas là. L'adolescent exigeait qu'il n'y ait pas d'entretien privé entre le directeur et lui sans qu'au moins un Auror, assigné par la Ministre, ne soit présent. Il préférait même que toutes les questions administratives soient réglées directement avec le professeur McGonagall.
Si cela ne suffisait pas, il demandait la permission d'amener un majordome et un elfe de maison à son service, pour lui préparer ses repas et s'occuper de ses appartements. Pourquoi diable aurait-il besoin d'un elfe de maison alors que des centaines d'entre eux travaillaient déjà à Poudlard et plus étrange encore, quel usage pouvait-il bien faire d'un majordome ?
- M. Potter… pardonnez-moi d'être aussi directe mais autant certaines de vos requêtes me paraissent envisageables, autant d'autres me semblent particulièrement superflues. Je crains de ne pas être en mesure de toutes les accepter.
Harry ne parut pas plus étonné que cela. Son expression étant de marbre, il fit un simple geste de la main à l'attention de Remus et ce dernier sortit un autre parchemin qu'il tendit au professeur McGonagall. Le parchemin en question était beaucoup plus succinct mais son contenu n'en était pas moins percutant. Le visage de l'enseignante pâlit au fur et à mesure de sa lecture.
- Vous… vous désirez arrêter votre scolarité à Poudlard ? Simplement parce que je refuse certaines de vos conditions?
Les traits du jeune Potter demeurèrent parfaitement inexpressifs tandis qu'il lui répondait d'une voix calme, presque monotone.
- Si je ne suis pas en mesure d'étudier au sein de cet établissement dans les conditions que je vous ai exposées, je ne vois pas l'intérêt de rester ici. J'ai toutes les raisons de me méfier d'Albus Dumbledore, et je n'éprouve aucune confiance envers les membres du corps enseignant, vous incluse. Par conséquent, pour le bien des Maisons Potter et Black, je terminerai ma scolarité dans une autre école, probablement Beauxbâtons ou peut-être à l'Institut de Sorcellerie de Salem.
Sur ces mots, Harry se leva, aussitôt imité par Lupin. Minerva ne pouvait pas en croire ses oreilles. L'un de ses Gryffondor, qu'elle considérait d'ailleurs officieusement comme l'un de ses préférés, venait de lui dire sans la moindre gêne qu'il ne lui faisait aucunement confiance et que s'il ne pouvait pas obtenir ce qu'il voulait, il n'éprouverait aucun scrupule à changer d'établissement.
Les mains tremblantes, l'enseignante ne tarda pas à se lever pour faire face à Harry, qui se dirigeait déjà vers la cheminée.
- M. Potter ! Vous ne pouvez pas faire ça ! Cette école… n'est-elle pas votre maison ? N'y avez-vous pas tous vos amis ? Gryffondor est comme votre famille !
Le jeune homme stoppa net et resta quelques instants à lui tourner le dos. Lorsqu'il daigna finalement ouvrir la bouche, ce ne fut que pour laisser échapper un éclat de rire, qui fit frissonner le professeur McGonagall tant il était dépourvu de joie et de chaleur. Lorsqu'il daigna finalement se retourner pour la regarder dans les yeux, son expression était un mélange de pitié et de mépris.
- Vous avez le sens de l'humour, professeur. A une époque, dans ma grande naïveté, j'ai peut-être considéré cet endroit comme ma maison mais… soyons sérieux, je vous prie. Il ne s'est pas passé une année sans que j'ai manqué de me faire tuer dans l'enceinte même de Poudlard, que ce soit par Voldemort, par ses sbires ou encore par des créatures comme les Détraqueurs. Quant à mes… amis, si vous faites référence à Granger ou Weasley, je pense qu'ils ont amplement démontré l'étendue de leur loyauté au cours de mon procès… Comme quoi, Peter Pettigrow n'était pas une exception parmi les Gryffondor, vous ne trouvez pas ?
Plus que toute autre chose, cette dernière réplique la toucha en plein cœur. Elle qui s'enorgueillissait du courage et de la loyauté de ses Gryffondor devait bien admettre qu'Harry avait malheureusement raison. Hermione Granger et Ronald Weasley, les deux meilleurs amis du jeune Potter, avaient témoigné contre lui lors de son procès et constituaient l'une des raisons principales pour lesquelles il avait été jugé capable d'avoir accompli les crimes dont il s'était vu accusé.
En dépit de tout cela, elle ne pouvait pas le laisser partir… pas plus qu'elle ne pouvait accéder à ses requêtes. Ravalant sa fierté, elle lui répondit d'une voix forte.
- Malgré tout, Poudlard est la meilleure école de sorcellerie au monde ! Etes-vous prêt à sacrifier votre scolarité simplement en raison de vos désagréments avec quelques uns de vos camarades de classe ?
- La meilleure école au monde ? Répéta Harry, un sourire sarcastique aux lèvres. Du point de vue du Ministère et de votre estimé directeur, sans doute mais pas d'après les chiffres de la Confédération Internationale des Mages et Sorciers. Poudlard occupe la 13ème place au niveau mondial, loin derrière l'Institut Salem et Beauxbâtons. Ce n'est d'ailleurs pas si étonnant lorsqu'on voit les notes abyssales en Potions des quinze dernières années, ainsi que celles très inégales en Défense Contre les Forces du Mal, des élèves de Poudlard.
Là encore, il frappait dans le vif et sans le moindre effort. Si tous les citoyens britanniques considéraient encore Poudlard comme la meilleure école de sorcellerie au monde, cela n'était plus vrai depuis près de vingt ans. Il était vrai que depuis que Severus avait commencé à enseigner les Potions, le taux d'élèves parvenant à décrocher leurs BUSE dans cette matière avait chuté drastiquement. Pour la Défense, le fait d'avoir dû enchaîner les professeurs d'année en année n'avait pas aidé les élèves à établir une base des connaissances bien solide.
Son visage ridé laissant entrevoir plus que jamais le poids des années, le professeur McGonagall se résolut à tenter une dernière approche.
- Ne pensez-vous pas que vos parents auraient aimé que vous finissiez votre scolarité à Poudlard ?
Le jeune Potter s'arrêta de nouveau et demeura immobile pendant quelques instants, tout en lui tournant toujours le dos. Elle crut pendant un moment qu'elle était parvenue à le faire changer d'avis et que peut-être, dans l'espoir d'honorer la volonté de ses parents, il accepterait de revenir sans conditions dans leur ancienne école.
Lorsqu'il se tourna à nouveau vers elle, un simple regard suffit à la détromper. Les yeux verts d'Harry Potter l'observaient avec une haine d'une telle intensité qu'elle manqua de tomber en faisant un pas en arrière.
- Depuis quand votre cher maître et vous-même vous souciez-vous de ce que mes parents souhaitaient, professeur ? Rétorqua Harry d'un ton glacial, tout en continuant de la fixer avec une rage à peine contenue.
- Je… je ne vois pas ce que vous insinuez, M. Potter. Se contenta-t-elle de répondre, sincèrement décontenancée.
Harry était sur le point de répondre mais il s'en abstint quand Remus posa une main sur son épaule. Le geste de soutien et de réconfort parut apaiser le jeune homme, qui ferma brièvement les yeux avant de prendre une profonde inspiration. Lorsqu'il les rouvrit, son masque d'impassibilité s'était remis en place sur ses traits, même si une lueur de colère brillait toujours dans son regard émeraude.
- Dois-je en déduire que vous n'étiez pas présente le soir où Albus Dumbledora viola sciemment les dernières volontés de mes parents en me plaçant sous la garde de Vernon et Pétunia Dursley ? Pensez-vous que mes parents désiraient me voir passer les onze premières années de ma vie enfermé dans un placard à balais ?
Minerva sentit comme un étau se resserrer autour de son cœur. Elle ne pourrait jamais oublier le soir où James et Lily Potter avaient trouvé la mort. Albus n'avait pas perdu de temps pour lui demander de se rendre au 4, Privet Drive, pour vérifier que la sœur de Lily et son mari habitaient bien à l'adresse indiquée. L'enseignante était restée à les regarder sous sa forme animagus pendant un long moment, et avait su dès la première seconde que ces gens n'étaient pas les bons parents pour le jeune orphelin.
Le professeur Dumbledore avait toutefois insisté que c'était le seul endroit où il pourrait être en sécurité… mais l'avait-il été ? Même si les Mangemorts n'avaient pas pu l'approcher à cause des barrières magiques, qu'est-ce qui avait protégé l'enfant de ce que pouvaient lui infliger sa famille adoptive ?
- Je… je suis tellement désolée…
- Gardez vos excuses pour le jour où vous irez rejoindre mes parents, professeur. La coupa-t-il d'un ton tranchant. Je suis sûr qu'ils seront très intéressés par vos raisons mais ce n'est pas mon cas.
Qu'il était étrange de voir ce jeune homme qui ressemblait tant à James Potter s'adresser à elle avec autant de mépris. Elle se souvenait de son père comme d'un élève joyeux, farceur, dont le visage était toujours éclairé d'un sourire… et si Harry n'avait pas été aussi turbulent que James, il lui avait paru heureux pendant les premières années de sa scolarité.
Aujourd'hui, plus rien ne subsistait de l'enfant innocent de jadis. Est-ce qu'Azkaban l'avait à ce point dépossédé de son cœur ? De son humanité ? Minerva avait conscience qu'elle n'avait aucunement le droit de juger ce qu'était devenu Harry Potter mais en repensant aux visages si heureux de James et Lily le jour de sa naissance, son cœur se brisa.
- Je sais que je ne pourrai jamais racheter les fautes que le professeur Dumbledore et moi-même avons commises, M. Potter. Répondit-elle enfin, d'une voix lasse. Toutefois…
- C'est tout ou rien, professeur. Je ne suis pas venu ici pour négocier avec vous ou pour vous laisser me manipuler. Azkaban m'a permis de réaliser la véritable nature de Dumbledore et du monde sorcier en général mais surtout mon temps là-bas m'a permis de m'endurcir. Je n'éprouve plus la moindre pitié envers la population sorcière de Grande-Bretagne et je peux vous assurer que je ne verserai pas une larme à l'idée de le laisser entre les mains de Voldemort.
Le jeune homme fit alors un pas vers elle et lui montra le dos de sa main. Le regard de l'enseignante s'attarda un instant sur les lignes qui y avaient été gravées par la faute de Dolorès Ombrage avant de réaliser qu'Harry voulait porter son attention aux chevalières qu'il portait. L'une d'elles était un anneau d'argent aux armoiries des Black, et l'autre un anneau d'or aux armoiries des Potter.
- Par la faute de Dumbledore, mes parents et mon parrain sont morts. Je suis le dernier des Potter et je n'entends pas me sacrifier pour le « plus grand bien » ou pour satisfaire l'ego démesuré du directeur. Si je dois passer encore deux ans dans cet endroit maudit, à devoir y affronter les menaces qui viendront de l'intérieur comme de l'extérieur, je ne le ferai pas seul comme le bon petit soldat que votre maître voudrait que je sois. Pliez-vous à mes conditions ou résignez-vous à mon départ car je ne cèderai pas !
Minerva n'avait jamais vu autant de colère dirigée à son encontre, ou envers le professeur Dumbledore… mais il n'y avait rien qu'elle puisse dire pour apaiser le jeune Potter. Le choix était malheureusement bien simple : soit elle acceptait ses demandes, dans leur intégralité, soit elle le regardait partir au mieux de l'autre côté de la Manche, au pire de l'autre côté de l'Atlantique.
Tandis qu'elle se rasseyait dans son fauteuil, l'enseignante attrapa sa plume d'une main fébrile. Des sacrifices étaient parfois nécessaires, et le garçon… non, l'homme qui se tenait en face d'elle semblait avoir déjà trop sacrifié pour leur cause. Ce serait donc à elle de faire un effort cette fois-ci, en espérant qu'Albus lui pardonne sa faiblesse.
Albus Dumbledore dut faire appel à toute sa maîtrise de la légilimencie pour que son visage n'affiche pas la surprise qu'il ressentait en cet instant. Le plan aurait dû se dérouler sans le moindre accroc. Pendant que le directeur discutait avec la Ministre, Kingsley devait se faufiler dans la tribune d'honneur, prendre Harry et repartir sans que personne ne s'en aperçoive.
Et pourtant, quelque chose avait mal tourné dans ce plan qui aurait dû être aussi simple que parfait puisque Shacklebolt gisait à quelques mètres d'eux, encore à moitié dissimulé sous sa cape d'invisibilité, stupefixé.
Avant qu'il ait eu le temps de dire un mot, une escouade d'Aurors était apparue et entourait Kingsley. Neville aidait l'homme qu'il supposait être Harry à se relever, et Albus y vit une dernière opportunité de ramener le jeune Potter sous son aile.
- Harry ! Il faut que je te parle !
L'homme ne tourna alors vers lui mais lorsqu'il abaissa sa capuche, ce ne fut pas le visage d'Harry qu'il révéla. A la place, il se trouva en face d'un homme d'une vingtaine d'années, aux cheveux noir de jais et dont les yeux ambrés le transperçaient littéralement du regard. Ôtant complètement la cape, révélant un élégant costume noir, d'origine moldue.
- Je crains qu'il y ait erreur sur la personne, professeur. Je suis Lucian Hawkins, le majordome de Lord Potter.
Un sentiment étrange envahit le directeur de Poudlard. Cette situation ressemblait au jour où il avait assisté au procès du jeune Weasley, au cours duquel il avait été démis de ses fonctions de Président-Sorcier du Magenmagot. Dumbledore était sûr que le responsable de toute cette machination était l'homme qui se tenait face à lui, ce Lucian Hawkins.
- Qui êtes-vous en réalité, M. Hawkins ? Lui demanda le vieil homme, ses yeux bleus fixant Lucian d'un air suspicieux.
- Moi ? Mais un simple majordome au service de Lord Potter, bien sûr.
Le directeur de Poudlard lui aurait volontiers posé d'autres questions mais les Aurors lui firent bientôt savoir qu'ils avaient besoin de lui au Ministère afin qu'il fasse sa déposition. Dumbledore aurait pu sans doute échapper à ces formalités de par son autorité mais lorsqu'il se retourna par la suite en direction d'Hawkins, ce dernier avait déjà disparu.
Peu importe la manière dont il devrait s'y prendre mais Albus découvrirait bientôt la vérité sur cet homme. Le majordome constituait un obstacle entre lui et Harry et foi de Dumbledore, il finirait par le mettre en dehors de sa route, de façon permanente si nécessaire.
