POV Edward

Nous roulions depuis des jours. Les conducteurs s'alternaient mais aucun de nous ne désirait s'arrêter. Dans chaque esprit régnait le désir de mettre le maximum de distance entre nous et le lieu où nous avions été repérés. Nous avions de l'essence en réserve dans le coffre et nous avions dévalisé le premier magasin venu pour faire des stocks de nourriture transportable et supportant la chaleur (gâteaux secs, fruits secs, chips…) ainsi que des litres et des litres d'eau. Je ne crois pas que quiconque était désormais apte à indiquer dans quel coin de l'Afrique nous nous trouvions.

La chaleur et les pensées des autres me mettaient dans un état second. Ma tête semblait vouloir exploser, et pourtant je n'avais jamais été aussi lucide. Peu à peu mon pouvoir devenait plus facile à régler, telle une radio sur laquelle j'aurais enfin découvert le bouton "volume". Je ne savais toutefois pas où se trouvait celui indiquant OFF/ON, mais j'y travaillais. Se concentrer sur les pensées d'une seule personne était encore le moyen le plus sûre d'arrêter les autres, et pour cela on m'avait envoyé un ange gardien : Bella. A chacune de mes tentatives pour entrer dans son esprit, le silence m'environnait de partout et je redevenais un homme comme les autres. Je réussissais grâce à elle à trouver le calme et à m'endormir sereinement la nuit.

Enfin, aussi sereinement que possible. Je ne crois pas que l'un d'entre nous ait pu dormir sur ses deux oreilles depuis notre départ de l'hôtel. Chacun s'attendait à voir surgir les Volturi d'un moment à l'autre avec leur panoplie de X-Men (comme nous les nommions… merci Emmet).

Jasper était le conducteur du moment quand Alice fit signe de s'arrêter. Ses pouvoirs aussi s'étaient développés. Ils étaient plus clairs, mais surtout ils étaient très nets pendant son sommeil. Alice ne rêvait plus, elle prédisait l'avenir. Ses songes étaient devenus suffisamment précieux pour qu'elle ne fasse pas partie des conducteurs. Nous l'obligions presque à dormir pour savoir enfin quoi faire. Car en effet, dans cette voiture, sous ce soleil, nous tournions en rond, fuyant un danger connu mais ignorant les épreuves devant nous. Alors nous espérions pouvoir jeter un petit coup d'œil pour nous préparer au pire. Nous étions parfois tentés de baisser notre garde, mais nous nous promettions sans cesse que nous retournerions chez nous. Alors là seulement nous serions permis de redevenir les adolescents stupides et immatures que nous étions.

Mais cette nuit où Jasper conduisait Alice fit un rêve qui changea pour quelques temps nos objectifs. Elle se réveilla en sursaut aux alentours de deux heures du matin et fit signe à un Emmet somnolent de changer de place avec elle. Elle s'installa ainsi à l'avant et chuchota des instructions. Jazz vira à gauche.

Les pensées d'Alice étaient entremêlées, peu claires et je craignis pendant un instant que cette cacophonie dans on esprit ne nous perde (même si nous ignorions où nous étions du moins allions nous tout droit). Je compris finalement que ce vacarme incessant dans sa tête était son état habituel. Tout allait à deux cents à l'heure. Ses neurones étaient des voitures de formule 1, et le pont entre le cerveau de gauche et celui de droite une autoroute.

Cela dura longtemps. Je dus m'endormir car en rouvrant les yeux l'aube était déjà bien avancée. Pourtant nous continuons à rouler, mais désormais Alice était au volant et Jasper ronflait sur le siège passager. Nous roulions vite, très vite, et il était heureux que Rose soit une mécanicienne hors pair, nous allions sûrement tomber en rade très bientôt. La conduite d'Alice expliquait mieux son exclusion de la liste des conducteurs.

Je me tournai sur ma gauche. Bella était éveillé et regardait le paysage défiler. Je lui serrai la main pour lui signifier ma présence sans avoir à dire un mot. Tout était si calme au matin que le silence semblait la seule attitude à avoir. Elle fixa ses yeux sur moi et me sourit. Je lui désignai Alice d'un coup de tête et elle haussa les épaules. Je n'étais pas étonné, notre psychique-maison était plutôt du genre renfermée quand elle avait une idée en tête, et encore davantage quand elle avait une vision en tête. Jasper était le seul à pouvoir lui soutirer quelques mots, et ils n'étaient pas souvent d'une grande aide. Par conséquent nous voyagions dans l'obscurité complète (du moins métaphoriquement parlant). Je refusais d'entendre les pensées d'Alice si tôt dans la journée. A moitié endormi, la main de Bella dans la mienne (me servant ainsi de bouclier contre le monde extérieur), je me laissais envelopper par le calme.

Pourtant ce n'est qu'à midi que la destination devint plus claire. Entre temps nous avions eu droit au réveil tonitruant d'Emmet, à ses questions ("On arrive quand ?") toutes les trois minutes, à ses blagues pourries (Qu'arrive-t-il quand deux blondes…?) qui lui valaient des tapes sur la tête. Bref, la vie sur la route commençait à nous peser et nous rêvions de notre hôtel.

La première chose que l'on pouvait apercevoir était un ensemble lointain de bâtiments, une sorte d'assemblement de fermes. Cela était rustique mais sympathique. Rien d'autre n'était visible autour sur des kilomètres à la ronde. Sans un bon guide (le nôtre était omniscient) il semblait impossible de trouver ce lieu : pas de chemin, pas de pancarte, pas de voisins. Nous avions atterri sur une île déserte sans océan alentour.

La voiture stoppa et Alice fut la première à mettre pied à terre. Nous avions pourtant encore une bonne quinzaine de minutes de marche pour atteindre les bâtiments.

POV Rose

- Il est préférable de continuer à pied à partir d'ici.

Cela me rendit méfiante : aller à pied ? En plein désert ? Alors que la route continuait jusqu'au loin ? Sérieusement ? Il y avait anguille sous roche ou je ne m'appelais pas Rosalie.

- A terre !

Le cri d'Alice fut suivi d'une explosion à quelques mètres à notre gauche.

D'un mouvement d'ensemble nous courûmes vers une bosse de terre qui nous offrait un minimum de protection.

Revenant de ma stupeur j'évaluai rapidement les choses : nous étions attaqués. Je regardai les autres se positionner après être parvenus à la même conclusion. Les garçons se placèrent automatiquement devant, nous obligeant à reculer de quelques pas.

Depuis des semaines que nous étions ensemble, une certaine dynamique de groupe s'était mise en place, en réaction à l'environnement hostile et à notre situation plutôt précaire. Les garçons étaient devenus extrêmement protecteurs envers nous trois. Il n'était donc pas rare de vois Jasper empêcher Bella de tomber, Edward devenir menaçant quand un étranger s'approchait trop près de moi, Emmet prendre soin que rien n'arrive à Alice quand elle était perdue dans ses visions.

Si nous avions des affinités différentes les uns avec les autres, le lien qui nous unissait était égal entre nous six. Il m'était désormais difficile de me mettre en scène en pensée sans que l'un des cinq autres soit aussi présent. Peu à peu, même dans mes pensées, j'étais « nous » avant d'être « moi ». Nous étions si différents que chacun tenait un rôle essentiel dans notre dynamique.

Un bruit assourdissant me fit revenir à la réalité. La terre sembla se fendiller et il fallut abandonner précipitamment notre cache.

Un tremblement de terre ? Impossible !

Nous étions désormais exposés, accroupis pour ne pas être des cibles trop faciles.

Edward, Jasper et Bella chuchotaient entre eux. Si Alice était un merveilleux guide, ces trois là s'étaient révélé de fins stratèges. Leur capacité à analyser une situation et à en tirer des solutions nous avait permis d'en arriver où nous étions.

La route n'avait pas été de tout repos, et dans ces coins reculés de la civilisation les groupes armés n'étaient pas rares. Je ne comprenais toujours pas comment ils avaient réussi à monnayer notre passage sur le territoire d'un des groupes les plus sanguinaires de la région contre un sac de couchage, les bottes de Jasper et un panier de fruits…

Je me tournai vers Alice et lui lançais mon fameux regard : « WTF !». Elle soupira avant d'ouvrir enfin la bouche.

« C'est un test. Si nous le passons nous pourrons enfin en savoir plus. Si nous échouons…é

« Nous mourrons » acheva Edward. Merci, je n'avais pas compris, une clarification de ta part était ce dont nous avions tous besoin. Mais quel con ! Il se tourna vers un sourcil levé. Oui Edward, on sait que tu lis dans les pensées, ne la ramène pas.

« Et bien, il ne nous reste qu'à gagner ! », tonna Emmet.

Je me frappai le front de la main, j'étais entourée de crétins.

Je vais devant.

Bella…

Je suis un bouclier, Edward. Alice et toi avez besoin de concentration pour nous guider dans la marche à suivre.

Je suis d'accord avec Edward, qu'est-ce que tu vas faire devant un séisme ?

Jasper venait de soulever un bon point : que faire devant les éléments ?

Mais si j'ai bien compris ce qu'a dit Alice, ce sont des gens comme nous, avec des pouvoirs. Nous devons juste trouver une façon de les atteindre et de leur mettre une raclée !

Sous le regard inquisiteur de notre amie, Bella s'empressa d'ajouter :

« Sans les tuer, on a compris Alice. »

Ce sont nos futurs alliés. Si tout se passe bien ce sera une étape clé de notre voyage !

Alice semblait plus excitée qu'inquiète. Toutefois, nous avions appris à nos dépends que ses visions n'étaient pas inscrites dans le marbre.

Une semaine plus tôt

La situation politique de la région n'était pas stable. Nous allions enfin quitter le Kenya. Certes pour la Tanzania, mais cela consistait un bon début. Nous avions décidé de rejoindre Madagascar où nous espérions trouver le moyen de prendre un avion pour les Etats-Unis, ou du moins l'Europe. Bref, un continent civilisé. Depuis la découverte de ma responsabilité dans cette galère, je haïssais mon professeur d'Histoire. A quoi servait-il de verser autant d'argent dans une école privée pour suivre un cours intitulé « Politique électorale au Kenyan, de la colonisation à aujourd'hui » ? Je vais vous le dire : à se téléporter au milieu de nulle part dans un moment de panique après avoir été menace de tortures par un psychopathe milliardaire. Pourquoi n'avais-je pas pensé à l'Italie ? au Canada ? à Tahiti ? Je blâmais entièrement Mrs Poot pour cela.

Nous nous préparions donc à passer à la frontière. Nous devions faire attention car des milices armées effectuaient des rondes et ils n'hésitaient pas à tirer. Alice nous prévenait des détours à effectuer pour ne pas faire de mauvaises rencontres.

Nous étions presque arrivés quand nous des bruits de voitures se firent entendre. Alice se plongea aussitôt en transe pour repérer ce qui semblait lui avoir échappé. Quelques minutes plus tard nous étions encerclés et notre vie semblait clairement mise sur un fil.

Alice nous appris qu'elle ignorait ce qu'il allait se passer et, admettons-le, cela nous fit paniquer. Nous nous étions beaucoup trop reposés sur ses pouvoirs, et cela était mauvais.

Quatre hommes de la milice étaient sortis de leur véhicule et venaient à nous. Jasper, Emmet et Edward décidèrent d'aller à leur rencontre pour nous éviter à nous les filles de nous retrouver face à eux.

La discussion paraissait animée, mais rien ne semblait en sortir et nous étions frustrées d'être coincées dans cette maudite voiture.

Trop c'était trop : Rosalie Hale n'était jamais frustrée. J'ouvris la portière, descendis et me dirigea fermement vers le lieu de réunion. En peu de temps Bella m'avait rattrapée et tentait de me faire revenir dans notre boîte de conserve attitrée. C'était mal me connaître.

J'arrivai, tant bien que mal, à la tirer dans le sens contraire, et je me plaçai à côté d'Emmet. Les garçons paraissaient à bout et la situation n'aurait pu être pire.

Mon arrivée sembla toutefois envenimer la situation encore davantage. Au vu des regards lubriques de nos interlocuteurs et des regards furieux de Jasper et Edward je compris que les négociations allaient m'inclure si nous ne trouvions pas un moyen. Je reculai et me plaçai à côté de Bella qui était restée intelligemment en marge. Je me sentis rapidement honteuse de mon comportement – je soupçonne encore Jasper d'avoir utilisé son don sur moi.

Je jetai un regard vers la voiture où se trouvait encore Alice. Mon amie d'enfance se reposait depuis le début sur ses pouvoirs, et au moment où ils ne fonctionnaient plus elle se sentait sûrement trahie et perdue. J'attrapai la main de Bella et la serra très fort. J'avais besoin de sentir une amie près de moi alors que je me sentais vulnérable et faible.

Elle sera plusieurs fois ma main, puis elle la lâcha et se dirigea vers Jasper pour lui chuchoter quelques mots à l'oreille. Edward évidemment entendait tout par les pensées de Jasper et Emmet était inutile, trop occupé à essayer d'intimider nos adversaires, ce qui m'aurait fait rire si nous avions été dans une situation normale, mais nous étions à ça d'être exécutés et violée. Bref, cela ne me fit pas rire.

Je me rapprochai un peu pour entendre.

Aussi irréel que cela était, Edward se mit à leur parler fruits. Il venta leur saveur, leur jus, mima l'action d'en manger un. Autour de nous les hommes commencèrent à saliver. Ils échangèrent quelques mots dans leur langue natale que je supposai être du Swahili. Edward semblait comprendre leur langage car il se mit aussi à le parler. La décision des garçons d'apprendre le dialecte local payait donc.

Cela continua pendant plusieurs heures. Pendant ce temps Bella avait réussi à nous ramener dans la voiture sous le très bon prétexte qu'il y avait de l'eau et de quoi manger. Elle avait apporté une bouteille aux garçons, et aussi quelques oranges bien juteuses que nous avions eu beaucoup de mal à voler quelques jours plus tôt.

Le jour se termina avec Jasper revenant en chaussettes à la voiture et Emmet emportant tous nos fruits et un sac de couchage pour payer nos droits de péage.

Nous comprîmes ce jour là que nous ne pouvions pas entièrement nous reposer sur le talent d'Alice, le futur n'étant pas écrit dans le marbre.

Fin du flashback

Bella poussait sans arrêt Edward et Jasper à utiliser leurs pouvoirs pour manipuler ceux alentours. Pour dépasser la culpabilité que les garçons éprouvaient encore, elle leur disait « Alice, Rosalie et moi sommes votre responsabilité, vous devez utiliser tous vos atouts pour nous protéger et nous ramener chez nous. Est-ce tant vous demander que d'utiliser un peu de vos pouvoirs ? Je ne crois pas, non. Alice se donne à 100% pour nous guider, Rose nous a sauvés cet horrible avion. Dieu ! J'ai moi-même déglingué des voitures qui nous poursuivaient. Vous allez nous laisser faire tout le sal boulot ? ».

Alice essayait tant bien que mal de protéger Jasper. Depuis la mort de cet homme au Kenya il faisait des cauchemars, mais au fil des semaines cela c'était apaisé. Il semblait que la tactique de Bella de les déculpabiliser envers leurs dons fonctionnait. Toutefois Emmet et moi étions parfois mal à l'aise. Nous nous regardions et nous nous comprenions instinctivement : et s'ils venaient à trop les utiliser ? Leurs pouvoirs étaient incroyables et puissants, si cela leur montait à la tête, ils deviendraient dangereux. Qu'est-ce qui les empêchait d'utiliser leur pouvoir sur nous ?

- JASPER

La voix d'Edward essayait de se faire entendre. Le vent s'était soudain lever et sa vitesse ne faisait qu'augmenter. Nos oreilles n'allaient par tarder à saigner.

- Combien de ces personnes as-tu à ta portée ?

Jasper se concentra. Quand il rouvrit les yeux il éleva sa main et l'ouvrit. Cinq. Il pouvait atteindre cinq personnes. C'était déjà quelque chose. Avec un peu de chance celui qui provoquait ces phénomènes allait être stoppé.

- Génial. Insuffle-leur…

- De la peur. Termina Bella.

Jasper écarquilla les yeux.

- Jasper, écoute-moi. La dernière fois était un accident. Tu étais trop près de lui, et tu t'es concentré trop fort. Aujourd'hui ils sont à des centaines de mètres et ils sont cinq, l'effet sera amoindri.

Mais il refusait de bouger.

Je me tournai vers Alice.

- Qu'est-ce que tu vois ? Va-t-il les tuer ?

Nous étions à un moment clé. S'il réussissait à leur faire peur sans les blesser, alors Jasper serait libérer d'un grand poids. Il était temps qu'il tourne la page. Nous étions encore loin de chez nous et nous avions de grande chance de devoir encore nous défendre et de tuer s'il le fallait. Certains d'entre nous étions plus prêts que d'autres à se salir les mains, mais après tout, nous tenions tous beaucoup trop à la vie pour ne pas y venir un jour ou l'autre.