Crédits : les personnages appartiennent à Maki Murakami, je me contente simplement de les emprunter.
Note : la chanson « The nightingale » que j'attribue dans ce chapitre à Hiroshi est de David Lynch et interprétée par Julee Cruise.
Merci à Spicy marmelade, Althena, Lillybulle, Para-san, Kris et Tenshimizu pour leurs reviews !
Chapitre IX
« MAUVAISE
PASSE POUR BAD LUCK ?
Après
des débuts remarqués sous le label N-G, ce jeune groupe
prometteur semble avoir perdu toute inspiration. Y aurait-il autre
chose derrière le « problème de santé »
officiel de leur claviériste, des dissensions peut-être ?
Toujours est-il que Bad Luck n'a plus joué en public depuis
le mois de septembre ni n'a sorti de nouveau single en dépit
de l'aide ponctuelle apportée par Noriko Ukai, musicienne
dont le talent n'est plus à démontrer.
Alors,
simple passage à vide ou problème en profondeur ?
Quoi qu'il en soit, souhaitons bonne chance à Bad Luck pour
les mois à venir.
Misae
Tachibana – Megamix Magazine »
Sakano reposa la revue avec un soupir mélancolique. Devant lui étaient étalées des dizaines de revues, presse spécialisée tout autant que magazines à scandales, et ces derniers n'étaient pas les moins virulents.
« Que cachent réellement les « problèmes de santé » de Suguru Fujisaki ? » titrait Today's Idols, l'un des fleurons de cette presse-caniveau. En pages intérieures se trouvait un court article abondamment illustré de photos de piètre qualité des trois membres du groupe.
« Il est de notoriété publique que Shûichi Shindô, le chanteur de Bad Luck, l'un des nouveaux groupes produits par N-G, partage sa vie avec un autre homme. Mais qu'en est-il des deux autres membres, Nakano et Fujisaki ? Le terme « important problème de santé » ne cacherait-il pas un tristement célèbre syndrome, dont on sait fort bien dans quel milieu il sévit le plus souvent ? »
Le reste était à l'avenant. Depuis des semaines fleurissaient dans la presse musicale plus ou moins spécialisée des articles de ce genre, et Sakano ne savait plus quoi faire. K, silencieux, fumait une cigarette, les yeux rivés sur la pile de revues.
« Ça ne peut pas continuer comme ça, la réputation de Bad Luck va finir par tomber si bas qu'ils ne s'en relèveront jamais ! s'exclama Sakano en frappant la table du poing.
- Je te signale au passage qu'ils n'auront pas besoin de ça, vu que Nakano a quitté le groupe… répondit K avec flegme.
- Comment pouvez-vous rester aussi calme ! explosa le producteur. Nous courons tout droit à la catastrophe !!
- Bah, pour l'instant on ne peut pas faire grand-chose d'autre qu'attendre… Nakano est têtu, le menacer ne servirait à rien. Honnêtement, je n'aurais jamais cru qu'il puisse s'être entiché à ce point de Fujisaki. J'avais pensé qu'il ne s'agirait que d'une passade… je ne vois vraiment pas ce qu'il peut trouver à ce mioche.
- Mais… comment osez-vous parler ainsi du cousin de monsieur le Directeur ! bondit Sakano, indigné.
- C'est vraiment la Sainte Famille pour toi, les Seguchi ! Ne me dis pas que tu n'as jamais eu envie de coller des baffes à Fujisaki ? C'est vrai qu'il bosse bien, mais il est tellement imbu de lui-même !
- Non, je n'en ai jamais eu envie ! s'écria le producteur, choqué à l'idée même de lever la main sur le précieux petit cousin de celui à qui il avait choisi de se dévouer tout entier. Vous devriez avoir honte de dire des choses pareilles ! »
K lui décocha un petit sourire amusé.
« Ne t'emballe pas comme ça… Pour en revenir à ce que je disais, le mieux est d'attendre et continuer vaille que vaille à travailler. Shûichi n'est pour l'instant qu'une loque incapable de rien faire de bon, et Noriko ne peut pas à elle seule assumer tout le travail, d'autant que les Nittle Grasper préparent une tournée nationale, ce qui signifie qu'elle n'aura bientôt plus de temps à nous consacrer.
« Mais jusqu'à quand comptez-vous attendre ? Je ne veux pas avoir l'air alarmiste, mais le temps presse ! »
K tira sur sa cigarette, l'air songeur.
« J'ai discuté avec Tôma hier, il m'a dit que Fujisaki terminait son traitement à la fin du mois.
- Vraiment ? C'est une excellent nouvelle, enfin une raison de se réjouir depuis des semaines ! » s'enthousiasma Sakano. Puis, devant le silence de son collègue :
« C'est une bonne nouvelle, hein ? répéta-t-il, soudain moins assuré.
- Le seul problème, répondit K en écrasant avec application son mégot dans le cendrier, c'est qu'il est impossible pour l'instant de savoir si ce traitement aura été efficace à cent pour cent. À ce qu'en sait Tôma, les dernières analyses de Fujisaki sont bonnes, mais cela ne veut pas dire qu'il sera guéri. Dans son état, apparemment, un nouveau cycle de traitement n'aurait que très peu de chances d'être efficace. On peut donc dire que, pour Fujisaki, c'est à « ça passe ou ça casse », et j'aimerais mieux que ça ne casse pas. »
Un silence choqué accueillit ces paroles, puis Sakano inclina la tête.
« J'imagine que Nakano le sait… ce qui expliquerait son comportement des derniers temps. Ceci dit, je ne peux pas lui en vouloir… » fit-il en rassemblant les magazines étalés sur la table.
« Et d'ici décembre, qu'allons-nous faire ? »
K haussa les épaules d'un air fataliste.
« Prendre quelques jours de vacances ? »
XXXXXXXXXX
Désireux de changer d'air quelques jours et d'échapper aux journalistes qui, dernièrement, s'intéressaient de près à Bad Luck, Hiroshi avait provisoirement emménagé chez son frère Yûji. Contrairement à ses parents, celui-ci ne posait pas de questions et le guitariste savait qu'il pouvait compter sur sa discrétion.
Entre deux castings, Yûji collectionnait les petits boulots et n'était donc pas souvent chez lui au cours de la journée, ce qui était tout aussi bien pour le jeune homme.
La messagerie de son téléphone portable était saturée d'appels mais il n'avait pas envie d'y répondre, et surtout pas à ceux de Shûichi. Sa raison avait beau lui dire que le chanteur n'avait pas réfléchi avant de parler, comme d'habitude, il n'en demeurait pas moins qu'il lui en voulait terriblement et qu'il n'avait aucune envie de le voir en ce moment.
Aussi, entre ses visites quotidiennes à l'hôpital, Hiroshi se claquemurait chez son aîné.
Au soir du 29 novembre, saisi d'une subite inspiration, il prit un stylo et un carnet et, d'une traite, coucha ces lignes sur le papier :
The
nightingale
It
said to me
There
is a love
Meant
for me.
The
nightingale
It
flew to me
And
told me
That
I found my love.
He
said one day
I'll
meet you
Our
heart will fly
With
the nightingale.
The
nightingale
He
told me
One
day
You
will be with me.
The
nightingale
Said
he knew
That
your love
Would
find my love one day.
My
heart flies with the nightingale
Through
the night
All
across the world.
I
long to see you
To
touch you
To
love you
Forever
more.
Même en anglais, les mots lui venaient naturellement. Ceci fait, il referma le carnet et alla se coucher, curieusement apaisé.
XXXXXXXXXX
Suguru ne dormait pas quand Hiroshi entra dans sa chambre, le lendemain matin. Il ne paraissait pas avoir passé une très bonne nuit, mais comparé à bien d'autres fois, il semblait relativement mieux.
Le professeur Nagasu avait fixé rendez-vous à ses parents à 10h30 afin de leur donner le résultat des dernières analyses. Haruka Fujisaki avait contacté le jeune homme pour l'en informer, aussi celui-ci était-il malade d'anxiété et appréhendait autant qu'il l'attendait l'annonce de ce résultat.
« Salut, mon ange ! Ça va mieux, ce matin ?
- Oui, un peu… » répondit Suguru en hochant faiblement la tête. Il n'avait pas la moindre idée du jour qu'il était, pas plus qu'il ne savait qu'au même moment étaient donnés les pronostics pour son avenir.
« Comment va le travail ? » questionna-t-il, attendu qu'il ignorait tout du clash entre son petit ami et le reste de l'équipe ; bien évidemment, Hiroshi ne se serait jamais risqué à lui annoncer une chose pareille !
« Pour tout dire… le nouvel album n'avance pas très vite, avoua tout de même le guitariste. Noriko n'est plus trop disponible car les Grasper préparent une tournée, et puis… et puis, j'ai pas vraiment la tête à la musique, ces derniers temps. » Il effleura doucement la joue pâle du garçon.
« C'est embêtant… dit ce dernier. Quand je reprendrai le travail, il faudra s'y mettre sérieusement. On ne va pas laisser les Grasper nous distancer de trop sinon on ne leur reviendra jamais dessus. »
Hiroshi sourit tristement, le cœur serré. Suguru avait peut-être baissé les bras à quelques reprises, mais sa détermination acharnée n'avait jamais totalement disparu et refaisait surface à la moindre occasion.
« Oui, bon… Dans l'immédiat, on a peut-être autre chose à penser, non ?
- C'est vrai. Je n'ai toujours pas fini les arrangements de « Ideal world »… J'imagine que Noriko et monsieur Shindô ont terminé de travailler dessus de leur côté ?
- Dis donc, ça va drôlement mieux aujourd'hui ! Pour un peu il faudrait t'attacher ! »
Ils discutèrent encore un petit moment puis Suguru finit par s'endormir, profitant du répit qui lui était offert et, il le savait, qui ne durerait pas. Ce qui laissa seul Hiroshi avec ses angoisses ; jamais le temps ne lui avait paru aussi long.
Quand la porte s'ouvrit, laissant passage au professeur Nagasu et aux parents de Suguru, il était si profondément plongé dans ses pensées qu'il tressaillit violemment et se mit debout d'un bond, le cœur battant à tout rompre.
« Bonjour ! » s'écria-t-il, fébrile. Le médecin inclina la tête dans sa direction puis se pencha vers Suguru et le secoua légèrement pour le réveiller.
« Mais… non, il vient à peine de s'endormir… » protesta Hiroshi. Le jeune musicien battit des paupières et lança un coup d'œil un peu surpris au professeur.
« Oh… bonjour…
- Bonjour, Suguru. Je m'excuse de t'avoir réveillé, mais je voulais simplement faire ça… »
Nagasu ôta le pansement qui recouvrait l'aiguille enfoncée à la base de son cou et, doucement, la retira.
« Voilà. Terminé, déclara-t-il.
- Terminé ? répéta Suguru sans comprendre.
- Les résultats de tes dernières analyses sont excellents. J'avoue que tu nous as fait un peu peur, il y a quinze jours, mais tu n'es pas du genre à lâcher quoi que ce soit, je me trompe ? » dit le médecin en souriant et Hiroshi, qui avait reculé dans un coin de la chambre, manqua défaillir de bonheur. C'était vrai ? Bien vrai ? De l'autre côté du lit, Haruka Fujisaki lui adressa un sourire rayonnant, les yeux un peu humides, mais de larmes de joie.
« Alors il est guéri ? » s'enquit le guitariste, si soulagé qu'il en avait des vertiges. Nagasu secoua la tête tout en collant un petit pansement à l'emplacement de la perfusion.
« Non. On ne guérit pas d'un cancer comme ça, mais pour l'instant le traitement a fait son effet, et une fois qu'il aura suffisamment récupéré Suguru pourra rentrer chez lui. Toutefois il faudra qu'il continue à suivre un autre traitement et qu'il retourne régulièrement à l'hôpital. Ensuite… Je ne suis pas devin, jeune homme. Enfin, pour l'instant tout va bien. »
Et, sur un dernier sourire, il quitta la chambre.
« C'est magnifique, chéri ! Tu vas enfin rentrer à la maison ! » éclata Haruka en étreignant son fils toujours en état de choc. Lui seul ne paraissait pas avoir pris toute la mesure de ce qu'il lui arrivait.
Cependant, Suguru était toujours très fatigué et il ne tarda pas à se rendormir. Hiroshi le laissa en compagnie de ses parents et, puisqu'il lui faudrait bien un jour ou l'autre assumer les conséquences de ses actes, il se rendit aux studios N-G.
« Bonjour… s'annonça-t-il modestement en poussant la porte. Sakano leva les yeux et tressaillit en l'apercevant.
- Na… Nakano ! Tu es revenu ! hoqueta-t-il.
- Oui. Je viens pour m'excuser. Je n'ai pas agi de manière très correcte vis-à-vis de vous… Les autres sont ici ?
- K est allé voir monsieur le Directeur dans son bureau, Shindô et mademoiselle Ukai travaillent à côté… Mais dis moi, comment va Fujisaki ?
- Beaucoup mieux, Sakano. Enfin, il en a encore pour des semaines à se remettre, mais son traitement a été efficace et il va pouvoir quitter l'hôpital d'ici la fin du mois. »
Le jeune homme traversa la pièce et passa dans la cabine de répétition dans laquelle, tant bien que mal, Noriko et Shûichi travaillaient au prochain album de Bad Luck.
« Oui, comme ça c'est vrai que c'est mieux… Hi- Hiro ? »
Shûichi dévisagea son ami avec de grands yeux.
« Oui, c'est bien moi. Bonjour Shû, Noriko. »
La jeune femme lui adressa un petit sourire.
« Tu n'as pas réussi à te passer de nous, c'est ça ? dit-elle.
- Je… je tiens à vous présenter mes excuses, déclara solennellement Hiroshi en s'inclinant. Excuse-moi, Shûichi. Même si j'étais à cran, je n'aurais pas dû te parler comme je l'ai fait. »
Le jeune chanteur reposa son micro et demanda, d'une voix un peu hésitante :
« Alors… ça veut dire que tu vas revenir ?
- Oui. Enfin, si tu veux bien d'un imbécile dans mon genre à tes côtés…
- Oh, Hiro, tu peux pas savoir à quel point je suis content ! hulula Shûichi en se jetant à son cou, en larmes. Moi non plus j'aurais pas dû dire ce que j'ai dit sur Fujisaki… mais j'étais tellement énervé…
- On oublie tout, Shû. On s'est vraiment comportés comme deux idiots, cette fois. »
Noriko les regarda s'étreindre un moment puis demanda :
« Et comment va Suguru ?
- Mieux ! Son traitement a eu de très bons résultats, et une fois qu'il aura suffisamment récupéré il pourra rentrer chez lui.
- Tu m'en vois très heureuse, dit la jeune femme. Pour lui et pour toi. Je t'assure, Hiro, tu étais méconnaissable. Vous avez vraiment passé un sale moment, tous les deux.
- Oh, moi c'était rien en comparaison de ce qu'a souffert mon pauvre p'tit ange ! J'espère que tout ça est bien fini maintenant. »
Shûichi passa les bras autour des épaules de ses deux camarades.
« Bon, alors maintenant on va vraiment se remettre au travail ! Si on y va à fond, on peut espérer sortir notre nouvel album pour le nouvel an ! Bad Luck forever ! » s'écria-t-il en partant d'un grand rire pétillant.
À suivre…
