Peut-être.
Je me lève d'une nuit mouvementé, aussi fatigué qu'avant. Les muscles ankylosés et les courbatures que je devine sans même avoir à bouger, me retiennent de me lever. La dernière fois que j'avais eu des problèmes de santé, c'était il y a trois ans. Encore à l'époque, c'était quelque chose de rare et je me plaignais de ne pas être comme tout le monde. Maintenant que j'ai redécouvert la douleur physique - qui après coup, ne m'avait pas réellement manquer - je ne la regretterai plus jamais.
J'ouvre doucement les yeux et découvre que je suis dans ma chambre, entourer de gris et de rose. Je les referme, et attends patiemment que quelqu'un vienne me voir.
Je n'ai pas à attendre trop longtemps, la porte s'ouvre avec un léger grincement et deux pas distinct se font entendre.
- Eh, Meika ! Tu dois essayer de t'asseoir, chuchota Emmett.
Je sais qu'il a raison et que je dois bouger, mais j'ai peur d'avoir plus mal encore. J'attends quelques minutes et devant sa patience, j'essaye de plier les bras pour pouvoir prendre appuie sur mes mains. Une douleur poignante au niveau de l'avant-bras et de mes biceps, me coupe dans mon geste.
- J'ai mal, croassais-je.
- Je sais que c'est dur, intervient Rosalie en allumant la lumière. Tu ne dois pas essayer, tu dois t'asseoir, même si ça te fait mal.
Sur un ton plus dur que son compagnon, Rose m'encourage à sa manière. Elle savait faire preuve de douceur, mais quand la situation l'exiger, elle pouvait aussi être intransigeante - surtout quand il s'agissait de ma santé. Elle savait d'expérience que je ne me donnais pas à fond si je n'étais pas un peu bousculé et que son compagnon avait tendance à un peu trop me couver.
Elle passe un bras froid derrière mon dos et me soutient le temps de me redresser complètement. Le souffle court, elle me laisse un temps de répit en préparant mes habits. Je prends une longue inspiration pour me donner le courage de me lever et d'aller me préparer. Ce n'était pas si difficile, je peux le faire. Je dois juste serrer les dents et laisser cette douleur diffuse faire son chemin jusqu'à disparaître.
- Va te préparer, reprend-elle. Quand tu auras fini, on ira courir.
J'avais oublié que j'allais avoir droit à l'épreuve d'effort. Je gémis en sentant mon corps craquer. Je suis certaine que c'est sa manière de se plaindre de ce qui l'attend. Comme s'il n'avait pas assez souffert ses dernières heures, maintenant mon corps allé devoir faire du sport accompagné de ses horribles courbatures.
Avec autant de mal, j'arrive à m'extirper hors du lit et à prendre mes vêtements en priant pour que cette journée passe aussi vite que possible.
- Tiens, boit de l'eau, m'ordonna Rosalie après trois heures de course. Il faut bien t'hydrater.
- Je suis épuisé, gémis-je toujours encombrer de cette persistante et épuisante douleur.
- C'est normal, répliqua-t-elle. On continue, cette fois essaie de me dépasser. Tu es l'une des plus rapides après Edward, alors ne me dis pas que tu n'y arrives pas.
Je soupire alors qu'elle commence à courir et à disparaître en une seconde. Je m'étire une dernière fois et me prépare à la suivre avant qu'elle ne me crie après.
- Tu t'en sors très bien, m'encouragea Emmett.
Je ne compte plus le nombre de fois où il a répété des phrases d'encouragement, qui contrasté légèrement avec ceux de sa compagne, cette dernière heure. Je le remercie d'un sourire et m'élance en forçant mes jambes à reprendre un rythme de vitesse plus élevé pour pouvoir dépassé Rosalie. Je devais réussir si je ne voulais pas passer la journée à courir.
Avec plus d'assurance, mes foulées se fond plus rapides. Mon souffle et mon corps suivent le mouvement et s'adapte plus facilement que je ne le penser à mon changement de vitesse. La douleur de mes membres s'embrasse légèrement avant de devenir progressivement qu'une sourde brûlure.
Je gagne en rapidité et en moins de cinq secondes, je rattrape Rosalie et la dépasse avec un soupire de soulagement. Elle change de destination et je fait de même tout en restant en tête. Retour à la maison, enfin !
Au bord de la villa de neige, une odeur légèrement familière me chatouille les narines. Une sensibilité qui prouve que mes capacités sont en train de revenir. Je tends l'oreille pour tester mon ouïe, mais je n'entends toujours pas de loin.
- Tu entends quelque chose, s'inquiéta Rose en s'arrêtant à mes côtés.
- Non, mais je sens une odeur que je n'arrive pas à identifier.
- Viens, Carlisle t'attends.
En un bond, Rosalie passe par la fenêtre de ma chambre.
- Pourquoi ne pas prendre la porte, demandais-je à Emmett qui nous a enfin rejoint.
- Pour tester tes aptitudes, dit-il gênée. Allons les rejoindre.
Emmett rejoint sa femme et je soupire. Il me cache quelque chose, mais quoi. Je n'ai pas l'envie de me pencher sur la question et espère seulement qu'ils vont me laisser dormir toute l'après-midi. Je les rejoint à mon tour et trouve Carlisle, un carnet à la main prêt à jouer son rôle de médecin.
- Tu as réussi l'examen physique, me sourit-il après avoir questionné Rosalie. Maintenant passons au T.Q.E.S.
Je souris, j'avais 10 ans la première fois que j'ai donné au questionnaire post semi-crise cardiaque de Carlisle ce surnom. Terrible Questionnaire Ennuyeux à Souhaite ! Je ne l'aimais pas pour deux raisons. La première et la plus évidente des raisons, est qu'étant fatigué après une pseudo-crise cardiaque, répondre à des questions s'avère terriblement ennuyeux et je n'aimais pas l'ennui. La seconde et la plus importante, est que j'avais peur. Peur d'avoir réponse à tout. Peur que toutes ses questions fassent resurgir de vieux souvenirs que j'avais longtemps fermée dans un coffre dont je ne voulais plus voir accès. J'y avais tout enfoui et ouvrir ce coffre qui s'apparente à la boîte de pandore, libérerai tous les maux d'une vie, tout les maux de ma vie. La dernière fois que j'avais essayé de me souvenir, j'ai sombré dans les ténèbres et rien ne me faisait plus peur que les ténèbres. Alors à voir le choix, je préfère rester dans l'ignorance et le déni, plutôt que de souffrir. Entre deux maux, il faut choisir le moindre !
- Tu as encore mal, commença Carlisle.
Je soupire et prends une inspiration pour me donner le courage. J'en fais des tonnes pour trois fois rien. Immaturité quand tu nous tiens !
- Moins qu'à mon réveil, répondis-je.
- Combien ?
Je marque un temps de réflexion. Comment évaluer ma douleur sur une échelle de 1 à 10 ? Ma tendance à exagérer me pousse à donner un cinq ou un six, mais je sais qu'elle ne mérite qu'un trois ou un quatre. Encore une fois, elle me pousse à donné un quatre plutôt qu'un trois, mais je me souviens des heures où j'ai du courir et lance :
- Un petit trois.
- D'accord. Après ton attaque, de quoi te souviens-tu ?
- Je ne me souviens de rien avant mon réveil. Quand je me suis levée, j'avais des courbatures et une douleur horrible dans tout le corps. Ensuite, Rosalie et Emmett m'ont fait subir l'épreuve d'effort. Puis, nous sommes revenues après avoir fait mes preuves. Pour enfin, subir l'épreuve du T.Q.E.S.
Il me sourit gentiment et notes tout dans son carnet. Ce même carnet qu'il a depuis que j'ai été mordu et où il recense tout ce qui me concerne. En passant de mon aptitude à guérir à ma première crise, tout y est. En quelque sorte, c'est mon carnet de santé !
- C'est ce qui me semblait, continua-t-il. Et de ce qui s'est passé depuis ton arrivée à Forks jusqu'à ton attaque ?
C'est là que les choses se compliquent. Pas que je ne me souvienne pas, au contraire. Voilà le problème, j'aurais aimais ne plus me souvenir pour pouvoir reprendre ma vie d'avant. Même si elle n'était pas aussi joyeuse que j'aurais envie de me l'imaginer, elle était plus calme. L'œil du cyclone, un abri où tous les problèmes étaient là, mais ne m'atteignaient plus.
- Oui, lui dis-je à contre-coeur. Je suis allé voir Billy à l'hôpital et après avoir agressé la standardiste et vous avoir vu, Alice, Edward et toi, j'ai passé la nuit là-bas. Le lendemain, je suis allé chez Sam et Emily, ainsi que les deux jours suivants. Le premier jour, nous sommes allée à la plage tous ensemble et le jour d'après on est resté chez eux après que je sois revenue de mon déjeuner avec le beau-père d'Edward. C'est ce jour-là que j'ai appris que j'ai été pendant trois jours au QG d'une meute de loup !
Je m'arrête un instant en tenant compte de mon ton accusateur. Il était évident qu'ils étaient au courant pour les quileutes et je leurs en voulait un peu - très peu - de m'avoir encouragé à passer du temps avec eux. Je commence à culpabiliser aussitôt, après tout, ils ne me veulent que du bien. Emmett semble le remarqué, car sur un ton moins dramatique, il rigole :
- Sérieusement, tu as agressé la standardiste !
Sa compagne le suit dans son hilarité, alors que Carlisle secoue gentiment la tête.
- Emmett, ce n'est pas drôle ! Et toi Meika, tu n'aurais pas dû.
- C'est vrai Meika, se reprend Emmett dans le dos du médecin. Ce n'est pas des manières !
Il lève ses pousses sans que son père ne le voie pour me féliciter de cette bêtise, ce qui contredit sa phrase. Je lui souris, mais je m'arrête net devant le regard de Carlisle.
- Je n'ai pas fait exprès !
Emmett et Rose se retiennent de rire comme des enfants et sortent de la pièce sous le soupir de leur père.
- Après, je suis venue voir Esmée, repris-je précipitamment. Je suis allé voir Embry et je suis revenue. Ce qui nous ramène a hier. Alice et venue me réveiller de bonne heure et m'a préparer une petite fête de bienvenue. J'ai rencontré Bella et nous sommes allés au cinéma, mais ça ne s'est pas dérouler comme prévue et après une bataille épique de loup, j'ai fait une crise cardiaque.
- Donc, c'est toi qui l'as dit à Embry. Nous avons bien fait de le croire.
- De le croire, demandais-je perplexe. Comment ça ?
- Plus tard, nous n'avons pas encore fini. Pourquoi as-tu eu cette attaque ?
Il teste ma mémoire, il espère sans doute que je la retrouve intégralement. Suis-je la seule à ne pas le vouloir ?!
- J'ai eu une émotion forte, de la peur et de la colère, ce qui à cummuler deux substance au niveau de mes artères. Leur rencontres à obstruer l'artère coronaire, mais grâce aux aptitudes qu'elles me donnent, j'ai pu resté consciente après l'infractus pour vous permettre d'essayer de relancer mon coeur.
- Est quelle sont ces deux substances ?
- Le venin. Je ne me souviens ni de l'autre substance, ni des autres souvenirs que j'ai oublié. Et je ne veux pas savoir.
- Très bien, sourit-il. Tu t'en souviendras bien un jour. En attendant, il y a du monde qui t'attend au salon.
Je soupire, ravie d'en avoir fini pour aujourd'hui.
Je fais un coucou à tout le monde, je reste quelques minutes avec eux en me montrant sous mon meilleur jour - mais pas trop, ils trouveraient ça suspect - et ensuite je vais dormir. Même si je n'avais toujours pas retrouvé mon ouïe surdéveloppé, d'en haut des marches, je pouvais entendre Rose :
- Vous aviez une chance, cracha la douce Rosalie. Vous ne devez rien dire qui soit blessant ou maladroit. Si vous l'a faite souffrir, je vous ferais payer le double. Peu importe si sa brise le traité.
Mon sourire aux menaces de Rosalie s'efface à la mention d'un certain traité. Je croyais qu'il n'y aurait que nous et peut-être Bella à qui j'avais dû paraître bizarre, mais les paroles de Rosalie et la même odeur que tout à l'heure me pousse à reconsidéré mon jugement. Je ne suis pas bête, je sais que ce sont les quileutes, mis que font-ils ici. Je ne peux pas retourner dans ma chambre, ils vont m'entendre, mais est-ce que je pouvais descendre et les affronter.
D'un autre côté, ce sont eux qui sont venus et je doute que quiconque les ait obligés. Il se peut même qu'il n'y est qu'Embry, mais alors pourquoi les menaces de Rose ? Cesse de te poser des question, Meika ! Si tu veux des réponses, ce n'est pas en restant là que tu les trouveras !
Je ne sais pas d'où je trouve le courage de descendre, mais en une seconde, je suis déjà au bas de l'escalier. Les têtes se tournent vers moi et les souffles se coupent, aussi bien le mien que ceux des quileutes présent. Présent dans un nid de vampires, Embry, Jacob, Leah et son frère me regarde avancer vers eux.
- Salut, soufflais-je ne sachant pas quoi dire d'autres.
- Laissons-les parler, intervient Esmée. Rosalie, Emmett.
Le couple regarde une dernière fois les quileutes en guise d'avertissement et rejoigne Esmée. Cette dernière me lance un sourire d'encouragement avant de s'en aller. Du courage, j'en aurais besoin.
- Blondie croit qu'elle nous fait peur, plaisanta Jacob pour briser la glace.
Je souris et le remercie silencieusement d'être intervenu. Peut-être que j'en faisais trop. Peut-être n'était-ce pas si terrible que ça. Mais voilà, quand on a peur tout devient irrationnel.
- On n'est pas là pour te juger, continua-t-il. Paul est impulsif et on est tous à crans. On regrette ce qui s'est passée hier.
- Ce n'est pas grave, m'empressais-je de lui dire. Vous vouliez des réponses et je n'étais pas prête à vous en donner, mais maintenant, je le suis.
- Et nous, souris Leah, nous sommes prêt à entendre la vérité.
Je respire un peu et me sens beaucoup plus sereine.
- Avant de partir de la réserve, commençais-je, j'ai été mordu par un vampire.
Comme Embry, l'autre fois, ils perdent leurs couleurs et leur soufflent s'arrête. Mais sachant que l'histoire n'est pas fini, il encaisse et attend patiemment la suite.
Je continue mon histoire, faisant des pauses au bon moment pour leur laisser le temps de tout assimiler. Je leur raconte ceux que les Cullens ont faits pour moi, où je suis allé faire mes recherches, ce que j'ai trouvé sur mes parents. Je voulais tout leur dire, pour que nous puissions - s'ils le veulent - redevenir comme avant.
- C'était le jour de ton départ que tu as été mordu, me demanda Jacob d'une voix blanche.
- Non, lui répondis-je. Ca s'est passée la veille.
Jacob se lève tout à coup, et devant notre étonnement sort de la maison en tremblant.
- Je suis désolé, souffla-t-il.
- Je vais lui parlé, s'affola Leah en le suivant. Il a juste besoin de temps.
Peut-être qu'il avait besoin de temps. Peut-être qu'il n'était pas prêt. Peut-être aussi que s'était au-dessus de ces forces de savoir que j'avais du venin dans mon corps. Peut-être qu'il était écoeuré par ce fait. Mais ce dont je suis sur, c'est qu'il est parti.
