Chapitre 18 ter : Révélations sur ma jeunesse

Je levai mes yeux vers elle et la vit sourire. Ce fut elle qui brisa le silence :

« Alors c'est donc ça la nuit de noce dans toute sa splendeur ? »

- Non, je ne crois pas, juste mon programme personnel pour te satisfaire. Je ne te garantit pas que ton mari te feras autant de position la première fois… mais lui, il aura toute la vie devant lui pour les essayer toutes. Quoique… au final, il se contentera sans doute de la plus classique. Moi, je n'ai droit qu'à une fois pour te faire le grand jeu…

- Officieusement c'est notre troisième fois Sherlock, me fit-elle remarquer. Sauf si les deux premières fois ne comptent pas et que tu considère celle-ci comme la seule officielle…

- Tu as raison… La troisième fois… Mais j'ai tendance à ne pas prendre en compte celle où on m'a obligé. Je devrais donc dire notre « deuxième fois ».

- Et dernière... dit-elle sur un ton où je percevais un peu de dépit et de regret.

- Dernière ? fis-je taquin. Oh, tu sais, si entre maintenant et le moment où il faudra rentrer à l'auberge, tu me le redemandes… Vu que je suis un homme serviable…

- Un homme serviable ou un homme tout simplement ? me répondit-elle dans un éclat de rire.

- Je n'ai pas manqué tout les cours de savoir-vivre ! dis-je faussement choqué. La satisfaction de ma cliente passe avant toute chose ! Je suis disponible avant tout !

- Tu restes avant tout un homme…Si tu dois être serviable de cette façon là avec toutes les clientes qui te demandent de résoudre leurs problèmes… Tu le fais aussi pour les clients ?

- Non ! fis-je dégoutté. Pas les hommes ! Et pas ce genre de service pour les autres non plus… Je suis peut-être un homme, mais pas un coureur…

- A d'autre Sherlock, mais pas à moi ! s'indigna-t-elle. Après la débauche de sensations que tu viens de me faire… Tu sais y faire au lit ! Tu viens de me le démontrer de manière brillante ! Même la première fois, dans des conditions pas agréable, tu as réussi à me donner du plaisir ! Et tu oses jurer que tu n'es pas un homme à femme ou que tu n'as jamais bénéficié de traitement de faveur de « certaines femmes » ?

- Oui, j'ose le jurer… Mais quand j'étais jeune, j'ai trouvé planqué dans la bibliothèque d'Amélia un bouquin manuscrit avec de jolies illustrations… Un dessinateur de talent y avait représenté toutes les positions… J'ai lu toutes ses notes manuscrites… Une mine d'information sur le sujet et tout ce qu'il convenait de faire pour prendre du plaisir et retenir l'éjaculation… Elle me l'a confisqué le jour où elle a su que je l'avais trouvé. Mais j'avais eu le temps de l'étudier !

- Comment en es-tu arrivé à être ami avec des prostituées ? Tu m'as dit qu'une te considérait comme son propre fils.

Moi qui détestais parler de mon passé, j'étais servi avec elle. Que pouvais-je lui dire ? Pas l'entière vérité en tout cas. J'en aurais pour toute la nuit et elle en serait horrifiée. Depuis longtemps j'avais occulté tout un pan de mon enfance et de mon adolescence.

J'avais eu deux vies : une avant le drame et une autre ensuite. Le seul pont qui me restait entre les deux était Amélia. La seule qui me connaissait comme si elle m'avait fait, c'était elle ! Et elle s'était plainte dernièrement que je les évitais toutes les trois, selon la manie que j'avais de fuir en courant les gens qui me percevaient trop bien, ceux qui lisaient en moi comme dans un livre ouvert.

Mes blessures, elle ne les connaissaient que trop bien. Elle avait tenté de panser mes plaies mais en vain. Les blessures du cœur et de l'âme ne cicatrisent jamais. Même avec des injections de morphine ou de cocaïne. Je pris une grande inspiration.

- Ma mère ne m'a jamais témoigné beaucoup d'amour, je n'existais pas vraiment... J'avais huit ans quand Amélia a débarqué à la maison, elle en avait dix-huit et c'était la maîtresse de mon père. Au moins, elle n'officiait plus dans la rue ! Elle avait perdu un enfant il y a quelques années et avait de l'amour maternel à revendre. Ça lui a pris du temps, elle a du développer des trésors de patiente pour apprivoiser le jeune loup méfiant que j'étais à cet âge là. Elle m'a nourri, soigné mes genoux écorchés, ramassé dans l'étang après une chute de chevalet protégé au mépris d'elle-même. S'est battue pour que je puisse aller dans le collège que je voulais et n'a jamais osé quitter ma brute de père parce que elle savait que si elle partait je serais livré à moi-même. J'ai reçu plus d'elle et de Meredith que de mes parents… Elles aussi à leur façon m'ont protégé des idées à la con de mon père. Il allait une fois par semaine dans une maison de tolérance, celle où Mary et Meredith travaillaient, elles avaient dix-huit ans... Il estimait qu'à quatorze ans je devais devenir un homme… Alors Amélia a fait en sorte que j'échoue chez ses amies d'enfance. J'étais son « petit poussin » et elle savait que jamais ses amies ne feraient ce genre de chose avec un enfant. Elles ont dit à mon père qu'elles s'occupaient de tout et m'ont emmenés dans leur chambre. Elles m'ont fait asseoir à la cuisine et Meredith m'a fait « sa spécialité » enfant sage : du chocolat chaud et des tartines beurrées ! Un vrai délice le chocolat avec du lait ! Pour que la supercherie ne soit pas éventée, elles m'ont expliqué deux trois chose et conseillé de rester évasif ou muet. Ce que j'ai fait ! Le mutisme est ma spécialité, Watson peut en témoigner ! Tous les quinze jours, je passai l'après midi chez elles et me gavais de tartines. Elles avaient du recevoir la consigne de m'engraisser un peu. En échange, j'ai appris à Meredith à lire et à écrire. Voilà pourquoi je les respecte énormément. C'est là que bien plus tard, ayant fini mon breuvage je suis tombé sur des livres un peu osé… Dont la fameuse bible qu'Amélia avait du recevoir en cadeau d'un client. Le savoir commence par de saines lectures !

Hélène me regarda avec un pauvre petit sourire.

- Et ta mère parlait à la maîtresse de ton père ?

- Oui… C'est d'ailleurs elle qui a fait en sorte qu'elle devienne ma gouvernante la journée et soit rétribuée pour son travail. Ainsi, je n'étais pas dans ses pieds. Amélia ne demandait pas mieux ! Elle fut ma gouvernante pendant onze ans.

- Ton enfance a été encore pire que la mienne…Ma mère m'a aimé… Comment une mère peut ne pas aimer son enfant ?

- C'est du passé, je n'en parle à personne ! Mais changeons de sujet !

- Donc si mon futur mari n'est pas à la hauteur de mes espérances, je pourrai te l'envoyer ?

- Bien sûr, répondis-je en riant. Je lui expliquerai où tu aimes te faire caresser et tout le reste… Non, restons sérieux ! Tu le guideras discrètement en lui faisant comprendre où se trouvent les endroits clé de ton corps. Trouve le bon compromis entre passivité et débauche. Si il t'aime, il sera à l'écoute de tes désirs les plus fous… Les choses les plus importante dans le sexe sont : l'amour, penser à l'autre et le respect mutuel. Réunis les tous les trois et tu seras hautement satisfaite…

- Tu es sûr ? demanda-t-elle hésitante. Parce que pour le moment je suis hautement satisfaite… et c'était juste une relation entre adultes consentant et rien d'autre…

- Je te respecte énormément et je n'ai jamais été un égoïste à ce jeu là. De plus, la complicité qu'il y a entre nous a du jouer un rôle prépondérant. Tu me faisais confiance aussi et je ne l'ai pas trahie… Sans cela, peut-être que nous aurions été déçus tous les deux… Qui sait ?

- C'est vrai que tu es un bon partenaire aussi pour les boutades. Dès le départ en plus ! Tiens, au fait ! Tu viens de te trahir !

- De quoi tu parles ? fis-je étonné.

- Tu t'es vendu en disant que tu n'étais pas un égoïste au lit ! J'en déduis que tu ne t'es pas contenté de la théorie…

Piégé comme un débutant ! L'oreiller : mauvais endroit pour discuter ! Pourquoi les femmes veulent-elles toujours connaître ce genre de secrets ?

- J'ai pratiqué il y a longtemps… lui avouais-je. C'est mon cerveau qui travaille désormais. Et je vais remiser toute mes connaissances érotiques dans une malle au fond de mon cerveau et consacrer uniquement mon talent à la déduction ! Tu n'avais pas parlé de prendre un bain tout à l'heure ?

Ma réponse l'avait laissée interloquée. Mon changement de sujet aussi. Parler de moi et de mes blessures d'antan n'était pas mon fort.

- Heu… oui… mais l'eau doit être froide depuis…

- J'ai remis du bois dans le poêle pour maintenir l'eau à température. Il y en aura assez pour deux bains ? Parce que j'en ai besoin !

- La baignoire est grande, me répondit-elle en souriant malicieusement. On peut tenir tous les deux dedans et il y aura assez d'eau pour se rincer avant le bain.

Si ce n'était pas un appel de pied pour une autre partie de gaudriole…J'aimais bien quand elle souriait et je le lui fis remarquer.

- Oui, me répondit-elle en soupirant résignée. Mais demain tu ne seras plus là pour me faire sourire ou pour me consoler. Je dois m'en sortir seule… Et je n'ai pas envie de parler à qui que ce soit de ce que Percy m'a fait…

La tristesse était présente dans ses yeux. Après la joie, la peine.

- Si tu veux en parler avec quelqu'un qui a déjà vécu ce genre d'horreur, je peux t'emmener chez une de mes amies. Elles sauront trouver les mots qu'il faut, mieux que moi. Tu seras peut-être plus à l'aise avec une femme… Tu ne seras pas jugée, quoique tu leur racontes…

- Même ce que je t'ai demandé ?

- Elles te diraient que tu as eu mille fois raisons ! On voit bien que tu ne les connais pas ! Tu seras comme un coq en pâte si je t'y envoie…

- Non, pas pour l'instant, me répondit-elle en tremblant. C'est encore trop frais. Quand tu es venu, cela faisait deux heures qu'il était là… Il m'a violé trois fois… Ce fut horrible… Sentir ses lèvres sur les miennes ! Quelle horreur ! Je me suis battue mais il était plus fort… Il avait tout prévu le salaud ! Attachée, je n'étais plus une menace pour lui… Puis tu es arrivé… Il t'a entendu, m'a bâillonnée et s'est caché dans la penderie. Tu n'imagines pas combien j'étais soulagée ! Tu arrivais pour me tirer des ses griffes… J'étais sauvée…

Je sentis une boule se former dans mon ventre. Au lieu de l'aider j'étais devenu l'instrument de Percy.

- Te sauver ? J'ai raté cette mission là. Mon esprit a perdu toute rationalité lorsque je t'ai vu enchaînée sur ce lit. Ce n'est jamais bon de laisser libre cours à ses émotions, je me suis fait avoir comme un débutant ! Je garderai mes erreurs de cette matinée pour moi mais j'y repenserai jusqu'à la fin… Trois erreurs ! En si peu de temps en plus ! J'en ai honte…

- Ne sois pas fâché avec toi-même ! me répondit-elle en se blottissant contre moi. Si tu t'en étais tenu au plan d'origine, tu devais arriver deux heures plus tard ! Dieu seul sait ce qu'il m'aurait fait encore jusque là… Je te suis éternellement reconnaissante et je regrette de t'avoir crié dessus quand tu es venu.

- Chut ! lui répondis-je en déposant un baiser sur ses lèvres. Bon, on va se laver ?

Ce fut dur de se lever, j'étais bien couché à ses côtés. En passant, je remis du bois dans le feu pour qu'il fasse toujours agréable lorsqu'on reviendrait pour s'habiller. J'enfilai ma chemise ainsi que ma veste et mes chaussures et allait vérifier si le cadavre de Percy était toujours là. Je vis le drap, toujours au même endroit ! Pas encore venu pour retirer ce porc.

Je retournai rejoindre Hélène dans la salle de bain. Il y faisait bon et l'eau était bien chaude. Je la transvasai dans un seau et après l'avoir mise à bonne température je la versai sur Hélène ainsi que sur moi-même pour nous rincer. Le système de la salle d'eau était simple et efficace. Dans un coin avait été aménagé comme une sorte de bassin où il était possible de se décrotter avant de plonger dans le bain.

Hélène préférait se laver les cheveux ici parce que c'était plus facile que dans la baignoire. Ce fut avec plaisir que je l'aidai de mon mieux. Elle me tournait le dos et j'avais une vue magnifique sur son fessier. Quand je rinçai ses cheveux, elle recula un peu et nos peaux se frôlèrent puis entrèrent en contact. Je ne pu résister et l'enlaçai. Il y eu une réaction immédiate en bas de mon ventre… Hélène me tournait toujours le dos mais elle ne tenta pas de se dégager en sentant mon sexe se dresser contre ses fesses. Mes mains la caressèrent sur tout l'avant et je la sentis se cambrer contre moi.

Je descendis la main pour m'occuper de son sexe et le lui titiller. Elle oscillait de haut en bas contre moi, folle de désir.

Je posai ma main sur son épaule et le fis se tourner vers moi où elle vint se coller. Nos corps étaient trempés, les cheveux dégoulinant d'eau mais je n'en avais cure ! On s'embrassait passionnément et plus rien ne comptait ! Sa main me caressait un peu plus vite que tout à l'heure. Il fallait calmer le jeu et je lui murmurai d'aller plus doucement.

Bien qu'elle soit six centimètres plus petite que moi, elle avait de grandes jambes. Nos sexes étaient presque à même hauteur. Ce fut elle qui le pris, le mit à la verticale en dessous d'elle et ondula lascivement contre. Je le sentais se glisser dans les plis de son sexe humide. Le mur n'était pas loin et je la fis reculer contre. Mes mains l'empoignèrent en dessous des fesses et je la soulevais pour la mettre à ma hauteur. Ses bras se nouèrent autour de mon cou.

- Mes mains sont occupées, lui dis-je lubrique. Tu peux t'occuper du reste ?

- Volontiers ! me répondit-elle tout en le prenant en main et en le positionnant au bon endroit.

Je m'enfonçai en elle et lui fit l'amour avec ardeur tout en laissant mes doigts lui caresser le sexe. Elle jouit avant moi et je la suivi de près. J'avais ralentit le rythme pour pouvoir profiter un peu plus de sa jouissance.

Nous restâmes quelques minutes, pantelants avant de reprendre notre souffle. J'avais les jambes en coton.

- Va rechercher de l'eau si tu veux bien, me dit-elle essoufflée elle aussi. Nous devons encore nous rincer !

Quand ce fut fait, sans dérapage cette fois, je rempli la baignoire d'eau. Elle était plus grande que la moyenne, en fonte émaillée et nous tiendrons dedans sans problème.

Je m'y plongeai le premier et Hélène se mit devant moi. Habitude dangereuse ! Je lui en fis part et elle rigola de bon cœur.

- Ne t'inquiète pas Sherlock, je te surveille toi et le grand exalté d'en bas ! Mais comme j'ai envie de me faire frictionner le dos, je n'ai pas le choix. J'invertirai les positions pour laver le tien.

- Rassures-toi ! lui répondis-je en passant l'éponge sur ses épaules. Le « grand exalté » est fatigué. Il lui faut un certain temps pour récupérer. Tu risques d'avoir la paix dans le bain…

- Tiens, me demanda-t-elle, j'ai rêvé où il m'a semblé que… l'autre a pris un sérieux coup dans son ego quand il a vu ta virilité en action ?

- C'était un crétin ce type ! Juste bon a terroriser les plus faibles et a tabasser des femmes ! Fort avec une arme, mais incapable de se défendre sans rien dans les mains… Et pour répondre à ta question : oui, ça lui fait un coup dans sa fierté ! Quand on voit à quoi il attachait de l'importance, on comprend quel genre de crétin il était.

- Un crétin sans doute, mais il a ruiné ma vie, mon âme, ma vertu… ! Moi qui croyait que j'allais repartir sur de bonnes bases…

- Chut, lui dis-je en passant mes bras autour d'elle pour la serrer fort. Il n'y a pas eu accès… Ton âme et ton cœur n'appartiennent qu'à toi. Ne laisse pas ce fils de pute continuer à te faire du mal après sa mort ! Tu es vivante et ton sens de la répartie est toujours intact !

- Merci Sherlock, ta présence me fait le plus grand bien. Qui pourrait croire que le grand détective est un homme gentil, doux et avec de l'humour à revendre ! D'accord, humour noir, grinçant et cynique… Un peu dépravé et débauché aussi !

- Tu es une demoiselle très effrontée, insolente, impertinente et ton humour ne vaut pas mieux que le mien ! Très grivois et parfois même osé ! Et en plus légèrement voyeuse en ce qui concerne mes fesses !

Ma réplique la fit rire. Elle n'avait pas tort, que ferait-elle ensuite… Plus personne ne la ferait rire. Du moins pas avec cet humour là !

Le silence retomba et je la savonnai comme il faut et ensuite ce fut elle qui me nettoya. L'eau étant toujours chaude, et Hélène voulait rester encore dans l'eau pour se détendre. L'idée n'était pas mauvaise. J'ajoutai quand même un seau d'eau plus chaude et je replongeai dans la baignoire avec délectation. Elle devait aimer le danger avec moi car elle repris sa place devant moi et s'appuya sur mon torse. Je l'enlaçai et nous restâmes ainsi sans bouger.

- Dis-moi Sherlock… me demanda-t-elle tout à coup. Quand l'autre t'a demandé qui tu avais connu comme femme avant…

Ça y est ! Nous y étions ! Le seul sujet que je ne voulais pas du tout aborder était arrivé sur la table ! Il allait falloir mentir… J'anticipai et tentai de couper court :

« Je lui ai raconté n'importe quoi ! Il était prêt à te défigurer, alors j'ai inventé quelque chose pour lui donner satisfaction. Le premier prénom qui m'est venu à l'esprit…C'est tout ! ».

- Tu devrais consacrer ton temps libre au théâtre ! me dit-elle narquoise. Tu brûlerais les planches en empochant tous les plus grands rôles…

- Mais j'ai joué au théâtre quand j'étais plus jeune ! lui répondis-je étonné par sa réponse. Et dans ma vie professionnelle j'utilise toujours mes talents pour me déguiser ou jouer le rôle de quelqu'un d'autre. Quel rapport ?

- Ne me raconte pas des mensonges Sherlock, pas à moi ! Gardes-les pour Watson à la rigueur… J'ai un cerveau et je sais l'utiliser !

- Je sais ! fis-je sur la défensive. Jamais je n'ai insinué que tu étais idiote, loin de là !

- Alors pourquoi me prends tu pour une idiote maintenant ? Ce n'est pas à lui que tu as menti, mais à moi…

Je voulu dire quelque chose mais son doigt vint se poser sur mes lèvres.

- Je vais te démontrer pourquoi je ne te crois pas ! Si tu avais réellement pris le premier prénom qui te venait à l'esprit, tu en aurais pris un plus courant, dans le genre de : Mary, Elizabeth, Victoria, celui d'une de tes « connaissances » ou d'une cliente récente. Mais là, tu as donné un prénom peut courant en Angleterre, de plus, tu l'as prononcé à la française ! Un peu comme si tu avais donné un prénom italien avec la prononciation de chez eux… Donc tu lui as dit la vérité car tu as eu trop peur qu'il ne me fasse du mal… C'est tout à ton honneur parce que il aurait pu ne pas respecter sa parole. Quand tu as prononcé son prénom, l'impression que j'aie eu était que ça te faisait mal de devoir en parler à lui. Et quand il a osé sous-entendre que c'était une… je ne dirai pas le mot que lui a dit… tu t'es rué dessus comme une bête enragée et tu l'as démoli ! La première fois tu avais retenu un peu tes coups, mais là j'ai vraiment cru que tu allais le tuer ! Je l'ai espéré d'ailleurs. Tu as déchaîné une telle violence…

Les femmes aussi belles qu'Hélène, avec un esprit logique, intelligent et un sens des déductions en parfait état de marche, ça devrait être interdit ! Elle était douée elle aussi pour lire en moi ! J'avais une boule au fond de la gorge qui m'empêchait de lui répondre. Je laissai tomber mes bras le long de mon corps et posai mon front contre ses cheveux et tout en poussant un long soupir de mélancolie.

Elle se rendit compte tout de suite de mon changement d'attitude car sa main se posa sur ma cuisse.

- Oh Sherlock, me dit-elle mi-troublée mi-inquiète. Pourquoi ne m'as-tu pas répondu que cela ne me regardait pas ? Je n'aurais plus rien dit sur le sujet… Je sais, c'est de ma faute, j'aurais du comprendre que sous ton mensonge éhonté se cachait une envie d'éluder ma question. Pardonne-moi, je parle trop…et j'ai fais une gaffe.

- Il était trop tard pour t'arrêter de toute façon, lui répondis-je en soupirant à fendre l'âme. Tu avais mis le doigt dans la plaie béante que l'autre avait réouvert. Quand je te disais que moi non plus je n'en sortirais pas indemne de cette matinée…Le salaud !

- Désolé Sherlock, je crois bien que nous les femmes sommes trop curieuses.

- Oui ! Je l'avais remarqué depuis longtemps… Mais toi, tu es la plus terrible ! Tu es intelligente et ton esprit de déduction fonctionne bien… Trop bien même ! Ne fais jamais le même métier que moi, tu marcherais dans mes plates-bandes et j'aurais du souci à me faire…

Je basculai la tête en arrière pendant quelques instants puis repris ma position initiale. Hélène n'osa pas se tourner vers moi lorsqu'elle me sentit revenir me coller contre son dos. Je ne lui en voulais pas, je lui avais menti et elle m'avait démontré brillamment que c'était un mensonge. Mes mains se posèrent sur ses épaules et je la fis sursauter. Elle se tourna penaude vers moi avec un regard de chien battu. Tout doucement je la ramenai contre moi et remis mes bras autour de ses épaules. Elle resta un peu tendue au début puis elle se laissa aller.

- Tu as bien dis que ce qui c'était passé aujourd'hui ne sortirait pas de ces murs ? lui demandais-je. Que tu n'en parlerais à personne ?

- Si un jour je sens le besoin de me confier à quelqu'un je ne parlerais pas de ce que Percy t'a obligé à me faire, ni de ce que je t'ai demandé, ni de ce que tu m'as confié… On mentira sur ce qui s'est passé ou on se taira…

- Tu avais raison : j'ai essayé de te mentir pour éviter que tu en parles… Je crois que j'aurais mieux fait de te dire que ça ne te regardait pas… Mais te connaissant, tu m'aurais harcelée avec ça le restant de mes jours ! Quand tu poses une question, tu veux une réponse satisfaisante. Il me suffit de repenser à la requête que tu m'as adressée dans le jardin ce matin. Mes réponses ne te convenaient pas et tu n'as pas lâché le morceau avant que je te dise ce que je pensais. J'ai essayé d'éluder beaucoup de tes questions mais je ne sais pas pourquoi, ça ne marche pas avec toi ! Tu reviens à la charge plus tard ! Tu en a appris plus sur moi en moins de deux jours que Watson en plusieurs années !

- Dans le jardin tu m'as sortit un prétexte fictif ! me rétorqua-t-elle doucement.

- Je n'ai aimé qu'une seule femme dans ma vie Hélène… Je fais un bien piètre spécialiste en affaire du cœur…

- C'était avec elle la « pratique » ? Oups ! dit-elle en mettant sa main devant sa bouche. Je pense tout haut et je ne devrais pas.

- Oui à la question… Tu as la preuve que je ne suis pas un coureur de jupons !

- Effectivement…Je crois qu'il me faudra à moi aussi du temps avant que je n'accorde de nouveau ma confiance à un homme ! Quand on est déçu par quelqu'un, il faut du temps pour s'en remettre… Et encore, moi je n'ai été fiancée que quelques mois et je ne l'aimais pas… Mais cinq ans… Il y a de quoi avoir envie de réfléchir à deux fois avant de se relancer…

- Hélène, j'ai quand même menti à Percy sur un point… Elle ne m'a pas quitté pour les bras d'un autre… mais elle est… décédée.

Je laissai échapper un autre soupir. Je faisais des progrès moi : non seulement j'avais prononcé son prénom mais en plus j'avais dit le mot fatidique.

La pauvre Hélène ne savait plus où se mettre ! Elle avait sans doute pensé que c'était une rupture plus « conventionnelle ».

- Oh bon sang ! Je crois que je vais me laisser glisser au fond de la baignoire et ne plus en sortir. Comme tu avais dit que… j'ai cru que tout était véridique.

- Je ne voulais pas lui donner l'occasion de me faire souffrir un peu plus. Et je t'interdis de te noyer au fond de la baignoire !

- Si de honte… Oh mon dieu ! s'exclama-t-elle. Hier matin, au petit-déjeuner ! Quand tu es dit que la véritable tragédie c'était quand l'un des deux mourait et que l'autre devait continuer son chemin seul… Tu parlais de toi…

- Oui, répondis-je en soupirant.

- Quand je pense que ce matin, dans le parc, je te posais des questions sur ta vie privée… et quand je repense à ce que j'ai osé te demander… si j'avais su que tu étais veuf depuis peu… jamais je n'aurais osé…

- Je crois que je vais t'expliquer quelques détails, sinon tu vas vraiment être obligé de te noyer…

- Ah oui, dit-elle soudain en comprenant son erreur. Je n'avais pas réfléchi ! Pas veuf depuis peu sinon Watson serait au courant !

- Ecoute, je crois que je vais rectifier certaines de tes erreurs : cela va faire bientôt dix ans qu'elle est… décédée et nous n'étions pas mariés… et Watson n'étant pas au courant, je souhaite qu'il en soit toujours ainsi.

Comme elle me tournait le dos, je ne pouvais pas voir les expressions de son visage. Mais je vis quand même les rouages de son cerveau tourner à plein régime. Elle calculait et quelque chose clochait.

- Non, lui dis-je, tu sais encore faire des calculs…

Elle tourna sa tête vers moi, les sourcils froncés et me dit :

- Tu as quel âge Sherlock ? Trente ans ? Ou beaucoup plus ?

- Je viens d'en avoir vingt-neuf en janvier…

- Il y a quelque chose qui ne va pas dans ton histoire ! Tu as menti sur un chiffre ?

- Non ! Sur aucun ! J'avais dix-neuf ans lorsqu'elle est…

- Oh bon sang ! Mais alors… tu avais quatorze ans quand tu l'as rencontré ? Et elle ?

- Le même… Mais nous faisions plus que notre âge. Les événements de la vie nous ont rendu mature très tôt. Je toisais déjà le mètre septante alors. Depuis, j'ai pris dix centimètres de plus. Mais oui, nous étions jeunes et écorchés vifs… Maintenant je vais clore le sujet.

- Attends ! Tu es as trop dit ou pas assez !

- Non Hélène ! Tu en as appris beaucoup sur moi en deux jours. Le sujet est clos et je n'y reviendrai jamais plus. C'est trop douloureux. Passons à autre chose et met ta foule de questions au rebut !

- Je sais que tu caches encore beaucoup de choses… Je respecterai ton silence et te remercie aussi de la confiance que tu m'as accordée… Mais j'ai quand même honte de t'avoir demandé de … Si tu m'avais dit à ce moment là que…

- L'amour et le sexe sont deux choses distinctes… Je ne veux plus être amoureux : c'est trop atroce lorsqu'on se retrouve sans l'épaule qui vous supporte…mais tout à l'heure, je t'ai cédé en toute connaissance de cause. C'est juste deux adultes qui passent du bon temps… Rien à voir avec les sentiments amoureux…

- Et toutes tes petites plaisanteries sur « madame Holmes », ce n'était quand même pas de elle que tu parlais ?

- Je ne me le serais jamais permis ! Ma plaisanterie visait une femme imaginaire…

Un hochement de tête fut sa réponse. L'eau refroidissait, alors nous décidâmes de sortir et de nous habiller en vue de notre retour à l'auberge.

Je la frictionnai sur tout le corps et elle fit de même pour moi. La voir nue, passer le drap sur son corps et me faire frotter partout pour me sécher ralluma la flamme. Cela se termina sur son lit encore une fois… Ce fut plus calme que dans la salle de bain, je pris mon temps de savourer…

Après cette nouvelle orgie – la quatrième déjà – nous décidâmes qu'il était temps de nous rhabiller. Je posai un pansement sur sa blessure. Heureusement, les plaies n'avaient pas trop saignées. Les blessures physiques seraient plus longues à cicatriser… Je récupérai ma chemise mais lui promis de la lui laisser demain.