* renvoie à Porcelaine, ** renvoie à Jusqu'ici tout va bien, *** renvoie aux deux

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Chapitre 10

- Alors, ton boulot ?

Bra leva la tête vers Pan. Elle était accoudée au bar de sa cuisine tandis que Pan se préparait un cocktail compliqué avec application, le livre de recette ouvert devant elle.

- Hmmm, on a un vrai problème en ce moment, marmonna Bra

Pan lui jeta un coup d'œil distrait en attendant la suite de ses explications, pas forcément concentrée sur le sujet.

- Tu connais le Dr Dragan ? demanda Bra.

- Dragan ? Eh, oui, bien sûr… J'ai beaucoup bossé sur ses recherches. J'ai entendu dire qu'il lui était arrivé un truc bizarre. Il a pété les plombs ou un truc dans le genre…

Bra eut envie de sourire. Trunks avait raison, Pan semblait spécialiste des travaux de Dragan. Rien d'étonnant à ce qu'ils se connaissent.

- Il a l'air d'être subitement parti en voyage. Il travaillait pour nous et il a déserté du jour au lendemain. On doit absolument le remplacer, expliqua Bra en se donnant les apparences de la décontraction.

Pan se figea. Son expression de tranquillité laissa place à une certaine méfiance. Elle fixa Bra qui fit mine de ne rien remarquer, focalisée sur le contenu de son verre avec lequel elle jouait distraitement.

- Si c'est ton domaine, ça t'intéresse peut-être ? avait fini par hasarder Bra.

Elle avait lâché ça avec une nonchalance toute feinte, qu'elle avait trouvée si pathétique, après coup. Bordel, Pan était son amie, ne pouvait-elle pas simplement lui dire « J'ai besoin de toi, mon frère a été un fumier avec toi mais il paraît que c'est vital pour la Capsule, alors, je te demande, en amie, d'accepter de bosser pour nous ! » ?

Mais non, elle ne pouvait plus lui dire ça. D'abord parce que Pan pouvait répliquer que Bra, elle-même, n'avait pas été très classe avec son oncle. Et aussi, parce qu'il semblait que la famille Briefs s'illustrait par son égocentrisme dans toutes ces histoires. Dans ces conditions, Bra se sentait un peu miteuse de demander encore une faveur.

Si Bra avait pu remonter le temps et si tout ça était à refaire…Mais ça ne l'était pas. Et il fallait donc aborder Pan par des chemins de traverses tout à fait misérables parce que son frère semblait dans un tel état de transe avec la disparition de ce mec.

- Tu veux dire, si ça m'intéresse de bosser pour la Capsule ? articula Pan assez sèchement.

- Ouais, tu pourrais peut-être reprendre ces travaux, ça a l'air d'être ton truc, non ? ça pourrait t'aider pour ta thèse et t'aurais plus à donner ces cours aux étudiants de première année que tu ne supportes pas.

Pan s'accouda en face de son amie et se pencha un peu vers elle en plantant ses yeux dans les siens. Bra vacilla. Pan n'était pas idiote. Elle avait, à coup sûr, deviné que derrière son air détaché, Bra était en fait en train de la supplier de lui rendre un service.

- C'est ton frère qui a eu cette brillante idée ? demanda Pan avec, ce qui apparut à Bra comme une sorte jubilation dans la voix

Bra soupira et baissa la tête sans répondre, certaine que sa tentative venait d'échouer lamentablement. Pan était son amie et Bra restait persuadée que ce n'était pas une bonne idée de la rapprocher de Trunks à nouveau.

- C'est d'accord.

L'esprit de Bra eut du mal à décoder les sons qui sortirent de la bouche de Pan. Elle se redressa subitement avec un air incrédule. Pan lui souriait triomphalement.

- C'est d'accord, répéta-t-elle.

- Tu… Tu veux bien bosser pour nous ? bégaya Bra.

- Pourquoi pas ?

- Mais… Je croyais… Je sais ce que Trunks t'a fait, et je comprendrais que…

- Ne t'inquiète pas pour moi, coupa Pan avec agacement. Trunks m'a déçue parce que je me suis trompée sur son compte.

Bra la fixa avec perplexité. Elle se fit la réflexion qu'en temps normal, Pan ne supportait même pas qu'on prononce son nom et elle pointait maintenant une réalité qu'elle n'avait jamais voulu entendre et qui l'avait menée à sa perte.

- Je veux beaucoup d'argent, souligna Pan.

- Euh… si tu veux. Mais… tu as des problèmes d'argent ?

- Je veux que ça coûte un max à Trunks.

Bra leva les yeux au ciel. Pour l'instant, c'était à Bra que ça coûtait le plus, toute cette affaire. Quant à atteindre Trunks par son portefeuille…C'était une idée un peu tordue.

- Mais t'inquiète pas, en tout cas, reprit Bra, tu ne seras pas obligée de le voir. On s'arrangera pour éviter que vos chemins se croisent.

- Ah, mais si, au contraire, je ne veux rendre de comptes qu'à lui, objecta Pan avec détermination.

Bra fronça les sourcils. L'attitude de son amie commençait à lui échapper définitivement. Toute cette conversation était à l'opposé de ce qu'elle attendait. Elle fouilla dans ses poches à la recherche de son paquet de cigarettes.

- T'es sûre ? marmonna Bra avec inquiétude.

- Certaine.

En sortant son paquet, Bra remarqua une carte dans sa poche. Elle la sortit pour vérifier de quoi il s'agissait. C'était une carte de visite « Néro Shark ». Il y avait une adresse et un numéro de téléphone imprimé en lettre encrée. Bra resta en arrêt. Quand ce petit enfoiré avait-il glissé sa carte dans sa poche ?

- Tu le connais ? demanda la voix de Pan, la ramenant à la réalité.

Elle s'était penchée pour déchiffrer la carte.

- Plus ou moins, répondit Bra distraitement en posant la carte pour extraire une cigarette du paquet, et toi ?

- Je suis sortie avec ce mec, y a deux ou trois ans…

Bra haussa les sourcils avec étonnement.

- Une espèce de gothique déjanté ? questionna Bra.

Pan éclata de rire.

- Exactement, c'est lui !

- Et alors ?

- Et alors, déjanté, c'est le mot… Il organise des soirées mémorables ceci étant.

Bra tiqua un peu à l'idée d'une soirée « Cuir et dentelle » avec Pan au milieu. Mais sa curiosité était piquée par la révélation de Pan.

- Ça a duré longtemps ?

- Non, je sais pas un mois ou deux. Trop taré pour moi, tu me connais…

Bra sourit en pensant que, précisément, elle n'était plus certaine de connaître son amie si bien que ça.

- En tout cas, pour la Capsule, dis à Trunks qu'il m'appelle. Je veux bien accepter mais à mes conditions, reprit Pan

Cette phrase avait tout particulièrement déplu à Bra. Elle connaissait suffisamment Pan pour comprendre qu'elle avait une idée derrière la tête. Une sorte de vengeance ?

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Deux jours plus tard, scrutant le plafond de sa chambre, elle se repassait la discussion mentalement et sentait un certain malaise l'envahir. Elle aurait dû refuser de faire l'intermédiaire. Trunks n'aurait jamais eu le cran d'appeler Pan lui-même et il aurait certainement trouvé une autre solution, comme aller chercher l'autre scientifique à l'autre bout de la Terre, par exemple.

Bra avait passé le message à son frère qui avait paru un peu stupéfait, mais surtout extrêmement soulagé. « Je vais l'appeler, alors » avait-il conclu simplement. Elle s'inquiétait pour lui. Elle ne savait pas précisément ce qui se passait mais, malgré les efforts qu'il déployait pour donner le change, elle devinait que Trunks se faisait un sérieux souci avec cette affaire.

Bra se redressa subitement. Elle avait précisément projeté de passer un splendide week end, chez elle, devant une série de films tout spécialement choisis pour leur débilité, apte à empêcher son crâne de fonctionner trop. Trunks, Goten, Néro Shark, Pan, Livia Stunt, tous, ils lui tapaient sur le système, elle voulait un peu de tranquillité.

Elle saisit la télécommande et l'actionna d'un geste déterminée pour lancer sa machine à rêves qui enclencha le premier DVD.

- Bra !

Elle se réveilla d'un coup. Le générique de fin du premier film (ou était-ce le second ?) défilait sur l'écran.

Elle se frotta les yeux pour aider ses paupières à se relever complètement. Son père venait de l'appeler. Elle se leva péniblement en scrutant sa montre. L'après-midi avait déjà bien avancé.

- Quoi ? cria-t-elle, sans vraiment attendre de réponse.

Son père ne répondait jamais. Elle le rejoignit au rez-de-chaussée. Il était déjà en train de se diriger vers le laboratoire de sa mère. Il lui fit un signe du pouce vers la porte d'entrée et lui jeta un regard suspicieux avant de poursuivre son chemin sans un mot.

Elle leva les yeux au ciel. Il était si asocial que c'était déjà un miracle qu'il ait répondu au coup de sonnette à la porte. Il aurait pu planter le visiteur sur le seuil, porte ouverte si elle ne l'avait pas entendu l'appeler.

Elle ouvrit la porte en grand et eut la surprise de trouver Néro Shark sur le perron.

- Toi ? Tu ne te lasse jamais ? s'écria-t-elle.

Il sourit d'un air malin.

- Il est l'heure, Cendrillon.

- Je t'ai dit non. J'ai des trucs à faire, protesta Bra.

- Du genre ? Traîner en jogging dans ton immense maison toute vide avec ton boute-en-train de père ?

Bra croisa les bras en fronçant les sourcils mais il garda son air tranquille et sûr de lui.

- Viens rigoler un peu, insista-t-il sur un ton presque implorant.

Bra s'appuya contre le chambranle de la porte.

- Ecoute… Je ne sais pas vraiment comment te dire, soupira Bra.

- Bon, alors ne dis pas. C'est juste une soirée. On fait un deal. Si tu t'amuses pas, je te laisse tranquille. C'est honnête, non ?

Bra le regarda en coin. Sans savoir pourquoi, elle avait envie de rire. Taré. En même temps, elle ne comprenait pas sa persévérance. Il avait du temps et de l'argent, il était même assez beau garçon. Pourquoi s'acharner sur elle ? Il ne la connaissait que très vaguement dans le fond. Subitement, il sortit son téléphone en lui faisant signe d'attendre.

Elle l'observa avec curiosité. Il commanda un taxi. Elle écarquilla les yeux.

- Tu fais quoi ? lui demanda-t-elle finalement.

- Moi ? Je rentre chez moi, je te signale que j'organise une super-fête dans quatre heures. J'ai du boulot. Tiens !

Il lui balança un trousseau de clés qu'elle attrapa instinctivement et elle reconnut immédiatement celles de la voiture.

- Mon adresse est dans le GPS, ramène la moi, à l'occasion, lança-t-il avec un clin d'œil.

Elle ouvrit la bouche mais n'eut pas le temps de réagir plus, il s'éloignait déjà.

- Ce soir, c'est mieux ! cria-t-il encore, avant de rejoindre la rue où un taxi venait déjà de s'arrêter.

Un peu abasourdie, elle resta figée sur le pas de la porte, les doigts encore crispés sur les clés.

Elle referma la porte sans quitter des yeux l'objet dans sa main. Elle soupesa un instant le trousseau en réfléchissant. Un sourire machiavélique étira bientôt ses lèvres. Après tout, ça ne coûte rien, autant en profiter. Elle prit tout juste le temps de passer une tenue plus civilisée et saisit son sac.

Elle sortit et repéra l'objet de sa convoitise garée à quelques mètres de l'entrée. Elle refit un tour du véhicule avant même de déverrouiller. Puis, elle actionna le système d'ouverture à distance et prit son temps pour s'installer sur le siège en cuir et régler le poste conducteur à sa taille.

Elle finit par refermer la portière et inhala l'odeur de l'habitacle avant de mettre le contact. En tournant la clé, elle constata avec satisfaction que le plein était fait. Elle enclencha la première et déboita un peu brusquement sur la chaussée.

Après tout, pour se vider la tête, la perspective était quand même un peu plus excitante que des DVD débiles.

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