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Reduced
Des douleurs plus profondes et inattendues bouleversent le quotidien de l'homme au bonnet...
Chapitre 10 - Quelqu'un de mauvais
Un simple « oui » qui chamboula tout le quotidien d'Ai Haibara.
Conan avait prononcé cela de la manière la plus simple possible. Sans attendre de réponse de la fille aux cheveux auburn, il se retourna mains dans les poches et continua la route qu'il avait décidé de prendre pour se rendre au snack qu'il indiqua à Ai du bout du doigt. Elle hocha la tête.
La situation était plus difficile à accepter pour la jeune fille. Son cœur battant la chamade, elle suivit le pas avec un certain déséquilibre, encore sous le choc. Non pas qu'elle ne doutait pas des sentiments du petit détective, mais jamais celui-ci n'avait été aussi explicite qu'aujourd'hui, et cela rendait le tout plus compliqué. Sans doute pensait-elle attendre plusieurs semaines, voire des mois, avant de répondre pour calmer le jeu. Mais le rajeuni en avait décidé autrement.
Marcher droit. C'était la clé pour ne pas montrer ce qu'elle ressentait. De l'anxiété.
Elle rattrapa le petit garçon à lunettes et entreprit de ne pas agir différemment de la matinée qu'ils venaient de passer, ici, à acheter des vêtements et des petits gadgets que son compagnon avait repérés en dehors des magasins. Un vrai gamin.
Il était difficile de ne pas détourner le regard de l'horizon qui dévoilait de plus en plus de visages, tant les visiteurs se faisaient de plus en plus nombreux. Le regard pesant de l'homme qu'elle aimait était-il posé sur elle ? C'était une question qui se devait de rester, pour le moment, sans réponse alors qu'elle n'osait pas confirmer ce doute en pivotant son visage. Une confirmation qu'elle allait devoir reporter à plus tard, la boule au ventre, pour la première fois de sa vie.
Akemi lui avait expliqué il y a très longtemps ce que cela signifiait. Jamais elle n'avait pu comprendre ce ressenti. Elle n'avait jamais eu de véritable relation excepté avec Gin, un rapport entre haine et nudité volé. Mais cela était secrètement enfermé dans des souvenirs au plus profond de son être, et il était hors de question de revenir dessus.
Alors qu'elle suivait le pas, côte à côte avec son ami, une silhouette familière se trouvait face à eux, marchant mains dans les poches comme à son habitude.
Haibara fut terrifiée. C'était très mauvais. Conan ne le remarqua pas tout de suite, plongé dans ses pensées. La petite scientifique se retint de s'agripper à la manche de son camarade, faisant tout son possible pour éviter le sombre regard que Shûichi Akai lui lança en approchant d'elle.
Ils se croisèrent. Le silence régnait et personne n'arrêta sa course pour commencer la discussion.
Il ne saurait l'expliquer, mais l'agent du FBI sentit un pincement au cœur qui lui était douloureux. Un écouteur se trouvait dans son oreille, rejoignant le téléphone qu'il tenait fermement de sa main droite au fond de sa poche, à l'abri du froid qui l'enveloppait. Un sourire narquois s'étira sur les lèvres froides du garçon au bonnet, qui se retourna lorsqu'il était persuadé que ses deux collègues ne le regardaient pas depuis le bout du couloir de l'étage.
« Contre ta volonté, je dois la protéger. Même si ça implique de vous séparer. » pensa-t-il.
Akai continua son chemin en grimaçant.
« J'ai renoncé à ces sentiments dont je n'ai guère besoin, alors pourquoi suis-je autant affecté ? » réfléchit-il. « Ce béguin qui est en moi se réveille à nouveau. Ce n'est pas une bonne chose. »
Une petite voix dans son oreille le guida jusqu'au parking, dans lequel il grimpa à bord d'une voiture de base décapotable, blanche, au toit noir. Une femme aux cheveux blonds raccourcis lui sourit en le saluant, tournant la clé permettant le démarrage du véhicule sous le rugissement du moteur, à peine chaud.
Shûichi mit sa ceinture puis croisa les bras, l'air perdu.
- Cette tête... je l'ai déjà vu, déclara Jodie. C'était lors de notre rupture.
Doucement, un rictus se dessina sur son visage fermé. Et se sourire devenu un petit rire libérateur, qui entraina un haussement de sa voix. Il ria quelques secondes avant de frotter son visage, au niveau de ses yeux.
- Ces scènes qui se répètent me donnent la nausée, répondit-il. Jodie, suis-je quelqu'un de mauvais ?
Cette question la figea.
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Haibara ne cessait d'essayer de traduire le regard que lui avait lancé Shûichi, anciennement le membre de l'Organisation Rye.
Elle se servit un verre de son jus de fruit favori avant de porter ce dernier devant son regard ennuyé, contemplant le reflet des rares rayons du soleil qui étaient filtrés au travers des nuages gris de la capitale japonaise. Cette liqueur qui était de la même couleur que le Sherry lui rappelait de sombres souvenirs, d'une époque qu'elle ne souhaitait plus entendre parler. L'oublier était même adéquat.
Conan se rassit à table après avoir été chercher un plateau-repas. Voyant la scientifique rajeunie s'amuser en balançant son verre de gauche à droite comme le ferait un enfant de la moitié de son âge, il hésita à lui poser la question fatidique, mais se résigna au dernier moment.
Ce fut à elle de lui arracher les mots de la bouche.
- Tu te demandes ce que je ressens pour toi, hein ? demanda-t-elle.
Son futur, et elle l'espérait peut-être au fond d'elle, petit ami sourit.
- Je crois déjà le savoir, répondit-il. Mais je me demande juste et surtout pourquoi tu m'as posé cette question aussi... rapidement ?
- Je voulais la confirmation.
Conan baissa la tête.
- Est-ce que tu aimes Shûichi ?
Vide. Silence.
Un froid soudain envahit les lieux. Haibara ne sait quoi dire, quoi répondre, si bien qu'elle se retrouve figée sur sa chaise comme si une force surhumaine l'avait vissée sur cette dernière. Une pareille question en retour de ce qu'elle lui avait posé plus tôt, c'était la balle qui revenait au lanceur. Mais à en juger du regard du détective, il souhaitait entendre la réponse.
Elle eut un temps d'hésitation. Ses doigts se baladaient sur son verre, et sur son chemisier. Elle était gênée.
Pourquoi ? Aimait-elle vraiment Akai ? C'était la question auquel elle-même n'avait pas vraiment de réponse. Lui était très confus et distant avec ses sentiments, quand à elle... c'était plus compliqué.
Aimer deux personnes à la fois, est-ce quelque chose de mauvais ?
- J'ai une attirance pour lui, répondit-il sincèrement. Rien de très gros. Contrairement à toi. Je ne sais pas comment l'expliquer.
- C'est bon, poursuivit Edogawa. J'ai compris, ne t'en fais pas.
« Un béguin. Rien de plus. » pensa-t-il. « Mais comment Akai va-t-il réagir... tout à l'heure, je ne l'ai vu qu'au dernier moment, mais Ai avait l'air terrorisé. »
Le repas terminé, les deux enfants quittèrent les lieux pour continuer leur journée.
[==]
Dans la voiture en route pour la résidence Kudo, Jodie resta silencieuse une grande partie du trajet.
Akai était comme ça. Il aimait les femmes qui ne parlaient pas trop. C'était une qualité d'Akemi, qui n'était ni trop bavarde ni pas assez. Elle était le juste milieu et avait son propre caractère, bien à elle, mais attachant. Un charme qu'il n'avait trouvé chez aucune autre femme, ni même sa sœur, malgré son béguin. Ce sentiment enfoui dans son cœur.
L'agent du FBI ne voulait plus y penser. Qui était-il après tout ? Un homme qui courait après les jeunes filles ? Non. Il était le Silver Bullet de l'Organisation, c'était un pion majeur.
Du coin de l'œil, il vit l'hésitation de sa collègue à lui poser une question.
- Pose ta question, dit doucement Shûichi en souriant.
« Cet homme... » pensa Jodie en ricanant.
Elle toussota.
- Comment ça se passe cette nouvelle vie en tant que gamin de primaire ?
- Assez mal, répondit-il directement.
Son étonnement ne surprit pas Akai.
- Tu ne comprends pas ? s'étonna-t-il. Jodie, je suis un enfant de sept ans qui vit seul dans une maison bien trop grande pour moi. Financièrement je n'ai plus rien, je ne vis qu'avec mes économies et ce que Yukiko accepte de me fournir. Je refuse catégoriquement son argent.
- Mais ton salaire ?
- Allons, un enfant ne gagne pas le salaire d'un agent du FBI. Cela n'aurait aucun sens. D'ailleurs, je ne me sers plus de mon compte bancaire. C'est Black qui m'a viré mon livret. Un risque en moins.
Un petit silence eut lieu quand, tout en baissant la tête, Shûichi avoua ce qu'il portait sur le cœur. Ce fardeau qu'il n'avait jamais supporté.
- C'est insupportable. J'ai l'impression d'être revenue en arrière, avec mes parents. Là où Conan a du soutien, tout comme Sherry, moi je n'ai personne. Tout simplement car je suis censé être mort. Je suis bien de nouveau plongé dans mon enfance. Mais il y a pire...
- Pire ? répéta Jodie.
Il se tourna, regard acéré.
- J'ai affaire à un ennemi inattendu qui pose bien des ennuis...
Parlerait-il de Conan ? Bien sûr que oui, c'est assez clair.
Malheur. La situation a l'air d'empirer. Prochain chapitre, on clôture cette journée au centre commercial. Et celui d'après, ce sera la "phase 5" (je différencie les groupes de chapitres avec ce nom sur mon Google sheets :')) avec les trois derniers chapitres. Monstrueux.
Pour la petite question, oui Bourbon/Amuro apparaîtra. Je l'avais dit à un moment, c'est encore d'actualités. En fait ce sera dans la scène finale en flashback. Ni fanservice ni caméo, juste pour le scénario. :)
Une suite avec Amuro rajeuni... mh... non, je réfléchis trop. x)
Merci à Mieko, Watson et Pyro ! :)
