Auteur
:
Sayuri Nobara
Base
:
Nightmare x Merry x Vidoll x the GazettE
Pairing
: Sakito
x Gara ; Sakito x Ni-Ya ; Hitsugi x Nori ; Tero x Uruha
Genre
:
AU / Adolescence / Amitié / Romance / Yaoi…
Titre
:
Dear Close Friends
Chapitre
10 : Romeo
and Julie
Dès le matin, le manoir sembla s'éveiller en pleine effervescence. Kanagure allait d'un bout à l'autre de la bâtisse, fredonnant une vieille chanson japonaise dont certains mots échappaient totalement à la compréhension d'un Sakito encore endormi, mais pourtant progressivement bien réveillé par l'enthousiasme qui lui gagnait le cœur. Il n'aurait bientôt plus personne dans les pattes. De l'autre côté du mur de sa chambre, la douce mélodie du piano s'élevait jusqu'à lui, restant un moment assis comme il l'était sur le lit, les yeux fermés savourant ce début de journée.
Il finit par se lever, posa fermement les pieds sur le plancher et s'étira de tout son long, frissonnant légèrement aux restes de sa maladie qui n'avaient pas disparus. Il fixa un point entre ses pieds nus, une euphorie vivifiante pulsant en rythme avec les battements de son cœur, et l'imagina aisément assis derrière son piano, ses longs doigts blancs effleurant à peine les touches blanches et noires, et pourtant les faisant chacune chanter en accord avec ses sentiments présents. Il devait avoir un sourire perdu et lointain, un de ces sourires qu'il avait lorsqu'il pensait à Sakito, seul derrière sa fenêtre froide, le corps frustré de n'être que lui. Et ses yeux devaient avoir le même teint profond et insondable, son regard noir posé devant lui, qui à l'inverse de son sourire, était vif et franc. Un complet opposé.
La mélodie parut perdre de sa fraîche intensité, de sa légèreté insouciante. Bizarrement alerté par cette chute brutale d'énergie, Sakito demeura immobile, tous les sens en alerte, à chercher percevoir la raison de ce changement de l'autre côté du mur. Il crut l'entendre se tarir, mais soudainement, les vibrations éclatèrent, violentes et dures, faisant chanceler le jeune garçon. Le premier émoi passé, il se ressaisit, cligna des yeux, et se remit à écouter attentivement. Sourdes, les notes semblaient transpercer les parois osseuses du manoir, et un sentiment de désespoir mêlé au goût sucré d'un abyme entre deux bras le fit mécaniquement avancer vers la porte. Il lui semblait que la musique était beaucoup trop éperdue pour ressembler au Gara qu'il boudait d'inaction. Il se hâta alors de courir jusqu'à sa chambre, déboula sans prévenir, sans s'annoncer, sans chercher à se contenir, et fonça tête baissée sur le peintre lancé dans sa composition.
- Ah ! lâcha-t-il simplement, surpris que son protégé se jette à corps perdu sur lui, à cœur battant comme à paupières aveugles de ce il ne savait quoi d'innocence.
Sakito l'agrippa, planta ses ongles dans la chemise soyeuse et noire, légèrement transparente, qui dégageait une capiteuse odeur d'homme, de séducteur qu'il était malgré lui, plongea sa bouche dans le cou chaud et aimant où palpitait la jugulaire battante, et balbutia des mots hachés qui se bousculaient sur sa langue et finissaient en gémissements plaintifs, comme une bête blessée qui perd la tête et se rend à son traqueur avec une exquise sensation de plaisir.
- Hey… Tout va bien ?
Il ouvrit les yeux. Affalé conte le fauteuil roulant, il s'écarta lentement en ignorant pourquoi il avait agi de la sorte.
- Je… Je suis désolé…
- Qu'est-ce qui t'a pris ?
- C'est… C'est la musique…
Il paraissait déboussolé, enfin remis sur ses jambes tremblantes, à regarder autour de lui comme s'il débarquait pour la première fois dans la pièce. Gara le jaugea du regard, ne se retint pas de soupirer à l'envie de toucher ses formes, puis reporta ses yeux dans les siens pour hocher la tête.
- Ce soir ?
- Ce… Oui… Euh…
De dépit, Sakito ne savait plus où mettre ses mains. En faire tout un plat dès le matin !...
- Je te comprends alors. Il ne fallait pas avoir peur. Assimile mon exubérance mélodique à l'enthousiasme innomé.
Il parle bien, il est beau, j'attends quoi pour me jeter sur lui ? Un petit sourire étira les coins des lèvres du jeune garçon, et il s'approcha tout naturellement de l'homme en se glissant sur ses cuisses, se ramenant contre son torse pour rechercher sa chaleur corporelle.
- Elle est déjà en train de ranger la maison pour nous faciliter la tâche, ajouta Gara en entourant l'adolescent de ses bras protecteurs.
- Tant mieux !
Sans en rester là, il agrippa le col agréable au touché du vêtement et colla fermement sa bouche à la sienne, mouillant consciencieusement de salive le menton blanc trop parfait sous la lèvre tremblante. L'impatience notable dans son comportement ne déplaisait pas à Gara. Pis encore, elle l'excitait. Mais pour ne pas avoir à renoncer à leurs pulsions, il laissa Sakito mener jusqu'au bout son baiser jusqu'à ce qu'il s'épuise et se calme, reprenant sans broncher une attitude câline et enfantine. A cet âge, on était plus vigoureux qu'il n'y paraissait.
- On met à jour un programme ?
- Programme de ?
- De la journée. Pour passer le temps. Nous sustenter de notre attente. Sentir battre dans nos poitrines un peu plus fort le…
- Shht ! fit Sakito en lui clouant les lèvres d'un index autoritaire. On programme.
- Très bien. On ira manger, puis tu proposeras ton aide à Kanagure. Ensuite, elle te montrera sûrement les choses à faire dans le manoir, te feras ses recommandations. Si elle oublie, rappelle-le lui.
- Pourquoi ?
- Parce que ça prendra du temps, et ça nous en fera gagner, à nous.
- Et après ?
- Après, tu viendras me rejoindre dans ma chambre.
- Belle perspective…
- Sakito ! le rabroua gentiment le peintre en laissant échapper un gloussement amusé. Bien. On reprendra le tableau.
- Le nu ?
- Arrête de le faire exprès !
- Désolé…
- On laissera la porte ouverte, pour ne pas être tentés. Ça douchera nos idées.
- Et pas qu'un peu, grommela Sakito, grimaçant aux vues de ne plus partager ce moment intime avec lui.
- Tu te réserveras pour plus tard…
Il se redressa d'un bond, atteignant la joue de ses deux morceaux de chair rose.
- Plus tard ? Qu'est-ce qu'il y aura plus tard ?
- Kanagure partira, et on ira dîner. Ensuite, on ira au salon, et on mangera des fruits allongés sur le lit, regardant dans l'écran ce qu'il voudra bien nous fournir.
- Et c'est tout ?...
- Mais qu'est-ce que le tout, Sakito ? Bien sûr que non, ce n'est pas tout. Mais tout révéler, c'est gâcher la surprise, non ? Fais jouer ton imagination… Je ne doute pas qu'elle soit fertile…
Un sourire léger aux accents pervers empêcha Sakito de parler pendant quelques temps.
- Aah… Ah oui… Elle est… en effet très fournie…
- Je le savais. Alors laisse ton esprit vagabonder… Pense à ce que nous pourrions faire tous les deux, seuls dans le manoir, seuls dans la même pièce, allongés sur le même lit, côte à côté, nos deux peaux se frôlant, nos regard s'accrochant…
- J'ai… chaud…
Gara se mit à rire, glissant ses doigts frais le long de la nuque de l'adolescent. Il cueillit ses lèvres, mêlant une énième fois sa langue vorace à la sienne, suça allègrement le bout rougi et palpitant qui pénétrait dans sa bouche (1), et Sakito, les joues en feu, poussa un simple soupir lorsque la voix de Kanagre s'éleva par la porte restée ouverte.
- Sakito est réveillé ?
OoO
Consciencieusement aux conseils de son aimé, Sakito s'appliqua à suivre Kanagure à la trace, lui proposant son aide pour mettre le couvert, laver la vaisselle, passer le balai, faire les lits… Gara le regardait faire d'un air amusé, touché de la volonté qu'il mettait à exécuter sans broncher des tâches que lui-même aurait été rebuté d'effectuer. Il prenait un malin plaisir à tenter de le déstabiliser dès que Kanagure avait le dos tourné, laissait vagabonder sa main sur ses hanches alors qu'il lavait les bols, lui jetait des clins d'œil affriolant alors qu'il tentait maladroitement de faire tenir la vaisselle en place, et bientôt, Sakito se mit à le maudire d'être si sadique envers lui. Bien que le but soit de passer le temps, pourquoi devait-il toujours subir ? Une sorte de jeu s'établit entre eux, où l'adolescent fit mine de l'ignorer et de ne pas le voir, ce qui frustra Gara dans son orgueil d'homme amoureux. Me regarde-t-il ? Non, c'est à droite… Ah ! Pourquoi me tourmenter ? Le vil… Encore de ces épreuves qui font naître en moi des sursauts d'impatience ! Ah mais… Le voilà ! Où va-t-il ? Le diable soit de cette tante ! Pourquoi l'appeler ? Il semblait venir à moi, me confesser ses pensées… Faut-il qu'il est raison ? Chercherait-elle à nous éloigner comme elle le peut ? C'est assez, je ne peux. Il me le faut, là dans mes bras, offert à moi, encore et toujours… Quand cessera-t-elle de surgir et de nous contraindre ? Une mauvaise humeur visible commença à poindre dans les traits du peintre. Leurs petites taquineries prirent fin alors que Sakito découvrait que Gara ne semblait plus amusé. Son visage était figé, froid, et les muscles de sa mâchoire saillaient de temps en temps sur les côtés, dénotant que l'impatience se muait en colère. Il ne disait rien, mais l'adolescent l'observait assez bien pour réussir à le comprendre.
Ils se tenaient sur les deux niveaux, Kanagure et lui affairés à lister et à énumérer les choses à ne pas oublier.
- Te voilà les clefs, fais-y très attention. Habituellement, elles restent accrochées au mur de ma chambre, en sécurité, mais tu les laisseras dans la tienne. Si tu sors du manoir, bien entendu tu en informeras Gara, et tu n'oublieras pas de fermer derrière toi. Il ne doit y avoir personne qui puisse potentiellement entrer en ton absence, c'est bien entendu ?
- Oui oui.
D'une oreille distraite, Sakito avait du mal à faire attention à ses propos. Le regard rivé sur l'air las de son peintre, un sentiment de remord soumis le poussait à se rapprocher de lui, mais les propos de Kanagure sans cesse le rattrapaient. Acquiesçant à chacune de ses recommandations, il la fit patiemment tourner dans le sens du vent qu'il voulait voir souffler.
- Bien, puisque tout est réglé en bas… Je vais faire ma valise…
Elle semblait réticente à le laisser aller, mais pour la conforter dans l'idée que tout était achevé, Sakito attendit avec un sourire posé qu'elle lui dise qu'il pouvait rejoindre Gara. Celui-ci poussa un bruyant soupir, marmonnant un « C'est pas trop tôt ! » que seul l'adolescent perçu. Il grimpa l'escalier sur les talons de la vieille femme, la laissa dépasser le fauteuil et s'arrêta à sa hauteur en caressant tendrement le poignet de Gara de son pouce. Surpris, celui-ci haussa un sourcil et tourna la tête vers lui.
-Tenu pour ennemi, il lui est interdit de faire les promesses que les amants se font. Tout aussi amoureuse, ses moyens sont bien moindres de pouvoir rencontrer son bel amour naissant. La passion les conforte, le temps leur est propice, tempérant ces rigueurs par d'extrêmes douceurs.(2)
Le timbre de sa voix susurrant contre son oreille anesthésia instantanément la rancœur de Gara, et ce fut avec les yeux émus de l'amour qu'il caressa du regard le visage sans imperfection penché auprès de lui.
-Oh ! parle encore, archange de lumière.(3)
- Lesailes de l'amour m'ont fait franchir ces murs, car les remparts de pierre n'arrêtent pas l'amour. Ce que l'amour peut faire, l'amour ose le faire. Aucun de tes parents ne peut me retenir. (4)
Sakito se tut, restant muettement à regarder les sombres prunelles trembler imperceptiblement, accompagnant les moues de sa bouche et les déglutissions de sa gorge.
- Ainsi donc… C'est toi, mon Roméo…
- Peut-être préféreriez-vous que je sois votre Juliette ?
- Mais n'est-ce pas Roméo qui vient délivrer Juliette de sa tour de chagrin, de ses insipides jours sous la conduite de ses parents ?
- C'est cela…
- Alors tu seras mon Roméo. Mais changeons l'histoire. Nous ne seront pas les amoureux nés sous une mauvaise étoile, les star-crossed lovers. Non, nous serons les Roméo et Juliette qui vivront un amour que personne ne pourra mettre à mort. Je jure que…
-Ne jure pas du tout, ou, si tu y tiens, jure par ta gracieuse personne, car c'est bien toi le dieu que j'idolâtre, et alors je te croirai. (5)
Gara eut un large sourire, touché de cette constante assimilation de leur histoire à celle du mythe tragique et passionnel.
- Bien, alors sois mon hérésie…
OoO
Les pas feutrés de Kanagure se déplaçant dans le couloir leur parvenaient pourtant ténus, malgré que la porte soit restée grande ouverte. Elle avait passé la tête par l'ouverture, un regard interrogateur porté vers eux, et ils avaient simplement répondus que l'odeur de la peinture pouvait indisposer, mais qu'ils ne pouvaient pas ouvrir la fenêtre, du fait que Sakito soit à peine remis de sa maladie. Celui-ci avait opiné du chef à chacune des phrases dites par Gara avec une détermination prenante, mais n'avait pu se retenir de glousser une fois la vieille femme éclipsée.
- Allons, remets-toi en place ! Tu es mon modèle, un peu de tenue !
Mais il souriait, même en faisant mine de le rabrouer. Les paroles des deux célèbres amants qu'il lui avait cité un peu plus tôt repassaient sans cesse dans sa tête, toujours murmurées par la douce voix claire de son jeune protégé. Elles l'apaisaient et le gorgeaient d'espoir, atténuant l'impatience de son cœur comme de son corps difficilement mobile. Parfois seulement, certaines pensées obsédantes se rappelaient à lui : celles si désirables de la peau qu'il allait enfin pouvoir réellement toucher, pas plus tard que le soir même. Une angoisse subsistait, due à son handicape… Pourrait-il se mouvoir aisément entre les draps, contre lui ?... De peur de paraître ridicule, obsédé et de l'apeurer par ses désirs, il n'osait lui en parler, mais c'était un tourment qui ne le lâchait pas.
Le portrait quand à lui avançait peu à peu, et Gara était persuadé de pouvoir finir bien avant que la nuit ne tombe. Ses coups de pinceaux étaient adroits et travaillés, il recherchait la perfection dans les plus petits détails, et aucune zone n'était laissée au hasard. Il voulait quelque chose de réaliste et d'au moins aussi beau que son modèle. Mais comment pouvait-on égaler, voir dépasser la beauté de l'être aimé ?...
Confortablement installé dans son fauteuil, Sakito avait obtenu de son peintre d'occuper une oreille à écouter de la musique pendant que de l'autre, il prêtait attention à ses potentielles paroles et aux bruits simples de sa présence. La concentration qu'il lisait sur le visage allongé de son compagnon l'emportait dans d'autres méandres de son esprit, où il en était de même chez lui. Comment faire abstraction de leur prochaine intimité alors que c'était précisément ce qu'il espérait depuis longtemps ? Il guettait les exclamations de Kanagure qui leur parvenaient depuis la chambre, les renseignant sur l'avancement des préparatifs.
Et tout à coup, le cœur de Sakito fit un bond en avant, de concert avec celui de Gara. Elle venait de s'arrêter sur le pas de la porte, ses petites dents mordillant avec perplexité sa lèvre inférieure.
- Et bien… C'est l'heure…
Elle ne portait plus les ordinaires vêtements informes et sans teints qu'il avait eu l'habitude de lui voir porter jusqu'ici ; elle revêtait à présent de jolies couleurs qu'habillaient son tailleur, de même qu'elle était maquillée et bien coiffée. Sakito la trouva très bien comme ça, ébloui par la transformation.
- Le taxi ne va pas tarder à venir me chercher… Il reste un quart d'heure avant qu'il soit six heures et demi… Tu as bientôt fini son portrait ?
Gara eut un temps de réflexion avant d'hocher la tête, l'invitant à venir voir.
- Oh ! fit-elle simplement, ses yeux bordés de noir agrandis sur une expression de profonde admiration. Sakito sera content de voir cela !
- Il me tarde, fit l'intéressé en opinant du chef.
- Veux-tu qu'on descende avec toi ? fit Gara en retournant son fauteuil vers elle.
- Oh non, ne vous dérangez pas. Le repas de ce soir est déjà prêt, de même que vous avez la cuisine de faite pour deux ou trois jours, voir quatre si vous n'avez pas grand appétit. J'espère que tu n'auras pas trop de mal, Sakito, pour le reste.
- Ne vous en faites pas, je me débrouillerai.
Il tentait d'avoir l'air compatissant envers elle, il sentait qu'elle était déchirée de devoir tenir son neveu loin d'elle, mais il jubilait intérieurement. Qu'elle s'en aille enfin ! De derrière l'accoudoir de son fauteuil roulant, la main de Gara s'agitait en se crispant.
- Bien, alors… Je vais vous laisser… Soyez sages, et je prierai pour qu'il ne vous arrive rien de fâcheux.
- Pars sans crainte.
Elle recula petit à petit dans le couloir, puis se pencha pour empoigner son sac.
- Je vous appellerai.
- Pas de problèmes !
Elle eut un dernier regard circulaire à la chambre-atelier, assura sa prise sur les poignées de cuir et souleva sa valise, disparaissant de la vue des hommes. Le bruit qu'elle fit en descendant l'escalier obtint toute leur attention, et Sakito se leva brusquement pour courir jusqu'à la rambarde et la regarder partir. Elle l'aperçut et lui sourit, lui prodigua quelques dernières recommandations puis, jetant un coup d'œil par la porte d'entrée, déclara que le taxi était là, et s'engagea sur l'allée de graviers après avoir fait retomber la lourde porte en bois derrière elle.
OoO
Le silence enveloppa le manoir d'un seul coup, se coula dans chaque espace de chaque pièce, seulement troublé par le clapotis lointain d'un robinet mal fermé et leurs deux souffles qu'ils retenaient pourtant, comme s'attendant à la voir ressurgir à tout moment. Sakito se détacha de la rambarde, se cogna au montant de la porte, puis se retourna brusquement.
- Elle est partie…
Gara eut un coup de chaud en croisant le regard fiévreux posé sur lui, et acquiesça simplement, tout son corps lui hurlant de venir à lui. Comme si le sien lui répondait, l'adolescent marcha rapidement jusqu'à lui et plongea comme à son – agréable – habitude sur le fauteuil de son compagnon, l'embrassa à pleine bouche sans plus se soucier d'être dérangé.
- Elle est partie, partie ! Gara…
- Oui mon ange, oui mon Roméo… Elle est partie… Nous laissant seuls avec notre désir…
Il laissa une main vagabonder sous sa chemise, grimpant patiemment le long du dos de Sakito.
- Sommes-nous obligés d'attendre ce soir ? murmura-t-il entre deux baisers, ses lèvres refusant de quitter plus longtemps les siennes.
- Mais nous sommes ce soir, mon ange… Nous n'avons plus beaucoup à attendre…
Ledit ange poussa un gémissement d'excitation mêlé à de l'impatience. Bien qu'il enrobe les choses, il allait encore devoir attendre !
- Veux-tu prendre un bain ? Nous irons dîner ensuite…
- Comme il vous sierra…
- Dis-moi… Tu as déjà fait connaissance avec la salle de bain ?
- Euh…
Sakito se mit à rougir et se redressa, un peu honteux alors qu'il triturait ses manches.
- En fait… Cela fait deux jours que je n'ai pas pris de douche… Le premier, j'étais trop faible pour me tenir debout et le deuxième… Je boudais…
- Ce n'est pas grave, fit Gara en souriant. C'est la porte opposée à la tienne de l'autre côté de la mienne. La baignoire est très grande pour mon confort. Kanagure t'a laissé une serviette de sortie.
Sakito opina, se leva et retourna une ou deux fois avant de suivre l'impulsion qu'il lui donnait, s'enfermant dans la salle de bain en se déshabillant prestement. De l'autre côté du mur, Gara s'était mis devant son piano, et fermait les yeux en semblant attendre quelque chose. L'inspiration peut-être, qui pouvait dire ce qu'il se passait sous ces paupières closes ? Le bruit du jet de la pomme de douche sembla le réveiller. Ou peut-être avait-il justement attendu ce moment… Son index effleura une touche, puis une autre, puis tous ses doigts se posèrent de concert sur ses morceaux d'ivoire polis par la passion, et bientôt une lente mélodie s'éleva de l'instrument. Mélancolique et douce, elle semblait se traîner dans l'air avec paresse et volupté, et dans l'esprit de Gara, c'était un désir inavoué de luxure à qui il donnait la vie. Ce corps aimé, séparé de lui par seulement quelques épaisseurs de murs, était baigné à ce moment même de milliers gouttes d'eau qui glissaient sur lui avec l'intimité troublante d'un amant. Elles l'exploraient, l'embrassaient, le dévoraient, le baisaient, le violaient, prenaient possession de lui avec rapidité et agilité… Il l'imaginait tête renversée, dos cambré, bouche ouverte, gémissant de plaisir à cette caresse intime et obscène, terriblement excitante. Le peintre fut secoué d'ardeur, son souffle s'accélérant peu à peu. Ah ! Qu'il le désirait !
Il entendit le claquement d'une porte et se reprit en s'apercevant qu'une forme blanche avait traversé le couloir en courant… pour peu après revenir se planter devant sa chambre. Enveloppé de la grande serviette, ses cheveux gouttant sur son visage, Sakito gardait les yeux baissés, intimidé.
- Je… J'ai oublié mon pyjama…
La naïveté de son ton manqua de faire éclater l'autre de rire, mais il se retint tant bien que mal et actionna ses roues.
- Avec quoi as-tu dormi alors ?
- Avec mon uniforme…
- Mmh… Je vais te passer une de mes chemises, une des plus grandes.
L'adolescent hocha la tête et Gara se dirigea vers sa penderie. Une des plus grandes… mais pas trop ! Il voulait pouvoir voir ses cuisses et leur galbe parfait, pouvoir glisser sans difficulté ses mains sous le tissu pour le caresser…
Les gouttes d'eau émettaient continuellement le « plic plic » caractéristique en tombant sur le sol, et Sakito frissonnait, bien que la pièce fut plutôt chaude. Les courants d'air venant du bas du manoir lui chatouillaient le dos. Il avait rapproché ses pieds l'un de l'autre, triturant la serviette trop ample qui lui enserrait presque l'entièreté du corps. Sa demande ne s'était pas volontairement passée à ce moment précis, mais dans un sens, savoir que Gara pouvait simplement tirer sur la serviette et le voir nu avait quelque chose de palpitant.
- J'en ai trouvé une.
Il revint vers lui, tenant sur son bras replié ladite chemise qu'il comptait lui prêter. Il s'arrêta tout prêt de l'adolescent debout et posa une main sur sa hanche, avançant son visage qu'il enfouit contre le ventre entouré de serviette.
- Tiens… fit-il d'un ton étouffé, comme s'il était en apnée.
Sakito resta à le regarder faire un moment avant de poser sa main sur ses cheveux, doucement, et le peintre se redressa de lui-même.
- Je vais descendre pendant que tu continues de te préparer. Ça t'évitera de faire tout le tour du manoir.
- Comme vous voudrez…
- Allez, file, tu trempes le sol !
Le jeune garçon partit à toute jambes tandis que Gara prenait le chemin opposé. Le grincement de ses roues dans le couloir aurait pu lui apparaître de sinistre façon, tant il rompait le silence pesant qui régnait dans le manoir. Mais la chaleur et le fait de la fonction même de l'habitation, celle de le protéger, estompaient l'aspect vide et inquiétant qu'il aurait pu avoir.
OoO
(1) C'est à
peine
volontairement ambiguë… x)
(2) Shakespeare,
Roméo et Juliette, Acte II, Prologue du Chœur.
(3) &
(4) & (5) Idem,
Acte II, scène I
Note de fin : Ouyaah, j'suis à la bourre xx Seulement un chapitre et demi de distance... J'ai intérêt à bosser uu' Pour le lemon, chères impatientes, il est dans le prochain chapitre x3
A SUIVRE...
