C'est déjà la fin… Bouh… ç_ç

: Journal des Reviewers :

Yokai-chan : Heureusement que ce n'est pas un robot. Déjà qu'il n'est pas très expressif, ça aurait été triste. XD C'est vrai que pour les accidents, c'est Masako qui prend. Que veux-tu, c'est tellement plus simple de se débarrasser des rivales. XD J'espère que ce chapitre te plaira ! Kiss et merci !

Gabryell P : Mdr, j'ai failli le faire, mais j'ai préféré laisser le champ libre à Mai. Naru est déjà assez compliqué comme personnage pour rajouter des problèmes avec Masako. XD

Tite-lovely : C'est le dernier chap, en espérant que la fin plaise.

Dreamaw :Mais que veux-tu, mes lecteurs aiment mon sadisme. C'est tellement plus marrant de se compliquer les choses plutôt que de faire du rose et du gentil XD XD

Tema-chan : Ah ah, tu verras !

Voici donc le dernier chap et sa fin me laisse circonspecte… a cause de Naru. T.T D'ordinaire, quand je case des persos, j'ai deux cas de figure : ou alors c'est facile et y'a de pas de problème, ou alors, la situation est compliquée et dans ces cas-là, j'en tue un des deux pour m'aider. Là, je suis dans ce second cas de figure où, à cause de Naru, je ne peux pas le caser avec Mai dans une jolie happy end. Mon pragmatisme fanfictionnaire me l'interdirait ou me pousserait à me mettre un doigt au fond du gosier. Je ne peux pas. Mais je ne peux pas tuer ou Naru ou Mai non plus.

Tout ça pour dire que la fin de cette fic a été la plus difficile à orchestrer pour moi de toutes mes fanfictions. J'espère qu'elle plaira aux fans comme elle ne fera pas grincer des dents les personnes comme moi qui n'aiment pas la romance guimauvée.

Je vous laisse juger ! XD


File 10 : Révélations

Il était dix-neuf heures moins le quart. Les premiers invités ne tarderaient plus. La décoration et la mise en place des tables pour le buffet s'étaient achevées une heure auparavant et l'on s'occupait de fignoler ici et là les derniers petits détails.

Le jardin de la demeure Yamagoe était transformé au point de paraitre sorti tout droit d'un conte de légendes japonaises. Le soir était déjà tombé ; le soleil terminait sa descente dans l'horizon, derrière le bois qui entourait la propriété, emmenant avec lui les dernières traces orangées de son coucher. Le mélange de gris de safran, de gris de cendre et du noir du ciel s'accordait avec harmonie avec la couleur foncée de l'herbe encore chaude de la journée et le noir d'encre qu'avait pris le petit étang sinueux privé de lumière. Les lanternes de pierre avaient été allumées et guideraient le visiteur sur les chemins dallés par leurs carrés de lumière vacillante, complétés par les lampions suspendus en guirlandes rouge et or qui s'entrecroisaient toutes en un même point au-dessus du pont de bois. L'air était doux, parfait pour accueillir pendant plusieurs heures des invités qui apprécieraient la beauté japonaise sous tous ses rapports.

Justement, l'un des aspects de la beauté japonaise était encore en pleine préparation. Tandis que les mannequins engagés par la Maîtresse du Kimono s'affairaient à se changer dans l'atelier de Madame Yamagoe, les modèles improvisés luttaient avec leurs magnifiques créations, cependant bien moins faciles à enfiler que les habits du quotidien :

_ Aouh ! Ayako… ! Tu veux m'étouffer ou quoi ? Tu serres trop le obi !

_ Prends sur toi un peu, Mai. Une vraie japonaise reste droite dans son kimono – et surtout dans un kimono de ce prix – et ça passe par un obi bien serré.

La chambre de Mai s'était aussi transformée, mais hélas en chambre des tortures. L'habillage d'un kimono n'était pas une habitude pour elle et elle savait maintenant pourquoi. Comment Masako faisait-elle pour endurer cela tous les jours ?

Le teint rose, la jeune fille se tenait au baldaquin de son lit en cherchant à retrouver un peu d'air car tout son abdomen était à présent compressé. Elle retint un dernier gémissement lorsque la femme termina de tirer sur la longue ceinture de brocard doublée de soie.

_ Et voilà. Un joli nœud en papillon comme les jeune filles encore célibataires, se félicita la miko en reculant pour la regarder. Tu en splendide.

Mai tourna sur ses talons et baissa les yeux sur son costume. Son kimono était un superbe furisode blanc clairsemé de branchages aux mille fleurs de cerisier de trois roses différents et filé d'entrelacs dorés qui s'apparentaient à une fine fumée qui traversait le motif. Sur les longues manches qui arrivaient jusqu'aux chevilles de l'adolescente, seul le bas avait été décoré pour ne pas surcharger l'habit. Parmi les branches fleuries, un phénix d'or dormait sur chaque manche d'un air paisible et son majestueux plumage se retrouvait sur la soie du obi d'un rose framboise mat brodé de motifs rappelant des plumes dorées. On ne s'attarda pas à ajouter un obi-jime qui aurait été de trop sur le vêtement mais un simple kanzashi dans les cheveux, surmonté d'une fleur au cœur de perles de culture achevait la nouvelle toilette de notre amie qui en rosissait de plaisir.

_ Merci…

_ Quand même… Tu as dû taper dans l'œil de Fusae-san pour qu'elle te propose de porter sa plus belle pièce… se dit Ayako à voix haute en se tenant le menton.

Une sueur froide humidifia la nuque de Mai qui rit avec nervosité. Mieux valait ne pas lui dire qu'elle avait carrément eu l'honneur de choisir en avant-première.

_ Mais le tien te va aussi à ravir. Tu es très élégante.

La jeune femme arborait un kimono aux manches courtes d'un noir profond décoré sur les pans d'une pagode rouge aux toitures d'or entourée d'une forêt de cyprès et fermé par un obi ivoire lui-même cerclé d'un obi-jime tressé de rouge chaleureux.. L'habit était simple et solennel mais seyait à la perfection avec Ayako qui restait attachée aux temples et à la tradition shintoïste. Fusae ne pouvait pas choisir mieux pour la prêtresse.

_ Si nous y allions ? La soirée va bientôt commencer, proposa Mai en se dirigeant vers la porte.

_ J'arrive, lui répondit Ayako en glissant ses talismans de papiers sous sa large ceinture.

Une fois qu'elles furent sorties, elles entendirent un sifflement admiratif. Bô-san et John venaient de quitter aussi leur chambre et rejoignirent les filles. Le bonze arborait un kimono marron glacé en soie sauvage parsemé de feuilles d'érable cuivre tandis que le prêtre avait revêtu un habit gris tourterelle rayé d'anthracite qui, visiblement le gênait un peu car c'était une grande première pour lui.

Après avoir détaillé sa protégée avec attention, Bô-san s'autorisa à un baisemain amusé.

_ O-jô-sama… fit-il avec un sourire.

_ Bô-san… rit Mai d'un air gêné.

Ayako se vexa qu'on l'ignorât et croisa les bras sur sa poitrine. Et elle alors ? Le bonze n'eut d'autre choix que de trouver quelque chose à dire pour elle mais ce qui lui vint ne fut pas la meilleure idée :

_ Pourquoi tu portes un kimono de femme mariée alors qu'on sait que tu es vieille fille ? C'est parce que tu fais trop vieille pour porter aussi un furisode, c'est ça ? C'est vrai qu'en général, les jeunes filles n'en portent que jusqu'à vingt ans environ…

_ Pardon ?! s'étrangla la miko en serrant un poing rageur. Il a quelque chose à redire de mon kimono, le sirop d'érable ambulant ?!

_ Vous avez fini ?

La voix sèchement impérieuse de Naru mit fin à l'algarade en préparation. Le sang de Mai arrêta un instant sa course dans ses veines tandis que son patron les approchait pour les rejoindre, les mains cachées dans son kimono.

Il portait celui qu'elle avait vu pour lui, celui que Madame Yamagoe avait jugé comme sa plus belle pièce masculine. Le bleu pétrole du tissu était en parfaite concordance avec le foncé de ses yeux et de ses cheveux et les gracieuses grues d'argent qui pêchaient devant un bois magnifiaient sa prestance d'une noblesse qui rehaussait son charisme naturel. Mai n'avait jamais pensé qu'un jour, elle verrait le ténébreux Kazuya Shibuya vêtu de l'habit traditionnel. Et rien que pour la vision qu'il lui offrait en cet instant-même, elle voulait bien mourir demain, ce serait sans – trop de – regrets. Dieu qu'il était beau.

Ayako cligna plusieurs fois des yeux.

_ Naru… Heureusement que tu m'as appelée pour cette mission, je n'aurais raté ça pour rien au monde ! s'exclama-t-elle toute heureuse en dégainant un appareil photo numérique pour prendre le jeune homme en photo. Elle sera pour toi, Mai ! Dommage que Rin-san reste au QG pour surveiller les caméras, j'aurais bien aimé le voir aussi en kimono.

_ Ayako-san… grinça le garçon entre ses dents.

_ Allons Naru, relax, tempéra Bô-san en lui tapotant l'épaule. Regarde un peu Mai, tu ne le trouves pas jolie ?

_ Bô-s… !!

L'adolescente se tut avant d'avoir pu répliquer car elle croisa les yeux turquins de Naru qui la regarda de haut en bas. Ce simple contact visuel la fit rougir jusqu'aux oreilles. Pourquoi son cœur s'emballait-il comme ça ? Elle n'était quand même pas en train de retomber amoureuse de lui ? Ah ! C'est quoi, ces pensées ?!

_ Ca te va bien.

Mai s'immobilisa, incertaine d'avoir bien entendu. Elle releva les yeux vers le garçon qui avait bien sûr détourné la tête, l'air toujours aussi fermé. Mais le grand sourire satisfait du bonze derrière lui indiqua à notre amie que ce qu'elle avait entendu n'était pas le fruit de son imagination.

Le jeune homme s'empressa de s'éloigner en appelant les autres à le suivre pour ne pas incommoder leur hôtesse de leur retard. Mai sourit. La fuite, toujours la fuite. Cela dit, après ce qu'il venait de lui dire, elle n'en avait strictement que faire.

Le groupe retrouva Madame Yamagoe dans la salle de réception en train de s'occuper des derniers détails avant l'arrivée des premiers invités. Elle fut agréablement surprise de l'élégance et du charme que respiraient ses mannequins de fortune et ne se priva pas de les complimenter.

_ Vous faites honneur à vos habits, avoua-t-elle avec joie. Êtes-vous vraiment certains que cela ne vous incommodera pas ?

_ Ne vous en faites pas pour cela, Fusae-san, la rassura Bô-san en lui montrant discrètement le chapelet de prières qu'il gardait dans ses manches.

La femme eut un léger soupir de soulagement et remercia par avance l'équipe de s'occuper de la protection de ses convives. Il était ironique de savoir que cette présentation de kimonos se faisait avec le souvenir de Hatsuki alors que celui-ci était devenu comme fou.

_ Contentez-vous de vous occuper de vos invités et ne vous inquiétez pas pour nous, lui répondit Ayako avec assurance. Tout se passera bien.

La sonnerie de l'entrée tintinnabula à ce moment-là depuis le hall d'entrée. Les premiers convives arrivaient. Fusae salua les membres de la SPR une dernière fois puis s'en alla accueillir les arrivants.

_ Je compte sur vous. Mai, surtout, reste à proximité de l'un de nous en cas de danger, leur dit Naru en guise de dernier conseil.

Tous répondirent d'un hochement de tête puis se dispersèrent.

La soirée se déroulait jusqu'ici dans de bonnes conditions. Les invités de Madame Yamagoe, tous de grands noms de la mode et de riches investisseurs semblaient beaucoup apprécier la réception et s'extasiaient à grand renfort de « Oh ! » et de « Ah ! » admiratifs face aux magnifiques créations qui passaient à leur portée visuelle. Le buffet garni de petits fours sucrés et salés ravissait tout le monde ainsi que le décor enchanteur de la party qui s'accordait parfaitement avec les modèles revêtus de l'habit traditionnel. Mai ne l'aurait pas cru au premier abord, mais il n'était pas si évident que cela de jongler entre son mannequinat et sa mission de surveillance. Elle se faisait régulièrement appelée ici ou là par Madame Yamagoe qui souhaitait présenter avec plus de détail le modèle aux investisseurs intéressés.

Justement, la jeune fille remarqua que le modèle qu'elle portait avait bien du succès. Elle comptait beaucoup d'hommes qui la détaillaient avec attention quand il ne s'agissait pas des femmes qui admiraient la douceur des motifs de l'habit. Aussi, dès qu'elle en avait l'occasion, elle allait rejoindre l'un de ses collègues pour voir si tout allait bien.

_ Fiuu… Je meurs de soif, soupira notre amie en attrapant un verre de punch sur le plateau d'un serveur qui passait par là.

Elle se laissa tomber sur un banc un peu reculé pour se reposer un peu. Cela faisait des heures qu'elle piétinait et elle n'en pouvait plus. L'alcool qui coulait dans sa gorge adoucit aussitôt la douleur dans ses pieds et la détendit très vite. La soirée était belle. La toile du ciel et la lumière naturelle de la lune doublées par les flammes des lanternes pour seuls spots et un jardin traditionnel pour podium, il y avait des conditions de défilé bien plus difficiles que celles-ci. En plus des joueuses de koto qui jouaient sous une tonnelle de bois, les grillons venaient jouer leur mélodie berçante.

Le nez dans son verre pour une seconde gorgée, la jeune fille s'autorisa à une petite contemplation rêveuse sur le jeune homme brun au regard si sérieux qui scrutait les environs à l'affût de la moindre chose suspecte. Les fils d'argent de son kimono brillaient dans la clarté de la lune qui éclairait son visage d'une douce lueur pâle. Il dégageait décidément trop de charme pour être aussi inaccessible.

Elle grimaça.

_ Beau mais intouchable. Je dois faire mon deuil.

Mai cligna des yeux. Oula. Le punch ne lui rendait pas les idées très claires, voilà qu'elle divaguait. Divaguer ? Vraiment ? Où s'était-elle voilée la face depuis tout ce temps ? Oui, c'était sans doute cela. Quelle ironie. Elle avait besoin d'un peu d'alcool pour comprendre qu'elle était toujours amoureuse de son boss ? Elle était pathétique. Son soutien quand elle avait eu peur de son rêve, sa coupure à la main qu'il avait regardée, les mots qu'il lui avait murmuré à l'oreille en bas de cet escalier, cette bouffée de chaleur de sa simple vue en kimono qui lui montait au visage. Tout cela était autant de signes qui lui confirmaient cette chose qu'elle s'était refusée de voir depuis ces quelques jours.

Sa lucidité revint d'un seul coup tant la réalité des choses lui était froide et pénible. Naru ne la regarderait jamais. Le kikô l'empêcherait toujours d'éprouver plus de sentiments que nécessaire. Il était dangereux pour lui de se laisser aller. Elle le comprenait.

_ En plus, qu'est-ce qui me dit qu'il pourrait aussi tomber amoureux de moi ? Mai, Mai… Laisse tomber ma grande, il ne faut pas espérer plus… reconnut-elle tristement.

Elle se sourit doucement. Heureusement qu'elle avait compris les choses maintenant. Si elle s'était confessée à lui, ouille… Bonjour les dégâts.

La jeune fille secoua la tête. Du nerf, ma grande ! Ca avait toujours été comme ça, il ne fallait pas se laisser abattre. Tout ce qu'elle pouvait faire pour lui, c'était l'épauler du mieux qu'elle pouvait ! Si elle pouvait le délester d'un peu de ses charges pour qu'il eût moins d'émotions enfouies à garder au fond de lui, elle en serait très heureuse.

En relevant les yeux, l'adolescente avait perdu Naru de vue mais elle remarqua non loin d'elle un autre jeune homme qui n'avait du tout l'air dans son assiette.

_ Hisuaki-san… ?

Elle se leva et l'approcha. Le jeune homme avait aussi accepté de servir de modèle pour sa mère en plus de vouloir rendre hommage à son grand frère. Il arborait un splendide kimono beige avec pour motif une scène de chasse au faisan qui avait dû nécessiter des heures et des heures de travail. Il s'était adossé au tronc d'un arbre, à l'écart de la réception, sans doute pour se reposer un peu. Il avait les traits encore plus tirés que la dernière fois où Mai l'avait vu, en plus d'être très pâle.

_ Bonsoir, tout va bien ? lui sourit gentiment notre amie en s'inclinant à son adresse.

_ Oh, Mai… fit Hisuaki, la voix et le regard un peu lointains. Oui, ça va.

Il avait des petits yeux et semblait sur le point de s'endormir d'un moment à un autre.

_ Je comprends que vous vouliez rendre hommage à Hatsuki-san, mais vous devriez vous reposer. Je doute qu'il voudrait vous voir si affaibli. Puis-je vous raccompagner à votre chambre ? Je vous excuserai auprès de votre mère, se proposa Mai.

_ Merci. Mais ça va aller. Ce n'est qu'une…

Alors qu'il s'éloignait pour retourner du côté de la réception, le jeune homme chancela légèrement et Mai accourut pour le soutenir. Il était à bout. Elle ne pouvait pas le laisser ainsi.

_ J'insiste. Vous avez besoin de sommeil. Allons-y.

Hisuaki ne chercha pas à discuter davantage et se contenta de hocher faiblement la tête en se laissant entraîner par Mai qui préféra contourner la foule pour n'alarmer personne.

Sur le chemin, Hisuaki avoua à Mai que depuis la mort de son jumeau, il s'était refusé à se laisser emporter par le chagrin pour ne pas accabler ses parents ou Sumika que le deuil avait frappé avec violence. Oh bien sûr, lui aussi était anéanti par la mort de son autre. Mais il s'était dit que puisque lui restait, il se devait de prendre soin de sa famille en son nom. Hélas, porter seul ce fardeau devait être bien trop lourd pour lui, son corps ne semblait plus pouvoir le porter. Mai se sentit mal pour lui pendant qu'il lui racontait son histoire. C'était ce qu'avait redouté Madame Yamagoe qui avait bien senti que son fils cadet contenait son chagrin et son désarroi depuis plus de deux longs mois maintenant. Comment pouvait-on garder tout cela en soi ?

_ Hatsuki me manque terriblement… avoua le jeune homme d'une voix brisée. Je me sens vide sans lui. Une partie de moi est morte avec lui. Je n'ai plus la moindre force.

_ Hisuaki-san…

_ Je ne vous demanderai qu'une chose, Mai-san. Je vous en prie. Même si le fantôme de mon frère est devenu mauvais et haineux… apportez-lui la paix. S'il doit quitter de nouveau ce monde, je voudrais qu'il le fasse dans la félicité.

Notre amie lisait dans les yeux de son interlocuteur toute la souffrance qu'il avait accumulée sans en avoir jamais parlé à qui que ce soit. Il souffrait tellement. C'était peut-être lui qui vivait le plus mal la mort de Hatsuki. Leur lien de gémellité s'était rompu et une partie de la force qui le constituait n'était plus. Elle voulait faire quelque chose pour lui.

Elle lui sourit tandis qu'elle le relâchait doucement devant la porte de sa chambre.

_ Je vous le promets. Passez une bonne nuit, Hisuaki-san.

Il lui rendit un sourire soulagé, quoiqu'extenué, la salua une dernière fois puis entra dans sa chambre. Oui. Elle ferait tout son possible pour aider ces frères séparés par la cruauté de la vie.

En s'en retournant vers la réception, la jeune fille s'arrêta, caressée par une légère brise. Elle se dirigea sur une fenêtre entrouverte de l'étage sur un balcon et l'ouvrit avant de s'avancer jusqu'à la rambarde. Sous ses yeux s'étendait la seconde moitié du jardin japonais qui n'était pas occupée par la réception. Plongé dans le noir avec le lointain son des koto, le jardin silencieux prenait un tout autre visage ; mystérieux et apaisant. Le bruissement de l'herbe émeraude sous un souffle léger de vent balaya les idées mélancoliques de la jeune fille qui s'accouda en soupirant. Comment tout cela allait se finir ? Elle commençait à être fatiguée, elle aussi.

_ Tu n'as donc pas compris ?

Mai se pétrifia, raide comme un poteau. Cette voix…

Elle se retourna avec lenteur et retint son souffle. Le corps opaque et légèrement luminescent de Hatsuki Yamagoe lui faisait face entre les rideaux transparents de la fenêtre. Le fantôme dévisagea l'adolescente avec la même fureur froide que lors de leurs précédentes rencontres, ce qui n'était pas pour rassurer cette dernière. Elle prit une profonde inspiration pour se donner du courage et calmer son cœur affolé puis affronta l'esprit du regard.

_ On ne vous veut aucun mal, répondit-elle d'une voix qu'elle voulait sûre. Nous souhaitons simplement vous renvoyer à votre véritable place.

_ Et qu'est-ce qui vous permet d'affirmer que ma place ne serait pas mieux ici ? répliqua le fantôme en s'avançant vers elle. Je suis le seul à en décider. Si vous ne comprenez pas cela…

Son interlocutrice recula malgré elle, se heurtant au froid du balcon en pierre.

_ Hatsuki-san…

_ Mai ?

Elle fit volte-face et regarda par en bas. C'était Naru ! Que faisait-il si loin de la réception ? Il avait l'air inquiet, à moins que ce ne fût l'obscurité qui la dupait.

_ Naru ! Le fantôme est ici ! Il… !

_ Trop tard.

Son sang se glaça à l'entente de cette voix de gel dans son dos. Mai n'eut pas le temps d'esquisser le moindre geste car elle sentit son corps basculer brutalement par-dessus la rambarde. Son angle de vision se renversa en une seconde en même temps que son cœur qui s'arrêta. Elle n'entrevit que l'expression vengeresse de Hatsuki avant de pousser un hurlement strident qui couvrit l'appel de Naru. Elle allait mourir. Comme ça.

Le noir.

Lourd. Son corps était lourd. Non. Il était paralysé. Paralysé par la peur qui avait figé le moindre de ses muscles. Etait-elle encore en vie ou était-ce là la première sensation de quelqu'un qui avait franchi l'Autre Côté ? Elle força un peu sur ses doigts qu'elle replia lentement. Elle pouvait encore bouger. Du froid. Elle percevait aussi du froid sous ses mains et sous son corps. Elle était sur un sol froid. Elle avait encore cette notion du toucher. Elle était vivante.

Elle entrouvrit lentement les paupières et ne vit rien. Peu après, sa vue encore incertaine se précisa. Un plafond de pierre traversé de lourdes charpentes de bois. Elle n'était plus dehors… ?

_ Que s'est-il passé ? gémit-elle en se redressant sur son séant, les membres encore raides.

Elle scanna les lieux d'un regard circulaire. Des tonneaux. Des rangées entières de tonneaux qui occupaient l'espace de cette cave. Une cave à vin ? Tout à coup, ses yeux s'arrêtèrent sur une silhouette qui gisait un peu plus loin.

_ Ah ! Naru !

Mai se leva d'un bond et se précipita aux côtés du jeune homme inconscient. Son premier réflexe fut de tâter son pouls et fut soulagée de voir qu'il respirait bien. Il n'était qu'évanoui.

_ Naru… Naru, réveille-toi, l'appela-t-elle en hissant sa tête jusqu'à ses genoux.

Elle frissonna à cause de la fraîcheur ambiante. Etaient-ils loin en sous-sol ? Elle n'en avait aucune idée. Mai baissa les yeux vers le garçon. Etait-ce grâce à lui qu'elle était encore vivante ? Comment avait-il fait ? Il ne l'avait tout de même pas rattrapée, à cette hauteur, personne ne l'aurait pu.

La réponse à sa question lui vint alors qu'elle avait écarté une mèche de cheveux sombres de sa frange. Son front était légèrement fiévreux. Sa respiration était plus sifflante qu'à la normale. Il avait recommencé ?

_ Espèce de… d'imbécile ! lâcha-t-elle en serrant les poings. Tu ne comprendras donc jamais !

_ Et toi ?

Naru grimaça un peu et rouvrit les yeux en se redressant, la main sur la tête. Mais ce n'était pas son état encore fragile qui allait empêcher Mai d'être Mai :

_ Tu t'es peut-être entraîné pendant des mois pour maîtriser ton kikô, mais la vérité est là : tu n'es pas encore assez fort ! s'exclama-t-elle, la voix encore tremblante.

_ Et toi tu n'es pas assez maline pour comprendre quand je te dis de ne pas t'éloigner de nous ? répliqua le garçon avec un air mauvais. Idiote. J'en ai assez de tes témérités.

Il se remit debout en réajustant un peu son kimono qui avait glissé sur son épaule et inspecta les lieux. Un frisson lui traversa aussi l'échine et il ne tarda pas à comprendre dans quelle sale situation ils se trouvaient.

_ Une cave à vin se maintient d'ordinaire entre 10 et 14°C et or, celle-ci est bien en-dessous de cette moyenne. Vu la richesse des Yamagoe, cette cave doit être réglée de façon électronique. Le fantôme aura baissé la température après nous y avoir laissés. Nous avons probablement deux heures devant nous avant de… ?

Il s'arrêta alors qu'il s'était tourné vers son assistante. Celle-ci restait assise par terre, frissonnante, la tête baissée sur ses mains étroitement serrées en poing devant elle. Elle tremblait de froid ? Il plissa les yeux. Non. Ce n'était pas à cause du froid.

_ Tu…

Elle se tut et serra les dents. Naru ne la quitta pas des yeux.

_ Je… ?

_ Tu… Tu m'énerves ! s'écria-t-elle en bondissant sur ses pieds. Tu as encore risqué ta vie en utilisant tes pouvoirs ! En si peu de temps par rapport à la dernière fois, ça aurait pu être très grave pour ton corps ! J'ai peur pour toi et ta vie et tu me traites d'imbécile ? C'est toi, l'imbécile, Naru !!! Pourquoi tu es parti comme ça, il y a un an ?

La voilà, la véritable question. Elle se doutait bien qu'elle allait la poser un jour, mais pas dans ces circonstances.

Elle sentait que son visage était tout rouge sous l'effet de la colère en dépit du froid glacial qui bleuissait ses doigts et ses lèvres. Son cœur battait à la chamade dans sa poitrine. Sa nuque était échauffée de sueur alors qu'un frisson secouait son corps entier. Lui n'avait pas cillé. Il demeurait d'un calme implacable, le regard sûr et envoûtant comme s'il cherchait à sonder son inconscient. Elle ne plia pas et soutint l'intensité de ses yeux turquins jusqu'à ce qu'il répondît :

_ Pour mon kikô, mais tu le sais déjà. J'ignorais combien de temps je devais partir. J'ai donc préféré m'en aller sans prévenir personne. Si je ne rentrais pas, tu aurais moins souffert car tu n'aurais pas rien espéré. Il t'aurait été plus facile de me haïr que d'attendre.

L'adolescente entrouvrit la bouche, muette de surprise. Hélas, Naru avait lui aussi sa question à poser :

_ Si tu me détestes à ce point, pourquoi avoir accepté de m'accompagner pour cette affaire ?

Mai ne sut quoi dire tout de suite. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il lui dise cela, et surtout pas après l'aveu qu'il venait de faire. Elle le dévisagea sans comprendre. Que voulaient dire ces iris obscurs qui la transperçaient ? En tout cas, leur stoïcisme et leur suffisance firent grimper sa colère d'un cran.

_ Pourquoi ? Parce que j'aime ce que je fais à la SPR ! s'emporta-t-elle. J'aime agir dans nos enquêtes même en faisant les sales besognes ! J'aime me dire que je participe à aider des gens ! Et j'aime ce travail car j'aime travailler avec quelqu'un comme toi !

Le jeune homme garda le silence ainsi que ses yeux dans les siens. Mai reprit son souffle, le sang bourdonnant à ses oreilles. Elle savait qu'elle en avait déjà beaucoup dit mais elle ne pouvait plus contenir tout ce qu'elle avait sur le cœur depuis des jours. Des mois. Elle devait parler ou elle allait imploser.

_ Tu es le garçon le plus exécrable du monde ! poursuivit-elle de plus belle. Tu n'as aucune considération pour personne ! Tu es froid ! Tu es hautain et méprisant ! Tu restes accroché à ta fierté sans borne comme un noyé à sa bouée ! Tu me rends dingue à garder le silence quand on te fait des reproches comme en ce moment même ! Mais surtout… !!

Elle se mordit un instant la joue, espérant que ça empêcherait les larmes qui lui brûlaient les yeux d'en sortir.

_ Mais surtout, tu m'énerves parce que malgré cela, j'aime être avec toi qui as un talent incroyable, une intelligence exceptionnelle et un sang froid doublé d'un courage exemplaires…

Sa voix avait diminué d'intensité à chaque syllabe jusqu'à presque mourir sur le dernier mot. Maintenant qu'elle avait dit ses sentiments profonds, elle n'avait plus de force. Si bien est que Mai ne fit pas attention aux larmes qui filaient sur ses joues.

_ Tu n'es qu'un égoïste, Naru. Tu ne penses qu'à toi-même même si tu essaies de faire le contraire. Et si je voulais te voir avant ton départ pour te parler ? Et si j'avais voulu prendre le risque de t'attendre ?

Elle leva lentement la tête vers le jeune homme qui l'avait approchée. Elle se sentait comme la dernière des idiotes. Que devait-il penser d'elle maintenant qu'elle lui avait jeté ses quatre vérités à la figure ? Pas grand-chose de très positif, elle en avait bien peur. Elle avait perdu. Elle l'avait perdu lui. Elle le détestait d'être aussi silencieux alors qu'elle n'attendait qu'une réaction de lui. Elle le haïssait. Mais pourtant, elle l'aimait. Elle l'aimait lui, l'insensible et impérieux Naru.

Après toutes ces confessions, il ne restait en Mai qu'une terrible sensation de vide et de faiblesse. Elle se noyait dans ses prunelles insondables et infinies. Elle perdit toute notion de rêve et de réel. Alors, elle ne se rendit pas compte qu'elle avait levé le visage vers lui, les paupières à demi-closes. Perdu pour perdu…

Ce ne fut que lorsqu'il détourna tout à coup la tête que Mai retrouva ses esprits et comprit avec effroi ce qu'elle allait faire et ce que Naru venait de lui refuser. Qu'est-ce qui lui avait pris ? La panique la submergea.

_ Euh… ! Je…

Naru la regarda avec un sourire en coin pour expliquer son refus.

_ C'est ma « fierté sans borne ».

Et il captura ses lèvres dans un baiser aussi intense qu'inattendu. Prise au dépourvu, le premier réflexe de Mai fut de se dégager mais avant qu'elle ne pût le faire, Naru se rapprocha encore d'elle et fit barrage avec son corps, les mains appuyées de part et d'autre de la tête de la jeune fille plaquée contre la froide paroi de pierre. Elle était prisonnière de lui et il la dominait toute entière de ses bras qui l'empêchaient de fuir à ses lèvres qui se refusaient à libérer les siennes. Une fois encore, il voulait prouver son ascendant sur elle.

_ Toujours aussi fier, pensa-t-elle en fermant les yeux à son tour. Idiot.

Le temps de ce baiser si longtemps rêvé, Mai oublia le temps comme elle oublia dans quelle situation ils se trouvaient. Quand ils se séparèrent, elle remarqua qu'elle s'était laissée aller à se rapprocher de lui – sans doute pour retrouver un peu de chaleur salvatrice, les mains refermées autour de son kimono. Il lui fallut quelques secondes pour qu'elle puisse retrouver l'intégrale de ses esprits. Elle crut même que cette scène n'était en réalité qu'un rêve mais le visage de Naru juste en face du sien lui prouva le contraire.

La tête de nouveau renflouée de sa faculté à réfléchir et penser, l'adolescente leva les yeux vers son interlocuteur.

_ Naru… Pourquoi es-tu revenu au Japon ? demanda-t-elle dans un souffle.

Alors qu'il ouvrait la bouche pour lui répondre, un choc sourd retentit de la lourde porte en bois massif.

_ Naru ! Taniyama-san ! Vous êtes là ?

_ Rin-san ! s'exclama Mai avec joie en reconnaissant cette voix grave et puissante. Oui ! Faites vite ! On gèle de froid !

Etrangement, cette sensation ne lui était pas parvenue plus tôt.

Quelques minutes plus tard, l'homme finit par rendre la liberté aux deux prisonniers qui se hâtèrent de quitter la cave à vin pour retrouver la douceur du rez-de-chaussée. Rin expliqua que l'absence prolongée de Naru l'avait inquiété et qu'il avait compris qu'il lui était arrivé quelque chose, sans parler de la disparition de Mai qui avait alertée les autres membres de la SPR. Une chance que Monsieur Yamagoe, en ayant voulu régler la climatisation, avait remarqué sur le tableau digital qui réglait les températures de chaque pièce que quelque chose clochait avec la cave à vin.

L'homme à la longue frange ébène ne cacha pas sa frayeur auprès de son jeune protégé :

_ Tu aurais dû me dire où tu allais avant de partir comme ça, Naru, morigéna-t-il d'un œil sévère. Si nous vous avions retrouvés trop tard…

_ Ca ira, Rin, soupira le jeune homme avec lassitude.

_ Mais qui vous a fait cela ? questionna Norikazu Yamagoe en se tamponnant la tempe avec un mouchoir.

_ C'est l'esprit, répondit Mai, bien contente de retrouver un air plus chaud autour d'elle.

Elle raconta brièvement ce qui s'était passé, ce qui mit Rin de mauvaise humeur. Evidemment, il avait fallu que l'esprit se montrât là où les caméras n'étaient pas, il était vraiment intelligent. Si seulement il avait pu le voir à l'œuvre, il aurait retrouvé les deux jeunes gens plus vite.

Naru se tourna vers eux.

_ Il faut que les autres se regroupent au plus vite. Hatsuki-san voudra nous faire partir par tous les moyens.

_ Allons-y, approuva Rin en partant devant, suivi de Monsieur Yamagoe.

Le garçon leur emboîta le pas mais il fut retenu par la voix de Mai. La jeune fille se trouva puérile de faire cela dans un moment pareil, mais sa curiosité avait été éveillée. Il s'était passé quelque chose de trop important entre elle et lui pour qu'il la laissât une nouvelle fois sans réponse.

_ Tu n'as pas répondu à ma question… lui rappela-t-elle d'une petite voix.

Naru la dévisagea quelques secondes avant de lui adresser un sourire en coin doucement sarcastique.

_ Le Japon recèle de certains phénomènes intéressants que l'Angleterre n'a pas.

Bien qu'elle rougissait furieusement, notre amie sentit une bouffée de vexation lui gonfler les joues. « Phénomène » ? Elle ?

_ Toi alors… bougonna-t-elle. Tu sais dire le truc qu'il faut pour me mettre hors de moi. Tu n'as…

_ Quoi ?

Elle releva les yeux vers lui, interpellée par sa voix qui avait changé.

_ Quoi, « quoi » ? répéta-t-elle sans comprendre.

_ Ce que tu viens de dire, pressa Naru en s'approchant, les yeux dans les siens.

Une étincelle étrange dansait dans son regard. Elle ne l'avait jamais vu comme ça, c'en était vraiment étrange.

_ Euh… Que tu savais dire le truc qu'il faut pour me mettre hors de moi ?

Il ne la lâcha pas des yeux durant quelques secondes où ses pupilles allaient et venaient frénétiquement de gauche à droite. Ce regard intense… quelque chose avait traversé son esprit.

_ Naru… ?

_ Mai, rassemble tout le monde dans le salon, ordonna-t-il en tournant tout à coup les talons. Notre affaire est terminée.

Il disparut rapidement en laissant notre amie pantoise. Terminée ?

Il fallut une demi heure pour congédier rapidement –mais poliment – les invités de la réception puis quelques minutes supplémentaire pour que les Yamagoe et les autres membres de la SPR se retrouvassent au salon, selon les ordres de Naru. Tout le monde avait été aussi surpris que Mai en apprenant que le jeune chef de l'agence avait résolu le mystère qui leur avait valu tant de déboires avec une telle rapidité qu'elle ne tenait presque de l'éclair de lucidité. Les collègues de Mai ne tardèrent pas à littéralement se jeter sur elle et exiger des explications sur son absence prolongée et surtout, savoir si elle allait bien. Seule Ayako eut le culot de lui demander en catimini si son enfermement avec Naru avait eu son lot d'événement inhérents, ce à quoi l'adolescente n'eut pas à répondre, son visage en feu étant mille fois plus éloquent que sa bouche pincée. Les yeux de la miko se dilatèrent aussitôt avant de laisser place à un immense sourire presque machiavélique.

_ Ooooooh… Je vois… Bien sûr. Le froid, la chaleur naturelle des corps…

_ Absolument pas !! siffla Mai, plus rouge que le homard dans son jacuzzi bouillant.

Quoique, à y regarder de plus près, la vérité n'était pas si éloignée que cela de ses dires.

Tandis qu'elle s'évertuait à répéter à Ayako que, non, elle n'avait pas perdu son innocence entre deux tonneaux de vin – quel manque de glamour et de romantisme – Fusae Yamagoe entrait dans le salon, accompagnée de Hisuaki qui bâillait longuement. Son visage déjà pâle et marqué par l'exténuation, était encore plus triste à voir. Il ressemblait presque à un revenant.

_ Que se passe-t-il… gémit-il d'une voix faible se laissant choir dans un fauteuil confortable et rebondi.

_ Pardon pour le réveil, s'excusa Mai avec un faible sourire. Shibuya-san tenait à ce que vous soyez tous là car il a une annonce à faire.

Le jeune homme ne répondit pas. Il avait fermé les yeux, à croire que le sommeil l'avait encore emporté. Il dut compter sur l'assistance de sa mère pour rester éveillé. Heureusement, Naru arrivant à son tour, la démarche rapide et l'œil alerte qui se posa subrepticement sur Hisuaki avant de faire face à toute la petite assemblée. Cette réunion de personnes toutes vêtues de riches habits traditionnels avait quelque chose de bancal.

_ Naru-chan, l'apostropha Bô-san qui trépignait presque depuis qu'on lui avait dit de quoi il en retournait. Quand t'es-tu occupé du troisième esprit alors que tu étais enfermé avec Mai dans cette cave à vin ?

_ Jamais. Et ça ne sera pas nécessaire car cet esprit n'a nullement besoin d'être exorcisé car il n'a jamais été dangereux.

Les membres de la SPR manquèrent de s'étrangler d'ahurissement. Pas dangereux ? Croyait-il sincèrement que cette pauvre Masako allait en dire de même ? Même Mai n'en croyait pas ses oreilles.

_ Avant notre arrivée, cet esprit n'a jamais montré le moindre signe d'hostilité. Ce n'est seulement qu'au moment où nous avons décidé de le chasser qu'il est devenu mauvais.

Chacun se consulta du regard. Il avait raison. De simples objets déplacés, il était passé à des tentatives de meurtres, simplement à cause de leur présence.

Monsieur Yamagoe ne paraissait pas bien gérer tout ce suspense. Il ne cessait de passer son mouchoir dans son cou, l'air stressé.

_ Shibuya-san, allez-vous enfin nous dire qui est cet esprit ?

_ C'est l'esprit de votre fils qui est fou de rage, Hatsuki-san, voyons, tout le monde le sait. Mai et Masako l'ont vu, répondit Ayako avec un léger agacement, tout aussi impatiente que les autres.

Notre amie confirma d'un signe de tête. Elle devinait cependant au visage placide de son supérieur que les choses n'étaient pas exactes.

Effectivement, le sourire en coin de celui qui savait sur les autres éclaira les traits rigides du jeune homme.

_ Je viens d'entendre trois erreurs en seulement deux phrases : il ne s'agit ni d'un esprit, ni de Hatsuki-san et il n'est absolument pas en colère. Bien au contraire.

Il y eut un court silence. Toutes les convictions des enquêteurs venaient de se réduire en poussière. Ces derniers entrouvrirent la bouche de stupeur mais Fusae Yamagoe fut la première à demander de qui il s'agissait alors.

Les yeux que Naru braqua sur elle se firent tranchants et acérés, sans la moindre trace de férocité cependant.

_ Il est juste à vos côtés, répondit-il nûment.

Dans un même son de tissu froissé, toutes les têtes pivotèrent en même temps en direction de Hisuaki qui avait tout à coup trouvé un faible regain d'énergie en apprenant qu'il était le cœur – sinon la cible – du débat. Il jeta des coups d'œil affolés vers ceux qui le fixaient avec ébahissement avant de revenir sur le garçon en noir qui n'avait pas relâché l'intensité de son regard sur lui.

_ Q-Quoi ? Moi… ? balbutia-t-il, pâlissant subitement.

_ Oh, pas consciemment, bien sûr, le tranquillisa son interlocuteur sur le ton de la conversation. Mais c'est bel et bien vous qui êtes derrière tout cela.

_ C'est impossible ! s'exclama Mai en se levant d'un bond. L'esprit émanait un faible halo pâle et il était opaque ! Hisuaki-san n'est rien de tout cela !

A croire que malgré cette information de taille, les choses n'étaient plus aussi certaines qu'auparavant, il y eu un nouveau mouvement de tête commun vers le jeune homme afin de bien vérifier qu'en effet, il n'avait pas l'air d'un fantôme. Naru ne s'étonna pas de la réticence de ses collègues :

_ Simplement parce que ce n'est pas lui que tu as vu, répliqua-t-il à l'adresse de Mai.

_ Naru ! s'impatienta Bô-san, lassé de ses mystères et contradictions.

Le garçon ferma les paupières et eut un faible soupir.

_ Doppelgänger.

_ Dope… quoi ? fit Ayako, incrédule.

_ Doppelgänger, répéta Naru sans élever la voix. Un double plus ou moins maléfique qui ici, était la projection de Hisuaki-san.

Ce qu'ils avaient toujours pris sur les caméras et les rencontres de Mai et Masako n'avait jamais été l'esprit de Hatsuki-san – retourné au Paradis depuis l'incident avec Sumika – mais le doppelgänger de son frère jumeau. Les légendes décrivent ces étranges esprits comme le jumeau maléfique que chaque être aurait quelque part et dont la rencontre avec celui-ci était un mauvais signe. Ici, le fantôme était tout simplement le dédoublement astral – sans doute de l'âme – de Hisuaki qui n'avait aucune conscience de cela pour la simple et bonne raison que son double ne se formait que pendant son sommeil, quand son esprit était totalement relâché.

_ J'aurai dû considérer votre parfaite ressemblance avec votre aîné pour m'interroger, regretta Naru avec une vague amertume dans le timbre. J'étais trop obnubilé par la mort de votre frère pour penser qu'il puisse s'agir là de la manifestation d'un vivant. C'est lorsque Mai a parlé tout à l'heure d'être « hors de soi » que j'ai subitement compris.

Mai en était muette de stupéfaction. Mais c'était vrai ! Elle plaqua une main devant sa bouche. Son rêve ! Son rêve étrange d'un des fils Yamagoe qui donnait naissance à un autre lui directement depuis son corps ! C'était ça ! Son rêve lui avait directement donné la réponse ! Si elle en avait parlé tout de suite à son supérieur, ils en auraient déjà terminé et bien des drames auraient pu être évités. Sur le coup, notre amie se laissa gagner par la culpabilité. Si elle avait fait le rapprochement plus tôt, elle aussi…

Elle fit glisser ses yeux chocolat sur le jeune homme hébété dans son fauteuil. Son agresseur fantomatique… était Hisuaki ? Elle n'arrivait pas à le croire, elle avait besoin d'une preuve. Naru avait peut-être lu dans sa tête car il sortit de sa veste un CD qu'il fit glisser dans le lecteur de DVD du salon en annonçant qu'il allait confirmer ses affirmations.

_ Faites attention aux dialogues, surtout, prévint-il en appuyant sur « Play ».

Quelques secondes suffirent à l'adolescente pour reconnaître cette vidéo qu'elle avait déjà vue par accident. C'était la petite fête improvisée par les frères lors de leur acceptation à Tôdai. Mai ferma ses oreilles aux autres bruits de la vidéo et se concentra sur ce qui se disait. La musique animée en fond sonore, les jumeaux dansaient, bras dessus bras dessous en riant de tout leur bonheur.

_ Tu te rends compte, Hatsuki ?

_ Et comment, frangin ! Je n'irai pas tout seul à Tôdai !

_ Comme si j'allais te laisser, tu rêves ! Ah ah ah ! Eh oui, regardez ça !

_ Ah !

Le cri de l'adolescente doublé de son sursaut fit bondir les autres personnes présentes qui avaient elles aussi les yeux fixés sur l'écran plasma gigantesque du salon, sans avoir pour autant compris ce qu'elle venait de voir. Naru eut un léger sourire en coin face à la réaction de son assistance, comme s'il ne s'était pas attendu à une autre réaction que celle qu'elle venait d'avoir.

Il n'eut d'ailleurs pas à l'interroger car Mai s'était déjà tournée vers Hisuaki qui la dévisageait avec un air hagard, presque angoissé sur ce qu'elle allait révéler dans une imminente seconde.

_ Hisuaki-san ! s'exclama-t-elle en le désignant d'un index hésitant. Vous dites « je » en utilisant « boku » !

Il cligna des yeux, incertain d'avoir bien compris.

_ Euh… exact…

_ Et Hatsuki-san s'exprime avec « watashi » ! poursuivit-elle en regardant Naru qui lui répondit par avance avec un signe de tête. Or, le fantôme qui m'a poussée depuis le balcon s'exprimait par « boku » !

_ Il arrive que des jumeaux se différencient dans leur façon de parler, surtout dans la désignation du « je ». J'ai bien fait de miser là-dessus, on dirait, se félicita humblement Naru en arrêtant la vidéo.

Il profita du silence effaré ambiant pour poursuivre ses explications. Tout concordait : la grande fatigue de Hisuaki du fait de sa projection astrale inconsciente, sa facilité à éviter les caméras pour la simple et bonne raison qu'il avait participé à leur installation et son comportement si différent de Hatsuki que Mai avait rencontré depuis ses songes.

Muet depuis le début de la réunion, Hisuaki se redressa dans son fauteuil et plongea son regard dans celui de Naru.

_ Pourquoi ? Pourquoi est-ce que je me suis créé un double comme ça ! s'emporta-t-il, plus par peur que par colère. Je n'ai aucune raison de vouloir faire du mal à votre équipe comme je… enfin… comme mon « autre moi » l'a fait…

Le jeune homme sombre n'eut une fois de plus pas besoin de répondre car quelqu'un d'autre le fit à sa place. A la surprise de tous, il ne s'agit pas d'un membre de la SPR mais de Madame Yamagoe elle-même.

_ La solitude, murmura-t-elle avec tristesse.

Elle releva la tête vers son fils cadet et lui caressa doucement la joue, les yeux embués de larmes.

_ Tu ne l'avoues à personne mais la mort de Hatsuki t'a dévasté, Hisuaki. Tu as tellement besoin de la présence d'un « autre toi » à tes côtés que tu as fait revivre ton frère à travers ta propre essence. Ton double agissait comme Hatsuki le faisait de son vivant.

Elle lui sourit avec tendresse, une larme roulant le long de sa joue, tandis qu'il la dévisageait avec effarement.

_ Pourquoi ne nous parles-tu pas ? continua-t-elle, la voix encore plus faible. Comme toi, nous avons perdu un être inestimable à notre cœur. Vois où t'a conduit ta douleur muette, Hisuaki. Ta peur que ces jeunes gens fassent disparaitre le double factice de ton frère t'a poussé à les attaquer et à leur faire du mal. Tu aurais dû nous en parler, mon chéri. Je sais qu'il te manque. Il nous manque à tous…

Le silence environnant avait changé de ton. De mutisme surpris, il était passé à recueillement respectueux. Tout ce qui s'était produit ces derniers temps n'étaient pas l'œuvre d'une machination destinée à les tuer, non. Ce n'était là que la souffrance d'un être qui se rattachait à ce qu'il pouvait pour ne pas sombrer dans le désespoir le plus complet. A ce moment précis, Mai revit Hisuaki, assis par terre dans le noir de sa chambre, une larme traversant son visage endormi devant cette même vidéo passée quelques instants auparavant. Il n'avait pas voulu cela, oh non. Il ne voulait que retrouver un réconfort familier, quitte à s'épuiser lui-même.

Touchée par la souffrance du jeune homme, Sumika l'approcha et le serra dans ses bras avec tendresse en se proposant de partager avec elle sa douleur. Car comme lui, elle avait perdu l'être avec lequel sa vie était destinée. Comprenant ce qu'il avait raté et provoqué et ce qui l'attendrait désormais, Hisuaki s'autorisa enfin à verser des larmes et enfouit son visage contre l'épaule de Sumika pour cacher son chagrin. Autour d'eux, on se taisait. Même Naru avait baissé les yeux, l'air étrangement lointain et mélancolique. A moins que ce ne fût l'imagination de Mai.

Après un temps, John se tourna vers Naru.

_ Et le doppelgänger ? questionna-t-il doucement. Que va-t-il advenir de lui ?

_ Il disparaitra lorsque Hisuaki-san aura pleinement fait son deuil et que son subconscient ne ressentira plus le besoin de le faire venir.

Sur ce, il reposa la télécommande du lecteur DVD.

_ Affaire classée.

¤ - ¤ - ¤

Mai remonta le couloir, la tête pleine des récents événements de la soirée. Enfin. Tout était terminé. Le manoir Yamagoe retrouverait la sérénité et chacun des membres de la famille, vivant ou mort, était en paix.

Il était plus d'une heure du matin et pourtant, elle n'éprouvait aucune fatigue. Les révélations faites peu de temps auparavant maintenaient son activité cérébrale à plein régime. Elle était heureuse de cette bonne fin. Les choses auraient pu tellement plus mal tourner.

L'adolescente porta la main à ses cheveux noués et tira l'épingle florale qui les retenait avant de les secouer un peu. Une autre affaire irait s'ajouter dans le classeur « Affaires classées » de l'agence. Si ses souvenirs étaient encore bons, il devait se trouver dans un coin gauche d'une étagère du bureau de Naru.

Elle s'arrêta.

_ Vais-je pouvoir continuer ?

La question se plaqua devant elle, énorme, immanquable, inévitable. Bien sûr, elle, elle voulait continuer. Elle voulait reprendre son petit job qui lui était bien plus addictif que ce qu'elle aurait cru, mais…

Elle leva les yeux qui se posèrent tout de suite sur la porte vernie du bureau alloué à la SPR. Elle était entrouverte avec de la lumière à l'intérieur. Elle s'approcha en silence. Le froissement de feuilles de papier qui bruissait dans la pièce lui confirma ce qu'elle pensait, il était là.

Mai poussa la porte qui s'ouvrit sans bruit et fit un pas à l'intérieur.

Naru lui tournait le dos, appuyé contre le bureau en train de classer de la paperasse qu'il rangerait dans le dossier ouvert à la couverture rouge qui était posé sur le meuble. Travail, toujours le travail. Elle ne retint pas son sourire en constatant qu'il ne s'était pas encore changé. Le bleu pétrole de son kimono prenait une étrange teinte sous la lumière artificielle de la lampe de bureau. Malgré cela, sa silhouette forte et parfaitement découpée ne perdait rien de sa prestance.

La jeune fille diminua le son de sa respiration pour qu'il ne se retournât pas tout de suite et profiter ainsi de cette vision qui ne se représenterait sans doute plus jamais. Elle se surprit à être prise d'une forte envie de lui enlacer la taille et de poser sa tête contre son dos. Elle était certaine que sa peau épouserait parfaitement la forme de son visage.

Elle secoua la tête et avança vers lui de façon volontairement audible.

_ Tu pourras t'occuper de ça demain matin, il est tard.

Naru ne fut pas surpris de l'entendre dans son dos et glissa la feuille qu'il tenait entre deux autres.

_ Je peux tout aussi bien le faire maintenant. Ca sera toujours ça en moins.

Mai ne releva pas et s'occupa d'éteindre les ordinateurs et les écrans de contrôle. Il n'y aurait plus rien à enregistrer maintenant.

_ Le doppelgänger ne risque pas de revenir cette nuit ?

_ Non. Hisuaki-san sait maintenant que nous ne souhaitons pas chasser l'entité qu'il s'est créé. Si son double revient, il ne s'attaquera pas à nous.

Elle hocha la tête en signe de compréhension et s'assit sur le rebord d'une table, l'air pensif.

_ Mais… ce double ne risque-t-il pas d'épuiser Hisuaki-san jusqu'à un point critique ? Tu as vu comment il était exténué.

Naru releva la tête de son dossier.

_ Il a des capacités latentes d'ubiquité et évidemment, cela épuise beaucoup. Dès qu'il s'agit de faire sortir son essence de soi, son âme ou son ki, le corps subit des pressions énormes, rappela-t-il. J'ai conseillé aux parents d'envoyer leur fils voir un spécialiste de ma connaissance pour qu'il puisse le prendre en charge. S'il décide de le consulter, sans doute Hisuaki-san saura-t-il utiliser son don correctement.

_ C'est gentil pour lui, sourit Mai, agréablement surprise de son initiative.

Puis, il y eut un silence durant lequel les deux jeunes gens se dévisagèrent avec attention. Tous deux savaient pertinemment que les précédents échanges n'avaient eu lieu que pour retarder de quelques secondes supplémentaires le véritable échange. Mai sonda les prunelles sombres du jeune homme pour essayer de savoir si oui ou non il était enclin à aborder le sujet. Etrange impression. Il avait le même regard fixe et intense que d'ordinaire et pourtant, elle devinait qu'il attendait ses mots.

Elle prit une profonde inspiration et préféra baisser les yeux sur ses genoux.

_ Il s'en est passé des choses pendant cette affaire, n'est-ce pas ? murmura-t-elle dans un souci de faire un préambule.

Son interlocuteur lui répondit par un hochement de tête. Cela ne l'aidait pas vraiment, s'il n'essayait pas de lui faciliter la tâche.

Elle joua avec ses doigts, à croire qu'elle espérait que son index ou son auriculaire allait lui souffler les bons mots à lui dire. Hélas, ses dix interlocuteurs restèrent muets.

_ Ce… ce qu'il y a eu ce soir… dans la cave… Je ne sais pas si tu étais pleinement conscient de ce que tu faisais et je préfère que tu me le dises tout de suite si ça a été une erreur parce que je ne veux pas me faire des illusions comme la dernière fois.

Encouragée par ce début, Mai osa le regarder de nouveau dans les yeux.

_ Tu es esclave de ton kikô. Tu ne peux pas laisser libre cours à tes émotions, je ne veux pas être une gêne pour toi. J'ai vu le danger que cela représentait pour toi et… et… et quoi ? Quoi ?

Elle avait froncé les sourcils, désarçonnée de voir Naru qui l'observait avec un sourire en coin. Il se moquait d'elle ? Il riait d'elle alors qu'elle vivait l'un des moments les plus importants et embarrassants de son existence ?

Le garçon profita de la vision d'une Mai furibonde encore quelques instants avant de se planter devant elle, les bras croisés et l'assurance transpirant de son regard.

_ Quoi ? bougonna l'adolescente, vexée.

_ Tu me vexes, Mai, répliqua-t-il avec la suffisance qu'était la sienne. A t'entendre, mes mois d'absence ne m'ont servi à rien.

Elle ne releva pas tout de suite. Elle avait presque oublié cette joyeuse période de silence d'un an. Ce fut à son tour de se taire, bien décidée à laisser son boss s'exprimer un peu sur la chose, ce que Naru devina immédiatement.

_ Tu essaies de me piéger ? C'est pourtant toi qui as engagé cette discussion.

_ Je n'ai pas encore beaucoup entendu ta version des choses.

Nouveau silence de contemplation mutuelle. Mai se radoucit peu après. Peu importe ce qu'il déciderait. Au moins, elle savait ce qu'elle avait toujours voulu savoir. Elle avait définitivement tourné la triste page de son absence.

_ Je t'aime, avoua-t-elle tout simplement.

Elle s'attendit à l'entendre lui répliquer « Je sais », au vu du visage qu'il lui offrait. Peut-être le pensa-t-il, Naru ne lui dit cependant rien.

_ Ca te dérange ? lui demanda-t-elle avec un sourire timide.

_ Non.

Mai sourit enfin sincèrement. Elle n'avait pas besoin d'aller plus loin pour comprendre ce que ce simple mot pouvait signifier pour la suite. Elle avait fait tout ce qu'elle avait pu faire, c'était à présent au tour de Naru de faire sa part. Ils étaient à l'essai. S'il allait en son sens, il serait celui à faire le pas vers elle. Son cœur débordait. Enfin, elle entrevoyait une lumière de son côté et non plus la noirceur de son mutisme secret.

Enivrée par cette semi-victoire, la jeune fille redressa la tête et surprit son compagnon par un baiser rapide et simple. Elle comprit à son expression incertaine que sur ce coup, elle l'avait pris au dépourvu.

Sourire en coin, Mai se faufila vers la porte du bureau et se tourna vers Naru avant de sourit, clin d'œil à l'appui.

_ Moi aussi, j'ai ma fierté.

Son interlocuteur avait déjà retrouvé son sérieux et replongé dans une liasse de documents, subitement très loin de la conversation.

_ Parfait. Je te laisse alors le soin de te débrouiller pour expliquer aux autres. Surtout aux filles.

Mai manqua de s'étrangler. Mais quel… Naru.

FIN


Naru restera Naru jusqu'au bout ! XD

Merci à tous les gens qui ont suivi cette histoire. Je ne sais pas quand je reviendrai car je sors d'une grosse activité écrite et mon cerveau est assez fatigué. Je vais peut-être me consacrer à l'écriture de l'histoire de ma seconde BJD comme je l'ai fait avec la première avec Not as We. Si je la posterai ici ? Si je le fais, ça sera pas avant longtemps, vu le temps qu'elle va sans doute me demander.

Mais qui sait si je ne ferai pas un petit OS entre temps pour me détendre ? XD

Ja nee, minna-san