Episode 10: Porte secrète
Jubia tricotait d'un air absent. Sa mère Victoria avait tenue à ce qu'elles s'adonnent ensemble à cette activité reposante ce matin là et malgré son parfait manque d'intérêt pour cette tâche, la jeune Loxar devait reconnaître que c'était apaisant. Tandis qu'elle faisait machinalement tournoyer les aiguilles et les fils entre ses mains, elle pouvait décrocher son esprit de la réalité, distraite par les mouvements fluides et ininterrompus de ses doigts. Elle tricotait depuis toute petite comme toute jeune noble de la Cour qui se respectait et ses maîtresses l'avaient toujours félicitée pour ses créations originales. Enfant, Jubia s'était beaucoup plut à confectionner des petites peluches en laine blanche auxquelles elle entourait un ruban bleu autour du cou en nœud papillon. Elle les avait baptisées Teru et elle en avait gardé toute une collection dans sa chambre qui ornait son lit en permanence, tel des petits fantômes souriants.
Sa mère ne la quittait pas des yeux, le regard inquiet. Elle devait s'attendre à la voir fondre en larmes à n'importe quel moment. Jubia aurait aimé pouvoir la rassurer en lui disant qu'elle n'était pas une petite nature mais un nœud dans sa gorge le lui empêchait. De toute façon, Victoria Loxar ne serait pas dupe. Elle connaissait sa fille et Jubia n'était pas douée pour cacher ses émotions. La vérité c'était qu'elle était sur le qui-vive depuis que la veille ils avaient reçu les nouvelles terribles de Magnolia. Le roi Jon avait été assassiné pendant le Tournoi de la Paix. En conséquence, le prince Gray avait été arrêté et il serait exécuté ce matin même. La guerre reprendrait son cours.
Le roi Erys avait immédiatement réagi, convoquant ses bannerets et organisant ses plans de riposte. Mais dans la Cour, tout le monde savait qu'il ne pourrait rien faire pour empêcher la mort de son héritier. C'était trop tard. Gray était condamné. Jubia avait passé la nuit à pleurer dans les bras de Wallas. Le jeune noble avait très mal encaissé le coup lui aussi. Pâle comme la mort, il lui avait tapoté le dos sans un mot, les lèvres étroitement fermées. Jubia savait ce qu'il ressentait. Gray et Wallas étaient de très bons amis. Ils avaient grandi ensemble. Apprendre sa condamnation avait été terrible et Jubia partageait sa douleur.
Plus tard le soir, Jubia avait sérieusement envisagé de prendre un cheval et de s'élancer vers la capitale magnolienne pour arracher Gray à son triste sort. Mais elle n'aurait pas dépassée la frontière qu'il ne resterait plus qu'une dépouille vide de lui. Si seulement elle avait eu un peu plus de temps!
-Aille!
Jubia regarda son doigt qu'elle venait de piquer avec son aiguille. Un point de sang s'y forma lentement et la jeune fille le porta à sa bouche pour arrêter le saignement. Une saveur ferreuse se répandit dans sa bouche. Le goût du sang. Celui de Gray recouvrait peut-être à ce moment même le sol d'une salle d'exécution à Magnolia…
-Tu vas bien, mon cœur?
Victoria s'approcha de sa fille avec sollicitude. Jubia hocha la tête, le doigt dans la bouche. Elle se savait chanceuse. Son père Edgard et sa mère Victoria l'épaulaient plus que jamais dans ces moments difficiles. Ils savaient parfaitement que leur fille avait toujours adoré son prince plus que nécessaire.
Edgard Loxar était un membre important du Conseil du roi Erys et en tant que tel, son nom était très respecté à Rivars. C'est pourquoi Jubia, sa mère et lui avaient toujours habité au château et avaient maintenu des relations étroites avec la famille royale. Il fut un temps où Victoria et Syra Lin, la reine, passaient leurs après-midis à papoter et à tricoter ensemble. Mais cela s'était passé avant la naissance du prince et c'est que l'accouchement avait eut raison de la belle reine. Plus tard, Victoria avait tenu à ce que sa fille, Jubia, se lie d'amitié avec le prince comme elle l'avait fait avec sa mère avant elle. Et on pouvait dire qu'elle avait atteint son objectif.
Jubia n'oublierait jamais le jour de sa rencontre avec le prince. Ils avaient alors dix ans tous les deux et seuls quelques mois d'avance du prince les différenciaient en âge. C'était une journée particulièrement froide où la neige tombait sans relâche en recouvrant tous les pics montagneux des alentours. La petite Jubia était emmitouflée dans un épais manteau en fourrure que sa mère avait tenu à lui faire revêtir pour mieux supporter le froid. Mais Jubia se sentait maladroite avec ce gros fardeau qui la faisait ressembler à une énorme boule de poils et qui l'empêchait de voir où elle mettait les pieds. En traversant le château, elle avait perdu l'équilibre sur une rampe recouverte de verglas et avait crié de peur en attendant le choc qui s'ensuivrait avec sa chute. Mais ce choc n'était jamais arrivé et Jubia avait fini par ouvrir les yeux avec étonnement.
-Tu es vraiment chanceuse! Tu étais partie pour te casser la figure!
Gray Fullbuster la tenait dans ses bras, à croupis sur la rampe. Il devait s'être trouvé juste derrière elle pour avoir le temps de la rattraper. Jubia avait papilloté des yeux en trouvant ce visage souriant aussi près du sien. Le prince était magnifique avec ses cheveux noirs de jais et ses grands yeux noirs. Elle avait beaucoup entendu parler de son attitude rebelle et des scandales qu'il provoquait à longueur de journées en défiant l'autorité de son père mais récemment toutes ces rumeurs s'étaient estompé depuis que la Capitaine de la Garde riveraine, Oul, avait prit en charge le jeune monarque pour le remettre sur la bonne voie.
Sa mère Victoria avait toujours encouragée sa fille à s'adresser au prince et à devenir son amie mais Jubia n'avait jamais vraiment essayé, peu intéressée par ce gamin turbulent. Elle préférait dessiner, lire et tricoter ou même chanter. Oui! Surtout chanter! Elle faisait partie d'une chorale au château et elle adorait joindre sa voix à celles des autres enfants pour régaler la Cour de leurs mélodies. Son maître de chant avait toujours assuré que Jubia ferait un ménestrel d'exception, qu'elle avait un don pour transmettre des émotions avec sa voix. Mais bien sûr, ses parents ne projetaient pas un avenir de chanteuse errante pour leur seule héritière et ils avaient expressément demandé au professeur de taire ses encouragements incongrus. Malgré cela, Jubia continuait d'assister à ses cours et s'entraînait souvent dans sa chambre avant de dormir.
-M…Merci…mon prince.
Jubia se sentit rougir de honte tout en se dégageant des bras du prince. Ce dernier l'avait regardé d'un œil étrange comme si elle était un spécimen curieux. Puis avec un énorme sourire, il s'était incliné devant elle d'un geste théâtral.
-Le plaisir est pour moi, mademoiselle!
-Qu'est-ce que tu fous, Gray?!
Un enfant à la chevelure flamboyante et aux grands yeux verts les avait rejoints à cet instant et il avait envoyé une tape sonore sur l'arrière du crâne du prince.
-Dépêche-toi! Lyon et les autres vont nous échapper! On doit poser le piège avant qu'il ne soit trop tard!
-J'arrive! J'arrive! Avait grogné le brun en se massant la tête. Désolé mais le devoir m'appelle! A la prochaine!
Le prince s'était alors mis à courir derrière son ami comme un forcené en poussant des cris de fou et Jubia ne l'avait pas quitté des yeux jusqu'à ce qu'il ne disparaisse à l'autre bout du couloir. En y repensant, Jubia souriait toujours en se disant que le "devoir" de Gray et de Wallas ne consistait alors qu'à embêter de leur mieux le cousin orgueilleux du prince, Lyon Bastia, et ses acolytes, Eve, Hibiki et Ren. Mais même ainsi, la petite Jubia était profondément tombée amoureuse de Gray à cet instant.
A compter de ce jour, Jubia avait commencé à délaisser ses autres occupations pour passer le plus clair de son temps à espionner le jeune prince. Elle avait commencé par assister à ses entrainements d'épée comme beaucoup d'autres nobles de la Cour, puis elle l'avait observé au quotidien, le voyant s'épanouir dans tout ce qu'il faisait en gardant à tout moment ce magnifique sourire en coin qui l'avait charmée. Il était beau, il était vaillant et il était fier. Wallas et lui faisaient de chaque instant une épreuve et ne s'arrêtaient que lorsqu'ils l'avaient enfin surmontée pour ne s'attaquer qu'à une tâche plus difficile encore. Ils faisaient une paire des plus intéressantes.
Un soir après le dîner, les deux garçons l'avaient accostée sans raison apparente et Jubia avait paniqué en se croyant démasquée dans son rôle d'admiratrice secrète.
-Tu travailles pour mon cousin, c'est ça? Lui avait demandé le Gray de douze ans d'un air méfiant. Tu nous espionne et tu lui rapportes tout ce que tu voies?
-Euh…, avait bégayé la pauvre Jubia, confuse.
-AVOUE! Exigea le beau Wallas, un sourire carnassier aux lèvres. Ne joue pas les malines avec nous. On connait cette ruse par cœur!
Soulagée, la jeune Jubia avait fini par réussir à les convaincre de son innocence. Elle, qui avait craint que Gray n'apprenne qu'elle le suivait désespérément à la trace, elle avait été plus que rassurée de comprendre qu'ils avaient cru à un complot machiavélique de Lyon pour leur rendre la pareille de leurs farces.
-Tu veux intégrer notre groupe alors? Avait proposé Gray, bien plus chaleureux que deux secondes plus tôt. Il reste une place vacante pour une fille! Il faut toujours une fille dans une équipe. Ça sert à équilibrer la balance. Tu seras le cerveau de nos opérations! Oul m'a dit que les femmes vous aviez un instinct particulier qui vous donnait une longueur d'avance sur nous. Je pense que ça nous sera très utile…
-Je ne comprends toujours pas pourquoi tu dis ça, avait rétorqué le jeune Wallas. Je suis déjà le cerveau dans cette équipe et elle marche très bien.
-Il nous faut du sang frais, Wallas! Insista Gray comme si c'était évident. Tim voudrait bien nous rejoindre mais il est encore trop jeune. Tu en dis quoi, Jubia?
La jeune Jubia avait trouvé leurs projets de complots et de missions secrètes absolument absurdes mais cette proposition lui était apparue comme une occasion unique de se rapprocher de l'amour de sa vie alors elle avait accepté de bon cœur!
Après ce jour sa vie n'avait plus jamais été pareille. Chaque jour était devenu une véritable aventure et elle avait appris que le château qu'elle avait toujours trouvé morne et ennuyeux pouvait devenir un énorme terrain de jeux si on fréquentait les bonnes personnes. Gray et Wallas l'avaient entraînée dans des centaines de folies, la poussant à fouiller des chambres à la recherche d'indices, à écouter aux portes pour vérifier des potins quelconques, à participer à des quêtes de trésors cachés dans les profondeurs de la montagne! Ils lui avaient appris à déjouer habilement la surveillance des gardes pour quitter les murs du château sans se faire remarquer et ensemble, ils s'étaient aventurés dans la capitale parmi les gens du commun. Jubia avait découvert beaucoup de choses et de personnalités dont elle n'aurait pas même pu soupçonner l'existence. Petit à petit, elle avait réussit à vaincre sa timidité qui l'avait toujours renfermée dans un cocon douillet de solitude et de silence. Gray et Wallas la faisaient rire, la faisaient rêver, l'aidaient à aller au-delà de ses limites.
Malheureusement, il n'y avait pas eu que du bon dans leur nouvelle association et c'est que plusieurs fois les adultes avaient interféré dans leurs manigances, les punissant plus ou moins sévèrement et leur faisant parfois regretter d'avoir été trop insouciants. De plus, avec le temps, Gray et Wallas s'étaient découvert une tout autre passion que Jubia ne pouvait pas partager avec eux: les filles. Ils devenaient effectivement plus grands et plus avenants de jour en jour et les belles nobles du château n'étaient pas indifférentes à leur charme. Les deux adolescents s'étaient longtemps plut à utiliser cet atout à leur avantage, s'adonnant avec joie au jeu de la séduction. Jubia avait passé un nombre de fois incalculable à déprimer dans sa chambre tandis qu'ils fleurtaient avec celle-ci ou celle-là. Gray était sans pitié! Il passait ses journées à taquiner Jubia et puis il consacrait ses soirées à faire danser des filles dont il ne retenait pas même le nom! Jubia avait beau se rassurer en se disant qu'au moins il la respectait assez pour ne pas la traiter comme à toutes ces harpies, elle souffrait de le voir jouer avec ses sentiments.
A l'âge de quinze ans, Jubia avait fait une découverte qui avait réussie à détourner les deux garçons de leur occupation auprès des filles. La jeune Loxar passait beaucoup de temps dans la bibliothèque du château à s'informer et à discuter avec les érudits, l'esprit curieux. Et un jour quelconque elle avait déniché dans le secteur des écris les plus anciens, un document que personne ne semblait avoir consulté depuis des lustres. Il s'agissait d'un parchemin enroulé sur lui-même, flétris par le temps et recouvert de poussière. Jubia ne savait pas exactement pourquoi elle avait décidé d'y fourrer son nez mais elle ne pouvait que s'en féliciter!
-Regardez ça! Avait-elle dit avec excitation à ses deux camarades en le leur montrant.
-Quoi? Qu'est-ce que c'est? Des gribouillis sur un bout de chiffon?
Wallas avait baillé ostensiblement en montrant son parfait désintérêt pour la chose. Jubia lui avait adressé son habituelle grimace exaspérée. Le jeune roux trouvait sa passion pour la lecture ridicule et il n'avait jamais cherché à le cacher. Il aurait certainement trouvé plus intéressant un combat d'épée, une promenade en cheval ou une fille à la poitrine bien développée…
-On dirait une carte, murmura Gray en se penchant sur le parchemin avec attention.
Assise entre les deux garçons sur la table en bois de la bibliothèque, Jubia acquiesça avec enthousiasme.
-Oui! C'est une carte! Une carte du château! Et regardez! Ce passage là. Je crois que ce sont des galléries souterraines!
Beaucoup plus réveillé, Wallas s'était incliné sur la carte avec un froncement de sourcils.
-Il n'y a pas de galléries souterraines ici, la contredit-il. Ça se saurait.
-A moins que quelqu'un ait cherché à le cacher, insinua Jubia.
-Ça m'étonnerait. Mon père ne m'en a jamais parlé en tout cas, assura Gray. Peut être qu'elles sont trop vieilles et qu'elles se sont effondrées avec le temps. Cette carte ne m'a pas l'air toute neuve.
-Pourquoi nous n'irions pas le vérifier par nous même? Proposa Jubia à la grande surprise de ses deux amis.
-Whouaouh! Jubia qui nous propose une mission de reconnaissance! C'est nouveau ça!
-Je t'avais dit que les femmes avaient un instinct supérieur à la normale! Sourit Gray avec satisfaction.
-On appelle ça l'intuition féminine, avait renchérit la jeune noble, pas peu fière de sa trouvaille.
Jubia avait enroulé la carte avec précaution, rouge de plaisir. Avec ça, Gray et Wallas oublieraient leurs hormones en ébullition pour un moment! Ça risquait de les tenir occupés!
Le soir même, alors que le château dormait et que seuls quelques gardes de nuit rodaient dans les couloirs, les trois adolescents s'étaient glissés hors de leurs lits et s'étaient retrouvé à l'endroit accordé. Jubia se souvenait de la force des battements de son cœur ce soir là. Ils étaient peut être sur le point de dévoiler un mystère bien plus intriguant que n'importe quel potin de la Cour! Elle espérait de tout cœur qu'ils tomberaient sur quelque chose d'extraordinaire, envahie par ses nouveaux élans d'exploratrice.
Sans bruit, ils avaient parcouru les allées du château en suivant la vieille carte à la lueur d'une bougie qu'ils allumaient par intermittence. Certains traits s'étaient un peu effacé et d'autres avaient légèrement coulé alors ce fut une tâche très difficile de se situer par rapport à la carte mais ils y parvinrent tant bien que mal. Arrivé au point où l'entrée des galléries été indiquée, ils furent bloqués par un garde qui se tenait dans le couloir en guise de sentinelle. Après une longue attente, ils durent faire distraction pour le sortir de là, créant un boucan infernal un peu plus loin pour attirer son attention. Le garde s'empressa de quitter son poste pour découvrir l'origine du tumulte et ils en profitèrent pour fouiller le couloir.
Jubia avait beau passer sa main sur les murs à la recherche d'un interstice qui indiquerait la présence d'un passage secret, le mur était lisse sous ses doigts. C'était frustrant d'être aussi près du but mais de ne pas y parvenir!
-On n'a plus beaucoup de temps! Grogna Wallas. Vous êtes sûrs que c'était ici? On s'est peut être trompé.
-Venez voir!
Gray leur avait montré un immense tableau accroché au mur qui représentait une sorte de divinité aux longs cheveux dorés et aux grands yeux verts. La déesse portait une magnifique robe blanche et des femmes et des hommes en tout genre s'inclinaient devant elle dans un geste de vénération collective. Jubia n'avait jamais entendu parler de cette divinité dans les livres d'histoire. Qui était-elle et pourquoi y avait-il un tableau la représentant à Rivars où les hommes portaient leur foi sur la force de leur bras et non sur les dieux?
Wallas avait aidé Gray à décrocher le tableau et derrière lui, ils avaient trouvé un hiéroglyphe étrange gravé sur le mur.
-C'est ici, avait annoncé Jubia avec un fil de voix, son cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. C'est le même symbole que sur la carte.
Alerté par les bruits de pas du soldat qui retournait à son poste, les trois jeunes avaient dû se précipiter de remettre le tableau à sa place et de quitter les lieux sans se faire remarquer. Après tout, une mission secrète cesserait de l'être dès l'instant où ils seraient prit les mains dans le sac et ils tenaient à garder pour eux leur découverte jusqu'à ce qu'ils en apprennent suffisamment là-dessus.
Ce soir là, Jubia eut beaucoup de mal à trouver le sommeil, gigotant nerveusement dans tous les sens. Elle ne pouvait cesser de penser à ce qu'ils découvraient derrière ce mur dès qu'ils pourraient y retourner et elle était fière d'avoir descellé ce mystère à elle toute seule. Le jour suivant, à sa grande satisfaction, Gray et Wallas l'avaient rejointe à la bibliothèque pour chercher plus d'informations similaires et ils s'étaient absorbés dans la lecture de vieux récits qui n'avaient pour la plupart aucun intérêt. C'était très inhabituel de voir les deux garçons mettre les pieds dans ce lieu silencieux et beaucoup de lecteurs levèrent les yeux de leur lecture, intrigués par la présence de leur prince et son dévouement soudain pour l'instruction. Par chance, leur recherche n'avait pas été inutile car ils étaient tombés sur un bouquin très amoché par le temps qui représentait la déesse blonde du tableau sur sa première page. Jubia, Gray et Wallas s'étaient efforcés de déchiffrer son contenu rendu quasi illisible par la moisissure et les coins noircis.
-E…xeed…, lut Jubia en plissant les yeux. C'est ça qu'il y a écris, non?
-Exeed?! S'exclama Wallas. Tu es sûr que ça parle notre langue ce truc au moins?!
-Ça dit que c'étaient des êtres magiques qui aidèrent à sceller Zeleph, conclut Jubia en se mordillant la lèvre.
-Zeleph? Interrogea le prince avec perplexité. Tu comprends quelque chose à tout ça toi?
-Pas vraiment, avoua Jubia avec regret. Mais je pense que nous trouverons des réponses derrière cette porte.
-Nous y retournons dès ce soir, décida Gray avec des airs de conspirateur. Pas question de laisser traîner une bombe pareille. Mais cette fois on y va équipés.
Wallas et Jubia lui rendirent son sourire complice.
Ce soir là, ils se rendirent au même endroit armés de bâtons de fer dont ils se serviraient en tant que levier pour déverrouiller la porte. Jubia monta la garde au bout du couloir tandis que Gray et Wallas introduisaient le bout de leur outil dans l'interstice de la porte et qu'ils tiraient dessus de toute la force conjointe de leurs bras pour la faire céder.
Ils finirent par y arriver après une longue séance de forçage épuisante. Jubia avait cru entendre les gardes arriver à plusieurs reprises et voyant que ce n'était pas le cas, elle se demandait comment personne n'avait entendu les grognements bruyants de ses amis face à la dureté de leur tâche. La porte secrète s'était décollée du mur et avait découvert un orifice ténébreux. Jubia avait tendue sa bougie à l'intérieur en voulant y apporter un peu de lumière mais la noirceur était trop dense et elle n'avait percé les ténèbres qu'en surface. Ils devraient y rentrer sans la moindre visibilité. Les trois jeunes échangèrent des regards brillants d'excitation et de peur.
-Les femmes d'abord, bien sûr! Avait largement sourit Wallas.
Jubia lui avait adressée la grimace qu'elle lui réservait et après un coup d'œil à son prince, elle avait décidée de se montrer courageuse devant lui. Les genoux tremblants, la jeune noble avait pénétré l'antre sinistre. Gray et Wallas lui avaient immédiatement emboîté le pas, restant tous les trois dans le faible halo lumineux de la bougie qu'elle tenait devant elle. Une odeur écœurante de renfermé et de poussière leur avait chatouillé le nez, les faisant éternuer. Ils avaient poursuivit leur route pendant ce qui avait semblé être une éternité sans rien apercevoir et Jubia avait été sur le point de faire demi-tour, ne supportant plus de rester enveloppée par les ténèbres, lorsque la flamme de sa bougie avait éclairé un mur des plus atypiques.
-Ce sont des…chats? Avait interrogé Wallas avec étonnement.
-On dirait bien, avait confirmé Gray sur le même ton.
Jubia avait approché sa bougie du mur et avait éclairé plus distinctement les dessins qui le recouvraient. Des humains et des chats. Mais pas seulement. Il y avait des ombres étranges qui avaient un aspect à la fois humain et démoniaque. Il y avait des créatures effrayantes dont les babines débordaient de peinture rouge. Il y avait des espèces de corbeaux qui crevaient les yeux des hommes avec leurs becs et qui griffaient les enfants de leurs pattes. Tous ces monstres s'abattaient sur ce qui semblait être un grand village, le mettant en feu et en sang. C'était là qu'intervenaient les chats et quelques guerriers humains. Des éclairs et toute sorte d'éléments semblaient jaillir des corps des guerriers comme s'il s'agissait de projectiles qu'ils envoyaient sur les monstres. Les chats se couchaient dans des positions menaçantes et d'autres, la gueule grande ouverte, faisaient reculer les abominations comme si leurs miaulements leur étaient insupportables.
Jubia avança sur sa droite, passant à la scène suivante. Les chats et les guerriers avaient apparemment remporté la bataille même si d'incomptables cadavres jonchaient les sols. Les monstres avaient disparus et certains sautaient de joie dans des gestes de bonheur figés par la peinture. Mais un mal plus terrible s'abattit sur eux dans la scène suivante.
-Des…des… Des dragons?!
Wallas n'en revenait pas, bouche bée, tandis que Gray suivait avec émerveillement les scènes avec la même avidité que Jubia.
Il ne pouvait s'agir que de dragons en effet. Ces créatures à la fois majestueuses et terrifiantes qui faisaient battre des ailes immenses et qui crachait du feu… Jubia en avait déjà vu quelques représentations sur d'autres livres. Les dragons restaient un grand mystère pour l'Homme. Ils décoraient plusieurs motifs et peuplaient les rêves les plus fous, mais avaient-ils vraiment existé un jour ou pas? Si non, d'où avaient surgis tant de récits et de chants sur leur force inégalable et leur puissance incontestable? Et si oui, qu'étaient-ils devenus? Pourquoi avaient-ils disparus de la mémoire humaine?
Cette fresque sur le mur semblait en tout cas lui assurer qu'ils avaient existé et qu'ils avaient combattu une ombre titanesque. En regardant avec attention, Jubia avait fini par reconnaître un gigantesque dragon noir dans cette masse de ténèbres. Il était bien plus imposant que n'importe lequel des nombreux dragons qui lui tenaient tête. Une inscription avait été gravée sous sa représentation. Jubia plissa les yeux pour la déchiffrer.
-Ac…nologia.
Les trois jeunes eurent froid dans le dos à ce simple nom comme s'il renfermait en lui-même quelque chose de malsain. Jubia déglutit. Gray lui prit sa main libre, rassurant.
-Si tu veux sortir, n'hésite pas à le dire Jubia.
-Non… Ça ira.
Jubia avait beau être glacée de peur, elle refusait de quitter cet endroit et de laisser tous ces mystères dans l'oubli. Quelqu'un avait prit la peine de les peindre. Cela voulait dire qu'il s'était attendu à ce qu'on les examine et peut-être qu'on se serve de ce savoir dans un but précis. Restait à savoir si tout cela avait un sens ou s'il ne s'agissait que des fabulations farfelues d'un peintre avec un peu trop d'imagination.
Le mur suivant représentait l'affrontement entre la déesse blonde et un monstre encore plus horrible que le dragon noir. Il n'était qu'une masse d'horreurs entrelacées et tourbillonnantes aux grands yeux écarlates. Un chat blanc se tenait aux côtés de la déesse et ensemble, elles semblaient repousser le démon dans ce qui paraissait être un corps d'homme.
-Zeleph, avait lu Jubia d'une toute petite voix.
Ils étaient restés en silence un long moment, ce nom résonnant à leurs oreilles comme un tambour macabre. Puis Wallas avait fini par remuer, très mal à l'aise.
-On peut sortir d'ici maintenant? Ces dessins…C'est un peu trop flippant à mon goût.
-T'as raison, avait accepté Gray d'une voix qui se voulait désinvolte. Jubia?
-Oui. On y va.
Ils avaient refermée la porte derrière eux et avaient remis le tableau à sa place pour cacher le hiéroglyphe. Les jours suivants, ils n'avaient mentionné que rarement leur escapade dans les galléries souterraines et avec le temps c'étaient devenu un sujet tabou. Aucun des trois ne semblait avoir apprécié cette découverte, à un point qu'ils auraient préféré ne jamais s'y rendre. C'était comme s'ils avaient mis le doigt sur une information beaucoup trop dérangeante qu'ils ne pourraient pas remuer sans graves conséquences.
Toute une année s'était ensuivie et le prince et ses deux amis avaient repris leurs occupations habituelles sans incidents. Le petit Tim Waves avait à cette époque commencé à se joindre plus fréquemment à eux, voulant imiter son prince qu'il admirait tant. Et puis finalement le moment de la séparation était arrivé. Gray avait dû quitter le château en compagnie d'Oul et de Lyon, abandonnant ses meilleurs amis. Sans lui, Jubia n'avait plus savouré avec autant d'intensité son quotidien. Wallas et elle étaient restés proches mais sans Gray, il manquait quelque chose d'essentiel. C'était toujours Gray qui trainait Wallas à la bibliothèque pour rejoindre Jubia et c'était encore lui qui la poussait elle pour leurs promenades à cheval. Wallas s'était donc dévoué plus amplement à ses activités physiques pour lesquelles il avait un véritable don et Jubia avait approfondie sa passion pour l'intellect, passant ses journées à lire ou à écrire.
Un matin comme un autre, alors qu'elle faisait le tri dans ses affaires pour décider de ce qu'elle comptait garder ou jeter, Jubia était tombé par hasard sur la vieille carte qu'elle avait rangé des années plus tôt et qu'elle n'avait plus consultée depuis. Le cœur battant, elle l'avait dépliée et avait retrouvé cette curiosité dévorante qui l'avait envahie la première fois qu'elle avait posé les yeux sur elle.
Elle avait mis de longues semaines à se décider, mais finalement elle avait opté pour se rendre à nouveau dans les galléries. Elle avait aussi beaucoup hésité à en parler avec Wallas mais elle avait fini par se convaincre que c'était quelque chose qu'elle devait accomplir seule. Ce fut ainsi qu'à des heures avancées de la nuit, la jeune Loxar s'était rendu vers la porte secrète, marchant sur la pointe des pieds. Elle avait eu bien plus de mal que les deux garçons à décoincer la porte mais heureusement, l'accès semblait avoir été facilité par leur première visite.
Jubia n'avait jamais parlé à personne des nombreuses autres découvertes qu'elle avait faites dans les profondeurs du réseau souterrain. Mais elle sourit avec tristesse en se disant qu'elle avait projeté de tout raconter à Gray après qu'il fut rentré de son exil à Barvald. Cependant, elle n'en avait pas eu l'occasion. A peine était-il revenu que Gray avait dû repartir pour Magnolia. Et cette fois c'était pour épouser une princesse étrangère. Jubia en avait eu le cœur brisé. Tous ses espoirs tombaient irrémédiablement à l'eau. Gray ne serait jamais à elle. Mais alors qu'elle avait cru ne pas pouvoir connaître de plus grande peine, voilà que le jeune brun allait se faire tuer. Un monde où Gray cesserait d'exister serait un monde vide de sens pour elle. Aucun mystère ne vaudrait plus la peine d'être résolu, aucune joie d'être ressentie.
Victoria Loxar caressait les cheveux bleutés de sa fille avec amour, comprenant que la blessure de sa fille ne se trouvait pas sur sa main mais dans son cœur. Finalement, elle avait eu raison de redouter de la voir éclater en sanglots. Jubia sentit monter les larmes à ses yeux. Elle mordit son doigt, essayant de réprimer sa douleur.
Pleurer ne le sauvera pas, idiote! Se réprimanda-t-elle avec peu de conviction.
Victoria serra sa fille dans ses bras.
-Je sais que c'est dur, mon cœur. Tu dois être courageuse.
-Mais…Je l'aime mère, sanglota Jubia.
-Jubia!
La porte s'était ouverte avec grand fracas et un Wallas défait fit irruption dans la pièce en faisant sursauter mère et fille. Jubia rencontra le regard vert de son ami. Il était dans tous ses états. Elle se leva d'un bond, craignant plus que tout la mauvaise nouvelle.
-Wallas?
-Lyon Bastia est rentré au château! L'informa le jeune roux, le souffle court. Je viens de l'apprendre! Il est dans les appartements du roi!
Jubia écarquilla les yeux. Si Lyon était revenu au château alors peut être que…?!
Wallas paraissait avoir suivit le fil de ses pensées car il lui adressa un énorme sourire rempli d'espoir.
-Allons-y! S'écria Jubia, le cœur dans la gorge. Vite!
Elle courut à toutes jambes derrière Wallas, priant pour le salut de son prince à la déesse blonde dont tout le monde semblait avoir oublié l'existence.
J'adore Jubia! Elle a beau être un peu tarée avec son obsession pour Gray, je la trouve super attachante, belle et forte! J'aime bien prendre son point de vue ^^ et dire qu'à la base j'avais commencé par prendre celui de Lyon! ça aurait été du gachis paske je trouve le chapitre bien plus intéressant comme ça. J'adore parler des aventures de Gray, Wallas et Jubia. ça me rappelle un peu l'époque où je lisais Harry Potter qui se mettait dans pleins d'embrouilles avec Ron et Hermione x)
Bon bon! J'espère que vous avez apprécié et ThibThib, je prends note de ta remarque. Tu as bien raison, le Natsu qu'on adore tous est un peu plus tête brûlée ;) Quand à toi Guest, je ne veux pas donner trop de réponses sinon ça gâche le suspense :P
a tantot!
