Merci pour vos messages! Pour répondre à la question posée, oui j'ai plusieurs fics Castle dans mes archives ;-)
Elle regarde la devanture de la boutique, ébahie.
- Comment tu as su ?
- Comment j'ai su quoi ?
Elle et se tourne vers lui, mi-surprise, mi-émerveillée.
- Je venais souvent avec mon grand-père ici quand j'étais petite.
- Oh !
Il se gratte l'arrière de la tête, secrètement ravi. Il aime les coïncidences.
- En fait, j'avais l'habitude de passer pas mal de temps ici moi aussi.
Des samedi après-midis entiers. Quand sa mère dormait pour récupérer des frasques de la veille et se préparer à celles en perspective du soir même. Mais ça, il ne le dit pas.
Il se met à imaginer une petite fille avec des tresses et une robe à volants. Non, plutôt un jean et une chemise à carreaux vichy, et une pince dans ses cheveux un peu emmêlés. Oui, ça correspond plus au personnage.
Elle se représente une version plus jeune de lui-même. Un peu plus blond, un peu plus potelé. Mais avec les mêmes yeux rieurs.
Ils se regardent. Personne ne le dit, mais ils y pensent tous les deux. Ils se sont peut-être déjà rencontrés alors ?
Elle pousse la porte de la boutique, le cœur battant. Les plongées dans l'enfance sont parfois troublantes.
L'odeur est toujours identique. Poudrée, étrange, un peu… mystérieuse.
Ils font quelques pas ensemble, redécouvrant le théâtre de leurs jeux d'autrefois. Il soulève une baguette magique, ouvre un jeu de carte, attrape un chapeau-claque. Brusquement, elle bifurque dans un rayon et s'arrête devant une immense glace aux contours dorés.
- Oh ils ont toujours ce miroir géant !
Son reflet a l'air enchanté. Ça fait sourire son reflet à lui.
- C'est un truc à double fond, se rappelle-t-il, je me suis enfermé dedans une fois.
Il disparaît derrière le miroir, à la recherche du mécanisme d'ouverture.
- Je l'adorais, poursuit-elle. A cause de Blanche-Neige. Je m'arrêtais toujours devant.
Elle penche la tête sur le côté, assaillie par les souvenirs.
- Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle, chuchote-t-elle distraitement, en posant sa main sur la surface brillante.
Et pour la toute première fois, le miroir lui répond.
- Toi.
Qui a dit que la magie était l'apanage de l'enfance ?
….
Le parc est désert, les enfants sont encore à l'école.
Assise sur une balançoire, elle oscille doucement en regardant le petit nuage de poussière s'envoler sous ses pieds. Silencieuse. Elle semble un peu morose aujourd'hui.
- Je parie que j'arrive à aller plus haut que toi !
Il a découvert qu'elle aimait les challenges. Avec un sourire en coin elle s'agrippe plus fermement aux chaînes qui retiennent la balançoire et augmente l'amplitude du va-et-vient.
Elle se penche en arrière. Son bonnet tombe mais elle n'a pas l'air de s'en soucier. Les yeux clos, elle offre son visage au timide soleil d'hiver et elle oublie le défi qu'il lui a lancé.
Elle laisse le balancement s'amenuiser petit à petit, toujours penchée en arrière, jusqu'à ce que la tête lui tourne un peu. Ses longs cheveux balayent presque le sol.
Elle fait semblant d'avoir cinq ou six, ou sept ans. Elle fait semblant d'entendre sa mère. « Katie, arrête, tu vas avoir le vertige ». Elle aimerait bien, avoir le vertige. Pour que sa mère la serre contre elle le temps que ça passe. Pour entendre sa voix lui dire « je te l'avais bien dit ». Pour sentir son odeur, sa chaleur, sa main dans ses cheveux.
Elle se relève d'un coup et doit se tenir au poteau de soutien pour garder l'équilibre.
Il la regarde d'un air soucieux, son bonnet à la main.
- Tout va bien ?
- Oui, j'ai juste un peu le vertige.
Elle lui offre un demi-sourire, pour le rassurer. Il hoche la tête.
- Tss, c'est juste une excuse. Parce que tu as perdu.
Ses lèvres s'étirent en un sourire plus franc. Il essaye vraiment de lui rendre les choses plus faciles.
- Allez, dit-il en lui remettant son bonnet, on va boire un café pour se réchauffer ?
…
C'est la quatrième fois que son téléphone sonne. Il se lève et sort. Elle le voit s'agiter à travers la vitre du bar. Il a l'air furieux.
Lorsqu'il rentre, il se laisse tomber sur son siège avec un soupir.
- Les mères, quelles plaies !
Il dit ça sans réfléchir, une manière de s'excuser de l'avoir abandonnée le temps d'un coup de fil. Il ne s'attend à aucune réaction particulière de sa part.
Il n'aurait surtout jamais imaginé qu'elle se mette à pleurer.
Pendant quelque secondes, il ne sait quelle attitude adopter. Il a déjà vu ses yeux rougis de chagrin, ou brillants de larmes contenues. Mais elle n'a jamais pleuré devant lui. Comme une pudeur de sa part, une retenue.
Finalement il tend une main hésitante vers elle. Elle ne s'en rend pas compte. Sa main retombe sur la table, à mi-chemin entre eux.
- Qu'est-ce qui se passe Kate ? demande-t-il doucement quand elle se calme un peu.
- Ma mère…
Mais elle n'arrive pas à continuer.
Elle réalise soudain qu'elle ne lui en a jamais parlé. Il y avait d'autres choses à faire, d'autres combats à mener. Il y avait quelqu'un qui sombrait plus vite qu'elle.
Maintenant elle pourrait, mais les mots sont coincés dans sa gorge. Elle ferme les yeux un moment. Comme pour empêcher les larmes de couler. Puis elle se lève soudain, attrape sa main et l'entraîne vers l'extérieur.
- Viens…
Elle donne l'adresse du cimetière au chauffeur de taxi, et il serre sa main un peu plus fort.
Le trajet se passe en silence. A un moment, elle appuie sa tête contre son épaule.
…..
Il observe la pierre tombale. Il lit le nom gravé dans la pierre, la date.
La date.
C'est comme une claque.
Il n'avait pas compris. Il savait que sa mère était morte, ou il s'en était douté, puisqu'elle n'en parlait jamais, puisque c'était elle qui soutenait son père. Mais il n'avait pas compris que c'était tout récent. Il n'avait pas compris que derrière le naufrage de son père, c'était cette perte qui parlait.
Elle s'agenouille devant la pierre froide. Elle caresse le marbre gris.
- J'aurais dû apporter des fleurs, lance-t-elle soudain.
Sa voix est pleine de larmes. Il s'apprête à lui dire quelque chose de réconfortant, mais elle continue déjà :
- Je n'étais pas revenue depuis… depuis…
Des mots se forment dans sa pensée. Depuis qu'elle est morte. Elle refuse d'écouter d'abord, mais les mots insistent. Depuis qu'elle est morte. Persistent. Dis-le. Crient. Ta mère est morte. Dis-le !
Mais ils ont beau hurler à l'intérieur d'elle-même, ses lèvres restent scellées. Elle ne peut pas. Elle ne peut pas le dire.
A cause de ce tout petit espoir au fond d'elle. Cette croyance folle que, peut-être, tout ça n'est jamais arrivé.
- Depuis l'enterrement ? suggère une voix à côté d'elle.
Il parle gentiment, il veut juste l'aider.
Elle le regarde avec stupeur. Alors c'est vrai ?
Le cercueil, le policier à leur porte, la nuit, la douleur, la cérémonie, les fleurs, les condoléances, les regards navrés, la place vide à table, la poussière sur sa table de nuit. La mort.
D'un seul coup, toutes les images affluent avec une précision terrifiante, écœurante. C'est tellement réel.
Sa mère est morte.
C'est la réalité.
La violence de son chagrin les prend tous les deux en traître.
