Voici un nouveau chapitre tout frais tout neuf:) Au cas où vous seriez déboussolé, il y a un petit bond dans le temps dans ce chapitre qui reprend directement la scène précédente - sauf que les événements se déroulent quatre ans plus tard. Bonne lecture, j'ai hâte de lire vos avis!

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10. Tout près du but

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Quatre ans plus tard...

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Septembre 1970 – Une longue baguette aussi rigide et indomptable que sa propriétaire, une jeune femme brune qui se dressa machinalement sur un pied pour combattre, effectua un gracieux moulinet autour de la tête de cette dernière avant de laisser échapper un énorme tourbillon violet. Le tourbillon atteignit de plein fouet un jeune homme cinq mètres plus loin. Pris au dépourvu, il tomba au sol, contre l'herbe humide de la campagne anglaise désolée (tout près de Londres). Pendant plusieurs minutes, la jeune femme observa la silhouette toujours étalée par terre sans y croire ; puis elle galopa frénétiquement jusqu'à son adversaire en poussant un cri de victoire, probablement perceptible à des kilomètres à la ronde.

En laissant sa baguette envoyer des étincelles en l'air, elle s'égosilla :

- J'ai enfin réussi ! Enfin ! Qui aurait cru que ce maudit jour pluvieux me porterait chance ?

- Certainement pas moi... merci pour ton aide, Bellatrix, grogna le jeune homme en se redressant péniblement.

Il massa sa nuque endoloris, tandis que Bellatrix continuait de manifester bruyamment sa joie sans faire attention à lui. En attendant donc patiemment que sa crise d'euphorie s'achève, il la suivit du regard : elle sauta en l'air, tournoya en envoyant valser sa baguette au loin, la récupéra en riant aux éclats, et jeta un gros caillou avec son pied. Au bout d'un moment, il dit d'une voix forte :

- Bellatrix !

Elle finit par se calmer et elle se tourna enfin dans sa direction.

- Rodolphus, j'ai réussi, chuchota-t-elle en se pressant jusqu'à lui. Je t'ai battu !

- Je sais. Il était temps, tu n'es pas d'accord ? Ça fait tout de même longtemps que tu t'entraînes sans relâche.

- Est-ce que tu es en train de te moquer de moi ?

L'embarras tacha de rouge les joues de Bellatrix. Il était vrai qu'elle avait mis plus de temps que prévu à se hisser à la hauteur de Rodolphus, mais cela ne signifiait pas pour autant qu'elle était une sorcière médiocre dépourvue de talents naturels. Bien au contraire : en l'espace de quatre ans à peine, elle était parvenue à rattraper les dix années d'expérience de Rodolphus, qui s'entraînait depuis ses onze ans. Il y avait plutôt de quoi se vanter, à son avis !

- Me moquer de toi ? Je n'oserais pas, répondit Rodolphus avec un faible sourire. C'est plutôt pour moi que je suis inquiet : tu es à deux doigts de devenir plus forte que moi, ce qui signifie que je régresse. Il faut à mon tour que je me perfectionne.

En s'asseyant à côté de lui, sur le muret en pierre d'une maison en ruine, Bellatrix le taquina :

- Je peux t'entraîner, si tu veux !

- Ne te réjouis pas trop vite, Bellatrix. Tu n'as remporté qu'un seul duel contre moi.

Ils se regardèrent d'un air amusé ; autour d'eux, un vent sifflant et pénétrant brisa le silence. En quatre ans, tous deux avaient beaucoup changé. L'âge avait creusé leurs traits et leurs corps respectifs de façon à amincir et élancer leurs silhouettes. Bellatrix n'avait guère perdu les courbes de son adolescence : elles s'étaient même renforcées, mais s'étaient émincées de façon à paraître plus féminines qu'enfantines. Son visage, quant à lui, s'était encore plus embelli, si cela est possible. Rodolphus, lui, à la fois mince et musclé, avait surtout grandi de plusieurs centimètres. Et il possédait toujours ce charme mystérieux et ténébreux que bien des hommes lui enviaient.

Bellatrix demanda :

- Pourquoi est-ce que Rabastan n'est pas venu s'entraîner avec nous ?

- Il ne veut plus « s'adonner à ce genre d'enfantillages ». Et il veut nous laisser passer du temps ensemble. Cet idiot croit toujours qu'on est amoureux, ajouta-t-il.

- Comme la majorité des gens qui nous connaissent ! Lâcha Bellatrix d'un ton exaspéré.

Elle ajouta ensuite :

- Rabastan pense être le seul à vouloir rejoindre au plus vite le Seigneur des ténèbres, mais il se trompe ! (Elle se leva d'un bond) Moi, je l'aurais rejoins dès mes dix-sept ans si je l'avais pu ! Si je n'étais pas une femme, si j'avais plus de compétences, et si...

- Calme-toi, Bellatrix. Tu sais très bien qu'homme ou femme, le Seigneur des ténèbres attend de nous que nous fassions nos preuves.

En respirant rapidement, elle finit par se détendre. Lucide et objectif, Rodolphus savait toujours trouver les mots justes pour apaiser les gens autour de lui ou les éclairer dans le doute. Il possédait la sagesse qu'elle n'avait pas ; et qu'elle n'aurait jamais.

Ils conversèrent durant un bon quart d'heure, après quoi Rodolphus déclara qu'il devait de toute urgence retourner à Londres : il travaillait à mi-temps dans un pub, car ses parents, malgré leur fortune plus que colossale, refusaient de subvenir à ses besoins. Son frère Rabastan, lui, s'inquiétait moins pour son avenir, certain de travailler dans peu de temps pour le compte de Lord Voldemort, et dilapidait toutes ses économies. Bellatrix se sentit quelque peu déçue du brusque départ de Rodolphus ; elle s'était tellement accoutumée à passer des journées entières avec lui ces dernières années pour s'entraîner qu'une terrible solitude la gagnait lorsqu'elle se retrouvait seule. À part lui, elle n'avait aucun ami proche. Elle était plus éloignée que jamais de sa sœur Andromeda, et Narcissa était à Poudlard presque toute l'année.

Et ses deux cousins, Sirius et Regulus, en dépit de toute l'affection qu'elle leur portait, étaient bien trop jeunes pour pouvoir être ses confidents. Quant à sa tante Walburga, elle ne la voyait pas très souvent...

- Tu ne pourrais pas..., commença-t-elle en regardant Rodolphus.

- Quoi ?

- Tu dois vraiment partir tout de suite ?

Il acquiesça d'un signe de tête. Alors qu'il s'éloignait une minute plus tard, elle le rappela en criant :

- Eh, Rodolf !... Merci pour les entraînements !

C'était la première fois de sa vie qu'elle remerciait quelqu'un. Et probablement l'une des dernières.

...

Le quai de la voie neuf-trois quart était aussi bondé qu'à chaque rentrée, voire davantage. Poudlard accueillait plus d'élèves chaque année, et cela avait incité le ministre de la magie à ordonner une rénovation du Poudlard express – qui roulait depuis près de cent ans. Pour le moment, rien n'avait été en mesure d'ébranler la politique d'Albus Dumbledore qui consistait à privilégier la mixité sociale dans le choix des élèves admis à l'école. « Mais bientôt, tout cela cessera grâce au Seigneur des ténèbres, songea Bellatrix en suivant des yeux un nouvel élève moldu. Il renversera Dumbledore et le ministère. » Son regard se posa ensuite sur Narcissa qui poussait consciencieusement son chariot sans prononcer un mot : elle était encadrée par ses deux grandes sœurs et ses deux cousins, Sirius et Regulus.

Blonde, froide et digne, Narcissa ressemblait de plus en plus à la défunte Druella Black ; la contempler était donc autant un plaisir qu'une épreuve pour Bellatrix. Narcissa allait effectuer sa cinquième année et avait été nommée préfète, à l'instar de Lucius Malefoy, son homologue masculin. Tous deux conservaient des rapports froids, et Malefoy n'avait plus tenté de séduire Narcissa. Bellatrix trouvait que c'était mieux ainsi, car elle n'avait jamais réussi à l'apprécier.

- Cissy ?

C'était la voix douce d'Andromeda qui s'était élevée parmi le brouhaha. Elle marchait à la droite de Narcissa : ses cheveux bruns étaient noués en un chignon haut, et elle portait une robe bleue marine ainsi que des chaussures pointues à talons. Elle incarnait l'élégance aristocratique, contrairement à Bellatrix qui avait négligemment laissé ses cheveux pendre sur ses épaules et qui portait son habituelle robe noire très masculine.

Indifférente, Narcissa ne prit même pas la peine de répondre à Andromeda.

- Je te parle, Cissy, insista celle-ci.

- Qu'y a-t-il ? Finit par lâcher Narcissa d'un ton sec.

Depuis que Bellatrix l'avait informé des mauvaises fréquentations d'Andromeda, Narcissa était fâchée contre elle et ne lui adressait presque plus la parole, même si cette dernière n'avait plus parlé à Ted Tonks depuis bien longtemps. En effet, Tonks et sa famille ne vivaient plus à Hansord depuis trois ans, et depuis lors, le jeune homme n'avait jamais voulu garder un seul contact avec Andromeda : le fait que leur lien soient définitivement rompu aurait dû provoquer la réconciliation des trois sœurs Black, mais au contraire, cela n'avait fait que les éloigner encore plus.

- Où est passée la chouette que je t'avais offerte au dernier Noël ? S'enquit Andromeda en scrutant les bagages du chariot de Narcissa, à la recherche d'une cage.

Sans se tourner vers elle, Narcissa répondit :

- Elle est morte. J'ai oublié de la nourrir.

L'expression empreinte de déception et de chagrin d'Andromeda réjouit Bellatrix ; peu lui importait que l'ignoble geste de Narcissa ait froissé sa grande sensibilité ! Elle souhaitait ardemment qu'elle souffre autant qu'elle-même avait souffert. Cela lui permettait en quelque sorte de se venger.

Une tension se renforça entre les trois sœurs tandis qu'elles se rapprochaient progressivement du train à vive allure, comme si chacune avait hâte de se dépêtrer de la présence de l'autre. Bellatrix préféra concentrer son attention sur Sirius, le cousin qu'elle aimait le plus chouchouter et qu'elle traitait comme un petit frère depuis son plus jeune âge : le jeune garçon allait rentrer en première année, un événement de la plus haute importance. Il semblait déjà s'être fait un ennemi (ce qui n'étonna guère Bellatrix du fait de sa nature aussi conflictuelle que la sienne) ; ses yeux étaient rivés avec dédain sur un garçon maigrelet aux cheveux noirs et au teint cireux.

En reconnaissant la mère du garçon, Bellatrix s'esclaffa sans retenue :

- C'est le fils Rogue, un sang-mêlé ! Sa mère est mariée à un moldu qui vit dans un quartier crasseux ! Pas étonnant qu'il soit si...

- Narcissa va partir, la coupa vivement Andromeda en fronçant les sourcils.

La jeune adolescente venait effectivement de hisser ses bagages dans le wagon des préfets (qu'elle allait malheureusement devoir partager avec Malefoy et les autres préfets), et elle attendait impatiemment que Bellatrix daigne lui dire au revoir pour pouvoir enfin s'éclipser. Bellatrix s'exécuta donc rapidement – elle piqua un baiser sur la joue de sa plus jeune sœur en ignorant royalement Andromeda.

Ensuite, elle aida Sirius à tirer ses bagages, puis lui lança joyeusement :

- Tu m'écriras dès que tu auras été admis à serpentard, d'accord, voyou ?

- Oui, oui, marmonna le garçon qui paraissait gêné par la présence de sa grande cousine. Au revoir, Bella.

Sur ces mots, il disparut dans le train ; Bellatrix le vit rejoindre un compartiment où était assis un garçon brun à l'allure décontracté. Elle fut soulagée en constatant qu'il n'avait pas l'air d'être un né-moldu.

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Comme deux parfaites étrangères, Bellatrix et Andromeda quittèrent la gare de King's Cross en veillant à ce que le petit Regulus marche entre elles et les écarte l'une de l'autre. Elles déposèrent leur cousin au 12 square Grimmauld et prirent à peine le temps d'avaler quelques gorgées de thé et d'échanger des mots de convenances avec leur oncle Orion, car elles étaient toutes deux attendues au village d'Hansord par leur tante Walburga et leur père afin de participer à une réunion particulièrement importante ; aujourd'hui, elles devaient se prononcer concernant le choix de leur futur mari. Leur tante avait demandé à Cygnus de leur accorder la possibilité de choisir l'homme avec lequel elles avaient le plus d'affinités – si tant est qu'il soit un noble sang-pur.

Cette perspective n'enthousiasmait pas les deux sœurs, et chacune l'appréhendait de manière différente : Bellatrix n'était pas anxieuse, puisque voilà des mois qu'elle avait anticipé cet instant, cependant, elle était agacée d'entendre parler de mariage depuis ses dix-sept ans. Elle avait hâte d'en finir avec la cérémonie et les autres protocoles. Andromeda, quant à elle, paraissait davantage redouter le choix du partenaire avec lequel elle allait passer sa vie ; sentimentale comme elle était, elle désirait depuis toujours une union passionnelle. Mais le seul homme qu'elle n'avait jamais aimé était un moins que rien, et en plus, il n'avait pas voulu d'elle...

- Qui est-ce que tu as choisi ? Demanda Bellatrix à sa sœur sans pouvoir se retenir.

Elle avait posé cette question alors que toutes deux atteignaient la rue principale du village et qu'Andromeda se raidissait de plus en plus sous l'effet de la nervosité. Dans un premier temps, elle sursauta, surprise que Bellatrix lui adresse la parole avec autant de spontanéité. Ensuite, elle répondit vivement en gardant les yeux rivés devant elle :

- Je n'ai pas à te le dire.

Bellatrix gloussa froidement, puis poursuivit :

- Tu devrais pourtant avoir recouvré la raison depuis le départ de Tonks, non ? Ou tu t'accroches désespérément à son petit souvenir pathétique comme la pauvre fille romantique que tu es ?... (sa sœur la fusilla du regard) Je t'avais dit que ce Ted Tonks ne serait bon qu'à te faire souffrir, André. En voici la preuve, ajouta-t-elle brutalement en désignant son visage meurtri par la tristesse. De toute façon, tu seras mariée dans un mois, alors tu as intérêt à tirer un trait sur lui !

La réaction de sa sœur dépassa largement ses attentes : elle demeura calme et impassible en se contentant d'émettre un long et douloureux soupir. Elle était visiblement trop éreintée par le stress pour être capable de s'énerver. Un court moment, Bellatrix eut pitié de sa fragilité et elle cessa d'être provocante ; elle manqua même de passer instinctivement un bras autour de ses épaules frémissantes, mais heureusement, elle interrompit son geste au dernier moment.

Puis, comme Andromeda se mit à la contempler avec une certaine curiosité, elle grogna :

- Tu sais quel est mon choix, je suppose.

- Rodolphus, bien sûr, dit Andromeda d'un ton neutre en soulevant sa jupe pour ne pas la salir de boue. Vous êtes inséparables, tous les deux. Et les gens jasent à votre propos depuis bien longtemps.

Bellatrix ne put s'empêcher de se justifier :

- C'est parce qu'il m'entraîne.

- Oui, et je me demande bien ce que vous complotez, d'ailleurs.

Les yeux d'Andromeda étaient légèrement suspicieux ; Bellatrix se renfrogna aussitôt. Libre à elle d'imaginer ce qu'elle voulait concernant Rodolphus et elle ! Après tout, il était parfaitement légitime qu'Andromeda ne soit pas mise au courant de ses projets, car elle-même n'avait pas hésiter à garder secret ses sentiments pour Tonks ainsi que sa désapprobation de la loi de pureté du sang de la famille Black. « Elle aurait mérité que je la renie avec de pareilles convictions, pensa Bellatrix. Mais je ne l'ai pas fait, parce que j'ai toujours imaginé qu'elle changerait une fois que Ted Tonks aurait pris le large... Et il s'avère que j'ai eu tort : Andromeda sera toujours différente de nous ».

Cette pensée l'enflamma tant qu'elle se tourna vers sa sœur en rugissant :

- Ce ne sont pas tes affaires ! Et tu n'en sauras rien, alors tes faux airs suspects, garde-les pour toi !

Sur ces mots, elle franchit le grillage de la luxueuse et légendaire demeure des Black. Bellatrix détestait revenir ici : un trop plein de nostalgie l'envahissait à chaque fois qu'elle contemplait les hauts murs et la fenêtre de sa chambre. Tandis que le silence retombait entre sa sœur et elle, elles s'avancèrent jusqu'à la porte d'entrée.

Après quoi, Andromeda la retint soudainement par le bras. Son regard était redevenu doux et compassionnel. Elle dit d'une voix en accord avec son expression :

- Bella... ton choix est-il vraiment le bon ? Te rendra-t-il vraiment heureuse ?

Elles s'observèrent longuement. Ne sachant que répondre à sa question, Bellatrix l'ignora tout bonnement et se faufila derrière la porte d'entrée.

Dans la salle de réception, elle salua courtoisement son père qui était avachi dans son habituel fauteuil avec un air encore plus misérable que d'ordinaire, malgré ses vêtements soignés. Sa chevelure, presque devenue entièrement blanche, pendait devant ses sourcils, et sa canne en argent tremblait dans sa main gauche. Une affreuse toux le secoua cependant qu'il regardait sa fille sans rien dire. Tante Walburga, quant à elle, avait l'air deux fois plus nerveuse que ses nièces ; Bellatrix sentit ses lèvres vibrer d'anxiété sur sa joue et vit des plaques rouges se former sur la totalité de son visage (chez les Black, le sang circulait très vite, surtout en cas d'émotions fortes).

Une fois qu'elle fut installée sur un fauteuil à côté d'Andromeda, sa tante s'adressa d'abord à elle en se tordant les mains :

- Eh bien... heu... ma chérie, mon frère et moi, nous vous avons accordé un délai de deux mois pour choisir votre fiancé. À présent, il est temps de nous faire part de votre décision... Sur qui s'est porté ton choix, Bella ? Dis-nous.

- Rodolphus Lestrange, déclara-t-elle sans hésiter.

Soulagée, Walburga se détendit aussitôt. Ses lèvres esquissèrent un sourire :

- Excellent choix, ma beauté ! Je n'en attendais pas moins de ta part. Naturellement, il était prévisible que tu le choisisses, mais j'avais peur que tu ne veuilles pas de lui en tant que mari. Aucun homme ne t'a jamais plu avant lui, il faut dire !

« Je ne désire pas plus Rodolphus que les autres hommes, songea Bellatrix. Je l'apprécie davantage, certes, mais ça ne va pas plus loin ; et ça n'ira jamais plus loin. J'ai décidé d'en faire mon mari parce que nous avons la même vocation, et surtout, parce qu'il a le sang noble. » Néanmoins, pour faire plaisir à sa tante, elle sourit à son tour en prenant un air réjoui. Par la suite, son père Cygnus prit la parole de sa voix vieillie :

- La famille Lestrange a-t-elle consenti à t'accepter comme belle-fille ?

- Je n'ai pas encore dit à Rodolphus que je voulais l'épouser, fit Bellatrix en soutenant son regard.

Sa tante manqua de s'étrangler lorsqu'elle acheva sa phrase. Elle s'exclama :

- Quoi ? Tu as choisi ton futur mari sans même qu'il te propose de l'épouser ?... Oh, tu es incorrigible, Bella ! Que vas-tu faire, maintenant ? Le demander en mariage toi-même ?

- Rodolphus m'acceptera. J'en suis certaine, répliqua Bellatrix avec assurance.

Walburga secoua la tête avec exaspération tandis que Cygnus ronchonnait qu'il ne supportait plus ses caprices et son insolence et qu'il avait hâte de se débarrasser d'elle une bonne fois pour toutes. Ces paroles ne touchèrent nullement Bellatrix qui se leva joyeusement de sa place, laissant Andromeda entre les mains de sa tante et son père. Elle rejoignit sa chambre une minute plus tard et se laissa tomber sur son lit. À cet instant, elle réalisa que sa vie était en train de prendre un tournant quelque peu effrayant.

- Si seulement je pouvais... faire des choix différents, souffla-t-elle.

Sa main se referma machinalement sur le cadre photo tant adoré qu'elle gardait sous son oreiller et qui était rayé à forces de subir la pression de ses doigts et les baisers à l'endroit même où figurait celui qu'elle aimait tant. Elle le contempla de nouveau à travers le verre, savourant du regard chacun de ses traits. Puis elle murmura :

- Vous me manquez, mon Lord. Je veux vous revoir... Bientôt, je serai toujours près de vous.