Ma muse étant plus prolifique que prévue : un petit chapitre qui reprend un thème déjà abordé. Bonne lecture d'une version corrigée de nombreuses imperfections (mes excuses aux lecteurs pressés).
Chapitre 10 : Napoléon et d'Arcy
– Il n'y a pas de secret dans cette histoire. Naopléon et moi nous avons découvert que nous nous complétions à merveille. Et je crois que ce qui a été décisif c'est lorsque ce cher Buonaparte a été convaincu que je ne souhaitais pas prendre sa place à la tête de la France.
– Il était déjà à la tête de la France ?
– Dans sa tête, cela ne faisait plus aucun doute, dans les faits ça a demandé un peu plus de temps que ça. Mais à son retour victorieux d'Egypte et de Syrie, le pouvoir lui est tombé tout chaud entre les mains.
– Et qu'est ce qui a bien pu convaincre Napoléon que tu ne voulais pas le concurrencer ?
– Ma modestie naturelle...
C'était venu tellement spontanément que Jane eut un blanc de quelques secondes. S'il y avait une chose que Geoffroy Aymé d'Arcy n'était pas, c'était modeste. Plutôt le contraire même... Enfin en dehors de la chambre nuptiale où il montrait, de temps en temps, à sa femme qu'il n'était pas aussi imbu et sûr de lui que ce qu'il affichait vers l'extérieur. Mais partout ailleurs, il était à la limite du supportable.
Et il avait réussi à convaincre Napoléon qu'il allait lui laisser la place et ne jamais la lui disputer ? Incroyable !
Jane n'y tint plus et laissa le rire qui s'était formé au fond de sa gorge prendre ses aises.
Elle sentit le regard étonné et peiné de son cher époux et elle fit de son mieux, tout en continuant de rire, pour le convaincre qu'elle l'aimait quand même.
Lorsqu'elle se fut un peu calmée, il la récupéra un peu plus et la serra dans ses bras.
– Et qu'est ce qui a bien pu provoquer autant d'hilarité ?
Jane fut capable de retrouver suffisamment de sérieux pour prendre une voix ironique.
– Monsieur mon époux, je vous connais maintenant depuis dix sept jours et s'il y a une qualité que je sais que vous n'avez pas, c'est la modestie ! Je ne vois pas comment vous auriez pu convaincre Napoléon de l'existence d'une qualité... Inexistante !
Elle sentit à sa légère crispation qu'il était un peu blessé de sa remarque. Pas assez pour lui en vouloir très longtemps mais suffisamment quand même pour qu'elle se pose la question.
Se pouvait-il que l'individu qui partageait désormais sa vie ait vraiment contracté l'illusion d'être modeste ?
Elle se glissa sur lui de façon à pouvoir sentir son cœur et toutes les réactions de son corps et passa ses bras sous ses aisselles pour être bien en équilibre.
– Geoffroy, fit-elle en Français pour bien montrer qu'elle souhaitait être le plus proche possible de lui. Si vous m'expliquiez comment ça s'est passé. Je comprendrais sans doute mieux et je serais plus à même de reconnaître que vous êtes, soit aussi peu modeste que tout le monde le pense et que vous êtes, simplement, un excellent acteur qui cache bien son jeu ou que, contrairement à mon impression première, vous êtes vraiment modeste ?
Il émit un grognement et elle dut avoir recours à son arme absolue pour le remettre de bonne humeur. Lorsque ses cheveux eurent parcouru trois allers retours très sensuels sur le visage et le cou de son mari celui-ci exhala un long soupir de plaisir.
Elle avait remarqué –et Lizzie lui avait raconté que Darcy était tout pareil– qu'il adorait enfoncer son visage dans ses cheveux pour en respirer longuement le parfum. Et lorsqu'elle ajoutait à l'odeur de sensuelles caresses, elle était sûre de le faire sortir de n'importe quelle mauvaise humeur, grande ou petite.
– Vous utilisez des moyens indignes, ronronna-t-il.
– J'utilise ce qu'il faut pour rendre le sourire à mon époux. Je ne voulais pas vous blesser, vraiment...
Il soupira en l'attirant vers lui –et se retrouver le nez dans ses cheveux– et se mit à lui mordiller le lobe de l'oreille.
– Je n'étais pas blessé, mentit-il. Juste étonné que vous n'ayez pas remarqué ma remarquable modestie naturelle.
– C'est que vous la dissimulez avec tant de talent, mon époux. Je suis sûre que je ne suis pas seule à ne pas m'être rendue compte du joyau que vous cachez avec une telle efficacité...
– Le sarcasme ne vous sauvera pas, madame. Je suis déçu, déçu, déçu que la femme de ma vie n'ait pas reconnue une de mes qualités premières...
Elle se releva pour le regarder dans les yeux –et retirer sa manne capillaire de la proximité de son appendice nasal–.
– Vous deviez m'expliquer, monsieur, pas essayer de me faire mourir de culpabilité pour n'avoir pas trouvé le recoin secret où vous rangez votre si remarquable qualité.
Comme elle savait qu'il le ferait, il posa ses mains dans son dos et l'attira vers lui.
Son visage fut immédiatement perdu dans ses cheveux.
– C'est vrai, murmura-t-il. Napoléon...
– Moi et Benevento nous l'avons capturé alors qu'il fuyait dans les ruelles du Caire en essayant de se mettre à l'abri...
– Pourquoi à l'abri ? C'est lui qui tenait la ville, non ?
– Il s'était fait manipuler par le Patriarche des Chrétiens Orthodoxes, je crois te l'avoir déjà raconté, et il préparait un décret donnant le monopole des fournitures militaires aux Chrétiens. Et avec plus de trente mille hommes présents sur le théâtre d'opération, cela faisait de l'argent et tout le monde en voulait sa part. Les partis musulmans, déjà mécontents des dernières facéties de Napoléon, ont lancé une insurrection...
– Facéties ? Insista Jane qui était fascinée par le Corse. Elle savait que, quoi qui se dise sur lui en Angleterre, c'était probablement l'homme le plus important d'Europe de leur époque. Personne d'autre n'alliait autant de talents que lui. Même pas le grand dadais énamouré qui partageait sa couche. Il avait des talents, certes et, dans la catégorie des hommes importants il tenait sa place, mais, elle en était persuadée, Napoléon tenait une place à part. On ne devient pas le chef suprême d'une Grande Nation alors qu'on est un immigré si on n'est pas vraiment exceptionnel. Et entre lui et d'Arcy, il y avait une énorme différence, du moins si elle pouvait en juger des récits glanés ici et là et chez son mari et chez les Irlandais qui avaient côtoyé les deux hommes, Napoléon n'était jamais en proie au doute.
D'Arcy, si... Elle était bien placée pour le savoir.
Joséphine avait peut-être accès aux doute de Napoléon comme elle-même avait accès à ceux de Geoffroy d'Arcy ?
Possible, mais elle en doutait. Napoléon lui donnait une telle impression de supériorité qu'elle n'arrivait pas à l'imaginer rongé de doutes.
Pour d'Arcy, elle n'avait plus besoin d'imaginer quoi que ce soit sur la question.
Ne serait-ce qu'en matière conjugale où elle n'arrêtait pas de devoir le rassurer qu'elle était effectivement une femme heureuse et satisfaite.
Et c'était d'autant plus difficile à comprendre qu'elle était et très heureuse et parfaitement satisfaite des galipettes qu'ils entreprenaient ensembles. Mais bon, il avait besoin qu'elle le rassure...
Elle le faisait donc en gardant le sourire. Après tout, quelque part, tout au fond d'elle même, un instinct protecteur et très maternel trouvait son besoin absolument irrésistible.
– Il a fait courir le bruit qu'il allait se convertir à la religion mahométane. Ce que les Musulmans ont gobé comme un seul homme. Bien évidemment,plus il tardait et plus ils se sont sentis grugés.
Il poussa un long soupir.
– Toucher à la religion et à l'argent en même temps, c'est un excellent moyen de se retrouver avec une insurrection sur les bras. Tu peux me croire, je n'ai eu qu'à exercer une petite poussée et tout s'est mis en à dégringoler dans tous les sens.
Il la récupéra et plaça sa bouche à proximité de son oreille.
– Si un jour tu me vois prendre des décisions qui ont la moindre chance de mettre en colère les représentants d'une des religions du coin, arrête-moi immédiatement. C'est un raccourci vers les pires ennuis.
– Il a fait ça pourquoi ?
– Il était fasciné par la religion Musulmane. Je crois que le concept de Commandeur des Croyants l'inspirait. Il est persuadé que la ferveur religieuse, sous le commandement d'un stratège valable, peut faire des miracles.
– Il a des idées de croisades ?
D'Arcy secoua la tête tout en inspirant longuement.
Jane ne put s'empêcher de sourire. Il était vraiment accro à son odeur. Et elle n'était pas sûre que son parfum y soit pour quelque chose. Lizzie avait le même, souvenir d'une jeunesse financièrement difficile où une complicité partagée leur avait fait découvrir la façon de fabriquer leurs parfums elles-mêmes, et d'Arcy ne faisait jamais la confusion.
– Il a des idées d'Empire, répondit d'Arcy au bout d'un certain temps. Comme dans Alexandre le Grand... Il rêve de conquérir une Empire qui allierait celui de Rome à celui d'Alexandre.
D'Arcy s'arrêta une seconde.
– Il peut réussir, murmura-t-il. Si ceux qui peuvent l'aider lui facilitent la tâche, il réussira...
Elle se laissa aller à faire courir ses mains le long de ses flancs. Les dirigeant vers ces endroits où de petites touches caressantes étaient susceptibles de transformer son grand guerrier dangereux en gamin hilare en train de se contorsionner dans tous les sens.
– Modestie, monsieur d'Arcy... Modestie... Ou alors je serais obligée de recourir à l'arme secrète des Bennet pour venir à bout des d'Arcy...
Il récupéra immédiatement ses mains pour les retenir d'une poigne à la fois ferme et douce.
– Mon cousin aussi est chatouilleux ?
– Ceci est un secret que je ne révèlerai pas. Il m'a été confié sous le sceau de la sororalité complice et ne saurait être révélé à qui que ce soit, notamment pas un d'Arcy rongé de curiosité.
– Le d'Arcy rongé de curiosité proteste, grogna son époux. Je suis sûr que mon cousin connaît nombre des secrets que j'ai eu la faiblesse de révéler à ma diablesse d'épouse lors de confidences nocturnes et énamourées.
– Nous ne révélons rien à nos époux de ce qui a été dit sur l'autre lors de nos conversations, insista Jane. Si Fitzwilliam sait que vous êtes chatouilleux c'est que son épouse a, de haute lutte, découvert ce fait toute seule...
– Et elle lui en a parlé ?
Jane poussa un long soupir tout en se relâchant sur lui. S'il était accro à ses cheveux, elle l'était à son corps. Elle adorait être couchée de tout son long sur lui, face à face, yeux dans les yeux...
– Si elle lui en avait parlé, l'un d'entre vous serait mort ou mutilé... Imagine comment il réagirait s'il savait que sa femme a, un jour, été assise en chemise de nuit et robe de chambre, à califourchon sur toi...
– C'était pour me mettre des claques et c'était avant leur mariage, fit remarquer d'Arcy. Pas vraiment une situation comprom...
Il s'arrêta de lui-même et émit un bruit à mi-chemin entre le grognement et le sifflement.
– Admettons, fit-il. C'était peut-être un peu compromettant.
– Et ajoute à cela la proposition de mariage à trois qui a précédé et tu peux être sûr que le lieutenant de Fitzwilliam aurait depuis longtemps toqué à notre porte.
D'arcy émit un « pff » méprisant.
– Et en plus, il est jaloux... Ce jeune homme a vraiment tous les défauts.
Jane, toujours tenue par les poignets recommença à gigoter.
– A propos de défauts... Nous parlions de ta célèbre modestie...
Il relâcha ses poignets et passa ses bras dans son dos.
Des mouvement caressants ne tardèrent pas à mettre à mal les tentatives de concentration de Jane qui fit mine de se relever.
Il la récupéra immédiatement.
– Bon d'accord, je cède, finit-il par dire. Modestie n'est peut-être pas le terme adéquat. Napoléon et mois nous nous sommes rendus compte que nos intérêts étaient à la fois convergents, complémentaires et non concurrentiels.
Il reprit ses discrets massages tout en parlant.
– Convergents parce que nous sommes tous les deux persuadés qu'il faut sortir l'Europe de la spirale de guerres internes incessantes qui l'ont secouée sans fin depuis cinq siècles. Nous ne sommes pas tout à fait d'accord sur les méthodes mais ce point rejoint la complémentarité.
Les massages se firent plus fermes et précis.
– Lui aime les méthodes ouvertes et belliqueuses, moi je préfère les méthodes discrètes et personnelles. Je suis toujours persuadé qu'éliminer un individu pour éviter une guerre est plus productif que de faire la guerre. Je ne vois pas l'intérêt de tuer dix mille personnes alors qu'il suffit peut-être, pour éviter la bataille, d'en éliminer une ou deux. Simple question de proportions.
Il passa à une phase de mouvements lents et énergiques tout au long de la colonne vertébrale de Jane.
– Ensuite, dans le même ordre d'idées, je suis un fou du renseignement et de l'espionnage. Ça manquait à Napoléon et je me suis proposé pour mettre à sa disposition les renseignements que mes agent récoltent.
– Il a pris ça bien ? Les renseignements de tes agents ?
– Il n'avait pas le choix. N'ayant pas d'autres renseignements que ceux transmis par les orthodoxes –qui ,entre parenthèses, travaillaient avec Nelson qui leur avait promis, sans jamais en référer à son gouvernement, de soutenir une révolte en Grèce–, il n'avait guère d'alternative. Et mes renseignements, contrairement à ceux des Orthodoxes se sont tous révélés exacts et fiables. Depuis, je ne lui ai jamais fourni que des renseignements sûrs. Pas tous les renseignements, mais ceux que j'ai fournis étaient toujours exacts.
Il se laissa aller à sourire.
– C'est ce qui s'appelle se rendre indispensable.
Jane se laissa un peu glisser vers le bas du lit pour pouvoir reposer sa tête sur la poitrine de son mari. Elle sentait que les effets du massage n'allaient pas tarder à faire effet et une douce torpeur commençait à s'emparer d'elle.
– Et enfin, ma chérie, murmura-t-il, nous ne sommes pas en concurrence parce que je ne souhaite pas devenir le chef d'un État européen. J'ai envie de construire autre chose, ailleurs. Et Napoléon a accepté de me laisser les mains libres en Amérique à condition que celui ne lui coûte rien... Et j'entends bien faire en sorte que ça ne lui coûte rien...
Il sentit la respiration de sa femme devenir plus régulière et un sourire mi satisfait mi ennuyé se colla sur ses lèvres.
Elle était capable de s'endormir dans cette position avec une facilité déconcertante. Et elle y était particulièrement... Bien installée. Ses tentatives pour la déloger se terminaient toujours par son réveil et il détestait la réveiller lorsqu'elle dormait comme ça, lui démontrant de la plus belle manière qu'elle avait confiance en lui et qu'elle se sentait en sécurité.
Il allait maintenant devoir trouver le moyen de dormir à son tour.
Elle ne s'imaginait pas la difficulté que ça représentait...
Surtout avec tout sauf des idées de sommeil dans la tête.
Heureusement, il y avait une petite compensation.
Ses cheveux étaient juste au niveau de son nez.
Il inspira longuement.
