AN : Euh… juste un saut rapide pour poster ceci avant de partir… je suis déjà en retard !

Alors… merci à tous pour vos reviews… je les ai pas vu avant un bout de temps, avec les problèmes que ff.net a eu. (et puis, cinq jours après, ma boîte à mails à été envahie de reviews alerts par centaines, par milliers ! (ouioui, au moins 25 mails PAR review…) j'ai beaucoup apprécié de pouvoir relire 25 fois chacune de vos reviews… Je les ai pas à porter de main right now, et ma mémoire est plutôt défaillante, alors je ne peux pas vous répondre, mais je me rappelle au moins de ça : oui, Serena a un bon tempérament méditerranéen comme il faut, et non, elle doit pas être facile à vivre tous les jours… :P

En attendant, je me rattraperais la prochaine fois. D'ici là, je vous souhaite une excellente lecture de mon humble chapitre.

(en profite pour faire un gros coucou à Fred, George et Lunard ^-^)

10 – Au clair de la lune… Prête-moi ta plume !

Samedi, Remus se réveilla en sursaut d'une sensation très vivace de chute dans son sommeil. Il était tôt, à en juger par la lumière, ou plutôt le peu de lumière, qui filtrait des rideaux de la fenêtre à côté de son lit. Il se leva en silence, puisque les autres étaient encore endormis. Il y avait dans ses muscles cette sensation à peine perceptible de raideur qui allait s'augmenter à l'approche de la pleine lune, le lendemain soir, jusqu'au point culminant, insupportable, de la transformation.

Pour l'instant, ignorant cet indice discret, il s'habilla en silence et sortit du dortoir à pas de loups, emportant son livre pour lire dans la salle commune.

Il n'y resta pas seul très longtemps, par contre, juste assez pour lire quelques pages, avant que James ne le rejoigne.

- Bonjour, Remus, dit celui-ci en s'affalant sur un siège en face.

- Bonjour, James. Tu es debout tôt !

- Toi aussi… comme d'habitude. Tu vas bien ?

- Oui, et toi ?

- Ça va. Tu es sûr que tu vas bien ? insista le jeune Potter, regardant au-dessus de ses lunettes avec un regard perçant.

- S'il y a quelqu'un à qui je poserais cette question, c'est à toi, pas à moi. Qu'est-ce qu'il t'arrive ?

Le capitaine de Quidditch haussa les épaules.

- Pourquoi tu t'es levé si tôt ? continua Remus. Je croyais qu'il n'y avait pas d'entraînement aujourd'hui…

- Non… je t'ai entendu te lever…

- Oh, je suis désol

- Tu ne m'as pas réveill ! Je n'arrivais pas à dormir.

Remus scruta le visage de son ami pour y trouver effectivement les traces d'une nuit blanche évidentes.

- Il y a quelque chose qui te tracasse ?

- Non… oui… c'est peut-être le match de samedi prochain.

- Ah…

- J'ai l'impression de ne pas être un bon capitaine…

- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

- Je ne sais pas… je ne tiens pas compte de mes équipiers, je les épuise ?

- Mais tu as arrangé ça depuis un moment, non ?

- Je… je suis mauvais pour les coordonner !

- D'après ce que Serena m'a dit, hier, tu as tout d'un excellent capitaine…

- Mais elle s'est fait défoncer l'épaule !

- Les accidents arrivent, ce n'était pas ta faute. Tu ne te laisserais pas un peu influencer par ce que dit Sirius, par hasard ?

James ne dit rien, regardant ailleurs, mais un air de profonde tristesse s'était peint sur son visage, de sorte que Remus avait confirmation que ce n'était pas seulement le match qui arrivait qui tracassait réellement le jeune Potter, mais cette dispute avec son meilleur ami qui s'éternisait inutilement.

Lupin ne savait cependant plus trop quoi dire. Fallait-il inciter James à en parler ? Ou le laisser déballer ses états d'âme ?

- Je suis désolé de t'embêter avec ça, surtout maintenant, fit James avec un triste sourire à Remus. Ne t'en fais pas pour moi, va…

- Mais non, je…

- Et si on allait déjeuner ? coupa James en remettant soudain le masque de fausse bonne humeur qui commençait à s'épuiser depuis le début de la guerre des Gryffondor. J'ai une faim de loup… si tu me permets l'expression.

Remus hocha la tête, sans se départir immédiatement de son air grave.

Le sujet ne fut plus abordé pendant le petit déjeuner. James faisait comme si de rien n'était et, pendant un moment, lui et Remus purent discuter avec animation de Quidditch, et de tout et de rien, et simplement profiter d'être ensemble. Jusqu'à ce que, bien plus tard, les autres Gryffondor les rejoignent.

Pour finir, ce fut avec Peter que Remus s'éclipsa discrètement, quand le volume sonore des disputes atteignit un certain point qu'ils considéraient tous les deux à la limite du supportable.

La matinée passa plutôt rapidement et tranquillement, Remus étant absorbé par le devoir de Défense contre les Forces du Mal de Peter et James s'étant rendormi dans un fauteuil. Mais ce fut sans regrets qu'il s'éclipsa juste après le déjeuner, alors que les quatre anciens amis recommençaient à se déchirer. Il passa dans la salle commune prendre son sac et redescendit aussi sec pour retrouver Kyana dans leur local habituel, où elle était déjà, parchemins et livres étalés devant elle.

- Bonjour, Remus ! lui lança-t-elle avec un sourire enjoué. J'ai cru que tu n'arriverais jamais !

Il lui sourit en retour et lança un coup d'œil moqueur à sa montre.

- Oh, absolument désolé pour les dix secondes de retard, c'est une si belle journée que je n'ai pu m'empêcher de traîner dans les couloirs.

Kyana lança un regard sceptique aux nuages gris-blancs qui cachaient le soleil par intervalle.

- Honnêtement, admit Remus en s'asseyant et en posant son sac sur la table devant lui, je viens d'empêcher Cathy d'arracher tous les cheveux de Lily jolie. Ça n'aurait pas vraiment plu à James, même s'il ne l'admet pas !

- Oh… c'est si violent ?

- Je crois qu'ils peuvent arriver à bien se tenir… au moins quelques heures ! Et toi, qu'est-ce que tu fais ?

- Etude des Runes…

Remus lança un regard admiratif à l'étendue de parchemins étalés.

- Tu veux participer ? demanda Kyana.

- Euh… non. Je n'ai pas amené de quoi travailler parce que j'ai un certain ras-le-bol du travail… en plus, je suis fatigué… alors aujourd'hui, je me repose !

La jeune Serdaigle ne dit rien, mais il ne manqua pas son regard d'envie alors qu'il sortait son matériel à dessin – cahier de croquis, crayons, fusains, gomme…

- Oh… j'aurais bien aimé travailler l'étude des runes avec toi… c'est plus amusant. Tant pis. Je me mets à l'Arithmancie, puisque c'est comme ça !

Et elle ramassa toutes ses affaires de Runes pour les remplacer par celles d'Arithmancie, en aboutissant à la même étendue invraisemblable de documents éparpillés autour d'elle. Remus ouvrit son carnet et regarda ses derniers dessins, cherchant ce qui avait besoin de retouche, posant un regard critique et sévère sur le dessin de Cathy avec cet air doux qu'elle n'avait que rarement, comme des perles précieuses que Sirius collectionnait avec avidité. Du moins, jusqu'à récemment. Depuis un certain moment, il collectionnait plutôt les cris et les coups de colère de la fille qu'il admirait tant. Il passa rapidement sur les derniers dessins, ne voulant ni les retoucher, ni les voir à nouveau. James jetant son balai à terre devant un Sirius au visage sévère, Lily dont les yeux lançaient des éclairs, l'air malheureux de Cathy… Des dessins qu'il avait fait pour exorciser et sur lesquels il ne souhaitait pas revenir. Il tourna la dernière page et se demanda un moment ce qu'il pouvait bien dessiner. Il alla s'asseoir sur le rebord de la fenêtre du local avec son carnet, se demandant vaguement s'il allait revenir à de simples paysages, mais grimaça en découvrant qu'il avait une vue privilégiée sur le Saule Cogneur. Ce n'était pas exactement son sujet favori, en particulier à la veille d'une pleine lune.

Son papier s'illumina lorsqu'il jeta un regard sans la salle de classe derrière lui. Il revenait ainsi à son sujet de prédilection du moment : la jeune Serdaigle du nom de Kyana Wald. Avec un sourire, il lui jeta des regards en coin, juste le temps de la croquer rapidement. L'air distraite, elle regardait dans le vague en jouant avec sa plume, tapotant du bout arrondi et doux l'un de ses livres, ou se chatouillant la paume, ou pliant doucement le bout avec ses doigts.

Une fois qu'elle fut croquée et prête à être dessinée tout en détail, il retourna se rasseoir à la table pour plus de confort. Il travailla avec attention pendant plusieurs minutes, tandis que Kyana faisait encore semblant de travailler, en regardant rêveusement par la fenêtre. Jusqu'à ce qu'il entende un petit « clac », il ne releva pas les yeux de son dessin. Le bout de la plume entre les doigts de la jeune fille pendait misérablement, et les doigts continuaient leur trajet un petit peu plus bas sur le corps de la plume pour, à nouveau, « clac », casser un petit bout de la tige centrale.

- Euh… Kyana ?

- Mmmmh ?

- Tu es en train de réduire ta plume en morceaux.

- Mm mmh.

Il haussa un sourcil et la regarda un peu plus attentivement. Elle ne se rendait toujours pas compte de ce qu'elle faisait, toujours rêveuse, et toute la partie supérieure de la plume était désormais aussi désarticulée qu'un pantin cassé.

- Kyana !

- Moui ?

- Oh, ce n'est pas si terrible, après tout, d'être tombé amoureux de ce gentil garçon de Poufsouffle, dit-il, un léger sourire aux lèvres alors qu'il continuait à dessiner. Je voulais me marier avec lui, tu vois, mais sa famille m'en a empêché. C'est alors que j'ai décidé de m'enfuir avec lui en hélicoptère… tu sais, cet engin moldu ?

- Mmmh.

- Oui, enfin, l'important, c'est que je n'ai pas réussi à emmener ce garçon de Poufsouffle. Heureusement, d'ailleurs, car un flamant gris s'est perché sur le pare-brise de l'hélicoptère qui s'était transformé en avion, et m'a déconcentré en parlant d'éléphants roses qui dansaient avec des tutus et des ballerines. J'ai perdu le contrôle des commandes, qui étaient devenues de la guimauve. Alors je me suis échappé de l'avion avec des ailes en papier et j'ai atterri au beau milieu d'une réunion de pygmées qui s'apprêtaient à sacrifier une paire de lama siamois, ayant enfanté chacun une série de 14 écureuils albinos, pour fêter l'arrivée de la saison des marrons.

Il était plutôt fier de sa petite tirade, mais ce qui l'amusait le plus, c'était que Kyana avait fait semblant de l'écouter en faisant de petits « mmmh » approbateurs. Il fut enfin gratifier d'un changement dans l'attitude de son amie, après quelques instants. Elle perdit son air rêveur et fronça les sourcils en réfléchissant.

- Mais enfin, Remus, de quoi est-ce que tu parles ?

Il réfréna avec force son envie d'éclater de rire à l'expression déconcertée de la jeune fille, qui continuait à jouer sans le voir avec sa plume ruinée.

- Ça fait dix minutes que je te parle, expliqua-t-il, et toi tu te contentes de fixer la fenêtre avec de grands yeux vides.

- Excuse-moi, j'étais dans la lune, dit-elle après avoir pris une jolie teinte tomate.

Le crayon qu'il tenait fit un vilain trait en travers du dessin, et il fit une grimace, autant par agacement de s'être laissé surprendre par l'expression, que par déception du gâchis sur son croquis. Il se rabattit sur sa gomme en essayant de ne pas laisser voir qu'il avait été déstabilisé.

- Encore Anyka qui te mène la vie dure ? demanda-t-il d'un ton qu'il voulait badin.

Il eut la gratification de la voir grimacer à son tour. « Anyka » était le nom qu'il avait attribué à la petite voix de Kyana en se basant sur un anagramme dont il était plutôt fier.

- On peut dire ça comme ça… qu'est-ce que tu essayais de me dire ?

- Eh bien, je voulais te dire que casser ta plume en petits morceaux n'était pas spécialement une bonne idée, mais je pense qu'il est trop tard, maintenant, répondit-il en montrant la pauvre chose du menton.

- Oh, non ! gémit la jeune fille, désespérée. C'est la dernière qui me restait, comme celle-l ! Et les sorts de Reparo, c'est bien, mais pour les plumes, elles ne reviennent jamais aussi bien qu'avant !

- Bah, c'est pas plus grave, tu en achèteras une nouvelle à Pré-au-Lard. Reparo ! dit-il en pointant sa baguette sur la plume qui se redressa comme une marionnette.

Kyana, avec une petite moue déçue, griffonna rapidement pour tester la plume qui produisit un horrible crissement.

- Oui, je veux bien, mais la prochaine sortie n'est que dans deux semaines ! C'est long, deux semaines à écrire avec un truc pareil.

- On a qu'à aller t'en acheter une nouvelle tout de suite, si ça peut te faire plaisir. Il est à peine quatorze heures, on a toute la journée devant nous.

Il s'était reporté au dessin, concentré à bien faire disparaître le trait inélégant que la surprise lui avait fait tracer. Bientôt, il n'en resta plus une trace, et il avait réussi dans le même temps à bien préserver tout le travail d'ombres qu'il avait fait sur les lèvres de Kyana. Il examina le résultat, découvrant à sa grande surprise qu'il l'avait pratiquement achevé. Il n'avait pas dû voir le temps passer, ou avait travaillé plus vite qu'il n'avait pensé.

- Remus, je viens de te dire que la prochaine sortie à Pré-au-Lard n'était que dans deux semaines. On ne peut pas y aller aujourd'hui !

Il releva la tête, clignant des yeux, perdu entre la dernière touche finale de son dessin et la partie « Maraudeur » de son esprit qui se demandait depuis quand il fallait attendre les sorties officielles pour faire une excursion à Pré-au-Lard. Et c'est bien la question qu'il posa à voix haute.

- Remus, c'est le seul moment où c'est permis ! Il n'y a aucun moyen d'y aller autrement !

- Oh… évidemment.

Il sourit gentiment, mettant fin à la discussion, et retourna au dessin. Il paracheva quelques contours, mit une dernière touche aux cheveux de soie et finit d'ombrer le dessin pour obtenir un résultat assez satisfaisant. Il savait bien que la prochaine fois qu'il ouvrirait son carnet, il porterait au dessin un regard plus critique, mais il était assez content de lui pour l'instant. Il referma soigneusement le carnet, rangea tout ses crayons et s'aperçut enfin que Kyana avait abandonné le semblant de travail pour se plonger dans une lecture apparemment passionnante. Tant mieux, il ne culpabiliserait pas de l'abandonner comme ça pour le petit projet qui lui courait en tête.

- J'ai un truc à faire, je ne sais pas combien de temps ça va me prendre exactement, mais je dirais environ une heure. J'emporte mon sac ou tu vas rester ici ? demanda-t-il en se levant.

- Oh, je vais rester ici et lire un peu.

- Parfait ! A tout à l'heure, alors !

Il allait pouvoir lui rapporter les fruits de sa petite excursion le jour même, et il souriait déjà à l'idée de cette petite balade.

- Remus !

Surpris, il recula d'un pas pour voir pourquoi Kyana le rappelait.

- Est-ce que tu me permets de regarder tes dessins pendant ce temps ?

Le pauvre garçon sentit le sang affluer à ses joues, et il baissa les yeux vers le carnet bien en évidence. C'était quand même très personnel, tous les dessins qu'il y avait mis…

- Je… Je n'ai pas tendance à montrer mes dessins aux gens. Ils ne sont pas très bons.

- Tu ne les as jamais montrés à Lily et aux autres ? s'étonna-t-elle, à juste titre.

- Eh bien non. Je ne leur ai jamais montré et ils ne me l'ont jamais demandé. Ils se contentent de voler mon carnet ou de m'espionner pendant que je dessine.

Il rougit un peu plus, mais sourit. Pour dire toute la vérité, malgré son agacement, il tolérait la manière un peu brutale de ses amis de partager l'intimité de ses dessins. Parce qu'ils étaient ses amis, et que c'était tout à fait eux de lui imposer leur amitié inconditionnelle.

Kyana était également son amie. Mais il n'osait pas lui autoriser ouvertement, de peur que cela ne passe pour de la fierté pour son propre travail.

- Alors… selon les instructions de Maître Sirius, dit lentement Kyana avec un léger sourire, il n'y a rien qui m'empêche de le prendre et de le regarder pendant que tu n'es pas là, n'est-ce pas ?

Il éclata de rire et lui fit un clin d'œil, soulagé qu'elle prenne la décision toute seule.

- Non, il n'y a rien qui t'en empêche, en effet. A plus tard !

Et cette fois, après un clin d'œil, il s'esquiva pour de bon. Par dessus-tout, il détestait être en présence d'une personne qui examinait son travail. Si la personne en question était trop gentille, elle simulait l'émerveillement, ce qui était aussi gênant pour lui que pour l'autre. Si au contraire, la personne était critique, Remus se sentait jugé et acculé, chose qu'il détestait par nature.

Aussi il courut presque pour se mettre hors de portée de la salle pendant que Kyana regardait son carnet, et il fut bientôt dans le tunnel derrière le miroir du quatrième étage. Ce n'était pas un chemin très agréable, plutôt glauque, très serré et oppressant, mais il préférait celui-là à celui du Saule Cogneur. Au moins, cela lui permettait d'aller vite et bien jusqu'à Pré-au-Lard, sans être vu.

En moins d'une demi-heure, il débouchait d'une grotte sur le flanc de la colline derrière le petit village, et descendait à toute vitesse vers la grande avenue. Le vent lui fouettait les joues et les cheveux, pas encore assez fort pour être désagréable, mais juste assez pour être enivrant. Le soleil prenait la même teinte dorée que les feuilles des arbres pour éclairer les maisons avec des tons ocres. L'automne donnait des couleurs formidables au paysage, songea Remus en s'arrêtant un instant pour admirer la vue. Dommage que Kyana n'avait pas voulu venir…

Et il avait Pré-au-Lard pour lui tout seul, ou presque. Deux sorciers assis à la terrasse d'un petit restaurant le regardèrent passer sans grand intérêt il vit à travers les vitres des Trois Balais la jeune Madame Rosmerta discuter avec son seul client. Autrement, le village était pratiquement désert, comme un fantôme de la petite ville que les étudiants de Poudlard aimaient tant. Pourtant, les quelques restaurants et cafés de l'avenue principale avaient leurs portes grandes ouvertes à cette jolie journée et promettaient de bons chocolats chauds, de délicieuses tartes chaudes, le tout très appétissant après une longue marche depuis Poudlard.

Remus n'avait cependant qu'un seul but, et il se dirigea tout droit à Scrivenshaft's Quill Shop, dont l'enseigne, une énorme plume un peu émoussée, pendait en grinçant doucement au-dessus de la porte.

La boutique elle-même, à l'intérieur, avait une odeur que Remus aimait bien, une odeur de parchemin. Il était souvent passé par là se refournir en matériel de dessin. Le propriétaire apparut derrière le comptoir, son éternel sourire impersonnel fixé sur ses lèvres, observant son client plutôt inattendu avec ses petits yeux perçants dans son visage peu aimable.

- M. Lupin. J'avais pourtant l'impression que la première sortie autorisée pour les élèves de Poudlard attendrait encore deux semaines.

Il regarda par la fenêtre la rue déserte avant de reporter sur Remus son regard inquisiteur.

- Vraiment ? dit le jeune homme avec son air étonné le plus convaincant. Oh. J'ai dû me tromper, alors…

Le sourire du vieux propriétaire s'élargit.

- Dépêchez-vous de faire vos achats, avant qu'il ne me vienne à l'idée d'écrire à ce cher vieil Albus.

Remus sourit et se précipita dans les rayonnages de parchemins, de plumes et d'encre. Il trouva rapidement des plumes identiques à celle que Kyana avait cassée, en choisit trois parmi les plus belles et les mieux taillées, et revint rapidement au comptoir pour les payer.

Les trois plumes furent bien emballées dans un petit paquet qu'il fourra aussitôt dans sa poche. Remus serait bien parti, mais une vieille sorcière qui discutait avec M. Scrivenshaft le prit à parti dans une conversation dont il n'avait pas entendu le moindre mot. La petite bonne femme semblait être entré plus pour discuter que pour faire des achats, et les yeux du vieil homme brillait de malice tandis qu'il écoutait les commérages de la vieille.

- Trois jours que je suis ici, mon garçon, dit-elle à Remus alors qu'il payait les plumes. Je ne fais que passer, bien sûr – le temps ici est vraiment trop rude : vous avez vu comme le vent est violent ? – mais je peux vous dire, moi, jeune homme, que la Cabane Hurlante, eh bien ! Ce n'est que des histoires et des racontars ! Je n'ai pas le sommeil très lourd, et je n'ai absolument rien entendu ! Pourtant l'hôtel est miteux, et il n'y a pas que le vent qui passe sous les portes ! J'entends tout ce que font mes voisins…

- Vous direz ce que vous voudrez sur l'architecture de l'hôtel, interrompit le propriétaire, mais ils ont une elfe de maison dont la cuisine est inégalable !

La vieille renifla, ayant apparemment de quoi se plaindre également sur la qualité des repas à son hôtel, mais se ravisa.

- Enfin, pour en revenir à la Cabane Hurlante, je dis juste qu'elle est abandonnée ! C'est le vent qui souffle autour d'elle qui doit faire des bruits bizarres…

Elle cherchait des yeux l'avis de Remus, comme si, juste en le regardant, elle pouvait l'amener à lui répondre. Mal à l'aise, il se dandinait, sachant qu'il aurait été malpoli de partir maintenant, mais il ne voulait pas vraiment poursuivre le sujet.

- Ne vous en faites pas, disait M. Scrivenshaft justement, ça ne devrait pas tarder à hurler à nouveau, cela fait longtemps qu'on ne les a plus entendus, ces esprits…

- Mais vous, jeune homme, insistait la sorcière. Qu'en pensez-vous ?

« Je n'en sais trop rien, puisque c'est moi qui hurle à la lune » n'étant pas une réponse envisageable, Remus essaya de garder une attitude calme.

- J'avoue qu'on ne les entend pas vraiment depuis le château de Poudlard, alors…

- Vous êtes un élève de Poudlard ?

Oups. Il avait oublié. Pas une journée de sortie. Il était là techniquement envers le règlement de l'école, et l'expression suspicieuse de la sorcière le lui rappelait fortement.

- D'ailleurs, je ne dois pas m'attarder. Le… professeur qui m'a envoyé attend ses nouvelles plumes.

Il tapota sa poche et détala aussi vite qu'il le pouvait sans avoir l'air coupable.

Le chemin du retour lui sembla, après cet incident, beaucoup moins agréable qu'à l'allée. Dumbledore avait réussi à créer une rumeur, dans Pré-au-Lard, selon laquelle des esprits violents hanteraient la Cabane Hurlante. Cela évitait à des habitants trop curieux de chercher une autre explication aux hurlements réguliers, et les empêchait d'approcher trop près de la Cabane. Malgré tout, cela ne mettait pas Remus à l'aise. Certainement que la vieille sorcière n'essayerait pas d'aller visiter la ruine de cabane hantée. Mais il ne pouvait empêcher sa bonne vieille paranoïa de remonter à la surface quand les gens se montraient un peu curieux.

Il arriva cependant à repousser cet événement au fond de sa mémoire et à retrouver sa bonne humeur avant de revenir au château, ce qui lui permit de s'asseoir devant Kyana avec une large sourire en anticipation de la surprise qu'il allait lui faire.

- Excuse-moi si ça a été long, il y avait plus de gens que je ne m'y attendais.

- Ce n'est pas grave, répondit-elle avec un sourire. J'avais de quoi m'occuper.

Il rougit en s'apercevant seulement alors qu'elle regardait son carnet à dessins. Elle le referma soigneusement, comme quelque chose de très précieux, et le posa sur la table avec un hochement de tête approbateur auquel Remus ne put que sourire, content qu'elle ait apprécié ses dessins.

Puis, incapable d'attendre plus longtemps, il prit dans sa poche le petit paquet pour lequel il avait fait tout ce trajet et le posa sur la table entre lui et Kyana, attendant la réaction avec un petit sourire.

- Scrivenshaft's Quill Shop ? s'étonna-t-elle en voyant l'inscription sur le paquet. Tu es allé à Pré-au-Lard ?

- Bien sûr ! dit-il en jubilant, prenant des airs arrogants. Moi, je n'attends pas les sorties officielles !

Une expression d'ahurissement total mêlé de surprise se peignit sur le visage de la jeune fille, et Remus eut peur un instant qu'elle désapprouve totalement ce qu'il avait fait. C'était contre les règles de l'école, bien sûr, mais Kyana devait être habituée maintenant, au comportement « Maraudeur » !

- Ben quoi ? dit-il, un peu gêné à ce moment. Si les fondateurs de Poudlard ont mis à notre disposition des moyens de sortir de l'enceinte du château quand on veut, ce serait péché de ne pas en profiter !

Elle se contenta d'hocher la tête, apparemment peu convaincue.

- Enfin, Kyana, tu ne vas tout de même pas me dire que tu es surprise !

- Non… en fait, si… j'ignorais qu'il y avait d'autres moyens de sortir du château outre ceux qu'on nous a montré. Mais en y pensant bien, il aurait été ridicule de croire que les terribles Gryffondor puissent être réellement confinés à la cour de Poudlard… Je trouve injuste que tu aies dû faire le voyage tout seul, par contre ! Ce n'était pas à toi d'aller chercher mes plumes !

- Mais tu ne vas pas à Pré-au-Lard lorsque ce n'est pas permis ! répondit-il avec un nouveau rire dans la voix. Je ne pouvais tout de même pas t'inciter au vice, si ? Alors j'y suis allé tout seul. C'est dommage que tu n'aies pas voulu venir, c'est une journée magnifique, et les menus que les restaurants et cafés annonçaient étaient des plus invitants !

Il se leva pour se débarrasser de sa cape et de son foulard, comme il commençait à avoir très chaud, assis là.

- Tu ne m'as jamais demandé d'y aller avec toi !

Remus rit à nouveau en voyant la moue étonnée et déçue de Kyana.

- Mais si ! Je t'ai dis qu'on avait la journée devant nous pour aller chercher tes plumes. Mais tu m'as répété qu'il n'y avait pas de sortie aujourd'hui. Tu es une sage petite, Kyana.

- Je ne l'avais pas compris comme ça, répliqua-t-elle. On pourrait toujours y aller demain, non ?

- Oh… c'est une excellente idée. Malheureusement, il y a un entraînement de Quidditch demain après-midi et je me dois d'aller jouer les médiateurs.

Surtout que Serena allait sûrement être grognon, obligée de rester au sol à cause de sa mauvaise épaule.

- Demain soir peut… ah… non. Je ne peux pas demain soir. Je suis désolé.

Comment avait-il pu oublier ? Il avait failli lui promettre une balade à Pré-au-Lard le soir de la pleine lune !! Pourquoi ne pas lui faire visiter la Cabane Hurlante, tant qu'il y était ? C'était sûrement la chose stupide qu'il avait dite depuis les pépins de carotte ! S'en voulant profondément, en particulier pour ne pas pouvoir fournir d'explications à Kyana, il baissa les yeux et n'ajouta rien. Heureusement qu'elle ne semblait pas tenir tant que ça à cette sortie. Elle n'insista pas, et retourna à son roman.

Quant à Remus, encore déchiré par la bourde qu'il avait failli faire, il partit se rasseoir à la fenêtre. Le dilemme qu'il avait laissé de côté se rappela douloureusement à lui, et il jeta un regard anxieux à la jeune fille. Quelle serait sa réaction s'il lui disait maintenant ?

Mais bien qu'il commençait à la connaître, il ne pouvait pas prévoir cela, pas plus qu'il avait su prévoir la réaction de ses amis dans ses premières années à Poudlard.

- Rabat-joie ! grogna soudain Kyana, de l'autre côté de la salle.

Pour le moins surpris, Remus se retourna pour la regarder avec des grands yeux.

- Oh, ce n'est pas à toi que je parlais, c'était… laisse tomber…

Il éclata de rire, et ne se formalisa pas de sa grimace renfrognée. Un peu détendu, mais pas pour autant débarrassé de ses tracasseries tenaces, il retourna s'asseoir en face de Kyana.

- Enfin… si Anyka consent à te laisser tranquille pour un moment, on pourrait peut-être se mettre au travail, qu'en penses-tu ?

- Je croyais que tu ne voulais pas travailler aujourd'hui ?

- Que veux-tu ? Je me suis sous-estimé en pensant qu'il me faudrait toute une journée de repos. Mais je me fourvoie peut-être… Peut-être que je vais abandonner très vite tout de même.

Mais Remus n'avait pas tort. Kyana et lui n'avaient pas le cœur à travailler. Il ne savait pas quelle était la raison de la Serdaigle, mais la sienne était tout à fait clair à son esprit.

Aussi n'avaient-ils pas beaucoup avancé dans leur programme de révision quand ils se séparèrent un peu plus tard. Remus revint doucement à la tour Gryffondor, et sortit son nécessaire à courrier pour écrire une lettre à ses parents pendant que les autres se disputaient dans leur coin. Agité, et nerveusement fatigué, il se coucha tôt, mais dormit mal, assailli par des cauchemars dont il ne se rappelait pas en se réveillant, suant abondamment, parfois terrifié et parfois en colère.

Tant et si bien que, dans ce sommeil agité, il ne gagna pas le moindre repos. Il se réveilla au milieu de la matinée le lendemain, avec le son d'un oreiller qui s'écrasait sur le sol.

- Tu es stupide, murmura la voix furieuse de James, quelque part en dehors des rideaux qui isolaient Remus. Tu vas le réveiller, et tu sais qu'il a besoin de sommeil !

- Oh, toi, je vais…

- Laissez tomber ! grogna Remus en repoussant ses couvertures oppressantes. Je suis réveillé, de toute façon.

La furieuse dispute murmurée cessa aussitôt.

- On ne voulait pas te déranger, dit Sirius, qui semblait très gêné, au ton de sa voix.

- Trop tard, répondit-il un peu sèchement.

Derrière les épais rideaux rouges, le silence se fit, mais Lupin connaissait maintenant si bien ses amis qu'il pouvait presque voir, par l'imagination, le regard qu'ils s'échangeaient.

- Désolé, murmura-t-il.

- Non, c'est nous qui le sommes, dit James. On va te laisser, si tu veux te rendormir…

Ils sortirent de la salle avant qu'il n'ait eu le temps de leur dire autre chose. Il n'avait pas vraiment l'envie, ni la force, de supporter leur ridicule gue-guerre ce jour-l ! Heureusement que l'entraînement de l'après-midi les tiendrait séparés…

Mais les Maraudeurs et compagnie semblaient avoir compris que Remus était d'humeur irritable ce jour-là, comme plus ou moins toutes les journées précédant une pleine lune, et ils s'abstinrent de lever la voix trop haut, ce dont il allait leur être éternellement reconnaissants… promis, le lendemain.

Ainsi tout se passa bien jusqu'au moment où Serena l'entraîna gentiment vers le terrain de Quidditch avec tous les autres.

Le grand air fit du bien à Remus alors qu'il se dirigeait tranquillement vers le stade en discutant avec Serena. Ou plutôt, Serena parlait énormément, et avec enthousiasme et force gesticulations, tandis qu'il écoutait, souriait, et répondait de temps à autre par un « oui » ou un « mmh ». Ce qui lui convenait parfaitement.

Les joueurs les avaient devancés, mais quand ils s'installèrent dans les gradins avec quelques autres Gryffondor, l'équipe n'était pas encore sortie des vestiaires. Lorsqu'enfin ils émergèrent, les uns après les autres, Cathy était encore en train de s'attacher les cheveux, le balai en équilibre précaire sur l'épaule, Malicia sautillait sur un pied en ajustant son protège-tibia de l'autre jambe, et les différents membres de l'équipe étaient encore en train de se préparer. Seul joueur tout à fait prêt, James marchait en tête, droit vers les gradins, le coffre aux balles lévitant devant lui.

Ils rejoignirent les gradins et s'installèrent autour de Serena et Remus pour une mise au point avant l'entraînement.

- Ce n'est pas grave que tu ne voles pas aujourd'hui, assura-t-il gentiment à Serena. Tu es tout à fait au point pour la semaine prochaine. Mais tu peux en profiter pour observer comment volent les autres joueurs, ça pourrait te servir. Cathy… à part le fait de retenir un peu ton bras, la seule chose que tu aurais à travailler, ce serait ton calme… mais bon.

Tour à tour, il s'adressa à chaque joueur, donnant des instructions et des remarques, expliquant parfois avec de grands gestes sur le terrain. Serena avait raison, James était un capitaine excellent. Il semblait connaître la manière de voler de chacun de ses joueurs dans le plus grand détail, et expliquait avec précision et clarté le travail qu'il attendait de chacun d'eux, tout en portant un œil critique sur lui-même.

Finalement les joueurs s'envolèrent pour l'échauffement avant l'entraînement sérieux, enchaînant loopings, tonneaux, acrobaties en tous genres à une vitesse qui semblait hallucinante au pauvre Remus, pour qui le vol était loin d'être naturel. Quant aux membres de l'équipe, ils semblaient avoir raté leur véritable vocation d'oiseaux.

- Annabelle n'est pas aussi à l'aise que d'habitude, commenta Serena, dont les yeux entraînés repéraient mieux les subtilités des manœuvres. Ça doit être le match de la semaine prochaine qui la stresse, et ye la comprends – ça fait plusieurs nuits que ye ne rêve que de Quidditch. Y'espère que ye ne ferais pas de grosses bêtises…

Là-haut, les Poursuiveurs et le Gardien se passaient le Souaffle a une telle vitesse qu'il était impossible de suivre la balle rouge vif. Un instant Remus pouvait la voir dans la main de James, l'instant d'après… elle n'y était plus, et il n'avait même pas vu son ami la passer à Annabelle, vingt mètres derrière lui, sans même avoir eu à la regarder.

Essayer de suivre des yeux les six joueurs au-dessus de leur tête, tout en écoutant les commentaires de Serena, et trouver à quels joueurs elle se rapportait, était tout un art, et il ne fallut pas plus de vingt minutes pour que la tête de Remus commence à lui tourner.

Il baissa les yeux, secouant légèrement sa tête pour s'éclaircir les idées, et, regardant vers l'entrée du stade, repéra ce que personne n'avait encore vu. Un groupe d'étudiants, que, même à cette distance, il pouvait reconnaître comme étant des Serpentard, s'approchait.

Fronçant les sourcils, il se leva, plaça deux doigts entre ses lèvres et lança un sifflement trillé. James réceptionna une passe de Malicia et, sécurisant le Souaffle sous son souffle, se tourna vers les gradins, ainsi que l'équipe entière, abandonnant les Cognards à leur bon plaisir. Remus leur pointa la masse de Serpentard arrivant et, d'un même mouvement, toute l'équipe se posa au sol pour aller à leur rencontre.

Tous les Gryffondor qui, assis dans les gradins, étaient occupés à lire, à travailler, ou simplement à discuter de la séance d'entraînement et du match qui allait venir, descendirent jusqu'à la pelouse pour se ranger avec l'équipe face aux Serpentard. Les quelques représentants des deux maisons s'arrêtèrent à quelques mètres les uns des autres, et Remus pensa vaguement à un western que Cathy lui avait montré. A la tête des Serpentard était, bien sûr, Severus Rogue, flanqué de tous ses adeptes, des élèves qui, selon la rumeur, avaient un grand intérêt dans la magie noire.

- Qu'est-ce que vous faites l ? demanda James sans hausser le ton, d'une voix dénuée de toute agressivité pour qui ne le connaissait pas. Il me semblait que j'avais correctement réservé le terrain.

- Mais comme tu peux le voir, Potter, nous ne sommes pas là pour l'entraînement de notre équipe. Pas de balais, pas d'équipement, pas même notre équipe au complet, répondit Rogue avec un mince sourire. Nous sommes juste venu nous installer sur les gradins. Ce n'est pas interdit, que je sache, de s'installer à proximité des Gryffondor pendant leur entraînement ?

Il promena un regard sarcastique sur les six joueurs qui fermaient les poings sur les manches de leurs balais devant lui.

- On préfèrerait ne pas être espionnés pendant l'entraînement, dit Malicia. Nous sommes capables d'élaborer des stratégies, vois-tu.

- Nous n'avons pas besoin d'espionner vos pauvres tactiques pour pouvoir battre une équipe sans Attrapeur. Qu'est-ce qu'il s'est pass ? Linch était tellement pitoyable que vous estimiez avoir plus de chances sans lui ?

C'était bien une image de la solidarité de Gryffondor qu'à ce moment-là, bien que personne n'aimât vraiment Linch, tout le monde sortit sa baguette. Remus avait bien dû garder une main ferme sur l'épaule de Serena au début du discours de Rogue, mais il avait été le premier, excédé, à sortir sa baguette à la mention du pauvre Linch.

Les Serpentard ne bougèrent pas d'un poil, sourires sardoniques et mains dans les poches.

- Nous n'avons pas besoin non plus de nous protéger derrière nos baguettes pour se sentir en sécurité dès que la conversation est hors de notre contrôle.

Remus remarqua du coin de l'œil que Serena s'était avancée pour retenir la main de Cathy, qui semblait prête à lancer un très mauvais sort. La jeune Espagnole avait bien sûr raison d'empêcher une tête brûlée telle que White de provoquer un conflit plus important juste une semaine avant le match, mais Remus ne put s'empêcher de regretter. Il aurait été le premier à ouvrir les hostilités si sa propre petite voix de raison ne le retenait.

Finalement, les Serpentard, arrogants mais pas fous, partirent avant que la situation ne s'envenime vraiment, avec dignité, non sans jeter quelques derniers sarcasmes. Le bras de Cathy était toujours emprisonné dans l'étau étonnamment ferme de Serena, dont le visage était très pâle. D'ailleurs tout le monde, au moins dans l'équipe, était blanc de rage.

- Bon. On retourne à l'entraînement ? demanda Annabelle, déjà en train d'enfourcher son balai, le menton volontaire et le regard implacable.

- Non, décida James. Nous sommes tous énervés, on ne va rien faire de bien.

- Mais Capitaine, si on arrive pas à garder notre concentration face à quelques provocations des Serpentard, alors on n'a aucune chance dans le match de la semaine prochaine. On va te montrer qu'on peut rester calme, nous !

Tout le monde tourna de grands yeux vers Sean Pearson, qui rougit, mais garda le regard tourné vers James. Ce dernier considéra un instant, jeta un regard vers Cathy qui fit son meilleur sourire de petite fille innocente, puis hocha la tête. Tous les joueurs décollèrent aussitôt, bien que Cathy se balança un moment sur un souffle de vent pour prendre une grande inspiration et se calmer. Remus ramena une Serena soudain plus silencieuse vers les gradins.

Ce qu'il se passa du reste de l'après-midi et de la soirée, Remus ne sut trop s'en apercevoir, car, plus le coucher du soleil arrivait, plus il le redoutait. Il ne remarqua même pas que les autres avaient signé une paix nerveuse et agitée tandis qu'il regardait le ciel rougir, des fenêtres de la tour Gryffondor, en se rongeant les ongles. Il s'éclipsa discrètement au moment où le soleil touchait les arbres les plus hauts de la forêt. Comme à chaque mois, comme il se dirigeait vers la Cabane Hurlante, il se sentait seul, froid et vide, et il y avait cette terreur panique qui lui tenaillait les entrailles comme un énorme serpent, cette peur qui ne s'était jamais estompée par la force de la routine, toujours aussi forte depuis qu'il était tout petit.

Il s'efforça de songer à autre chose, de se dire que ce n'était qu'une nuit à passer, une nuit interminable certes, et que le lendemain matin finirait tout de même par arriver. Il marcha plus vite. D'après la luminosité dehors, la lune n'allait pas tarder à se lever.