Salut chers lecteurs! Premièrement, je vous prie d'accepter mes excuses pour cet affreux retard. Retard encore plus pénible quand on sait que tous mes chapitres sont censés être bouclés... Bref. C'est en m'inclinant bien bas que je vous présente le chapitre dix de cette fic que, je le rappelle, j'ai pris énormément de plaisir à écrire. Je vous souhaite une bonne lecture, et rendez-vous à la fin!

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Lorsque Gilbert rouvrit les yeux, il sut aussitôt qu'on avait réduit sa dose de morphine. Il se plia en deux, pressant le bas de son dos en jurant dans sa langue natale, et marmonnant que son postérieur se portait très bien jusqu'à ce qu'on l'opère. Un discret raclement de gorge attira son attention, et il tourna la tête, plissant les yeux le temps que sa vue s'habitue à la luminosité trop forte. Sérieusement, il fallait vraiment préciser qu'il ne supportait pas d'être trop éclairé ? Il était entouré de médecins, et aucun n'était fichu de se dire qu'avec les yeux fragiles qu'il avait ils pouvaient éviter les projecteurs ? Mais quelqu'un éteignit alors la lumière, ne laissant que les lampes de chevet.

-C'est mieux ?

Il soupira doucement.

-Liech…

-Tu… tu veux que je parte ?

-Non, reste…

La jeune fille s'approcha, et tira une chaise pour s'assoir près de lui.

-Tu as mal ?

Gilbert haussa les épaules.

-J'ai connu pire…

Il ne tenta pas de reprendre son air fier et goguenard. Le masque était tombé, à quoi bon ? Il s'humecta les lèvres, et articula :

-Pourquoi tu es là, au fait ?

-Je voulais… hem… te dire merci, d'abord, je pense…

Comme il la fixait sans comprendre, elle leva la main, lui montrant un petit bracelet, avec comme symbole la croix des chevaliers Teutoniques.

-Je sais que c'est très apprécié par le clan. Vash n'aimait pas trop, mais… je trouve ça joli.

C'était donc ça, le cadeau de Noël made in Hungary. Gilbert esquissa un petit signe de main pour dire que ce n'était rien, et se rallongea pour fixer le plafond, l'air soucieux.

-Et sinon ?

-Hm ?

-Tu as dit « d'abord ». Tu as donc un « ensuite ».

Liech baissa les yeux, et prit une grande inspiration avant de se lancer :

-Pourquoi tu t'es excusé ?

-Je pensais que j'allais y passer.

-Gilbert…

Il se sentit toucher par son ton implorant, mais frémit surtout lorsqu'elle prononça son prénom. Il se racla la gorge, et grogna :

-Ça serait long… et je sais pas par où commencer…

-J'ai tout mon temps. Et toi aussi, non ? murmura-t-elle dans un sourire.

Il soupira, et lâcha :

-Alors, autant commencer par le début…

Et il lui raconta. Son enfance houleuse, son éducation reprise en main par Fritz, l'affection qu'il lui avait porté et qu'il lui portait encore, malgré tout. Il lui raconta ses joies, sa douleur lorsque celui qui avait remplacé son père était mort, sa rancœur lorsqu'il avait tout perdu. Il lui raconta comment il avait rejoint Ivan, lui parla de son père qui lui avait laissé, comme dernier cadeau empoisonné, son sang de bâtard, moitié Allemand, moitié Russe. Il eut du mal, mais il lui raconta aussi la Russie. Le froid, la peur, les guerres incessantes contre le clan Asiatique. Il lui raconta la sensation des lames traversant sa peau, des balles perçant sa chair, du sang tâchant ses mains. Il lui raconta comment, par sa faute, Vash, Kiku, et tant d'autres avaient trouvé la mort. Il lui raconta ses blessures, intimes, morales, physiques. Sa voix se brisait souvent, mais Liech lui laissait le temps, ses beaux yeux verts ne le quittant pas. Et puis, il n'eut plus rien à dire. Et ce fut seulement là qu'il réalisa qu'il s'était un peu redressé, et que les larmes couvraient ses joues. Il les essuya d'un geste honteux, se perdant en jurons et excuses, mais Liech arrêta doucement son geste, et passa ses bras autour de son cou. Il sentit sa joue caresser celle de la petite blonde, et comprit qu'elle aussi pleurait.

-Tu peux pleurer, Gilbert… Ça ne fait rien…

-Liech, j'ai tué V-…

-Non… Tu ne pouvais rien prévoir de tout ça... Et j'ai trop mal en imaginant ce que tu as du vivre pour t'en vouloir…

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Gilbert ne comprit pas comment le personnel de l'hôpital avait pu autoriser une telle chose, mais Liech dormit avec lui ce soir-là. Certes, il avait un peu honte d'avoir une jeune fille, presque une gamine d'ailleurs, blottie contre son flanc, mais il se sentait bien. L'entendre respirer, détendue et endormie, l'apaisa. Il ne trouva pas le sommeil cependant, trop occupé à admirer les traits de poupée de la blonde. Dans un moment de lucidité, il songea qu'il n'était pas loin du détournement de mineur, mais se corrigea en réalisant qu'il serait bien incapable d'avoir une relation sexuelle avec elle. Avec elle ou qui que ce soit d'autre. La simple idée de l'acte charnel lui filait des sueurs froides, voir des nausées. Ivan pouvait aller au diable.

Mais il devait admettre que la simple présence, le simple contact de Liech le faisait se sentir mieux. Plus calme, plus… Il n'aurait su trouver les mots justes. Il voulait juste dormir des jours avec ces petites mains accrochées à sa chemise d'hôpital, et son souffle qui se perdait dans son cou. Il la connaissait depuis si peu de temps pourtant. Enfin, il l'avait connue enfant, mais la Liech d'à présent était si différente de ce à quoi il s'imaginait. Le cœur écorché, l'âme à vif. Presque aussi amochée que lui. Il ferma les yeux, quelques secondes peut-être, et fronça les sourcils lorsqu'il les rouvrit. Deux émeraudes le fixaient.

-Tu ne dors pas ? chuchota Liech en battant tranquillement des cils.

-Toi non-plus, visiblement…

-Ton cœur bat fort. Je me concentre dessus, c'est tout.

Elle le dévisagea un moment attentivement, et commença à rougir. Gilbert détourna les yeux pour la énième fois.

-Qu-… qu'est-ce qu'il y a ?

-Tes yeux… Ils sont…

-Etranges ? Oui, c'est à cause des pigments, comme je…

-Non, ils sont… très beaux.

Elle leva la main.

-Tes cils sont si blancs… et longs…

Elle baissa le menton.

-Mon frère aussi avait de très beaux cils, et…

Elle se tut lorsque les lèvres de Gilbert effleurèrent son front, avant de se poser sur sa tempe en un timide baiser. Elle ferma les yeux, et nicha son visage dans le cou du blessé. Ils s'endormirent en peu de temps, bercé par la respiration de l'autre.

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-Je vais bientôt sortir. Et je sais pas si c'est une bonne idée…

Ils s'étaient assis dans le parc de l'hôpital, comme le temps semblait dégagé. On n'était encore qu'à la mi-janvier, mais avec un bon manteau, la température était supportable. Liech se leva et fit quelques pas dans la neige. Gilbert, sa seule cigarette autorisée de la journée entre les doigts, sourit avec sarcasme. Franchement. Elle faisait assez jeune et lui assez vieux pour passer pour un père et sa fille.

-J'ai l'impression d'être un pervers…

Liech le regarda, surprise, puis horrifiée.

-Tu as des pensées déplacées ?

-Pas vraiment… fit Gilbert avec embarras. Non, j'ai juste l'air d'être… l'un de tes parents, ou ton oncle, un truc comme ça…

Elle se rassit près de lui, alors qu'il écrasait son mégot.

-Premièrement, tu ne fais pas vieux. Tu as vingt-quatre ans, non ?

-Vingt-six. Enfin, dans quelques jours…

-C'est bientôt ton anniversaire ?

-Mais ne me le souhaite pas. J'ai déjà assez perdu d'années comme ça.

Elle haussa les épaules, et replaça avec attention son ruban, avant de reprendre de cette voix fluette que l'albinos affectionnait tant :

-Et deuxièmement…

-T'en fais pas, je plaisantais.

Il enfouit son visage dans ses mains.

-Ludwig retourne au manoir. Je vais sûrement habiter avec lui. Mais…

-Tu te sens faible ? Inutile ?

Gilbert acquiesça doucement. La petite main de Liech se posa sur la sienne, et l'attira entre leurs deux jambes, sur le banc frais.

-Coupable ?

-Tu n'imagines pas à quel point…

Il appuya son front contre sa main libre, son coude posé contre son genou.

-Le « génialissime moi »… Quelle merde. Je suis juste… juste un traitre qui ne peut plus se regarder dans un miroir. Plus personne de bien...

-Je ne t'en veux pas, tu sais…

Il posa les yeux sur la blonde, qui regardait toujours droit devant elle.

-C'est Ivan qui a tué mon frère, pas toi. Et… tout ce que tu as fait, c'était pour protéger ton clan. C'était très courageux, et noble.

Un petit rire échappa à l'albinos.

-Les premières années, c'était pour vous… Ensuite, c'est juste parce que… parce que j'avais trop honte, bordel. Trop honte pour tout plaquer et revenir, trop honte pour me présenter devant vous… Russia… Ivan, je veux dire… Il a foutu en l'air ma chienne de vie.

-Alors, tu n'as qu'à le tuer.

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Toujours là? Excellent! Je tiens à vous remercier, vous qui prenaient le temps de lire mes écrits, pour tous les gentils commentaires et messages que je peux recevoir. J'espère vous retrouver bientôt pour le chapitre onze! Tchuuuuuussssssss!