10.
Bien que dans sa maison en dôme de cristal au sein du Sanctuaire, Léllanya avaient vu apparaître plusieurs lueurs des Sages.
- Ai-je fait quelque chose de mal, Grands Sages ?
- A ton corps défendant, Léllanya. Tu as voulu un enfant du seul véritable Roi Pirate possible pour unifier l'Alliance actuelle. Anténor est venu au monde en ce but également. Ces deux garçons sont promis au pire des destins.
- Anténor est soigné, ici, aux Jardins, si nous pouvons endiguer sa rage meurtrière. Pour Alguérande, je ne peux rien, il est vivant, il a sa propre destinée et je n'ai plus à y interférer !
Léllanya soupira, les larmes aux yeux.
- Celle que je fus l'avait soumis à un enfer dans les étoiles, je l'avais promis à la plus haute destinée Pirate mais on m'a tuée avant. Je l'aurais finalement condamné à un sort pire encore, tant d'années après, après ma propre mort ?
- Oui, clignotèrent les lueurs des Sages.
- Comment puis-je l'aider ?
- Réanime cet Anténor. Renvoie-le à son monde. Et que les volontés divines et éternelles s'accomplissent ! Comme nous te l'avons révélé à ton Eveil.
- Je ne peux pas… Je ne puis faire plus de mal à cet enfant que j'ai mis au monde et qui désormais m'est précieux alors que je ne peux plus le lui avouer…
- C'est notre volonté.
- A vos ordres, Sages.
- Prie, purifie-toi, Léllanya. Et qui sait, les événements à venir pourraient être changés ! Tu as cette force en toi. Et tu as effectivement choisi un être exceptionnel pour enfanter cet Alguérande ! Ils ont leur destinée, mais ce sont des Mortels, ils peuvent la changer par leur seule volonté, ou non.
- Aidez-moi, pria Léllanya. Mon plus puissant désir est de sauver tous ces enfants qui n'ont jamais demandé à venir au monde ! Je souhaite plus que tout qu'il vive ! Donnez-moi la force, Sages. Donnez-moi une idée pour les aider !
Et elle laissa à nouveau l'énergie bienfaisante et toute sage la pénétrer au plus profond.
De sa badine terminée par un crochet de fer, la capitaine de la Janae avait frappé, encore et encore un corps chétif et sans défense, lui mettant le dos à sang et presqu'à nu, martyrisant ensuite ses bras et ses jambes alors que sa petite victime s'était à nouveau rassemblée en position fœtale comme si ça pouvait la protéger du déluge de frappes.
- Tu sais que tu m'as presque tué ce jour-là ?
- Oui. Je t'ai battu comme il n'était pas possible de le faire… Parce que tu t'étais endormi à une garde trop dure pour tes sept ans… J'étais si monstrueuse… Je t'ai tellement blessé, mon garçon, bien que je comprendrai que tu refuses toujours de me considérer comme…
- La ferme ! Oui, Khell m'a récupéré dans un état proche du coma, à l'agonie même ce jour-là. Khell, mon ami, mon ange gardien, mon premier papa… Je l'ai eu. Anténor n'a pas eu cette chance… Tu as été notre malédiction, Léllanya !
- Je sais, je l'accepte, Algie.
- Pourquoi revenir ? En ces heures où passé et avenir se mêlent trop ?
- Je…
- Je ne veux rien savoir ! Dégage de mes cauchemars, je suis bien assez éreinté ainsi !
- Au revoir, murmura Léllanya en s'effaçant.
- Nous sommes mal, Gander !
- Que veux-tu dire ?
- Nous sommes condamnés, depuis des années… Les Pirates nous ont surpassés, ils le prouvent, mais nous aurions dû le comprendre…
- Alguérande, que veux-tu dire ?
- C'est le début de la fin !
Salmanille eut un regard assassin pour son mari.
- Tu ne savais donc rien, Albator ?
- J'étais un mâle, on m'a offert des filles. J'étais un jeune animal avec tant d'exigences physiques ! Bien avant Léllanya, j'ai rempli le plan de Lothar… Et Anténor est né. Il a été élevé dans la formation du combat.
- Et Anténor est parti. Je t'aime pour nos enfants, Albator.
- Merci, ma toute belle !
Et Salmanille envoya du bout des doigts des baisers à son époux.
