Chapitre 10

Zack avait pris le premier train pour Lille. Dés lors il atteindrait la Manche en calèche pour pouvoir prendre un navire fréquentable pour Londres. Il se souvenait des démarches de Cloud, et se chargea de les respecter. S'il était arrivé à bon port, alors il se devait probablement d'en faire de même.

-Voulez-vous du café ? demanda une jeune femme chargée de faire le service durant le voyage.

-Non merci.

Zack lui adressa un sourire poli, mais son inquiétude ne le quittait pas. Le cœur battant, serré il scrutait le paysage pluvieux et triste du nord de la France. Il songea à Rufus Shinra.

« A ta place, je ne trouverai plus le sommeil. »

« Pourquoi ? »

Rufus l'avait regardé droit dans les yeux.

-Tu ne vois vraiment pas ? T'es-tu au moins renseigné au sujet du Comte Sephiroth ? Et surtout, de ses manigances ?

Zack fut perdu. Il ne savait pas où Monsieur Shinra voulait en venir. Reno à ses côtés soupira, visiblement pressé de quitter cet appartement ennuyeux.

-Ses manigances ?

-Le château. Selon les rumeurs, il ne lui appartiendrait pas. De plus, sa mère serait morte il y a de ça quatre-vingt dix ans. Ce qui signifierait… Que le comte serait âgé de cent-quinze ans. Toute la famille Jenova y serait passée. Seul son corps n'a pas été retrouvé. Il disparut, une année entière. Tout d'abord, on a prétendu que son corps avait brûlé dans le palais familial, à Londres.

Il marqua une pause.

-Pendant ce fameux incendie…

Zack fronça les sourcils. Il était captivé par le récit de Rufus, mais aussi très angoissé. Cet homme était-il un imposteur ?

-Alors, le comte ne serait pas vraiment un descendant de Jenova ? demanda t-il simplement.

-C'est bien plus compliqué que ça.

Zack descendit du train, sans valise. Il pressa le pas, décidé à trouver une calèche à un prix raisonnable. Il scruta la foule, dans la ville de Lille.

« Vous avez l'air complètement perdu, mon p'tit gars. »

Il leva les yeux vers un homme, au regard caché sous un large chapeau rouge. Un cocher.

« Pourriez-vous m'emmener tout au nord ? Je voudrai rejoindre le port, pour aller à Londres. »

L'homme sourit, de ses dents pourries.

Il monta à bord de la calèche sale et mal entretenue. Mais, il devait rejoindre Cloud le plus rapidement possible. Il croisa les bras, se réchauffant. La température baissait au fur et à mesure qu'il se rapprochait de l'Ecosse. Il ferma les yeux, et songea à nouveau à la conversation qu'il avait eut avec Rufus la veille.

« C'est bien plus compliqué que ça. »

Un long silence s'était alors ensuivi. Pesant, accompagnant les premiers flocons de neige de l'hiver parisien au dehors. Zack tourna les yeux vers la fenêtre, et les contempla absent.

-Le Comte Sephiroth s'est toujours caché. Il s'est montré très généreux. Douze orphelinats porteraient son nom en Europe. Il verse des sommes d'or astronomiques. Mais, on ne le voit jamais. Jamais. Comme s'il cachait quelque chose. Comme s'il était lui-même la chose qu'il cachait…

La voix de Rufus se faisait de plus en plus douce. Comme s'il avait peur qu'on l'entende.

-La rumeur la plus folle à son sujet…

-Ce ne sont que des rumeurs !

-Il serait le Diable.

Zack se redressa. Son sang se figea. Son souffle se perdait.

-Comment peux-tu avancer de telles choses ? Comment peuvent-ils tous inventer ce genre de rumeurs ?

-On a découvert l'identité des tueurs de la lignée Jenova.

Rufus soutint le regard de Zack.

-Des écossais. Et leur domaine…

-Black Wing.

Rufus Shinra se redressa. Il jeta un regard à Reno, qui se leva lui aussi, en remettant correctement sa veste sale. Monsieur Shinra s'approcha de Zack, face à face.

-Exactement. Un an. Toute la famille y séjournait. Des innocents. Des enfants. Des aïeuls. On ignore qui les a torturé et séquestré pendant une année entière. Mais selon la police, les victimes seraient mortes très lentement, dans des douleurs atroces. Il n'a suffit que d'une semaine pour qu'un acheteur inconscient fasse acquisition de la propriété maudite. Et cet acheteur n'était autre qu'un certain Comte Sephiroth.

-Y a-t-il des preuves concrètes ?

-Aucune.

Rufus baissa le regard.

-Tout comme il n'y a aucune preuve que Cloud soit encore en vie.

Zack descendit de la calèche, jeta quelques pièces à l'homme étrange qui l'avait conduit jusqu'au port. Un rire de fou retentit, et Zack jeta un regard à l'horizon. Une foule attendait. Le navire allait bientôt arriver.

Cloud croisa les bras. Il rougissait, et refusait de sortir de la pièce où il se trouvait. Il baissa le regard vers sa tenue une fois supplémentaire.

-Oh, my Lord non je vous assure que cette tenue ne me va pas. J'ai l'air ridicule.

Sephiroth, un verre de vin à la main sourit.

-Je suis sûr que tu es magnifique.

-Vous vous trompez.

-Prouve-moi mon erreur, sors et sois ridicule.

Silence.

Cloud ouvrit la porte. Il rougit, porta une main gantée de blanc à ses lèvres.

-Je… Je trouve que…

Sephiroth tendit la main à Cloud. Il portait un habit de femme, qui lui allait à ravir.

-Une vraie soubrette, délicate et aguicheuse.

La dentelle et le jupon léger de Cloud lui faisait une taille parfaite. Il ressemblait énormément à une femme. Sephiroth l'observait, très attentif.

-Ca a l'air de vous plaire, dit-il le teint de plus en plus rouge.

Sephiroth approcha Cloud à lui, d'un geste de la main. Comme si une force invisible l'attirait au comte, Cloud se sentit happé par une attraction chaude et agréable. Surpris, il ouvrit grand les yeux. Le comte serra le jeune Cloud contre lui, et passa ses mains à son dos. Son fessier, légèrement cambré. Il glissa quelques doigts sous la jupe, et Cloud baissa les yeux, étouffant une petite plainte excitée. Il était maquillé, et ses longs cils se baissèrent. La main de Sephiroth tâta sa peau, le caressant doucement.

-Tu as même mis les porte-jarretelles…

-Je ne voulais pas vous décevoir, my Lord.

Cloud entoura le comte, de ses bras juvéniles et pâles. Il lui sourit, bien qu'il fût encore gêné. Le jeune poète souffla chaudement, profitant de chaque caresse de Sephiroth.

-Maintenant, je vais pouvoir t'apprendre à fumer.

Cloud fut étonné.

-Fumer ?

Sephiroth hocha la tête.

-L'opium, Monsieur Strife. Ne me dis pas que tu es aussi vierge de l'opium ?...

Cloud songea à Genesis. Son visage se dessina brutalement. Il se sentait mal. Il devint très pâle.

-Cloud ?

Sephiroth saisit le visage de son hôte entre ses doigts, le leva vers le siens.

-Je vais bien, le rassura t-il, enseignez-moi l'opium, my Lord.

Zack descendit de la calèche qui l'avait mené dans le centre de Londres, depuis le navire qu'il avait pris. Il avança dans les rues, le regard sombre. Il remit en place son chapeau, accélérant la cadence de sa marche. Il était tard, et le soleil était déjà couché. L'air glacé lui fouettait les joues. Il devait à tout prix rejoindre la Gare de King Cross, et prendre le premier train pour Aberdeen. L'idée que Cloud puisse être en grand danger le paralysait. Et il en était le responsable. Son cœur se serrait à chaque fois qu'il y songeait. Après une demi-heure de marche, il s'arrêta devant la gare, observant sa façade magnifique.

Il y entra, plus décidé que jamais. Il s'assied sur le banc, devant le quai, le train devait arriver d'ici une heure. Il croisa les bras. Il n'avait rien à lire, et n'en n'avait pas envie. Faire passer le temps lui était impossible, chaque seconde était une éternité.

-Vous avez l'air très soucieux, Sir.

Un homme lisait le journal à ses côtés, les jambes croisées. Sa longue chevelure noire lui semblait curieuse, mais c'était peut-être là une mode anglaise que Zack ignorait. Zack scruta son visage, mais une partie était cachée par un imposant manteau rouge. Le curieux personnage parlait d'une voix grave. Bien que son apparence fût effrayante, Zack ne se sentit pas en danger.

-Je…Je vais bien, merci.

-Vous mentez très mal. Vous m'avez l'air tout à fait français.

Il cessa sa lecture. Zack reporta toute son attention sur cet étrange personnage.

-En effet. Je parle si mal que ça ?

-Vous parlez bien. Pour un français.

Zack haussa les sourcils.

-Vous n'êtes pas anglais, n'est-ce pas ?

-Ecossais.

-Je m'en doutais.

-Vous allez rejoindre quelqu'un à Aberdeen ?

-C'est à peu près ça. Non… C'est exactement ça.

Zack sourit faiblement.

-Je l'espère, ajouta t-il en un murmure.

-Je l'espère pour vous. J'espère retrouver ma calèche, moi aussi. Ces derniers temps, les vandales d'Aberdeen s'en prennent aux chevaux… Ils ne savent plus quoi inventer.

-Vous êtes cocher ?

L'homme hocha positivement la tête. Il tendit une main à Zack.

-Vincent Valentine. Nice to meet you, Sir.

Zack baissa les yeux vers la main gantée de noir de l'homme, puis jeta un regard à ses yeux perçants. Il lui serra la main, et le bruit assourdissant du train retentit : il était entré en gare.