Note de l'auteur : N'ayant pas eu de retour à ce sujet, je suis toujours dans mon dilemme « Comfort/Hurt » versus « Drama »... Je me tâte encore...
Pas de RAR aujourd'hui puisque pas de reviews anonymes (je réponds aux autres par MP) mais quand même, toujours un grand merci aux revieuwers et n'hésitez pas à continuer me laisser vos impressions et vos critiques, comme d'habitude, c'est la seule chose qui permet de se situer par rapport à ce qu'on propose comme histoire !
Bonne lecture et à la semaine prochaine !
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Dixième plume
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Blaise est mort le mercredi 23 février 2005.
Je n'ai eu que quelques minutes pour prendre conscience de ce fait. J'avais du mal à y croire. Nous nous acharnions depuis des semaines pour le maintenir en vie. Nous avions tous bouleversé notre quotidien et mis tout le reste de côté. Nous y pensions nuit et jour, à en oublier toute autre priorité. Pour le garder vivant, pour qu'il ne sombre pas. Et il nous avait laissé tomber. J'étais abasourdie. Nous l'étions tous.
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Seulement quelques minutes. Je n'ai eu droit qu'à quelques minutes. Ensuite, Astoria m'a obligé à aller le voir, ordonnant à Malfoy de rester au salon. Je n'avais pas envie de le voir. Je l'avais déjà trop vu, inerte, faible. Et maintenant, il n'était plus que de la chair. Un cadavre.
Je n'ai pas eu le choix. Je ne voulais pas mais, je n'ai pas discuté.
Avec Ron, nous avons encore lavé son corps. Pour la millième fois peut-être. Je commençais à le connaître par cœur ce corps, maintenant froid et raide. C'était horrible. Tragique. Mais, enfin, les traits de son visage étaient relâchés. Tristement détendus. Il ne souffrait plus.
Nous l'avons habillé, toujours guidés par Astoria. Nous n'avons pas posé de questions. Nous lui avons fait confiance, comme chaque jour depuis que nous avions fait appel à elle.
Lorsqu'il a été propre, présentable, ridiculement couché sur ce lit que nous avions refait au carré, les bras reposant le long de son corps, nous avons fait revenir Malefoy. Il était livide.
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Nous nous sommes recueillis en silence. C'était lourd. Pesant. Nécessaire.
Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Une minute où un siècle, avant que Ron brise le silence. Sa voix était rauque, faible. Il osait poser la question que personne n'arrivait à formuler.
Qu'allait-il advenir ? Que ferions-nous de lui ? Pourrions-nous lui offrir une sépulture ? Toutes nos interrogations se résumaient à un pathétique « Qu'est-ce qu'on va faire, maintenant ? ».
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Je voyais déjà défiler dans ma tête des lieux où l'enterrer, des coins boisés reculés ou, peut-être, Malefoy voudrait-il l'incinérer. Il est toujours de coutume, dans l'Ancienne Tradition, de brûler les corps des combattants au son d'incantations purifiant les âmes troublées. J'essayais de sonder les visages qui me faisaient face mais, avant même que je puisse ouvrir la bouche, Astoria nous a annoncé, sans appel, qu'il nous faudrait veiller le corps. Encore. Comme de son vivant.
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Combien de temps ? Elle ne savait pas. Quelques heures, quelques nuits.
Nous n'avions pas le choix. J'ai encore eu une nausée. Un goût de bile dans la bouche.
Je crois que des sentiments ambivalents nous ont tous secoués à cet instant. Espoirs, dégoût, peur. Tout se mélangeait. Nous sommes tous restés cette nuit et nous sommes relayés à tour de rôle dans la chambre. Pour le veiller. Et déjà, la putréfaction commençait son œuvre et heurtait nos sens. C'était glauque, morbide. Nous survivions dans cette ambiance depuis des semaines. Là, c'était pire. Inconcevable. Et pourtant.
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Astoria est partie au petit jour et Ron a suivi peu après. J'ai donné une potion de sommeil à Malfoy et il l'a prise sans rechigner. Recroquevillée dans le fauteuil jouxtant le lit de Blaise, j'ai passé des heures à l'observer, oubliant les odeurs, oubliant mes sensations, oubliant la faim, la soif ou l'engourdissement de mes membres. Je le guettais m'attendant à tout instant à voir sa main frémir, sa cage thoracique enfler, ses paupières s'agiter. En vain.
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Malefoy m'a sortie de ma léthargie en début de soirée, d'une secousse de sa main sur mon épaule. Il s'est assis au bout du lit et a regardé le visage inerte qui lui faisait face. D'un signe de tête, il m'a ordonné de sortir et je n'ai pas discuté. Je me suis écroulé sur le canapé et me suis directement endormie, d'un sommeil agité, nerveux, éprouvant.
Quand je me suis réveillée, au milieu de la nuit, il n'avait pas bougé. Ils n'avaient pas bougé. J'ai repris ma place et la même position. Recroquevillée, la tête sur les genoux. J'avais besoin de me rassembler physiquement, à défaut d'autre chose. Ce n'est que vers quatre heures que nous avons entendu cogner doucement à la porte de la chambre. Nous avons sursauté, troublés dans notre torpeur, le cœur battant la chamade.
C'était Astoria. Elle n'arrivait pas à dormir. Elle avait besoin de savoir ce qu'il se passait ici. Malfoy s'est levé pour la rejoindre et, la saisissant par le bras, la conduite à l'écart. Et je suis restée là, reposant mes yeux sur le corps de Blaise.
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En remontant vers son visage, j'ai alors vu une unique goutte de sang glisser le long de sa mâchoire. Une unique goutte, épaisse, presque noire à la lueur des bougies. Je me suis précipitée vers lui pour vérifier que je ne rêvais pas. Une unique goutte, une larme de sang. Rien d'autre n'avait changé. Je n'osais pas le toucher et ma voix restait bloquée dans ma gorge.
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En moins d'une seconde, il s'est redressé, a agrippé mes bras avec une force inhumaine et raclait ma gorge de ses canines. J'ai hurlé. Tellement fort que j'entendais tambouriner ce cri primal et désespéré sans me rendre compte qu'il sortait de ma bouche. Que j'étais en danger. Ça n'a duré qu'une fraction de seconde, il m'a lâché alors qu'Astoria et Malfoy se précipitait dans la chambre. Lui, pointant sa baguette en avant et elle, me saisissant alors que je tentais de m'enfuir maintenant libérée de cette poigne de fer.
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D'un geste rapide, elle a passé sa main sur mon cou, il n'y avait rien. Tout juste deux petites traînées rougies sur ma peau. « Il ne t'a pas mordue ». Elle m'a saisie par les épaules et j'ai crié de douleur. Déjà, des marques violacées marbraient le haut de mes bras, là où il m'avait tenue. Retenue.
Elle a ordonné à Malfoy de tenir Zabini en joug et, d'une pression sur mon dos, m'a amené au salon pour soigner mes hématomes. Elle ne m'a dit qu'une chose, une seule, qui m'a fait frissonner. « Il a faim ». Je grimaçais sous la pression de ses doigts qu'elle tentait de rendre la plus douce possible pourtant. Quand elle a eu fini, elle m'a ordonné de rentrer chez moi.
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Je ne pouvais pas. Je ne voulais pas. Je devais savoir ce qu'il allait se passer. Je n'avais pas mis ma vie entre parenthèses pendant tout ce temps pour être écartée maintenant. Il fallait que je sache.
Je me suis levé, saisissant ma baguette et lui tendant mon autre main. A pas lents, nous avons rejoint la chambre. Malfoy était toujours dans l'encadrement de la porte, baguette tendue, dans le silence.
Zabini n'avait pas bougé d'un pouce. Toujours allongé sur ce lit, les yeux grands ouverts, fixant le plafond, inspirant et expirant largement, comme dans une respiration forcée, factice.
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Nous avons fait un pas dans la chambre et il s'est redressé. Son mouvement était tellement rapide que j'avais l'impression d'avoir manqué un bout du film. Comme des images saccadées, juste sous nos yeux. Il nous a souri et c'était désarmant. Il respirait le danger et la sensualité. Je crevais de trouille.
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Astoria lui a demandé inutilement s'il avait faim, il a acquiescé en souriant. Elle lui a rappelé qu'il était interdit par nos lois de nous mordre, il a acquiescé à nouveau, dans un ricanement goguenard. Elle lui a fait promettre de ne pas nous mordre, il n'a pas bougé. Elle lui a promis de lui ramener à manger mais que la condition sine qua non restait de ne pas nous mordre, il a hoché la tête.
Elle l'a menacé de n'avoir qu'à ouvrir le rideau pour le faire brûler dans d'atroces souffrances si tant est qu'il envisage de s'attaquer à nous de quelque manière que ce soit. Il venait juste d'être transformé. Il était affamé. Il était faible. Les premiers rayons de soleil de l'aube qui pointaient étaient suffisamment dissuasifs.
Plus tard, lorsqu'il serait rassasiés, qu'il aurait assez de sang dans les veines, qu'il serait fort, la lumière du jour ne serait plus un problème pour lui. Mais ce serait plus tard et il nous fallait franchir les étapes progressivement.
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Malefoy est resté pour le surveiller, Astoria lui glissant à l'oreille de sonder Zabini sur son état émotionnel et ses intentions. Nous, nous sommes partie en quête de sang. Elle, elle ne savait pas où en trouver. Les lieux officiels demandaient nécessairement un référencement. Nous ne pouvions pas nous y rendre. Pas avant d'avoir décidé quoi faire.
Elle savait qu'il existe des cryptes clandestines, les BASH, Bars-à-Sang-Humain mais elle n'en connaissait pas les adresses exactes qui se transmettent seulement de bouche-à-oreille. L'une comme l'autre, nous savions également que ces endroits étaient risqués. Seuls quelques fous mortels s'y rendaient de leur plein gré, pour être sucés juste suffisamment pour être étourdis sans en mourir, sans être transformés ou pour être vidés dans des conteneurs et servis dans des chopes. Les accidents étaient pourtant fréquents et, se rendre dans de tels endroits, ç'aurait été se diriger spontanément vers la mort. Autant offrir directement nos gorges à Blaise. Le résultat aurait été le même.
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J'ai proposé la seule idée qui me revenait inévitablement à l'esprit. Trouver une banque du sang moldue. Et c'est ainsi que je me suis retrouvée, moi, Hermione Granger, à braquer l'Hôpital St Thomas, accompagnée d'une grande brune efflanquée. C'était ridicule.
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Nous nous sommes facilement dirigées dans l'hôpital et avons trouvé la réserve d'hémoglobine sans difficulté mais, une fois dans la chambre froide qui accueillait les échantillons, nous nous sommes bêtement regardées.
De quelle quantité de sang aurait-il besoin ? A quelle fréquence ? Valait-il mieux prendre du A positif ou un O négatif ? Est-ce que cela faisait la moindre différence ? Est-ce qu'en fait, il n'aurait pas mieux valut braquer un abattoir pour ne pas l'initier directement au sang humain et seulement lui faire goûter du sang animal ? Est-ce que cela n'aurait pas été préférable pour potentiellement réduire sa dangerosité ?
Nous n'en savions rien. Nous étions complètement démunies, dépassée et sidérées. Il y avait trop d'inconnues. Trop d'éléments que nous allions devoir apprendre sur le tas.
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Dans le doute, nous avons pris des échantillons de chaque sorte de sang. J'ai fait un calcul rapide. Un corps humain contenant d litres de sang en moyenne et un échantillon faisant environ 500 ml, j'ai extrapolé qu'il nous fallait au minimum une dizaine d'échantillon. Par groupe sanguin et par rhésus. Dans le doute, donc, nous avons braqué une centaine d'échantillons. Quatre-vingt-huit en fait, pour être exacte. Nous avons fait n'importe quoi. Nous avons été stupides. Vraiment. C'était un calcul idiot. Les journaux moldus parlent encore de ce vol extraordinaire, déplorable et incompréhensible. J'en culpabilise toujours aujourd'hui.
Dans une ville comme Londres, ce sont plus de mille dons du sang qui sont nécessaires aux soins moldus. A peu de choses près, nous avons quasiment pris dix pourcent de leur besoins journaliers [1]. Dix pourcent ! J'ai braqué un hôpital moldu et l'ai amputé de dix pourcent de son sang ! Pour quoi ? Pour nourrir un bébé vampire qui n'a même jamais été mon ami !
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Nous sommes reparties, inconscientes, sans nous poser plus de question avec quasiment un quintal de sang sous le bras. Ridicule.
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Il s'avère, comme nous l'avons appris par la suite, qu'au quotidien, un seul échantillon par jour est suffisant pour nourrir un vampire adulte même si, pour cette première prise, Zabini a eu besoin de se gaver avec deux pochettes supplémentaires et qu'il aurait été prêt à en ingurgiter une de plus si Astoria ne l'avait pas raisonné. Autant dire que nous nous sommes senties très bêtes avec tout ce sang sous plastique qui jonchait le sol.
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Sur le moment, la seule solution que nous avons trouvée pour le stocker a été de vider la malle que Malfoy utilisait lorsqu'il était encore à Pourdlard qui contenait toujours quelques vestiges de sa vie étudiante mais dont il n'avait aucune utilité. Nous l'avons magiquement réfrigérée et entassé les sachets dedans. Je crois que c'est à ce moment-là que j'ai arrêté de me répéter, en boucle, à quel point toute cette situation était horrifiante, bizarre et inappropriée.
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22 mars 2005
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Besoins journaliers [1] – Chiffres réels, quasiment identiques à ceux d'une ville comme Paris. Donnez votre sang, si vous faites plus de 50 kg, ça sauve des vies… Et pas seulement celles des vampires…
