10. L'illusion de chair et d'os
Que vois-tu ? demanda-t-il. Son regard était impénétrable. Son regard à demi dissimulé par une ombre insaisissable. L'interpellée ne pouvait bouger.
Toi. Je te vois toi. Là-bas dans le miroir.
Je suis une illusion.
Je sens ta main. Sur mon épaule.
L'illusion de chair et d'os. Sa bouche parlait d'une voix rauque et sans émotion. Elle secoua violemment la tête. Pourquoi ? pourquoi est-ce que je te sens alors ? Ses mains s'enfoncèrent dans le noir et sentirent une étoffe chaude. Le reflet dans le miroir recula.
Non ! Elle sentait comment elle se faisait aspirer dans le noir. Un poids chaud qui entourait son corps. Elle pouvait sentir son odeur. Etait-il une illusion ? Cette odeur ? un reflet de ce qui s'était imprimé en elle en s'approchant de son corps ?
Elle enfouit son visage dans la chaleur. Je t'aime. Je sais que cela sonne idiot. Mais c'est ainsi. Sa voix n'était rien de plus qu'un murmure. Je ne peux plus penser clairement. Elle aspira l'illusion de son odeur. Riait-il ? Etait-ce un rire moqueur ? Il ne riait pas.
Es-tu cela ? demanda-t-il et il désigna la fille qui était assise à une table, feuilletant un livre. A côté d'elle une autre pile de livres qui n'attendaient que d'être analysés.
Assidue comme toujours. Seulement cette fois due à un désespoir. Le plus grand de tous les désespoirs. Sur son visage une expression de détermination, qui n'était surpassé que par le rideau mélancolique dans ses yeux.
Oui, c'était elle. Peu avant la fermeture de la bibliothèque, survolant précipitamment page après page. Son doigt suivant les lignes pour qu'aucune information ne lui échappe.
Tu as échoué.
Je voulais t'oublier, répondit-elle et elle pressa sa bouche sur son front. Les souvenirs de sa peau. Pour un court instant l'origine de ce souvenir flotta devant elle et lui sourit avant que le visage blême à moitié dissimulé dans l'ombre ne revienne.
Tu veux m'oublier, avec l'aide de l'antithèse de l'Amortencia ? plus d'un ingrédient rare y est nécessaire. Impossible pour une élève de sixième année de parvenir à tous ces ingrédients. Et rien que la préparation dure deux mois. As-tu autant de patience ? Veux-tu le prononcer aussi souvent, mon nom ?
Je t'oublierai ! Sa bouche se promena sur la sienne.
Cela en a tout à fait l'air répondit-il sans être impressionné par le fait qu'elle l'embrasse.
Je t'oublierai ! Elle mit ses bras autour du corps dissimulé dans l'obscurité et enfouit son visage dans la chaleur. T'oublier, murmurait-elle.
Alors brûle moi.
Incendio ! voulut-elle dire. Le vent froid d'automne fouettait son visage avec ses cheveux et frôlait les bords de l'article de journal en les faisant crisser. Le murmure des vagues enflant contre la rive dans ses oreilles. Te brûler, Severus ?
Ses yeux noirs brillèrent de mauvaise humeur face à elle. Je sais que tu ne le feras pas !
Hermione pointait encore sa baguette magique sur le papier. Pourtant la volonté de dire le sort, elle n'était pas présente. Comment dois-je brûler cet homme que j'aime ?
Tu aimes mon reflet. Un éclair en noir et blanc.
Ma chair et mon sang sont une illusion.
Elle s'emmitoufla dans l'étoffe chaude dissimulée dans l'ombre. Tu viens à moi. Si souvent ! murmurait-elle. Tu dors avec moi.
Est-ce moi ? demanda-t-il et la força à diriger son regard sur la fille qui était étendue soupirante sous un corps nu. Un beau jeune homme qui débordait de force et qui aurait pu la faire tournoyer comme une plume au bal de Noël, s'il l'avait voulu.
Ma chair et mon sang ne sont qu'une illusion.
Ses mains s'agrippèrent plus fortement au tissu. Je te veux, murmura-t-elle. Je te veux. Elle commençait à s'irriter.
Pourquoi ne pouvait-elle pas le voir. Mais elle était là cette odeur qui trahissait le mensonge de toute illusion. Là était son visage.
Une fille qui se glissa à travers les couloirs des cachots. S'arrête net durant un moment. A la porte d'un bureau. Juste un moment avant qu'elle ne poursuive son chemin.
Qu'est-il advenu de toi, Hermione Jane Granger ? demanda-t-il.
Elle embrassa sa bouche. C'était probablement la sienne. Il tomba sur elle. Sa chaleur et son poids l'entourèrent comme un fluide flatteur. C'était presque comme si elle flottait.
Son odeur. Elle était partout.
Que veux-tu de moi, Granger ? Que vois-tu ?
Sa main se promenait sur sa poitrine.
Là il y avait un homme dans les ténèbres d'une pièce. Il s'avança, à moitié dissimulé dans l'ombre. Sa bouche remuait, pourtant aucun mot n'en sortait. La robe qui flottait autour de son corps, elle se fondait dans l'ombre. Son visage, rien de plus qu'un masque blême, fixe, qui était encadré par de longs cheveux gras. Il continua d'avancer, sans dévier de son chemin. Près de lui des ombres, seulement des esquisses, dont on pouvait uniquement deviner la forme.
Nous nous tenons face à face en cours. Crois-tu me connaître ? demanda-t-il. Cette fois sa voix était moqueuse. Sa bouche moqueuse embrassait son cou. Baiser après baiser il se promenait jusqu'à ses épaules.
Ma chair et mon sang en sont qu'une illusion.
Je t'oublierai.
Tu as échoué. Tu ne feras jamais cette potion.
Il y a d'autres possibilités.
L'homme continuait d'avancer. Le dos tourné vers elle. C'était comme si les tnèbres voulaient l'engloutir.
Ne pars pas, cria-t-elle.
Des bras forts la saisirent. Sa bouche sur ses clavicules, ses mains caressaient sa poitrine et son ventre.
Ne pars pas, cria-t-elle. Je te connais !
Etait-ce là sa voix qui soupirait à travers l'ombre ?
Etait-ce elle ? Avachie sur un livre en pleurant tout bas ? Dans l'ombre de la bibliothèque, inaperçue de tous ? Divination pour avancés. Interprétation des rêves d'après Smith.
Elle leva la tête et fixa l'ombre entre les étagères. Soudain un grattement. Un pair d'yeux lumineux. Le fauve. Elle se leva d'un bond de la table qui était totalement recouverte de livres. Elle voulait se détourner. Sa poitrine commença à se lever et à s'abaisser dans sa peur panique. Pourtant l'ombre en forme de fauve avançait pas à pas vers elle.
Un grognement.
De quoi as-tu peur ?
L'ombre prit des contours définis. Un chien noir s'avança.
Sirius ! elle prononça son nom. Le chien se laisse tomber sur son arrière-train et la regarda calmement.
Il l'a tué !
Harry, non ! Le garçon aux cheveux en bataille qui apparut d'un coup près de Sirius s'avança d'un pas vers elle et resta planté là. Le regard de ses yeux verts était pénétrant. Il semblait la transpercer. Pourquoi Harry la regardait-il d'un air si plein de haine ?
Les yeux jaunes du chien la regardaient calmement.
Il l'a tué dit à nouveau Harry et ce fut comme si le rideau de haine allait transformer son visage en un masque grotesque.
Non ! cria-t-elle.
Le chien parlait. Mais pour ça j'ai encore le doux bruit de son crâne dans mon souvenir. Sa tête de bois qui tape contre le mur de la Cabane hurlante. Te souviens-tu de ce son magnifique ? doing, doing, doing, doing, doing….
Maintenant c'était comme si le chien souriait.
Tu sais ce qu'il est, cria Harry.
Encore très vexé, dit le chien. Doing, doing, doing….
Un Mangemort.
Non, cria-t-elle.
Ses mains se promenèrent vers le bas de son ventre. Potter a probablement raison, dit-il d'une voix rauque. Hermione se laissa sombrer dans l'agréable chaleur. C'était de nouveau là. Son odeur. Elle l'inspira profondément. Son odeur magnifique.
Non, soupira-t-elle. Non. Non. Ses mains s'enfoncèrent dans l'étoffe chaude.
Que vois-tu ?
Toi. Je te vois toi.
Elle dut à nouveau soupirer quand le doux sentiment emplit soudain ses membres. Ses mains à lui en étaient-elles coupables ?
L'homme dans les robes noires se retourna. Dans son visage anguleux, immobile : des yeux qui brillèrent une dernière fois d'un air morose vers elle, avant qu'il ne se retourne et ne s'avance dans les ténèbres.
« Hermione ! »
Elle entrevit décontenancée le jour.
« Hermione, dépêche-toi. Tu as loupé le réveil ! »
