Disclaimer : Rien ne m'appartient, tout à JKR.

NdA : Non, non, je ne vous ai pas oublié ! Quoi que vous le mériteriez... Je pardonne à Malilite, parce qu'elle m'a dit qu'elle n'avait pas eu le temps, mais aux autres, non ! Vous êtes 35 à avoir lu le dernier chapitre ! Comme c'était le 8, je suppose que vous ne détestiez pas. Alors pourquoi aucun d'entre vous n'a laissé de commentaires, même un tout petit ! Ca aurait suffi, et ça prend qu'à peine une minute (2 si votre connexion merde). Résultat, j'ai passé plus de temps à regarder mes stats dans un espoir vain qu'à écrire le 10. Il n'est donc pas fini (n'a qu'à peine 3 pages). Bon, d'accord, ce n'est pas que de votre faute, il faut avouer que depuis la rentrée je ne suis absolument pas d'humeur à écrire ça. Oh, j'ai écrit d'autres choses, quelques extraits, et surtout, un OS qui entre dans le cadre de cette fiction, dont le titre est "Dialogue de Sourds". Je ne vous en dis pas plus à ce sujet, parce qu'il dévoile une bonne partie de l'intrigue de cette première fic'. Il ne sera donc pas publié avant la publication de février 1978 (donc dans un bout de temps !). J'espère qu'à ce moment il vous plaira comme il m'a plu à écrire.

Bon, je cesse de blablater, demande avec plus de vigueur vos impressions sur ce chapitre (que j'adore), et vous souhaite une bonne lecture !


Chapitre 9 : Un Cauchemar sans Fin


Un cauchemar est un rêve pénible et angoissant. Alors, quand un rêve pénible et angoissant devient récurrent, puis douloureux et sanglant, et enfin, lorsqu'il devient dangereux pour soi et ses proches, a-t-on toujours le droit de parler d'un simple cauchemar ?


Le lendemain matin, Lisa avait tout fait pour ne plus penser à l'horreur de la veille. Elle s'était montrée souriante, rieuse, attentive en cours… Seule Lena, et cela à cause d'un mauvais rêve que la blonde avait fait, avait semblé se douter de quelque chose. Mais en même temps, personne ne se rappelait en détail la soirée de la veille, ce qui avait soulagé Lisa. Elle s'était changé les idées lors du concert le soir même, afin d'être d'assaut pour le premier entraînement de Quidditch, qui devait avoir lieu le lendemain matin. L'excitation de Lena sur ce sujet joua comme un remède pour la jeune fille, qui put alors vite tourner la page, verrouiller la porte et jeter la clef par la fenêtre. Négligeant par la même occasion ses recherches.

Ce premier entraînement, comme l'avait dit Katie, fut rude. Dès les premières minutes, Potter l'avait intensifié, forçant les joueurs à exécuter différentes manœuvres. La saison n'était même pas encore commencée que Lena et Lisa eurent subitement des envies de meurtre face à tout ce que leur reprochait l'entraîneur. Elles n'allaient pas assez vite, elles ne passaient pas bien, elles ne visaient pas juste, elles ne marquaient pas tous leurs buts, elles loupaient trop d'occasions, elles ne jouaient pas avec lui, le dernier poursuiveur, bref, elles jouaient mal. Alice, qui avait assisté à cette torture, les rassura immédiatement : elles jouaient aussi bien que d'habitude, et peut-être même mieux, grâce aux reproches du capitaine. Plus tard, Potter serait bien obligé d'arrêter de leur critiquer leurs moindres mouvements ! Lisa espérait vraiment que ce moment arriverait vite. Cette atmosphère la pesait déjà.

Puis la semaine recommença, apportant sa monotonie de cours et de devoirs… Le maître-mot de Lisa était devenu Attention. Pas le warning du danger, loin de là, mais l'écoute intensive et l'ingestion brute de tout ce qui se disait dans les cours. De quoi satisfaire Lily. Si tu suis attentivement ce qu'il se passe autour de toi, que ce soit lors de cours, de discussions, de fêtes, de soirées, ou d'autres choses, tu pourras alors oublier le reste, lui avait dit… Quelqu'un, un jour. C'est peut-être pour cela qu'elle trouva le cours de Runes du mardi matin étrange. Cela plus le fait qu'elle était fatiguée, que ce cours-ci se déroulait juste après la DCFM, qu'elle n'avait cessé de se demander quels secrets pouvait bien cacher cette Stenn et qu'étrangement Lupin, le seul des Maraudeurs à suivre le cours de Runes, avait passé son temps à l'observer pensivement. Peut-être les avait-il vues partir chez Matt le vendredi soir ?

La réponse la plus simple est rarement la bonne.

Et quelle serait la bonne alors ?

Lisa retint un grognement irrité. Si elle se mettait à parler toute seule, elle n'était pas sortie de l'auberge !

Bref, ce qui l'avait étonnée, c'était que l'air étrangement familier de Lydia Stenn, qui ne l'avait absolument pas quitté du cours de DCFM, s'était brutalement imposé à elle lorsqu'elle avait croisé le regard de Miss Leona Doock, la prof de Runes. Cette grande élancée à la chevelure châtain clair et aux yeux gris ne ressemblait pourtant absolument pas au petit 65 de Stenn avec les cheveux et yeux noirs l'accompagnant. C'était une expression dans le visage, une lueur au coin de l'œil, un petit air de rébellion qui les faisaient appartenir à la même famille. Pas sœurs, pas cousines, pas tantes… De la même famille.

Elle ne connaissait pas Doock, et l'impression de connu correspondait plus à Stenn. Mais Doock, elle, était de la même famille. Tout comme Stenn, il est vrai. Mais pas de la même manière… Oh, tout était si confus ! Sans ses questions sur Lydia Stenn, aucun doute qu'elle serait passée à côté de cette pseudo-révélation. La preuve, plus de deux ans que Doock enseignait au château, et pas une fois elle n'avait ressenti ça.

Lisa fronça les sourcils. Elle se concentra sur le visage de son professeur, sur sa démarche, sur ses attitudes, sur ses gestes, et aussi subitement qu'elle était apparue, la sensation disparut. Alors elle haussa les épaules, et se remit à griffonner, ne semblant pas remarquer le regard indécis de Lupin posé sur elle, ou celui prévenant et soucieux de Lena.

On ne cache rien à sa liée.

*******

Du côté des élèves, l'année s'annonçait longue et fatigante. Alors ils en profitaient pour se mêler les uns aux autres, faire de nouvelles rencontres, s'amuser un peu… Les professeurs, malgré ce que tous pouvaient croire, réagissaient de la même manière. Quitte à passer 10 mois dans les mêmes bâtiments, autant qu'ils se connaissent un minimum. C'est ainsi que Leona Doock, Lydia Stenn et Minerva McGonagall se retrouvèrent en cette fin de Septembre dans la salle des professeurs, à corriger des copies d'élèves ensemble, tout en discutant joyeusement sur des sujets divers et variés. Cela, malgré le fait que Minerva faisait presque le double de l'âge des deux autres professeurs.

« Et comment vous êtes-vous rencontrées ? Questionna Minerva, curieuse.

- On était dans la même maison à Poudlard, répondit Leona, évasive. »

La professeur de métamorphose roula des yeux.

« Ne me prenez pas pour une imbécile, je sais qu'il y a plus. Vous n'avez pas une relation normale. Vous êtes amies, mais pas comme des amies -tout court-. Je voulais savoir comment ça s'est développé. »

Lydia coula son regard vers son amie, qui après un instant d'incertitude, sourit imperceptiblement, lui faisant signe de poursuivre. Ses yeux noirs quittèrent presque à regret le gris des iris de Leona, puis fixèrent Minerva.

« Qu'est-ce qui te fait dire que notre relation n'est pas… normale ? Demanda la jeune femme, butant sur le dernier mot.

- Vous n'agissez comme personne. Vous êtes… A part. Qu'est-ce qui vous a rapproché ?

- Nous étions toutes les deux à Serdaigle, débuta Lydia, hésitante. »

Leona hocha la tête.

« Ce n'est pas ça qui nous a rapproché, parce que les élèves de différentes années n'ont pas l'habitude de se mélanger, continua-t-elle.

- Mais j'étais solitaire de nature, je ne m'étais jamais bien entendue avec les filles de mon âge.

- Pourquoi ?

- Nous n'avions pas la même conscience de la vie, je suppose. Je suis devenue orpheline très tôt, et j'en suis sortie plus mure que d'autres. Je n'étais pas gaie. J'étais seule depuis longtemps, et naturellement, je le suis restée.

- Alors comment en es-tu venue à fréquenter Leona ? »

Lydia ne répondit pas, laissant son amie reprendre la narration en main.

« De mon côté, je ne voulais pas venir à Poudlard.

- Quoi ? S'exclama Minerva, éberluée. Mais…

- Cesse de nous interrompre si tu veux connaître le fin mot de cette histoire, la coupa sèchement Lydia.

- Désolée.

- Pas grave, enchaîna Leona avec un sourire contrit. Je disais donc. Je ne voulais pas aller à Poudlard. Je connaissais l'existence de la magie, mais j'en avais été séparée dès mon jeune âge, et je ne voulais pas raviver de mauvais souvenirs. Albus a du utiliser toute sa persuasion pour me convaincre. Je ne voulais pas céder, mais il m'a avoué à demi mot qu'il y avait à Poudlard quelqu'un en mesure de me comprendre, et peut-être de m'aider. J'ai accepté. »

Il y eut un silence, puis la jeune femme reprit.

« J'ai mis quelques mois à reconnaître la personne qui correspondait aux aveux du directeur. Mais dès que nous nous sommes rencontrées, nous avons tout de suite compris.

- Tout nous rapprochait. Notre solitude, mais aussi nos envies, nos passions, nos idéaux… Mais surtout, la même bataille nous avait arraché nos parents, à quelques minutes d'intervalle.

- Nous venions du même lieu, nous avions vécu des malheurs identiques. Notre amitié s'est intensifiée de jours en jours.

- A vrai dire, avoua avec un petit rire Lydia, si je n'étais pas prise au poste de professeur à Poudlard, j'empêchais Leona de retourner enseigner ici.

- Et je n'aurais pas cherché à l'évincer. Nous étions bien incapables de nous éloigner l'une de l'autre pour encore un an ! »

Minerva hocha la tête, songeuse.

« En fait, votre relation est bien plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord. Je crois que toute l'école vous considère soit comme de simples amies, ou plutôt des meilleures amies - ce que vous n'êtes pas réellement - soit comme un couple. Mais impossible de passer à côté de votre « lien » !

- Un couple ? Répéta Leona, amusée.

- Eh oui, ricana Lydia. Il fallait s'y attendre ! »

Minerva eut un grand sourire.

« Merci beaucoup de bien avoir voulu répondre à mes questions. Même si je me doute que vous ne m'avez pas tout dit, je suis ravie que vous vous soyez confiées à moi.

- Nous n'aurions pas dit ça à n'importe qui, à dire vrai, avoua Lydia.

- Cela peut souvent être mal perçu, ou mal compris, continua Leona.

- Je n'irai le répéter à quiconque, rassurez-vous, assura la professeur de métamorphose. Merci encore pour votre… Confiance.

- C'est nous qui te remercions, commença la plus jeune.

- D'avoir dépassé les apparences, répondit son amie à la question muette de leur aînée. »

Cette dernière ne répondit rien, se contentant de leur sourire franchement.

« Merci Minerva, achevèrent les deux femmes d'une même voix. »

La femme hocha la tête, puis sortit de la pièce, se dirigeant vers sa salle de cours, emportant avec elle ses paquets de copies.

Chez la brune, ce fut un tressautement des lèvres. Pour les yeux gris, une lueur d'amusement. L'une se tourna vers l'autre, et l'autre se tourna vers l'une. Avec un léger soupir, elles se rapprochèrent, puis finirent par se coller aussi étroitement qu'il était possible, toujours assises sur les chaises devant la table professorale. Leurs visages se touchèrent, se heurtèrent, front contre front, les cheveux se mêlant en nuances brunes et châtaines. Leurs regards se croisèrent, ne purent échapper à la lueur hypnotique des prunelles grises et noires.

Un rire vibrant, joyeux, unique emplit la salle des professeurs.

Vivantes.

Libres.

Unies.

*******

Octobre était arrivé. Les élèves s'impatientaient et comptaient désormais les jours les séparant du traditionnel bal d'Halloween, celui où tout était permis, où aucun couple ne se formait, pour le bonheur des uns et le malheur des autres, où il ne fallait pas se prendre la tête pour des sottises d'amourette, où la seule préoccupation des étudiants était de dénicher le costume le plus sensationnel possible. Oh oui, Octobre, c'était l'attente de la pause d'une soirée entre de nombreux cours, une soirée où tout, et surtout l'éternelle et insolente monotonie des devoirs, était oublié.

Mais Lily, contrairement à d'autres, n'aimait pas Octobre. Pour elle, ce mois sombre, morne et triste n'était synonyme que de douleur, chagrin, malheur. Le mois où toutes souffraient, d'une manière ou d'une autre. Octobre, c'était la fin des soirées ensoleillées, le vent qui se levait, les batailles qui s'accentuaient, cherchant à s'achever avant l'arrivée d'un hiver immobilisant. Octobre était rude ; Octobre était dur ; Octobre était plein de noirceur et de sang ; Octobre était mortel ; Octobre était funeste. Octobre était Octobre, tout simplement. Et Lily détestait Octobre. Elle s'était toujours dit - et cette… impression s'était accentuée lors des sept dernières années - elle s'était toujours dit que, si elle devait mourir, et cela était inévitable, cela serait en Octobre. A la fin du mois, alors qu'elle serait soulagée que rien de trop grave ne soit arrivé. Lorsqu'elle recommencerait à rire et à sourire aussi souvent que possible, joyeuse de l'arrivée toute proche de Novembre, le sauveur de toutes. Lorsqu'elle espérerait à nouveau, il la poignarderait dans le dos, juste à la fin de son emprise sur l'année. Octobre était sadique. C'était pourquoi elle le haïssait.

Elle allait hurler. Crier sa douleur, expulser ce méli-mélo d'horreurs et de malheurs de sa tête. Hurler face aux morts. Le sang. Partout. Sur ses mains, sur son corps… Elle avait tué. Un homme. Deux peut-être. Meurtrière.

Des hurlements. Elle n'était pas la seule. Elle n'était pas abandonnée. Elle n'était pas seule. Il pleuvait. Mais toute l'eau des océans ne pourrait jamais effacer ce sang sur ses mains.

Des sorts. Funestes. Verts, rouges ou jaunes. Bleus aussi, peut-être. Elle ne devait pas se laisser abattre. Elle ne pouvait pas se laisser couler. Survivre. Tuer, c'est survivre. Esquiver. Tirer. Esquiver, puis encore tirer. Abattre. Défendre. Esquiver, puis encore tirer.

Elle ne l'avait pas vu. Il l'avait touchée. Douleur. Intense. Froide.

Elle tombe, terrassée. Elle a mal, si mal. Elle veut mourir. Il ne la laisse jamais. La secoue. Il ne veut pas qu'elle décide seule. Hurler sa douleur. Se laisser sombrer.

« Lily… »

Elle s'éveilla en sursaut, ruisselante de sueur et de larmes. Tremblante. Frigorifiée. Asphyxiée. Octobre était aussi le seul mois durant lequel elle bénissait la sonnerie stridente et agaçante de son réveil.

*******

Tout était sombre autour d'elle. Sinistre. Elle ne distinguait rien d'autre que le sang, noir, qui recouvrait l'herbe de la clairière, et les éclairs des baguettes, seules touches de couleur dans ce carnage. Mortels. Ténèbres. Désastre… Elle devait la retrouver.

Courir, avant qu'il ne soit trop tard. Les rires, la joie, le bonheur, avaient cédé leur place aux hurlements, aux cris, aux sanglots. Les larmes coulaient sur ses joues, l'aveuglant plus encore. Tout était dévasté, brisé. Mort. Par moment, quelque lueur inconnue se heurtait à ses lames, étincelantes. Ces éclats soudains la ravivait, lui redonnait la force de continuer. Elle n'était pas dépourvue d'armes. Elle n'était pas vaincue.

Courir, pendant qu'il en est encore temps.

Et puis un rire. Sinistre. Sanglant. Mort.

Un éclair. Elle n'a pas su l'éviter. Elle est trop jeune. Douleur. Larmes. Feu brûlant de l'intérieur.

Elle sombre. Trou noir. Et se réveille. Sanglotant plus encore. Se dirige d'un pas flageolant vers la salle de bain.

Elle se passe le visage à l'eau, essuie ses larmes d'un geste rageur, grogne un bon coup. S'observe longuement. Efface les cernes d'une main tremblante. Retourne dans le dortoir.

Elle n'a réveillé personne. Tant mieux. Elle attrape sur une chaise un pull que Lena avait porté la veille. L'enfile. Se recouche.

Il est cinq heures du matin. Elle peut se rendormir, tranquille.

Ils ne la retrouveront plus cette nuit.

*******

Elle fut réveillée par Lena. Elle n'avait pas entendu le réveil qui pourtant avait été la délivrance d'autres.

Son amie l'observa longuement, sans dire un mot, pendant que la jeune fille s'habillait rapidement. Il y avait le pull qu'elle portait pendant la nuit, le rouge de ses joues encore humides, les cernes sur son visage… Elle la suivit du regard, alors qu'elle se dirigeait vers la salle de bain pour se débarbouiller, et effacer à nouveau ces traces. Il n'y eut pas un commentaire sorti de sa bouche, mais la douleur et les interrogations transparaissaient dans ses yeux.

Puis elles descendirent ensemble, dans un silence pesant, pour y rejoindre leurs amies. Premier face à face. Les cernes de deux d'entre elles restaient visibles malgré tous les soins apportés à ce sujet. La douleur des deux autres omniprésente. Douleur de ne pas subir aussi. Ou du moins, pas encore.

Toutes baissèrent la tête, tristes.

Le compte à rebours avait commencé. Et bien plus tôt que prévu.

*******

Elles s'étaient exilées à la bibliothèque, et travaillaient sans un bruit, toutes plongées dans leurs pensées. Alors qu'à l'habitude leurs devoirs étaient vite expédiés, ce samedi-là, les jeunes filles n'en voyaient pas le bout. De multiples questions, des craintes soudaines emplissaient leurs esprits, que la fatigue accumulée ces derniers jours embrumait déjà. Plusieurs nuits étaient passées depuis la réapparition des cauchemars, et si toutes avaient pu dormir quelques heures à chaque fois, leur sommeil était continuellement perturbé, les empêchant de se reposer. Elles se réveillaient au matin souvent plus fatiguées qu'au début de la nuit. Cela avait valu des remontrances à Lisa et Lena de la part du capitaine, leurs capacités sportives ayant été quasiment nulles le matin même, à l'entraînement. Potter soupçonnait pour cause de cet épuisement des sorties trop fréquentes et absolument pas raisonnables - ce qui était pour une fois absolument faux -, et s'était donc montré particulièrement vindicatif. Les deux amies désespéraient, et affirmaient que dès la semaine suivante elles ne seraient plus capables de monter sur leur balai, ce qui ne les faisait qu'angoisser de plus belle. Rien qu'à l'image des loques qu'elles seraient si le rythme de leurs nuits continuait de la même manière, elles frissonnaient.

« Raah, grogna Alice, si au moins nos cerveaux prenaient la peine d'utiliser des piles neuves, histoire d'avancer plus rapidement !

- Oui, tu as raison, assena Lena en claquant violemment sur la table le livre qu'elle feuilletait, si au moins les pépères prenaient la peine de faire leur boulot ! »

Lily hocha la tête, les traits fermés. Que des devoirs lui prennent autant de temps l'agaçait fortement.

« J'en ai ma claque ! Continua la blonde, de méchante humeur. On commence à peine Octobre et je suis déjà morte ! On a des nuits de merde, des matinées de merde avec un capitaine de merde, alors s'il faut qu'aussi je passe un aprèm de merde enfermée dans des bouquins de merde parce que Môssieur le cerveau atrophié veut faire grève, je pique une crise !

- Et rassure toi, la coupa sèchement Lisa, on a encore au moins 10 jours à tenir comme ça. Cette année, vous ne m'empêcherez pas de piquer des fioles à l'infirmerie !

- Bon, très bien les filles, les stoppa Lily, qui ferma le livre qu'elle lisait puis commença à ranger ses plumes éparpillées sur la table, il est hors de question que nous restions une minute de plus ici. Dommage qu'il pleuve, je serais bien allée dehors. On va se trouver un coin quelque part, ou plutôt retourner à l'endroit habituel, et on fait aprèm blabla entre filles. Je trouve qu'on ne parle jamais assez entre nous pendant ces périodes. »

A l'unisson, les trois autres filles hochèrent la tête et prirent exemple sur leur amie, qui était déjà prête à partir. Arrivées à la sortie de la bibliothèque, elles prirent le chemin de la tour des Gryffondors, avant de bifurquer en haut de l'escalier du 4e étage. Elles s'enfoncèrent plus profondément dans le château, atteignirent des couloirs déserts ouvrant sur de multiples salles vides. Les rares tableaux accrochés aux murs semblaient dormir du sommeil du juste. Le silence n'était coupé que par le bruit des pas des amies. Elles aboutirent enfin à leur but, et se retrouvèrent devant une vieille statue couverte de poussière, représentant Morgane la Noire dans l'un de ses moments de folie, hurlant d'un rire sinistre tandis qu'elle levait les bras au ciel, criant vengeance.

Alice frissonna, comme à chaque fois qu'elle se retrouvait devant cette angoissante représentation. Lily, à l'aide d'un petit coup de baguette sur l'un des bras de la sorcière, ouvrit le passage qu'elle cachait. Une à une, les amies pénétrèrent dans leur refuge.

C'était une pièce pas très grande, une ancienne salle de classe qu'elles avaient rénovée au cours des cinq dernières années, à partir du moment où elles l'avaient découverte, un peu par hasard, comme elles cherchaient à fuir des Serpentards plus vieux qu'elles dans les mains desquels elles n'avaient strictement pas envie de tomber. Comme la pièce avait une entrée secrète en plus de la porte réglementaire, elles se l'étaient accaparée, en avaient barricadé l'entrée principale - quiconque ouvrait la porte tombait désormais sur un vieux placard à balais - l'avaient désincrustée de fond en comble -au cours des siècles, elle avait eu le temps de se couvrir de poussière - puis l'avaient aménagée à leur façon. Se trouvaient donc dans la pièce, en plus d'un gros canapé et de quelques poufs multicolores, une petite bibliothèque - qui occupait à peine plus du quart du plus petit mur - débordante de bouquins moldus ou sorciers achetés au fil des années ou piqués dans la bibliothèque personnelle de Lily ou dans celle des Shadows, un vieux tourne-disque que la directrice de l'orphelinat avait bien voulu céder gratuitement à Lisa lorsque celle-ci le lui avait demandé une moue suppliante aux lèvres, une pile imposante de vinyles récoltés un peu partout, un placard agrémenté de sorts réfrigérants où étaient entreposés nourriture et boissons, et enfin, les instruments des amies, avec synthé, violon, batterie, guitares et instruments divers. Près de ceux-ci, un petit bureau sur lequel un monceau de parchemins et partitions en tout genre était posé.

La poussière accumulée pendant les vacances avait été enlevée lors d'un précédent passage, et le lieu était très accueillant, malgré le bordel monstre qui y régnait. Les quatre amies, en se serrant un peu, parvinrent à toutes s'installer dans le canapé, et restèrent assises à contempler en silence leurs instruments entreposés là, sans la moindre envie de se relever pour y toucher. Si la musique leur faisait souvent beaucoup de bien, et surtout sur le moral, elles étaient bien trop lasses pour jouer, ou même fredonner une mélodie. Trop de pensées incohérentes se bousculaient dans leurs esprits. Elles étaient fatiguées, extrêmement fatiguées.

« Je crois qu'il vaut mieux en effet aller piquer de la potion sans-rêve chez Mrs Pomfresh, soupira Lily. Je ne crois pas pouvoir tenir encore deux semaines comme ça…

- Nous sommes déjà le 5, fit Lisa, le regard au loin. Ca ne fait que dix jours…

- Dix ou quinze, quelle est la différence lorsque tu meurs épuisée au sixième ? Philosopha Lily en haussant une épaule, l'autre coincée sous la tête d'Alice. »

Le silence retomba, et la rousse agrippa avec plus de force les deux filles qui l'entouraient, Alice à sa droite, Lisa à sa gauche. Puis, comme cette dernière cherchait à étouffer un long bâillement, Lena s'échappa de ses bras avec vigueur, sautant sur ses pieds, et se dirigea, déterminée, vers ses vinyles.

« Vous voulez quoi les filles ?

- Caaaalme… Bâilla Alice, se renfonçant dans le canapé.

- Comme tu veux, affirma Lisa »

Lily hocha faiblement la tête, et une musique douce envahit la pièce. D'un pas lent et lourd, Lena se redirigea vers le canapé, et s'effondra royalement sur les genoux de sa meilleure amie, qui se retrouva ensevelie.

« Len', tu m'étouffes ! Protesta Lisa en émergeant faiblement.

- T'es confortable, répliqua son amie.

- C'est pas une raison pour me tuer ! Rétorqua le brune, en réinstallant correctement son amie sur ses genoux. »

La blonde calla sa tête au niveau de la clavicule de son amie, qui posa son menton au sommet de son crâne, et passa ses jambes sur l'accoudoir. La brune referma ses bras autour de la jeune fille, et soupira, comme Alice laissait échapper un petit rire.

Puis, quelques minutes plus tard, alors que les paupières de Lena se faisaient de plus en plus lourde, et qu'elle envisageait sérieusement de s'endormir pour de bon, Lily demanda d'une voix faible et indécise :

« Dites, si l'on a tué à de nombreuses reprises dans ses cauchemars, cela fait-il de nous des meurtrières ?

- Non ! S'exclama Lena, en se redressant brusquement, faisant gémir de protestation son « fauteuil ».

- Comment peux-tu dire ça ?! Fit Alice, les yeux ronds. Tu peux tuer autant de fois que tu le veux en rêve, tant que le sang n'a pas coulé sur tes mains, tu n'es PAS une meurtrière ! »

La jeune fille eut un soupir de soulagement. A croire que la question lui avait longtemps trotté dans la tête.

« Et puis, ajouta Lisa, si tu deviens une meurtrière parce que dans les rêves qu'on t'impose tu tues, ce serait le pompon. Faut pas pousser non plus ! Déjà que toutes ces conneries sont bien gênantes… »

Lena eut un petit gloussement.

« Il n'empêche, les rêves bizarres que t'as ! »

Son « siège » eut un pauvre sourire.

« Je crois que nous sommes mal placées pour parler…

- Ca me fait penser que, bien qu'on sait toutes que nos rêves ne sont pas beaux du tout, répétitifs et fatigants, personne ne connait concrètement les cauchemars des autres, réalisa Alice. C'est dur d'en parler, mais ce sont des poids de moins à porter… »

Lily hocha la tête. Personne ne semblait décidé à commencer.

« Très bien, soupira Alice. Comme je l'ai proposé, je m'y colle. Je sais que j'hurle, mais je ne comprends pas pourquoi. J'ai mal, mais je ne sais pas d'où ça vient. Je vous vois, aussi. Je vois des centaines de personnes, des milliers de personnes. Des visages que je crois connaître, d'autres qui me sont totalement inconnus. Vous souffrez, toutes, tous. Vous hurlez, peut-être autant que moi. Je vous vois mourir à petit feu, et je suis incapable de vous aider. Je n'ai qu'une seule envie, faire cesser ces hurlements, mais je n'y arrive pas. C'est… Horrible. Je déteste ça, acheva-t-elle en frissonnant. Se sentir aussi impuissante…

- Waouh, souffla Lena. Et beh, t'as pas de bol non plus. A mon tour, je suppose ? »

Comme personne ne répondait, elle continua :

« Dans les miens, je ne souffre pas. Tout du moins, pas physiquement. Je suis seule, irrésistiblement seule. Je ne vois rien, je n'entends rien, je ne sens rien. Je suis comme au fond d'un puits noir et profond. J'ai peur, j'angoisse, je me sens oppressée. Ca se résume à ça.

- Oh, ma pauvre, souffla Lisa en l'entourant avec plus de fermeté de ses bras. Et t'as peur du noir, ma belle ? »

La blonde hocha la tête, avant d'enchaîner, un sourire amer aux lèvres :

« Et Lily, tes folies meurtrières ? »

La rousse retint un grognement de fureur.

« Je ne prends pas plaisir à tuer, rassure-toi, gronda-t-elle. Mais dans la bataille, c'est esquiver puis tirer, tuer ou mourir. Un gros carnage. C'est presque vivre ce qui est décrit dans les journaux. Voir ceux que tu aimes mourir, tuer ceux qui les ont tués, se sentir seule et perdue dans le sang… Allez, Lisa, décris nous aussi tes cauchemars morbides, histoire que tout le monde profite, claqua-t-elle pour couper court aux interrogations de ses amies.

- J'ai une bizarre tendance à rapidement oublier les rêves des années passées. Et comme ce cauchemar évolue au fil du temps, je suis bien incapable de vous le raconter en détails. Je peux juste vous dire que moi aussi, je participe à une bataille, à un massacre même ; moi aussi je tue, moi aussi je souffre. Je crois… Non, je suis persuadée de chercher quelqu'un, mais qui ? Une chose aussi que je peux affirmer, je n'ai pas de baguette magique, contrairement aux hommes qui nous attaquent. Et je ne suis pas dans une ville, un village, ou un quelconque habitat humain. »

Quelle originalité ! Un sacré paquet d'éclopées aux rêves angoissants et bizarroïdes…

Lena laissa échapper un gloussement étranglé et risible. Deux paires d'yeux intrigués se tournèrent vers elle, et quelques sourires surgirent.

La jeune fille eut un vague mouvement de la main.

« Une remarque de Li'. »

Ses amies se détournèrent d'elles, et repartirent dans la contemplation du mur - et donc accessoirement des instruments - qui leur faisait face.

« Tout de même, remarqua Alice, heureusement que rien n'est réel… Imaginez les cicatrices et les séquelles !

- C'est vrai que, consentit Lena, à part mourir d'une crise cardiaque ou de fatigue, ces rêves ne sont pas bien méchants. Physiquement je parle, ajouta-t-elle face au froncement de sourcil de Lily.

- Un cauchemar ne peut te blesser, assena Lisa, ferme.

- Enfin, dosa Lily, tu peux quand même…

- Non, la coupa Lisa, campée sur ses positions. Un cauchemar ne pourra jamais, je dis bien jamais, te tuer ni même te blesser… »

*******

Un éclair. Elle n'a pas su l'éviter. Elle est trop jeune. Douleur. Larmes. Feu brûlant de l'intérieur.

Elle a mal, si mal. Quels monstres sont capables d'inventer puis d'utiliser de tels sorts ?

Puis tout d'un coup, la douleur cesse. L'homme qui la torturait ainsi baigne dans son sang, étendu face contre terre, un poignard fiché dans sa nuque. Une femme l'aide à se relever, et lui murmure à l'oreille.

« Saya, je vous cherchais. J'ai demandé au troupeau de partir loin d'ici. Normalement, ils sont en sécurité. »

Elle hoche la tête, encore tremblante.

« Et tes fils ? »

Le regard de la femme qui lui fait face se voile.

« Ils sont partis avec. C'est peut-être leur seule chance de survivre.

- Tu aurais du fuir aussi.

- Si mon peuple doit mourir aujourd'hui, je ne me cacherai pas, et je combattrai vaillamment jusqu'à mon dernier souffle. »

Un pauvre sourire flotte sur son visage.

« Tu es devenue une splendide Chevaucheuse. Je suis fière d'être ton maître.

- Et moi votre apprentie. »

Il n'est plus le temps de discuter. Elle sait que c'est la fin. Désormais, elle n'est plus seule, elle peut de nouveau avancer. Les combats sont proches.

Garder la tête droite. Tes ennemis ne doivent jamais savoir à quel point tu les crains.

Un éclair. Embuscade. Cinq, peut-être six. Sept. Elle répond, vive et ardente. A côté d'elle, Faer est tombée. Emportant avec elle trois de ses ennemis. Trop jeune…

Un sort la frôle, lui arrachant une grimace de douleur. L'odeur du sang la déchaîne. La terreur a laissé sa place à la fureur.

Elle attaque, bestiale.

Un nouveau réveil en sursaut. La douleur lui semble toujours aussi réelle que dans son… rêve.

Elle se redresse vivement, puis retient avec difficulté un gémissement de douleur. Elle se tourne alors et contemple, effarée, la plaie béante sur son bras et le sang maculant ses draps.


Ahahah, Sadique de couper là XD. Alors, êtes-vous d'humeur à cliquer sur le joli petit bouton en bas ? Vos Impressions sur ces Cauchemars ?