Hello tout le monde ! Désolé pour le retard gigantesque, vous savez tous ce que c'est hein.. quand la réalité prend le pas sur ce qui compte. Autrement dit, quand toute la planète semble s'être liguée contre vous pour vous empêcher de faire ce qu'il vous plaît. Dans mon cas, ma faculté à écrire proprement était de la partie, je savais pertinemment ce que je devais écrire mais en était incapable. M'enfin bon, me revoilà gonflée à bloc, quémandant le pardon de mes lecteurs. Voici la fin de cette aventure, un épilogue suivra ! Merci à vous tous !

Peneloo, merci pour tout :)


Did he make your heart beat faster than i could ?

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A-t-il fait battre ton cœur plus fort que je ne le pouvais ?


Si elle existait réellement, cette chimère empirique ayant le pouvoir de faire chuter les dieux et les hommes, de les rendre égaux dans une déchéance dont elle seule possédait le secret. Un désespoir horriblement grand que les larmes misérables de générations entières toutes confondues n'avaient pas su noyer. Oui, si l'amour existait. Que ne ferions-nous pas pour en être frappés ? Condamner notre âme à brûler dans les affres d'une passion destructrice, pleurer pour un être autre que soi-même car de nous-même, nous étions pleins à ras-bord et qu'il fallait à présent souffrir non pas pour une noble cause, mais bien pour un autre, n'importe qui. L'amour, labyrinthe forcené où l'on tend à se perdre dans d'autres rétines, à s'évader dans un parfum différent, une personnalité distincte, innovante, un visage à vénérer car le nôtre ne nous suffit plus. Dévorer l'autre, notre âme se bousculant sous nos chairs frémissantes tandis que nos lèvres quémanderaient plus car elles n'en auraient jamais assez. Jamais assez de peau, jamais assez de contact, trop de distance, trop de personnalité. Car s'il faut être deux pour aimer, la plupart de ses adeptes préféreraient ne faire qu'un.

John Watson conservait cette foi brûlante dans sa poitrine, un incendie qui de lui n'avait rien laissé qu'une poussière grisâtre de bonheur complet et délicat. Ce n'était plus une question d'amour, d'une vague sécrétion d'endorphine, d'une affection exacerbée. Lorsque le génie analysait le lien qu'il entretenait avec le docteur Watson, ''dépendance'' était le seul mot lui venant à l'esprit. Il était malade, atteint, condamné. Les occupations qui jadis lui procuraient, à défaut d'un plaisir certain, une sorte de satisfaction dont raffolait son ego, s'étaient fanées dans les jardins de son intérêt. Son monde ne voulait et ne pouvait cesser de s'affoler autour du médecin militaire. Il progressait selon ses envies, prenait parfois du temps pour quelques vagues déductions toutefois, celles-ci ne lui offraient plus les sensations grisantes d'autrefois. Il voulait John, le recherchait en permanence, rodant autour de lui, son attention dirigée exclusivement sur sa personne avec curiosité et fascination. C'était de la démence, une aliénation progressive qu'il sentait monter en lui à chaque regard du témoin. Il n'y avait à sa connaissance, rien de plus affolant que de se redresser silencieusement sur sa couche à une heure perdue dans les abysses séparant l'aube de la nuit et de se pencher sur la figure d'un être chéri, la poitrine battante, le souffle haché comme on prie pour faire partie de cette personne, la conscience apaisée à l'hypothèse d'ouvrir ses chairs fragiles afin de s'y glisser avec ravissement et amour. Lorsque ces crises étranges le quittaient, le consultant était parcouru d'un frisson d'effroi épouvantable. Pourtant, que pouvait-il y faire ? John Watson lui avait donné plus que quiconque sur terre dès lors, ce n'était que justice que de l'aimer aussi irrationnellement. Ils étaient complémentaires, parfaitement élémentaires. Watson lui avait tout donné. À présent, son existence se déployait en mille teintes chatoyantes et fantasques, la nuit succédant au jour avec une harmonie jusqu'alors méconnue, le vent caressant sa figure sifflant des airs nouveaux, le bleu du ciel s'étant réinventé, sublimé en un éclat suprême dont la vue électrisait ses yeux écarquillés.

Jamais l'acte de vivre ne lui avait paru plus véritable. Une subsistance se résumait à inspirer et à expirer, pourtant... Son souffle semblait maintenant se mêler à toutes choses. Celles-là même qui jadis lui donnaient l'insupportable sensation de ne pas avoir besoin de lui pour être ce qu'elles étaient. À l'instar d'un mariage qui a vu courir le temps, il faisait chambre à part avec l'idée qu'il se faisait de la vie. Toutefois, une idée, vague jet d'ombre boueuse s'emparant de chaque pensée afin de la pervertir avec finesse et cruauté, ne reflétait en rien la réalité et lui, Sherlock Holmes, n'avait de ce fait saisit que la plus maigre ébauche de ce que pouvait être une existence. John lui avait réappris l'essentiel et lui qui croyait tenir le savoir du monde dans la paume de sa main, s'était rendu à l'évidence lorsque de ses doigts maigres, il avait laissé choir au sol cet amas inconsistant de connaissances à présent désuet et inutile. Cependant, il lui restait ce manque, cette séparation bien trop évidente de cellule et de chair. L'érudit en voulait plus. Il voulait l'éternité, une union constante. Plus qu'une dépendance, une fusion définitive et irréversible.

Passant une main fatiguée sur sa nuque, l'homme de science releva les yeux du livre entre ses mains, la phrase qu'il relisait depuis trente minutes gravée sur ses rétines en une multitude de signes dont le sens ne l'effleurait plus. Le médecin militaire se dressait devant lui, l'air absent, absorbé dans la contemplation d'un mouton de poussière dessiné par les rayons vifs du soleil matinal. Il portait un bas de pyjama gris ainsi qu'un pull large de couleur passée, les traits de son visage étaient détendus comme à l'accoutumée, ses joues empourprées par la température, son nez dressé en un pointe curieuse, la courbe de sa bouche laissant apercevoir un rond de chair rose et humide, le tout formant en un commun accord, une moue hybride entre une interrogation continue et un contentement candide.

Le scientifique observa avec passivité la douleur étrange étreignant soudainement sa poitrine. Union totale, l'entendre sans qu'il ait à prononcer la moindre syllabe, devenir une part indissociable de son être. Voyant poindre une de ses crises malsaines, l'érudit délaissa son siège avec l'idée de se retirer dans sa chambre mais alors qu'il passait à la hauteur du blond, celui-ci l'arrêta d'un geste vif, ses yeux clairs braqués aux siens avec une conscience qu'ils n'avaient jamais manifestée par le passé.

« Viens avec moi. »

Ce n'était ni une question, ni un ordre. Sa voix rauque, délicieusement satinée, le suppliait de la façon la plus poignante qu'il ait jamais connue, avec tout l'amour du monde.

« Nous ne reviendrons plus, nous serons bien.Viens avec moi. »

Le détective avait dégagé une mèche rebelle encombrant son regard comme il répondait, le souffle court, la tête emplie de fantaisies indicibles :

« Je le souhaite. Je le souhaite réellement mais je ne suis pas bien. Je suis malade John, je...»

« Tu m'aimes. » Coupa l'ex-soldat avec une autorité naturelle, étrangement baignée d'affection tandis qu'il glissait une douce main sur la joue de son ami. « Sherlock, viens avec moi. »

Les bras du plus âgé s'enroulaient autour de la fine taille du consultant, celui-ci sentant céder en lui un rempart dont l'existence lui avait échappé jusqu'alors. Un malaise surprenant l'assiégeant comme son corps entier acceptait avec frénésie la proposition de son comparse, un tourment certain le submergeant au souvenir des êtres l'ayant guidé, éduqué afin qu'il puisse un jour vivre ce qui s'établissait sous ses yeux torturés. Oui, il eut une pensée douloureuse pour son frère et sa triste mère, la certitude de ne plus les revoir le noyant sous une cascade de mélancolie avant que le vent miséricordieux de sa passion ne la bannisse cruellement. Parce que sous le prétexte relatif d'un afflux incroyable d'émotions diverses vers le cerveau, nous pouvions oublier jusqu'au reflex naturel de respirer.

« J'ai peur.» Avoua l'homme de science, le visage tordu de honte.

« Je sais. » Sourit John avec bienfaisance, ses lèvres baisant délicatement les clavicules de son aimé. « Mais maintenant tout va aller mieux, nous ne serons plus deux. Je serai toi et tu seras moi. N'est-ce pas là ce que tu désires ? »

Opinant en un pauvre mouvement de la tête, le brun enfouit son visage au creux de la nuque s'offrant à lui, son parfum étourdissant d'été et de vie investissant ses narines palpitantes comme il déclarait, le cœur gonflé de sang, l'âme châtiée autant de bonheur que de peine,-il allait disparaître, il allait disparaître !- :

« Je viens. »

Peut-être existe-t-elle réellement, cette chimère. Sous son joug, l'homme récupérait enfin ce qu'il avait égaré sur les chemins tortueux guidant à l'âge adulte. Ces douces hontes, l'innocence la plus pure, le voile scintillant de la jeunesse devant des yeux ébahis. L'amour justifierait aux yeux de ses esclaves, les actes les plus horribles mais également les plus beaux. Car, comme un fantôme, il se laisse deviner au coin d'une rue, inspirant aux hommes horreur, crainte et fascination. Parce qu'une fois possédé, nous oublierons jusqu'à nos pères avant d'égarer l'idée que l'on se faisait de nous-même. Cela se peut-il ? Existe-t-il sur cette terre odieuse, un univers distinct offrant le luxe d'oublier jusqu'à sa substance ?

Si l'amour existait, que ne ferions-nous pas pour en être possédés ? Tout, le meilleur comme le pire.

Lorsque Sherlock Holmes s'abandonna à lui, un léger sourire pendait à ses lèvres, le monde extérieur se fissurant grossièrement sous une pression grandissante.


XXX


Mycroft Holmes était agité. Sa jambe battait furieusement une mesure qui lui échappait, les secousses spasmodiques de ses muscles et le bruit en résultant l'agaçant souverainement.

« Que faites-vous ? » S'enquit-il sèchement auprès de son chauffeur, le ton glacé de sa question allant de pair avec son expression mortuaire.

« Je m'arrête monsieur. Le feu est rouge monsieur. » Répondit le pauvre homme, les traits tirés d'angoisse, cherchant convulsivement des yeux, l'erreur monstrueuse qu'il avait bien pu commettre.

« Ne soyez pas idiot. Le code de la route ne s'applique qu'aux autres. » Cingla durement le gouvernement, un mépris teinté de dégoût baignant ses lèvres tandis qu'il faisait mention des autres comme s'il eut s'agit de mouches autour de de son repas.

« Mais... que voulez-vous dire ? »

Levant ses rétines perçantes sur la face désolée de son chauffeur, toute plissée par endroit à la manière de ces chiens paraissant accablés d'un ennui constant, Mycroft siffla :

« Je ne veux plus jamais avoir à vous adresser la parole. Je vous paie pour me conduire à une destination précise et non pas pour vous arrêter au bon vouloir des feux de signalisation. Roulez immédiatement. »

Les mains tremblantes, le chauffeur fit vrombir le moteur, une fine pellicule de sueur baignant son front ridé, sa chevelure grasse se courbant en une multitude de frisottis. Fort heureusement, malgré moult klaxons d'indignation, la berline noire se gara devant l'immeuble du 221 B Barker Street sans avoir essuyé le moindre accident, contravention ou même flash de radar automatique. L'humeur de l'aîné Holmes n'en était pas meilleure pour autant. Inspirant en un léger sifflement rauque qu'il devait à un abus de cigarette, le gouvernement ajusta le col de son vêtement, les iris dirigées vers la fenêtre du premier étage. Il n'était pas sans savoir ce qu'il y découvrirait, toutefois, il osait espérer que son intervention pourrait remédier d'une quelconque façon à cet état terrible des choses. Car il avait trop attendu, il en était certain et si ce constat se vérifiait, jamais il ne pourrait se le pardonner. Il s'agissait là de son petit frère, il lui devait un dévouement inconditionnel. Un contrat signé par la naissance du détective l'élevant au statut de protecteur et ce jusqu'à la mort d'une des parties.

Allumant un bâton de plaisir, le roux expira une fumée à l'odeur âpre qui s'en alla par la fenêtre ouverte se mêler à l'après-midi hivernal gouvernant Londres. Sherlock lui avait toujours causé tant de soucis ! Allant inconsciemment (ou sciemment), jusqu'à lui ôter la possibilité de commettre, lui aussi, ses propres erreurs. Mais c'était son frère. Ceci signifiant que malgré leurs divergences d'opinion et confrontations explosives, il était une part de lui, son premier contact avec l'amour, l'amitié, la jalousie et la peur de perdre un être cher. Son enfance passée aux côtés du détective était celle dont rêvait chaque enfant. A l'époque, le génie ne ressentait pas le dégoût dont il est à présent accablé face aux émotions. Malgré des crises de mutisme dont Mycroft devine à ce jour la source, l'érudit était un enfant souriant, prêt pour toutes les aventures, cascades et jeux d'action fortement déconseillés par leur mère. Il était tactile, d'une bonhomie à peine concevable et d'une candeur telle que sans son génie congénital, nul doute qu'il aurait fini à l'arrière d'une camionnette au sol tapissé de friandises.

C'était son petit frère, la clé ouvrant sur ses souvenirs les plus heureux. Il se devait de lui pardonner, de le chérir et de le protéger. Jamais il n'avait manqué à sa tâche et ce jour n'y ferait pas exception, John Watson n'y changera rien. Ils étaient partenaires, le Capitaine Croft et son fidèle matelot Locky.

Jetant son mégot avec ce qu'il décida être une détermination sans faille, l'agent gouvernemental délaissa son auto et s'engouffra dans l'immeuble aux briques rouges, ses palpitations cardiaques augmentant graduellement au fil de son avancée, son esprit s'embrumant pour ne plus devenir qu'un amas boueux de pensées stériles. L'immeuble était transpercé de courants d'air que ses chairs ne ressentaient pas, un lourd silence enveloppait l'atmosphère à l'odeur boisée, la logeuse était de sortie. Manœuvrant son corps plein à ras bord d'une angoisse étouffante, le roux tira sur son nœud de cravate comme la porte du logis du génie se présentait à sa vue. Il n'allait pas toquer, il allait entrer et récupérer son petit frère. L'agent leva une main pâle, presque étrangère et abaissa lentement la poignée de porte. Une senteur de gingembre balaya ses sinus, un courant d'air d'une froideur brutale mordant sa peau si bien que ce fut avec la chair de poule qu'il pénétra dans l'appartement singulièrement éclairé, les murs couverts d'une tapisserie d'antan semblant aspirer toute la lumière qu'était en mesure de produire un après-midi d'hiver. Un désordre déconcertant régnait dans la pièce, des livres et bibelots en tout genre jonchant le sol, tandis que les meubles étaient drapés de vêtements parmi lesquels il reconnut, étonné, ceux de son cadet. La poitrine taraudée par un cœur insidieusement lancinant, Mycroft appela, le souffle blessé, la voix à mille lieux d'être aussi sûre qu'il l'avait souhaité :

« Sherlock ? »

Le silence lui répondit, sa frayeur grandissant en une créature rongeant sauvagement ses tripes alors qu'il baissait les yeux et appelait derechef, ses tonalités se modelant d'elles-mêmes pour adopter cette intonation aux limites de la prière qu'il formulait enfant lorsque durant une partie de cache-cache, les heures s'écoulaient plus que de raison, son frère semblant s'être évaporé dans la nature :

« Sherlock, s'il-te-plaît. C'est moi, Mycroft. »

Au centre du salon, le gouvernement contempla le chaos alentour, les fenêtres béantes crachant des flocons glacés qui, tournoyant brièvement dans l'air, échouaient mollement sur la moquette déjà trempée. Sous ces amas de draps dansant sous le vent avec l'indolence de créatures d'outre-tombe, ne se trouvaient que de vagues formes inhumaines dont l'agitation constante de leurs habits paraissait leur procurer un souffle de vie. Fixant la sorte de créature sculptée par les couvertures, gisant avec ce qui se prêtait le plus à de l'apathie sur le canapé, le roux passa une main dont il ignora les spasmes dans ses cheveux, clignant abusivement des yeux, la gorge sèche, le pouls fou. Mille mots lui vinrent à l'esprit, des émotions qu'il croyait éteintes depuis des années l'assaillant lâchement de toute part, son cœur battant dans son cerveau, le monde pivotant sur un axe inconnu, lui donnant une nausée qu'il peinait à surmonter. Tout ce qu'il souhaitait, c'était de récupérer son frère. Où était son petit frère bon Dieu ?

Nul ne saisit réellement la définition d'une fatalité avant de l'avoir goûtée, de l'avoir sentie glisser sur sa langue en une bile âpre et amer, d'en avoir été frappé si fort en pleine poitrine que le souffle s'égare entre notre bouche avide et nos poumons désespérés. La fatalité apporte cette clarté manquant d'ordinaire à une existence, elle éclaire si bien le monde et la perception qu'a l'homme de lui, que tout devient soudainement douloureux avec la plus grande normalité qui soit. L'évidence même n'a jamais fait plus mal que dans la fatalité. Aussi lorsque Mycroft saisit la couverture masquant le canapé, des larmes lui faisaient battre le cœur, tout était si limpide ! Si affreusement limpide ! Sherlock reposait là, les yeux grands ouverts, les membres emmêlés autour de Watson niché contre lui, leur corps stoïques semblables à des statues de marbre. Sa peine lui sifflant aux oreilles, la certitude d'avoir égaré ce petit être pour toujours dans une forêt dont il ne pouvait concevoir l'étendue blessant son âme elle-même. L'aîné Holmes hoqueta d'affliction, le corps tremblant de froid et de désolation. Sherlock n'avait jamais tort, Sherlock était le plus fort d'eux deux, le plus déterminé de tous, le plus particulier et certainement celui dont le but ne lui échappait jamais. Il rêvait de cet instant... de perdre l'esprit. Il l'avait voulu, lui qui n'aspirait plus à rien depuis l'enfance et il y était parvenu, le laissant derrière, l'oubliant dans le noir.

Passant des doigts délicats dans la tignasse du détective, le gouvernement laissa couler sur ses joues une tristesse sur laquelle il n'avait plus aucun contrôle. Tout était silencieux, la neige ne cessait de virevolter dans l'air, dans quinze jours viendrait Noël.


xFINx


Voilà ! L'épilogue viendra adoucir l'amertume sur votre langue (je l'espère en tout cas). Ceci est une happy end les amis, haut les cœurs !

à bientôt,

A.