10

Derek se réveilla tôt ce matin-là, tiré de son sommeil par le froid. Dans une grimace, tout en tentant de faire le moins de bruit possible, il déplia son corps engourdi ; il avait les jambes et le dos douloureux, les doigts et le nez gelé. Le mois de décembre approchant, plus ils montaient vers le nord et se dirigeaient vers l'est, et plus la température baissait. Les sourcils froncés, inquiet, il regarda vers l'arrière de la voiture. Stiles et Wyatt étaient toujours profondément endormis. Le petit disparaissait presque entièrement dans les bras de son père, emmitouflé dans la couverture ; Stiles était paisible et ses pieds dépassaient, incroyablement blancs sur le sol sombre du véhicule.

Soupirant, Derek se frotta les yeux, empli d'une vague intense de culpabilité. Ainsi endormi, silencieux et détendu, Stiles paraissait si jeune. L'odeur mature de son corps, alléchante pour lui qui savait si bien capter les effluves, lui faisait oublier que cet androgynus, ce garçon, n'avait que dix-neuf ans. Seize, lorsqu'il était enceint de Wyatt. De son fils. Rouvrant les yeux Derek les observa encore, appréciant ce silence, cet instant entre deux ou le temps lui-même semblait flotter, lointain, étranger, extérieur. Comme si l'intérieur de cette voiture était hors de tout, des choses, de l'Histoire. Mais pas du passé. Ce passé auquel Derek ne pouvait plus échapper.

Il avait commis des erreurs, c'était indiscutable. Il avait peut-être un peu bu lors de cette soirée où il avait rencontré Stiles, il était peut-être perdu, dépassé par les événements, ne se reconnaissait peut-être plus, mais il s'était caché derrière tout ceci trop longtemps pour s'excuser et s'éviter des remords. Il avait mal agi. Evidemment, Stiles aurait pu se débattre davantage cette nuit-là, aurait pu crier pour appeler à l'aide ; mais aurait-ce véritablement été différent ? Comment savoir ? Retourner en arrière était impossible. Il ne pouvait pas revenir sur ce qu'il avait déjà commis. Réparer ses erreurs étant impossible, Derek décida qu'il pourrait toujours rendre les choses présentes plus vivables. Meilleures.

Un peu gêné par ses propres pensées, il quitta le visage de Stiles des yeux, et vit alors le téléphone, abandonné au sol, éteint. Silencieusement, il se pencha pour attraper le petit objet, serrant les mâchoires lorsque son siège grinça, puis se redressa. Stiles n'avait même pas frémit. Lentement, le loup s'extirpa du véhicule, referma doucement la portière derrière lui, et s'étira de nouveau, reniflant profondément, appréciant de sentir l'odeur froide des arbres tout autour de lui. Le territoire boisé et montagneux du Montana lui avait toujours plu, car il lui rappelait le Canada où il avait grandi, ces grandes forêts de pins qui sentaient la sève et les feuilles mortes, le bois mouillé et la terre froide. Il fronça les sourcils lorsqu'il réalisa que l'odeur de Stiles était très proche de ces différentes fragrances qui lui rappelaient beaucoup sa liberté d'enfant. Etait-ce pour ça qu'il se sentait si excité, si intéressé par ce garçon ?

Grognant pour se rappeler à l'ordre, Derek fronça les sourcils et réveilla l'IPhone d'une pression du pouce. Maxine ne lui avait envoyé aucun message depuis la veille lorsqu'elle l'avait prévenu du départ des chien-loup de Madeleine. Ça l'énervait et l'inquiétait de ne pas savoir où ces mâles brutaux et obéissants se trouvaient aujourd'hui ; ils se relayaient sans doute au volant, et pouvaient donc voyager de nuit, ce qui n'était pas pour le rassurer. Où étaient-ils ? Deux cent kilomètres derrière lui, ou seulement une vingtaine ? Redressant la tête, Derek scruta la route secondaire au bord de laquelle il s'était arrêté pour la nuit. L'asphalte était humide et une brume persistait, noyant l'horizon derrière des vaguelettes de nuages transparents. Il n'y avait personne, mais il pouvait entendre, grâce à sa bonne ouïe, la circulation qui s'éveillait déjà sur l'axe principal.

Evidemment, continuer sur les petites routes jusqu'au Dakota du Nord était une solution alternative pour se protéger et éviter une rencontre avec ses cousins, mais cela rallongerait le trajet d'une bonne dizaine d'heures, et il ne serait pas tranquille tant que Stiles et l'enfant ne seraient pas en sécurité au Canada. Il fixa de nouveau le téléphone, qui lui indiqua sept heure trente-cinq. D'après ses souvenirs, s'il ne se trompait pas, il leur restait entre quatorze et dix-neuf heures de route, en fonction de la circulation. Un jour et demi, deux jours maximum. Ils touchaient au but. Il rangea l'IPhone dans la poche arrière de son jean, sans voir qu'il ne restait que deux pourcents de batterie, et, après s'être soulagé, ouvrit le coffre aussi silencieusement que possible pour se préparer un café. Un coup d'œil à l'intérieur de la voiture lui indiqua que Stiles dormait toujours, aussi que Wyatt, immobile dans ses bras. Il hésita un instant, les regardant sans bouger, puis se décida à refermer le coffre et à leur octroyer une demi-heure supplémentaire de sommeil.

Trente minutes plus tard, ses deux passagers dormaient toujours, et Derek, alors au téléphone avec sa mère – qui l'informait qu'ils étaient près de Winnipeg et pousseraient jusqu'à la frontière pour les y attendre – leur laissa encore une demi-heure. A huit heures et demie, il était au téléphone avec ses sœurs, et ne vit pas le temps passer. Lorsqu'il raccrocha enfin, il était neuf heures dix, et l'IPhone n'avait plus qu'un pourcent de batterie. Il le rangea dans sa poche sans le remarquer.

Aussi doucement que possible, il ouvrit la portière côté passager, et se pencha sur les deux endormis. Il tendit la main, prêt à secouer Stiles par l'épaule, avant de se raviser. Lentement, non sans une certaine hésitation et un peu de crainte, il tendit le doigt et caressa la joue ronde de Wyatt, dont la tête émergeait à moitié hors de la couverture. La peau était incroyablement douce et fraîche, peut-être même un peu froide. Inquiet, Derek posa alors le bout de son index sur le petit nez retroussé de l'enfant. Il était froid. Ça ne lui plaisait pas. Il ne voulait pas qu'il tombe malade.

Wyatt sursauta alors, ce qui le fit lui-même sursauter, gémit faiblement puis papillonna des yeux. Il se frotta alors le visage, ce qui fit gémir Stiles lorsque ses petits bras bougèrent contre lui, puis bâilla avec un petit cri canin. Derek ne put s'empêcher de sourire, attendri. Le louveteau leva alors ses yeux gris-bleu sur lui, le reconnu et, tout sourire, jappa joyeusement. Stiles se réveilla en sursaut, tout barbouillé de sommeil, et Derek se redressa derechef, brutalement nerveux.

- Hein Wyatt, soupira Stiles en se rallongeant, les yeux clos. Aboie pas bébé, papa fait dodooooo …

- Chanloup ! lui répliqua l'enfant d'une voix encore pâteuse. Chanloup ?

Derek fronça les sourcils, étonné et attentif. A moins qu'il ne se trompe, ça n'était pas la première fois que le petit prononçait ce mot. Stiles ouvrit alors les yeux et grimaça, éblouit par la lumière, puis releva la tête et croisa le regard du loup. Il fit une moue, la lèvre inférieure relevée vers le haut puis demanda :

- J'ai droit à un café ce matin ?

- Ouais, répondit Derek en adressant un coup d'œil à Wyatt, qui jappait déjà et battait des bras et des jambes dans sa couverture, tout heureux d'être réveillé. J'te le prépare, on se met en route dans vingt minutes.

Stiles le fixa quelques secondes, hésitant, puis acquiesça finalement. Derek s'en retourna vers le coffre, qu'il rouvrit. Stiles se redressa en bâillant alors que son fils se frottait encore les yeux ; il passa une main engourdi dans ses cheveux couleur chocolat, n'appréciant pas de les sentir si sales sous ses doigts. Lui qui s'était tant battu pour que son petit devienne propre, si ces foutus loups n'avaient pas pris la peine de lui faire une toilette, ça faisait quatre jours qu'il ne s'était pas lavé, peut-être cinq, et pour un enfant de cet âge, de la saleté et du froid conduisait facilement à la maladie.

- Pipi Apa, sourit Wyatt en lui tendant les bras. Pipi !

- T'as fait pipi dans la couche ? lui demanda son père avec un regard désapprobateur.

- Avi !

- Vilain petit lutin !

Stiles se pencha alors sur Wyatt pour l'attaquer à coup de chatouille et l'enfant éclata de rire en tentant de repousser ses mains, son petit corps se tordant et se recroquevillant pour tenter de lui échapper. Stiles sourit. Il était énormément rassuré de constater que son fils ne semblait pas plus traumatisé que ça de sa douloureuse expérience dans la tanière des loups. Sa joue portait encore la marque d'un coup, mais il était tellement rassuré d'être de nouveau avec son père qu'il ne semblait pas avoir gardé de souvenirs de sa séquestration. Et il n'avait manifestement plus peur de Derek, ce qui le rassura aussi. Il ne voulait pas que son fils ait peur. Il ne voulait pas que Wyatt ait un jour peur de quelque chose, il voulait le protéger de tout. C'était un objectif inatteignable, il le savait, et c'était aussi un peu trop poussé à l'extrême, mais pour l'instant il était trop effrayé pour raisonner convenablement. Lui, il avait peur. Et de cette peur, il voulait en protéger son fils.

Il arrêta ses chatouilles et laissa le petit reprendre son souffle, puis se tourna vers le coffre ouvert, derrière lequel apparaissait Derek, qui faisait mine de ne pas les voir. Il ouvrit la bouche et commença à lui demander :

- Tu me passes les …

Le paquet de couche et les lingettes atterrirent à ses côtés dans un petit bruit de plastique froissé et il les regarda fixement, avant de relever les yeux vers le loup. Celui-ci lui rendit son regard et lui dit :

- Plus que quinze minutes.

Stiles eut un petit sourire en coin, amusé malgré lui par le ton bourru de son compagnon. Mais soudain, rien qu'à l'idée de penser que ce-dernier faisait manifestement des efforts pour être plus agréable – très infimes efforts – son sourire disparut. Il n'avait pas l'intention de lui faire savoir que ces efforts étaient payables. Il changea son fils en jouant avec lui pour le distraire, puis ils sortirent et, comme la veille, jouèrent quelques minutes à l'extérieur, courant et criant parmi les arbres.

Ce matin, Stiles put boire un café accompagné d'un pain au chocolat ; Wyatt mangea le sien avec beaucoup d'appétit, se barbouillant légèrement de chocolat avec un grand sourire ravi. Puis ils se mirent rapidement en route.

Après près d'une heure, la circulation ralentie jusqu'à s'arrêter complètement. Ils restèrent à l'arrêt plusieurs minutes avant que Derek ne se décide à mettre la radio pour savoir ce qu'il se passait, et ils apprirent qu'il y avait eu un accident grave huit kilomètres devant eux seulement, et que la l.94 était entièrement bloquée.

Ils virent passer trois ambulances, quelques voitures de police – Wyatt s'amusa à chanter les différentes sirènes pendant plusieurs minutes – puis la circulation reprit, très lentement. Beaucoup trop lentement au goût de Derek.

Finalement, ils perdirent trois heures entières près de Bismarck, et ne purent reprendre une vitesse acceptable pour des fuyards qu'aux alentours de treize heures.

...

Porter les échantillons au CRED devait se faire dans la plus grande confidence, et seuls les échantillons présentés par un alpha étaient recevables. Mais les résultats étaient envoyés par e-mail au fax, puis par courrier postal si la Meute le désirait. En ouvrant sa boîte mail cet après-midi, Madeleine Hale constata que les résultats des analyses génétiques de l'androgynus et du louveteau lui avaient été envoyés quelques heures plus tôt.

D'abord, elle fit imprimer ceux du petit – elle détestait lire sur un écran d'ordinateur, car celui lui fatiguait toujours désagréablement les yeux – et les parcourut brièvement. Elle ne découvrit là rien de nouveau : Wyatt John Harald Stilinski était un Hale ; son groupe sanguin était le même que celui de son père, Derek, et il avait manifestement hérité du code génétique de la famille, transmis d'un loup à un autre depuis plus de dix générations.

Puis elle imprima ceux de l'androgynus, passa sur le prénom étrange et imprononçable, et lut, de plus en plus intriguée, les sourcils de plus en plus froncés. Les codes génétiques, comme chez n'importe quel bâtard, se mélangeaient chez ce garçon : il y avait dans son sang des traces de berger allemand, d'épagneul breton et même d'Atika américain. Rien d'exploitable pour elle. Mais ça n'était pas ces gènes qui l'intriguaient, c'était ce qu'elle avait lu au début du dossier. Manifestement, la mère de cet androgynus était connue du CRED, car cet organisme gardait en mémoire les échantillons de chaque mâle, chaque femelle et chaque androgynus leur ayant un jour appartenu, et ce fut un jour le cas d'une certaine Claudia Boischevalier.

Madeleine passa sur ce nom de famille indéniablement français la première fois sans y prendre vraiment garde, puis elle y revint et le relut, et le relut et relut encore. Chaque loup du monde entier connaissait l'histoire et le destin tragique de la lignée Boischevalier, censée être éteinte depuis un peu plus de quarante ans. D'ailleurs, c'est ce que le CRED affirmait lui aussi, puisque la mention « décédée en 1972 » apparaissait à côté de l'identité de cette femme. Si elle était morte quarante ans plus tôt, elle ne pouvait pas avoir donné naissance à un enfant. A moins que sa mort n'ait été une couverture.

Vivement, Madeleine posa les quelques feuilles sur son bureau et pianota sur son ordinateur, partageant l'e-mail du CRED avec son fils, parti sur les traces de Derek depuis quelques heures malgré ses blessures – en le frappant, Derek lui avait fêlé une côte, déplacé une côte flottante, et provoqué un hématome important au pénis, qui avait frôlé la contusion – et l'avis contraire du médecin. Puis, sitôt le message envoyé, elle attrapa son téléphone et appela, pianotant nerveusement sur le pupitre de son secrétaire jusqu'à ce que Peter décroche.

- C'est quoi ce truc ? aboya-t-il immédiatement – la douleur à cet endroit stratégique de son corps l'avait rendu hargneux.

- Les analyses génétiques de l'androgynus, répondit Madeleine avec fermeté.

Un court instant, Peter ne répondit rien, et sa mère entendit, en toile de fond, les bruits de la route et d'une voiture roulant à grande vitesse sur l'asphalte.

- Impossible, gronda finalement le loup.

- Oh bien sûr que si c'est possible ! répliqua rageusement Madeleine. Et c'est pour ça que le petit est un loup ! Alors écoutes-moi bien, tu vas ramener cet androgynus quoi qu'il arrive tu entends ? Il me le faut à tout prix !

- Je croyais que c'était le louveteau le plus important.

- Plus maintenant. Evidemment, tu me ramènes le gosse aussi, mais si tu le perds dans un dommage collatéral, on s'en moque. Il me faut l'androgynus !

- D'accord j'ai compris. Et pour Derek alors, on fait quoi ?

Madeleine serra les lèvres, faisant grincer ses dents les unes contre les autres. Un temps, elle avait cru que seul son petit-fils l'aiderait à faire perdurer la race des loups. Aujourd'hui, ça n'était plus le cas.

- Tu t'en débarrasses, déclara-t-elle froidement.

- Ok, acquiesça Peter sans aucune hésitation.

- Vous en êtes où ?

- On vient d'entrer dans l'Idaho. Ils doivent avoir quatre ou cinq heures d'avance sur nous maintenant, pas plus.

- Fais au plus vite. Et ramènes-moi cette petite pute !

Encore une fois, Peter répondit par l'affirmative, puis Madeleine raccrocha. Elle resta quelques minutes assise devant son ordinateur, fixant l'écran sans le voir, faisant aller ses doigts sur le bois sombre de son bureau. Finalement, elle se leva rageusement, et gagna un meuble contre le mur opposé, dont les tiroirs étaient verrouillés. Elle sortit la clef de sa poche, en ouvrit un et en sortit un dossier. Sur le carton vert pâle était écrit : Maxine Hale Matricule 2N3A1T1Hxx-AN. Elle consulta la dernière ligne de la première feuille, fronça les sourcils, calcula mentalement aussi rapidement qu'elle le put, puis rangea le dossier, referma le tiroir, et quitta la pièce en fermant bruyamment la porte pour gagner le petit salon.

Comme à son habitude, Maxine se trouvait là, sur un fauteuil, un livre à la main, devant la cheminée où brûlait un petit feu. Dès qu'elle vit l'alpha pénétrer dans la pièce et se diriger vers elle, la jeune femme se redressa et se leva doucement, gênée par son ventre. Instinctivement, elle y posa la main, comme pour protéger son enfant.

- L'accouplement date du trois mars, déclara immédiatement Madeleine avec un geste du menton vers sa grossesse, une grimace de dégoût déformant ses lèvres. Ça fait presque neuf mois.

- Oui, répondit simplement Maxine, sans trop voir où son alpha voulait en venir.

- L'enfant est viable. Je fais venir le médecin demain pour qu'il provoque l'accouchement.

- Mais !

Les yeux pâles de Madeleine la foudroyèrent et Maxine préféra se taire. Sa main s'était mise à trembler, comme ses jambes, et son enfant rua dans son ventre, comme s'il avait senti sa nervosité. Il ne fallait pas s'y tromper, si Madeleine l'informait de ce qu'elle avait l'intention de faire la concernant, c'était uniquement parce que le CRED l'y obligeait, c'était mentionné dans le contrat liant une femelle ou un mâle à son alpha. Elle ne le faisait certainement pas de gaieté de cœur.

- Dès que nous aurons récupéré l'androgynus, tu t'accoupleras avec lui, reprit-elle avec autorité. S'il peut nous donner un louveteau en étant une femelle, il pourra aussi le faire en étant un mâle. Tu as compris ?

Maxine acquiesça d'un bref signe de tête, le cœur au bord des lèvres. Madeleine s'en retourna, quittant la pièce afin de la laisser seul. Les androgynus aux gènes exploitables étaient particulièrement appréciés des Reproducteurs, car pendant qu'ils portaient des enfants, ils pouvaient féconder d'autres femelles. Si Madeleine décidait d'avoir recourt à ce genre d'extrémité, c'est que ce jeune androgynus découvert par Derek était plus précieux que ce qu'ils avaient tous cru.

Mais Maxine était trop abattue pour y penser. Elle resta immobile quelques secondes, pétrifiée, sentant son enfant bouger en elle, puis les larmes jaillirent dans ses yeux vert comme du jade clair, coulèrent sur ses joues pâles, et elle lâcha son livre qui s'écrasa bruyamment au sol, pour prendre son visage dans ses mains et pleurer aussi silencieusement que possible.

...

- Tu ne sais pas ce que tu me demandes ! lança vivement Rafael McCall, agent du FBI et père de Scott.

- Oh si je le sais ! répliqua ce-dernier avec colère. Je te demande de sauver mon meilleur ami !

- Non Scott. Tu me demandes d'entrer par effraction dans la demeure de la meute de loup la plus riche de l'état, et peut-être même du pays !

Scott se tut, les mâchoires serrées, crispé au point d'en avoir mal au dos. Faire venir son père jusqu'à Beacon Hills ne fut pas bien compliqué. La veille, il s'était rendu chez les Argent alors que le Shérif et son adjoint s'y trouvaient encore, et de là, Christopher Argent avait pu joindre le FBI. Comme il l'avait dit, il avait un contact là-bas, et pu demander à parler à l'agent McCall. Ensuite, Scott lui-même avait pris la communication, affirmant à son père, d'une voix mal assurée, qu'il avait besoin d'aide. Evidemment, ce-dernier avait rappliqué presque ventre à terre. Mais à présent, il était en colère d'avoir été trompé. Il avait cru son fils en danger.

- Tu me demandes l'impossible, Scott.

Ils étaient de nouveau tous réunis chez les Argent, et si les retrouvailles entre Scott et Allison firent naitre des regards fuyants et des sourires forcés et tristes, Kira, qui accompagnait son compagnon encore convalescent, fut accueillie avec un regard surpris puis un hochement de tête amical. Christopher, quant à lui, semblait vouloir sauter à la gorge de ce garçon qui avait fait tant de mal à sa précieuse fille, bien qu'il fut celui qui lui ait demandé de le quitter. Chose que Scott ignorait, évidemment.

- Mais c'est Stiles papa ! s'écria vivement ce-dernier. Stiles ! Tu nous donnais le goûter le mercredi quand il venait à la maison ! Stiles ! Celui qui a rempli notre piscine de coca avant de te faire tomber dedans quand tu as voulu l'attraper !

John Stilinski, qui se tenait à la gauche du jeune homme, arqua un sourcil surpris et darda sur lui des yeux écarquillés. Manifestement, il n'avait jamais été au courant de ça. Et en d'autres circonstances, il aurait pu trouver ça drôle.

Rafael McCall soupira et passa une main fébrile dans ses cheveux d'une intense couleur auburn. Il avait toujours soutenu Christopher Argent dans sa bataille contre le CRED, trouvant lui aussi louche qu'une société spécialisée dans les contacts entre alpha et Reproducteur, fasse d'aussi gros bénéfices. Mais là, ce que lui demandait son fils était trop risqué.

- Ça ne marchera pas, déclara-t-il finalement, un peu de calme retrouvé. Même si on arrivait à faire sortir cette personne de la maison, les Hale auraient tout à fait le droit de porter plainte pour effraction et kidnapping, et on perdrait toute notre crédibilité en tant que plaignant.

- Pas si Stiles les attaque ensuite, répliqua Christopher avec son flegme habituel. Notre plan est de faire sortir cette personne de là afin qu'elle porte plainte en première. Dès que la procédure sera lancée, tous les Chasseurs seront rappelés au CRED par les autorités fédérales, c'est la procédure dans ce genre de situation, et Stiles ne craindra plus rien. Il pourrait revenir, et si lui et ce Derek acceptent de porter plainte à leur tour, et de parler de ce que fait Madeleine Hale et le CRED, vous pouvez être sûr que ça déclenchera une réaction en chaîne, et notre action deviendra une tentative désespérée pour sauver des vies.

- Vous me proposez un plan de la dernière chance, Argent.

- Il faut arrêter de fermer les yeux. Ce que le CRED fait, c'est de l'esclavage, ni plus ni moins, et à moins que je ne me trompe, l'esclavage a été aboli aux Etats-Unis.

- N'employez pas de grands mots avec moi, je connais l'histoire de mon pays.

Le père de Scott soupira de nouveau, prit une grande inspiration, et demanda :

- Est-ce que l'un d'entre vous a gardé contact avec Stiles ?

- Evidemment que non ! répliqua aussitôt le Shérif, agressif.

- Alors comment voulez-vous lui faire savoir que nous aurons besoin de son aide pour une action en justice contre Hale et le CRED ?

- La personne qui a pris contact avec nous a certainement réussi à garder le contact avec ce Derek, répondit Parrish d'une voix sûre.

- Alors vous allez tout baser sur des suppositions et des espoirs ?

- Et qu'est-ce que tu aurais fait, toi, si c'est moi qui avais disparu ? lui demanda Scott avec plus de tristesse que de colère. Tu te serais contenté de te dire : j'espère trop, ou tu aurais agis quoi qu'il arrive ?

- J'aurais agi, évidemment ! Mais je ne suis pas le seul à convaincre, si je veux pouvoir vous aider je dois d'abord en avertir mon service et mes patrons. Si vous voulez que le FBI vous aide, je ne suis pas le seul à qui vous allez devoir vous adresser.

- Alors aide-nous à les convaincre tous !

Rafael McCall ne répondit rien à ça, dans un premier temps. Il se contenta de regarder fixement son fils, le visage sévère mais les yeux brillants. Il semblait à la fois fier et énervé.

- D'accord, dit-il finalement, mais il ne faut pas vous attendre à des miracles.

Malgré tout, ils attendirent un miracle. Qui ne vint pas. Le FBI refusa de participer à ça, et les mit même en garde.

Agir sans avoir gardé de contact avec Stiles était trop risqué, car ils ignoraient où il se trouvait, et s'il était encore en mesure de se battre contre les Hale et le CRED. En sortant de cette entrevue, Scott tourna le dos à son père sans plus lui adresser ni un mot ni un regard, et Rafael McCall regarda partir son fils, avec au fond des yeux, la plus pure des tristesses.

...

- Ce serait pas mal qu'on puisse s'arrêter dans un motel cette fois, déclara Stiles l'air de rien en regardant par la vitre, le téléphone dans la main gauche.

Wyatt somnolait contre lui, épuisé après avoir couru lorsqu'ils s'étaient arrêtés une heure pour déjeuner. Son père avait pris soin de le fatiguer, afin qu'il ne soit pas trop remuant dans la voiture pour le reste de l'après-midi. Il était un peu plus de seize heures et la lumière diminuait déjà, plongeant le paysage qu'ils parcouraient dans une obscurité naissante.

- Oui bien sûr, répondit Derek d'une voix rauque, et pourquoi pas un parc d'attraction ?

- Oh tiens ! Super bonne idée ! répliqua vivement Stiles avec un grand sourire, faisant gémir et bouger son fils.

Le loup lui adressa un regard agacé et fatigué. Il commençait à en avoir plus qu'assez d'être au volant de cette voiture, à scruter la route devant et derrière eux, à côté de ce moulin à paroles infatigable. Pourtant, comme il se l'était promis, il avait gardé son calme.

- On s'arrêtera au bord de la route et on repartira tôt demain matin, déclara-t-il d'un ton sans appel.

- Ok, acquiesça vivement Stiles.

Derek fronça les sourcils, attentif. C'était trop facile.

- Mais si t'attends des nouvelles de ta cousine t'en auras pas, reprit alors l'androgynus en fixant son profil.

Le loup serra les dents et ne répondit rien.

- Tu ne veux pas savoir pourquoi ? lui demanda Stiles, conscient de jouer avec le feu.

- Abrèges, gronda Derek.

- Le portable vient de s'éteindre.

- Quoi ?!

La voiture fit une embardée sur la droite, manquant de quitter la route. Stiles retint un cri, son souffle se bloqua dans sa gorge, et il s'accrocha autant que possible à la portière. Wyatt sursauta, se redressa, et éclata de rire. D'un mouvement du bras, Derek ramena la voiture sur la route. Le véhicule derrière eux leur fit des appels de phare qu'il ignora.

- Nan mais t'es malade ! lança Stiles, les yeux écarquillés.

- Putain c'est pas vrai ! répliqua Derek avec colère. Et on fait comment maintenant hein ? Si elle a quelque chose d'important à nous dire !

- Bah, à moins que t'ais une prise dans ta bagnole, on s'arrête dans un motel et on le recharge.

Derek soupira. De la main gauche, il se frotta les yeux, puis posa le coude sur la portière et appuya sa joue sur son poing. Effectivement, il n'avait pas le choix.

Wyatt gigota dans les bras de son père, frotta ses petits yeux encore ensommeillés, puis tendit les deux bras en direction de l'IPhone que tenait Stiles. Ce-dernier lui remit l'objet, non sans un peu de réticence, craignant que l'enfant s'énerve de le voir éteint. Mais le petit se contenta de secouer l'appareil, de le tourner et le retourner, puis d'appuyer en vain sur les touches, avant de lever ses grands yeux gris-bleus sur son père et de lui demander :

- A pu ?

Ils trouvèrent un motel sur leur route après Bismarck. Ils étaient dans le Dakota du Nord depuis près de deux heures, et Derek estimait le temps qui leur restait avant d'atteindre le Canada entre six et dix heures. Il était grognon ce soir-là.

La femme qui les accueillit derrière le comptoir était énorme. Sa chair dégoulinait du col de sa chemise, et ses doigts étaient si boudinés qu'elle avait manifestement énormément de mal à compter les billets qu'elle venait de sortir de sa caisse. Sans même prendre la peine de les ôter de leur vue, elle les regarda s'approcher.

- B'soir, dit-elle d'une voix pâteuse.

Ensorcelé, Wyatt fixait l'énorme menton tremblotant, les yeux ronds. La femme sembla se vexer.

- Une chambre, demanda Derek en sortant une liasse de billets de cinquante dollars de sa poche.

- Avec deux lits de préférence, précisa Stiles en s'avançant.

Le loup leva les yeux au ciel, fatigué et agacé. La femme accorda à peine un regard au garçon avant de se concentrer de nouveau sur l'argent de Derek.

- Y me reste qu'une chambre avec un grand lit, dit-elle vivement, ce qui fit de nouveau trembler la chair de sa gorge.

Wyatt n'en décrochait pas. Stiles, qui le portait, raffermit sa prise. Le comptoir était petit, seul Derek pouvait donc s'en approcher, mais l'androgynus derrière lui fit un pas supplémentaire, jusqu'à pouvoir parler par-dessus l'épaule du loup.

- Vous avez un lit pour enfant quelque part quand même ? demanda-t-il en se dressant sur la pointe des pieds.

Agacé, Derek joua des épaules pour l'éloigner.

- J'peux vous en sortir un de la cave, grommela la grosse femme avec un coup d'œil fatigué.

- Trop aimable ! déclara Stiles, faussement enjoué. Et on pourrait avoir un peu d'encens à brûler aussi ? Parce que ça …

- Stop ! s'écria Derek en le foudroyant du regard. Si tu préfères dormir dans la voiture, je ne te retiens pas.

- Non merci, ça ira.

- Alors la ferme.

Stiles lui adressa un salut militaire pour lui signifier qu'il avait compris, et sourit. Wyatt imita son geste, sauf que le salut militaire chez lui ressemblait plus à une tentative pour chasser une mouche. Malgré lui, Derek sourit.

- Ça fera quatre-vingt dollars pour la chambre, avec le lit pour enfant, déclara l'énorme logeuse.

- Hein ! lança Stiles vivement. Nan mais attendez, on n'a pas dit qu'on voulait l'acheter la chambre ! On veut juste y dormir !

Agacé, Derek ferma les yeux et poussa un soupir bruyant, laissant bruyamment tomber ses mains sur le comptoir. Stiles lui adressa un sourire contrit.

- Désolé, sourit-il sans prendre la peine de vouloir paraître sincère.

Derek paya sans rien dire, déposant les billets face à la grosse femme qui, avidement, s'en empara. Elle leur remit la clef sans plus dire un mot. Il faisait froid en cette nuit de fin d'automne, et le motel paraissait effrayant, avec son bâtiment gris, ses escaliers de métal et ses portes à la peinture fatiguée. Ils trouvèrent leur chambre au premier, avec une vue plongeante sur le parking qui sembla satisfaire Derek. Wyatt, pour sa part, regardait autour de lui les yeux grands ouverts, intéressés, sans toutefois se détacher de son père. Curieux mais prudent.

Ils entrèrent dans la chambre, et immédiatement Stiles fronça le nez. Ça sentait la vieille cendre froide et le renfermé, mais le sol était propre, toutes les lumières s'allumaient, et la salle de bain était impeccable.

- Y'a pire, déclara-t-il en déposant son fils sur le lit avant d'en inspecter les draps.

Derek se laissa tomber sur le fauteuil dans le coin opposé de la pièce, ferma les yeux en poussant un soupir profond, et resta immobile. Il entendit Stiles secouer les draps du lit, inspecter l'intérieur de l'armoire, vérifier tout de même l'état de la salle de bain, aller et venir, aller et venir, aller et venir, au point qu'il en fronça les sourcils et grogna.

- Quoi ? lui demanda Stiles l'air de rien.

Nouveau grognement. Il ne le vit pas mais l'androgynus sourit, ravi de l'agacer. Toujours assis sur le lit, serrant le téléphone entre ses petites mains, Wyatt regardait autour de lui sans oser bouger.

- Hey bébé, lui sourit son père en s'accroupissant devant lui. On va prendre un bain ça te dit ?

- Bain ! répliqua vivement l'enfant avec un grand sourire. Bain bain !

- Ouais un bain ! Comme ça après tu seras tout propre. Donnes à papa.

Sans hésiter, Wyatt déposa l'IPhone dans la main tendue de son père, descendit prudemment du lit puis courut jusque dans la salle de bain tout en poussant des gloussements ravis. Stiles se redressa et le suivit, mais jeta le téléphone sur les genoux de Derek avant de pénétrer dans la salle d'eau. Le loup sursauta et grogna de nouveau. Ses yeux le brûlaient de fatigue mais il se leva en soupirant, puis chercha le chargeur de l'appareil dans la petite boîte que Maxine lui avait remise, avant de s'empresser de le brancher et de le rallumer.

Sa cousine ne lui avait envoyé aucun message, ce qui n'était pas particulièrement surprenant en soi, puisqu'il était évident que Madeleine ne lui faisait pas part des avancées de la poursuite, mais il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Il lui envoya donc un texto court : « Tout va bien ? », mais le SMS n'aboutit pas, signe que la jeune femme préférait sans doute garder son téléphone éteint pour ne pas risquer qu'il vibre alors qu'elle avait de la visite. Il le reposa et prit son mal en patience.

Sa fatigue eut tôt fait de revenir, remplaçant son inquiétude, et il s'assit sur le lit. Il se pencha pour retirer ses chaussures rapidement, pressé de s'étendre. Dès que son dos toucha le matelas, il poussa un soupir satisfait et ferma les yeux. D'accord, Stiles n'avait pas eu une mauvaise idée, il fallait bien le reconnaitre ; c'était agréable de s'allonger sur un vrai lit après deux nuits passées sur des sièges de voiture.

Il commençait à somnoler lorsqu'il entendit l'eau couler dans la baignoire, et Wyatt pousser des cris joyeux. Stiles lui parlait, l'incitant à retirer lui-même ses vêtements, lui montrant comment il fallait faire :

- Regarde, papa retire son pantalon.

Derek rouvrit les yeux. Il se rendit alors compte, seulement à cet instant, que Stiles et lui allaient dormir dans le même lit.

- Et merde, grommela-t-il en regardant le plafond.

Il était assez fatigué pour se maitriser, il le savait ; d'autant que la présence de Wyatt mettrait un frein à tout ce qui serait susceptible de se passer, c'était évident. Mais la nuit allait être longue, et l'odeur de Stiles, complètement débarrassée de toute autre odeur – celle de son père comme celle de cet autre jeune homme qu'il avait croisé dans le parc et dans la maison – était entêtante. Il soupira.

Quelqu'un frappa soudainement à la porte et Derek se redressa vivement, puis sauta du lit, toute fatigue oubliée. Il respira profondément par le nez. Ça sentait le cigare, l'alcool et la sueur. Rassuré, il ouvrit.

Un homme, mal rasé, blasé et l'œil vitreux, se tenait sur le seuil, éclairé par les lumières blafardes du couloir extérieur.

- Vot' lit, dit-il simplement.

Derek baissa les yeux et vit que son visiteur tenait un énorme carton recouvert d'un grand sac plastique. Il ne put s'empêcher de jeter un œil par-dessus l'épaule de l'homme, scrutant le parking. Il n'y avait que la nuit et l'asphalte mouillé. Avec un simple hochement de tête, il s'empara du lit pour enfant et referma la porte.

- C'était quoi ? lui demanda Stiles depuis la salle de bain.

- Rien, répondit Derek d'une voix rauque.

Une énorme éclaboussure recouvrit la voix de Stiles qui répondait, et le loup remercia Wyatt qui éclata de rire sous les reproches de son père, qui avait manifestement reçu de l'eau dans les yeux.

Les minutes qui s'écoulèrent ensuite ne furent faites que de ça : des rires et des jeux, des chansons aussi, puis une séance de lavement méticuleuse que Wyatt respecta à la lettre, répétant chaque mots de son père :

- Les oreilles maintenant.

- Les noreilles …

- Le visage, ferme les yeux !

- Ah ha ! Les nyeux !

- Le cou, les épaules.

- E cou, éplau …

- Les aisselles …

- Les ailes … sesses !

- Presque ça. Le petit ventre.

Là, Wyatt éclata de rire et sembla gigoter, car Derek entendit nettement les éclaboussures et les remous de l'eau du bain, signe que l'enfant était extrêmement chatouilleux. De nouveau allongé, il sourit, tout en s'enfonçant petit à petit dans le sommeil. Il entendit tout de même :

- Les petites fesses …

- Fesses fesses !

- Le petit … grand zizi.

- Zizi !

- Les jambes, et les pieds !

Wyatt éclata de rire de nouveau et se débattit. Mais Derek ne l'entendit pas, car il s'était endormi.

Après plusieurs minutes durant lesquelles il se lava à son tour, Stiles sortit du bain, tout en surveillant sérieusement Wyatt, que son amour de l'eau mettait en danger ; il ne comptait plus le nombre de fois où il avait sorti de l'eau la tête de l'enfant, surpris et paniqué. En quelques secondes, son fils pouvait décider tout à coup de s'allonger et de plonger joyeusement, aucunement effrayé. Mais cette fois, le louveteau resta sagement assis dans son bain à barboter à grand renfort de cris et de rires.

Stiles se sécha à l'aide d'une serviette rêche, non sans grimacer à cause de son poignet blessé. Ses bras portaient encore les zébrures des coups qu'il avait reçus de Peter. Mis à part ça, il semblait bien se porter, hormis la fatigue qui cernait ses yeux. Il dormait mal. La présence de Derek le mettait à fleur de peau, et son odeur le rendait fébrile. Son corps tentait de combattre sa raison, tentait de le convaincre qu'il n'y avait aucun mal à s'accoupler avec un mâle fort, en pleine forme, alors qu'il était un androgynus jeune et fécond. Et c'est vrai qu'il n'y avait aucun mal, mais c'était là que sa raison entrait en jeu : Derek appartenait à une Meute qui l'avait kidnappé, et il le kidnappait à son tour. Oui, les objections étaient bien maigres.

Il sortit Wyatt de son bain, qui rechigna quelque peu et gémit, mais fut vite gagné par la fatigue, merci à l'eau bien chaude !, puis le sécha et le roula dans une serviette propre. Il remit ses propres vêtements avec une grimace, n'appréciant pas de sentir les tissus sales sur sa peau propre, mais il n'en avait pas d'autre. Puis, son fils somnolent dans les bras, il sortit de la salle de bain. Il s'arrêta et arqua un sourcil en voyant que Derek s'était endormi sur le lit, étendu sur le dos, les bras croisés derrière la tête. Aux pieds du lit était posé un grand carton, que Stiles regarda d'abord avec des yeux étonnés, avant de deviner de quoi il s'agissait.

- T'aurais pu le monter, soupira-t-il en direction du loup assoupi.

Wyatt bâilla à s'en décrocher la mâchoire. Stiles sourit et le déposa sur le lit ; immédiatement, le petit enfoui son pouce dans sa bouche, l'air minuscule dans sa grande serviette épaisse.

Derek gronda dans son sommeil, sans bouger. L'androgynus le regarda. Et si ? Lentement, il s'approcha de lui, et tâtonna les poches du blouson que le loup n'avait pas ôté. Il n'y trouva qu'un couteau, qu'il fixa quelques secondes avant de fourrer dans sa propre poche en haussant les épaules. Mais les clefs de la Toyota étaient introuvables. Puis il se souvint. Derek les mettait toujours dans la poche arrière droite de son jean, et évidemment, il était allongé sur le dos. Stiles soupira. C'était raté pour la fuite nocturne, mais il avait un plan B.

- Wyatt, murmura-t-il en se redressant, tu vas …

Le petit s'était allongé sur le flanc et dormait désormais, pas très profondément il s'en doutait, mais ce serait suffisant pour ce qu'il comptait faire. Fatigué mais déterminé, il gagna la porte. Avant de sortir, il adressa un regard inquiet à son enfant roulé en boule aux pieds de Derek, hésita un instant, puis sortit.

Il faisait terriblement froid. Il trembla brutalement, serra ses bras autour de son corps en regrettant de ne pas avoir pris son blouson, et se dirigea vers l'accueil. Il était désormais près de vingt-trois heures, la grosse femme n'était plus là, mais un homme la remplaçait pour la veille de nuit. Usé et fatigué, un cigare à la bouche, il le regarda approcher d'un œil torve.

- Vous auriez le téléphone ? lui demanda Stiles en tremblant.

Sans un mot, l'homme indiqua l'arrière de l'accueil du pouce. Stiles sourit, crispé de froid, passa derrière le comptoir et découvrit une cabine téléphonique vieille de trente ans qui lui fit hausser les sourcils. Le téléphone était poussiéreux, et semblait complètement mort, aussi prit-il le combiné non sans une certaine crainte, mais fut rassuré d'entendre la tonalité. Il soupira et composa le numéro de chez lui en faisant tourner les touches. Puis il attendit.

Son père décrocha au bout de trois sonneries, et à sa voix Stiles devina qu'il ne dormait pas, et qu'il n'avait sans doute pas dormi depuis des jours. Il fut heureux d'avoir visé juste, et que son père ne se trouve pas au commissariat, car il n'en connaissait pas le numéro.

- Allô ? appela le Shérif, espérant prudemment.

Pour la première fois, Stiles se retrouva le souffle coupé, sans savoir quoi dire. Les larmes lui vinrent aux yeux sans qu'il s'en aperçoive. Il ne s'était pas rendu compte jusque-là à quel point son père lui manquait ; cet homme qui l'avait protégé toute sa vie, et qui s'était évertué à ensuite les protéger tous les deux, lui et Wyatt.

- Allô ! répéta le Shérif avec plus de force.

- Papa c'est moi, réussit à articuler Stiles.

Deux secondes terribles.

- Stiles ?! C'est pas possible, mais où tu es mon fils ?

- Je … j'en sais trop rien. Pas loin du Canada je crois, répondit Stiles en luttant pour ne pas fondre en larme.

- C'est pas vrai … où exactement ?!

- Je ne sais pas, j'ai cru voir un panneau annonçant Bismarck. Papa …

- Je suis là, je suis là. J'ai essayé de te retrouver tu sais, j'suis allé chez les Hale.

- Quoi ?

- Mais tu avais déjà disparu. Quelqu'un nous a fait savoir que tu étais parti avec cet homme, Derek Hale. Tu vas bien ? Et Wyatt, comment il va ?

Stiles se mit à pleurer. Et dire qu'il s'en était fallu de peu pour que son père, ce super-détective, le retrouve. Il s'accrocha au combiné du téléphone. L'homme derrière lui, auparavant rivé à un minuscule écran de télé, tourna la tête, surpris d'entendre ses larmes.

- Calmes-toi Stiles, reprit le Shérif avec douceur, calmes-toi. Est-ce que tu peux t'enfuir ? Est-ce que tu peux savoir où tu te trouves exactement ? Je peux venir te chercher …

- Non je, l'interrompit Stiles en hoquetant, je voulais juste te dire que je n'ai rien, que je vais bien. Wyatt va bien lui aussi. On va à Winnipeg je crois.

- Je sais ça, mais il est hors de question que tu y ailles ! Ecoutes, le père de Scott …

L'homme, qui s'était détourné et fixait de nouveau son téléviseur, fronça les sourcils en voyant approcher une silhouette derrière le comptoir, et se dessiner un visage renfrogné dans l'obscurité.

- Comment ça le FBI ? demanda Stiles dans le téléphone, surpris.

Il sursauta lorsqu'une poigne puissante lui attrapa l'épaule et il se retourna en retenant un cri. Derek, tout juste réveillé, le foudroya du regard.

- Tu fais quoi là ? lui demanda-t-il dans un grondement.

- Je commandais une pizza, répondit Stiles dans un souffle, tremblant de froid – ou peut-être de peur.

- Stiles ? appela une voix rauque dans le combiné. Stiles ? Stiles ?!

Ce-dernier raccrocha en tâtonnant, sans quitter Derek des yeux. Les larmes qui avaient coulé sur ses joues n'échappèrent au loup, dont les lèvres se pincèrent.

- C'est dingue ça, même les livreurs ici connaissent mon nom, s'amusa l'androgynus.

Derek soupira sans s'énerver. Stiles arqua un sourcil, surpris, lui qui s'était attendu à être brutalisé, attrapé par la nuque et trainé dans la chambre.

- T'as appelé ton père ? lui demanda le loup.

- Non, mentit effrontément le jeune homme.

- Quand est-ce que je t'ai interdit de l'appeler ?

- Quand est-ce que … quoi ?

Ils s'entreregardèrent quelques secondes, Stiles hésitant à espérer. Il était évident que Derek faisait des efforts pour lui rendre les choses plus faciles, mais il n'avait pas envie qu'elles soient moins compliquées pour lui.

- Nan mais attends, tu ne m'as jamais dit ! lança-t-il vivement.

- Tu ne me l'as jamais demandé, l'interrompit calmement Derek.

Ils se regardèrent encore, puis Stiles soupira.

- J'ai l'air bête hein ? demanda-t-il à son compagnon de route.

Ce-dernier lui sourit en réponse.

Ils retournèrent dans la chambre en silence, sous le regard surpris du veilleur de nuit. Wyatt dormait toujours, et Stiles vit que Derek, avant de sortir, avait pris le temps de mettre l'enfant sous les draps pour qu'il reste immobile et au chaud. Il hésita à le remercier avant de finalement chasser cette idée. Non, pas de facilité.

Sans un mot, Derek s'enferma dans la salle de bain, et Stiles s'empara du téléphone. Il le réveilla d'une caresse du pouce et recomposa le numéro de chez lui tout s'asseyant au sol dans un soupir.

- Allô ? Allô ?! appela la voix de son père.

- C'est encore moi, rigola Stiles dans un murmure, afin de ne pas réveiller Wyatt.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Rien, t'inquiète tout va bien. J'ai dû changer de téléphone.

- J'ai cru entendre …

- T'en fais pas papa, tout va bien.

Stiles tendit l'oreille. L'eau coulait vivement dans la salle de bain, signe que Derek prenait certainement une douche.

- C'est le téléphone portable de Derek, reprit-il en laissant tomber son crâne contre le mur derrière lui. Tu peux noter le numéro ? Comme ça tu sauras où me joindre au cas où.

- Oui bien sûr, déclara vivement le Shérif, attends, attends …

Stiles entendit son père fouiller dans un tiroir et sentit les larmes lui revenir lorsqu'il reconnut les bruits du foyer dans lequel il avait grandi. Mais il savait que Derek avait remarqué qu'il avait pleuré, aussi se fit-il violence pour que ça ne recommence pas. Il ne voulait pas de sa pitié.

- Voilà c'est noté.

- Tu me parlais du FBI ? lui demanda l'androgynus en regardant le plafond.

Son père lui parla des Chasseurs du CRED qui l'avaient écarté et jeté hors du commissariat, lui, Jordan Parrish et d'autres hommes ; puis il lui raconta la vérité sur Christopher Argent, sa femme et sa fille, qui luttaient, avec un petit organisme, pour arrêter le CRED. Là, son fils l'interrompit.

- Le CRED ? Qu'est-ce que le CRED a à voir dans cette histoire ?

Le Shérif prit le temps de tout raconter calmement à son fils sur le pacte obscur qui unissait les alphas à ce centre, et aux horreurs qui en résultaient : l'esclavage des femelles, peut-être celui des mâles également, et la mort des enfants. Stiles en resta tétanisé de terreur, immobile et muet. Son père avait à peine terminé de parler que Derek sortait de la salle de bain, uniquement vêtu de son jean noir, une serviette sur les épaules et les cheveux dégoulinant d'eau. Sans même lui adresser un regard, il se dirigea vers la petite fenêtre près de la porte de leur chambre et regarda dehors, scrutant le parking.

Stiles ne le quittait pas des yeux, alors que son père continuait dans le téléphone. Un autre sentiment l'envahit tandis qu'il regardait le loup s'assurer de leur sécurité. Ce-dernier n'avait pas seulement fait ça pour se l'approprier, contrairement à ce qu'il avait cru ; il voulait bel et bien le mettre à l'abri, le protéger, le préserver de ces horreurs. Et pas seulement lui, Wyatt aussi. Une bouffée de gratitude l'envahit, qui ne fit qu'enhardir sa colère. Lorsque Derek se retourna et que leurs yeux se croisèrent, Stiles le foudroya du regard, plein de ce sentiment nouveau qui le faisait enrager. Le loup se contenta de l'ignorer et retourna dans la salle de bain, fermant la porte derrière lui.

- Le FBI va avoir besoin de toi pour trainer les Hale et le CRED devant la justice, continuait son père sans se douter de ce qu'il venait de se passer. Tu dois revenir tout de suite, où Parrish et les Argent peuvent aller te chercher si tu préfères !

- Papa …

Wyatt gémit dans son lit. Stiles le regarda, attentif. Le petit suçait toujours son pouce, toujours endormis.

- Si on fait demi-tour ou si on reste ici, on se jette droit dans les pattes des chasseurs et de ce psychopathe qui nous suivent, lança-t-il en soupirant, n'osant pas croire à ce qu'il venait de dire. Je crois que … Derek a raison, on doit se mettre hors de portée du CRED pour l'instant.

- Oui, souffla le Shérif dans le combiné, très fatigué. Evidemment ce serait dangereux mais …

- Il a failli … dans la chambre, cet enfoiré était sur le point de …

Stiles ne termina pas sa phrase alors que les larmes menaçaient de déborder encore une fois de ses yeux. Jusqu'ici, il s'était efforcé de ne pas repenser à ce que Peter avait tenté de lui faire, et qu'il lui aurait sans doute fait si Derek n'était pas intervenu, mais c'était difficile de s'enlever complètement ce genre d'image de la tête. Il révéla dans un soupir :

- J'ai trop peur papa. Ils ont frappé Wyatt tu te rends compte ? Ils lui ont fait du mal, et ils ont voulu me violer. Je ne veux pas retourner en arrière, je veux mettre mon fils à l'abri, et au Canada le CRED ne peut rien faire.

- Tu as sans doute raison, reprit son père d'une voix plus sûre, sentant qu'il devait rassurer son fils. Le plus important pour le FBI, c'est de pouvoir te joindre au cas où on aurait besoin de ton témoignage, maintenant que je sais comment faire, ça change tout. Il faut que j'appelle Christopher pour lui dire … et Scott, il pourra en parler à son père.

Sursautant, Stiles retint son souffle. Avec tout ça, il en avait oublié son meilleur ami, qui s'était battu avec des loups en tentant de le protéger.

- Ah merde ! jura-t-il vivement. Scott, comment il va ?

- Hein ? s'étonna son père. Bien. Oui, il était à l'hôpital, c'est vrai. Il est sorti hier avec un gros mal de dos mais ça va. Dès que je le verrais demain je lui donnerais le numéro, il t'appellera sans doute tout de suite.

- Oui, d'accord.

Le jeune homme soupira, ferma les yeux et frotta ses paupières closes, honteux. Si seulement il n'avait pas aussi peur !

- Stiles ? appela son père.

- J'suis désolé, soupira ce-dernier.

- Arrête, tu as raison. On a une solution pour arrêter les Chasseurs et braquer tous les projecteurs sur les Hale, ça ne sert à rien de te mettre inutilement en danger maintenant qu'on a repris contact. Je vais en informer McCall, on verra si je peux le convaincre avec ça, lui et tout le FBI. D'accord ?

- Ok.

- Tout va bien fils, tu es sûr ?

- Oui papa, j'suis sûr. J'ai peur c'est tout.

- Et ce Derek … il ne … il ne te fait rien j'espère ?

Le cœur de Stiles loupa un battement et il releva les yeux sur la porte de la salle de bain, toujours close. C'était silencieux dans la pièce.

- Rien, t'inquiète pas, chuchota-t-il dans le téléphone. C'est pas le plus fun des chauffeurs, mais … il ne m'a pas touché.

- Tu le jures hein ? répliqua vivement son père avec colère. Tu me le jures mon fils ?

- Je te le jure papa. Il garde ses distances.

- Bien. D'accord. Promis ?

Cette fois, Stiles ne put s'empêcher de pouffer de rire.

- Promis, dit-il.

- Bon. Je vais appeler Argent. Je te rappelle si on a besoin de confirmation.

- D'accord.

Après s'être mutuellement embrassés, ils raccrochèrent tous deux. Stiles avait les larmes aux yeux. Il s'appuya de nouveau complètement contre le mur et regarda le plafond. Wyatt se mit à ronfloter légèrement, et Stiles se félicita d'avoir pensé à lui donner à manger dans la voiture avant qu'ils n'arrivent au motel. Levant l'écran de l'IPhone devant ses yeux, il regarda l'heure : minuit vingt-sept. Il soupira. Le petit appareil choisit cet instant pour vibrer et s'illuminer, le faisant sursauter ; Maxine venait de leur envoyer un message. Derek sortit de la salle de bain au même moment, complètement vêtu.

- T'as un message, lui indiqua Stiles en se relevant.

Derek vint vers lui mais le jeune homme lui laissa la place sans oser le regarder. Hors de question qu'il ressente pour lui de la gratitude, hors c'était exactement ce qu'il ressentait en cet instant.

Le loup s'installa au sol à son tour, adossé au mur, les sourcils froncés. Stiles tenta de l'ignorer et s'approcha du petit lit toujours dans son carton, enveloppé dans un sac plastique. Il s'accroupit devant et entreprit de l'en sortir pour y mettre son fils. Mais à peine avait-il sortit le sommier et deux des quatre pieds qu'une énorme araignée jaillit du carton, courant vers lui avec grande rapidité sur ses six pattes longues et fines. Stiles poussa un cri, fit un bond et s'écarta d'environ quatre pas, épouvanté.

- Ah ! Quelle horreur !

Surpris, un sourcil arqué, Derek braqua sur lui un regard à la fois amusé et agacé, mais ne fit pas mine de bouger.

- Une mygale ! s'égosilla Stiles en pointant quelque chose du doigt sur la vieille moquette. Oh mon Dieu elle est affreuse ! Elle est énorme !

- Tu vas réveiller Wyatt, gronda Derek non sans sourire.

- Fais quelque chose elle va m'attaquer !

Le loup leva les yeux au plafond et tenta de se reconcentrer sur le message qu'il était en train d'écrire à sa cousine. Wyatt, pas le moins du monde dérangé par les cris de son père, continuait de dormir.

- Ah la saleté ! reprit ce-dernier en scrutant le sol, tout en se tenant sur la pointe des pieds. Elle est passée où ?

Derek eut un sourire en coin amusé et ne cessa, durant les quinze minutes qui suivirent, de jeter des coups d'œil à Stiles qui, à quatre pattes sur le sol, chassait sa pauvre victime, une chaussure à la main. Finalement, après ce petit quart d'heure de folie, il la débusqua sous la table de nuit et s'évertua à la réduire à l'état de purée.

- Tiens sale bestiole ! lança-t-il avec satisfaction. Je déteste les araignées.

- Ça alors, soupira Derek d'une voix rauque de fatigue, j'l'aurais jamais deviné.

La tête de Stiles émergea de l'autre côté du lit, les sourcils relevés d'étonnement, et un mince sourire tordit ses lèvres.

- Tu fais de l'humour quand t'es fatigué c'est ça ? lui demanda-t-il d'un air moqueur.

Derek se contenta de le fixer intensément, pas renfrogné mais pas follement amusé non plus, puis reporta son attention sur l'écran du téléphone, et l'échange s'arrêta là.

Finalement, Stiles décida de ne pas déranger davantage le lit pour enfant, le repoussa même d'un coup de pied, et décréta que Wyatt dormirait avec eux. Derek trouva l'idée excellente, persuadé que la présence physique et olfactive de l'enfant l'aiderait à se tenir à l'écart durant la nuit ; il craignait que, dans son sommeil, il ne se rapproche inconsciemment de Stiles, tant il était attiré par son odeur et son corps. Aussi se coucha-t-il non sans une certaine réticence.

Stiles s'allongea du côté droit du lit, son enfant dans les bras, et Derek du côté gauche. Ils se tournaient le dos, tendus. Les lumières avaient été éteintes, seul parvenait de l'extérieur une luminosité pâle, certainement celle des lampadaires du parking. Incapable de fermer les yeux, Stiles tendait l'oreille, attentif aux bruits que faisait Derek : sa respiration, ses déglutitions, les froissements du drap lorsqu'il bougeait. Il resta ainsi près d'une heure, le cœur cognant à grand coup dans sa poitrine, serrant son fils contre lui pour se rassurer. Finalement, Derek s'endormit, il l'entendit à son souffle profond et régulier, et il se détendit. Une petite partie de lui savait qu'il n'avait rien à craindre du loup, qu'il ne le forcerait pas à faire ce qu'il ne voulait pas faire ; mais une autre partie de lui, plus grande, plus effrayée, ne voulait pas baisser la garde. Après tout, Derek n'était qu'un homme.

Finalement, rassuré par le sommeil de son camarade de chambre, Stiles ferma les yeux et tenta de ne plus penser à rien, persuadé que Derek ne tenterait rien puisqu'il s'était endormi. Malheureusement, comme ce-dernier l'avait craint, son instinct, lui, ne dormait pas. La première fois que le loup se retourna en grondant doucement, pour venir se coller à lui, une main sur sa hanche et le nez contre sa nuque, Stiles sursauta et resta paralysé de stupeur, incapable de respirer normalement. Et il resta ainsi deux ou trois longues minutes, incapable de bouger tant il était tétanisé, effrayé à l'idée que Derek s'énerve s'il tentait de le déloger. La chaleur et les frissons qui commencèrent à naître en lui le décidèrent et, sans trop de brusquerie, il repoussa son assaillant du coude. D'abord, Derek ne bougea pas, se contentant de soupirer, puis, lorsqu'il poussa plus fort, le loup se décida enfin à rouler de l'autre côté. Il ne s'était même pas réveillé. Stiles soupira, le sang affolé, tentant d'ignorer la chaleur qui était né dans ses reins.

La deuxième fois que Derek vint contre lui, à peine dix minutes plus tard, reprenant exactement la même position – main sur sa hanche et nez contre sa nuque – Stiles soupira, moins tétanisé, et le repoussa immédiatement, plus fortement cette fois, ce qui lui valut un grognement de la part du loup. Mais, là encore, celui-ci resta endormit.

Ne pouvant qu'attendre que ça recommence, Stiles garda les yeux ouverts, l'oreille tendue, comme précédemment, mais Derek ne revint pas contre lui, sans doute plus profondément endormit, et Stiles finit par glisser à son tour dans le sommeil.

Lorsqu'il se réveilla près de deux heures plus tard, il crut que Wyatt était le responsable, mais il se rendit rapidement compte que le petit, perdu dans ses rêves, n'y était pour rien. La cause, c'était ce corps brûlant contre le sien et ce bras en travers de son corps, ainsi que ce souffle sur sa nuque et ce nez qui le reniflait sans arrêt. Pour la troisième fois, Derek s'était retourné pour le prendre dans ses bras. Il était incroyablement chaud. Bien trop chaud. Inconsciemment, Stiles bougea pour se décoller de lui, mais ce qu'il sentit le paralysa des pieds à la tête. Quelque chose frottait contre ses fesses. Quelque chose d'incroyablement dur. Et lorsqu'il comprit qu'il s'agissait du sexe de Derek en pleine érection, une violente bouffée de chaleur le fit suffoquée. Sa tête était si brûlante qu'il en eut un vertige malgré sa position allongée.

Un doute terrible lui vint alors : et si Derek ne dormait pas ? Il ne pouvait quand même pas bander en dormant ! Stiles resta sans bouger plusieurs minutes, la respiration de plus en plus difficile, tellement stressé qu'il en ressentait des frissons dans le corps – mais peut-être ces frissons étaient-ils dus à autre chose ? Tentant de se calmer, il écouta attentivement, faisant fi du bruit assourdissant de ses battements de cœur affolés. A moins qu'il ne se trompe, cette respiration lente et profonde de la part de Derek ne signifiait qu'une seule chose : il dormait toujours. Stiles soupira, agacé. Ce fichu loup dormait, alors que lui non ?!

Avec un claquement de langue énervé, il tourna la tête, évitant les mouvements trop brusque pour ne pas réveiller son fils, et, vivement, asséna une claque sur la tempe du loup, qui sursauta et grogna en se redressant légèrement. Stiles le vit, malgré la pénombre, battre des paupières, surpris. Puis leurs regards se rencontrèrent.

- Dégage, lui murmura Stiles en fronçant les sourcils.

Derek le fixa encore quelques secondes, interdit, puis baissa les yeux et sembla se rendre compte de leur position. Dans un soupir grondant, il se détacha de lui, marqua un court temps d'arrêt – sans doute lorsqu'il sentit son érection – et se rallongea l'air de rien.

- J'y crois pas tu bandes en plus, souffla Stiles, énervé de réagir autant à la simple proximité du loup.

- La faute à qui, gronda ce-dernier.

- Bah bien sûr, c'est ça, c'est à cause de moi !

- Parce que tu crois que c'est facile pour moi de me contrôler en sentant tes phéromones ? Tu sens la femelle en appel à plein nez !

- Et moi alors, tu crois que je ne les sens pas tes hormones de mâle excité ?!

Ils pincèrent les lèvres à l'unisson, à la fois respectivement gênés et énervés. Ils le sentaient tous deux que leurs odeurs les mettaient à fleur de peau, mais c'était la première fois qu'ils en parlaient.

Derek prit une grande inspiration par le nez pour tenter de se calmer, et il sentit un soubresaut agiter son sexe. Il se retint de gémir in extremis, les reins douloureux, prêts à exploser, conscient que tant de jours d'abstinences pour un Reproducteur seraient de plus en plus difficiles à supporter. Il n'était plus resté aussi longtemps sans s'accoupler depuis qu'il travaillait pour Madeleine et … Dès qu'il se rendit compte de la façon dont il venait de penser, il se sentit honteux. Mais, dès que la vérité fit jour dans son esprit, il se sentit désespéré. Il ne voulait pas s'accoupler avec Stiles, il voulait le posséder, le faire sien, lui faire du bien. Lui faire l'amour, tout simplement. Et il savait que jamais Stiles ne le laisserait l'approcher, jamais.

- Je ne me moquerais pas si tu te rends dans la salle de bain, murmura ce-dernier avec un certain amusement dans la voix.

Derek ne put s'empêcher de sourire, avec un peu de tristesse.

- Ça ira, répondit-il néanmoins.

- Sérieux ? répliqua l'androgynus, étonné. Avec une …

Il ne termina pas sa phrase, mais Derek la devina : avec une érection pareille ?! Il sourit, fier malgré lui d'avoir pu surprendre Stiles. C'était un peu macho de penser ainsi, mais pour lui, impressionner avec un sexe imposant l'aidait à se sentir fort. A ses côtés, Stiles soupira après avoir pris une grande inspiration, manifestement agacé. Son odeur n'avait jamais été aussi forte, mais à présent que l'androgynus savait ce que cela provoquait chez lui, Derek se sentait moins oppressé. Il ferma les yeux et tenta de se rendormir.

Et si Stiles eut un sommeil agité, ne cessant de se réveiller brusquement chaque fois qu'il sentait Derek bouger derrière lui, ou qu'ils se frôlaient, Derek, pour sa part, rêva d'un Stiles passionné, peut-être un peu reconnaissant, qui lui ouvrit les bras, s'accrocha à lui en poussant des soupirs qui raisonnaient agréablement à ses oreilles, avant de lui ouvrir les cuisses et de le faire fondre en lui, transformant leurs deux corps en une seule brûlure intense.


Bon bon bon ... les choses vont s'accélérer grandement dans le chapitre suivant, préparez-vous à en prendre plein les yeux ! Ouais, j'exagère peut-être un peu, mais vous jugerez par vous-même :)

Que pensez-vous de ce chapitre ? Derek et Stiles semblent dans une impasse, très gênante la situation XD D'après vous, qu'est-ce que Madeleine a bien pu découvrir sur notre Stiles ? Est-ce que le Shérif va réussir à convaincre le FBI ? Et si oui, qu'est-ce que le FBI va bien pouvoir faire ? Et que pensez-vous de la situation de la pauvre Maxine ?

Bref, il y a beaucoup de questions encore, et vous aurez les réponses petit à petit ;) J'espère que ce chapitre ne vous décevra pas :)

bisous ! et merci encore pour vos reviews (même si elles ont été moins nombreuses :P)