Rappelez-moi pourquoi j'ai accepté de faire ceci ? Ah oui, parce que sans moi Voldemort gagnerait la guerre et ma protégée et petite amie serait torturée et tuée. Maintenant je sais comment le Garçon-Qui-Ne-Meurt-Jamais se sent. Je ne le déteste pas moi, bien sûr.
Je suis entré dans le camp des Mangemorts seul et à la vue de tous, cette fois. Je portais mes robes de Mangemort, déchirées avec soin, et j'avais du sang étalé sur mon visage et mes bras.
J'avais toujours été un bon acteur et j'ai bien joué mon rôle. J'ai raconté une histoire comme quoi j'avais été capturé par la Lumière et m'étais échappé après qu'ils aient abandonné l'espoir d'obtenir une quelconque information de ma part. J'ai feint du dédain pour leurs gardes et leurs barrières – Ce n'était que trop facile de m'échapper – et retrouvé mon ancien rictus. Quand Voldemort a vérifié la véracité de mes dires à l'aide de la Légilimencie, il n'a vu que des visions concoctées avec soin de ma capture et fuite imaginaire. Mon père m'avait appris l'Occlumencie à un jeune âge (maintenant je sais ce qu'il cachait) et il était relativement simple pour moi d'apprendre à créer de faux souvenirs en plus de garder cachés les vrais.
J'aurais eu des problèmes s'ils avaient pensé à utiliser du Véritasérum, mais les suiveurs du Lord Noir n'avaient jamais été si intelligents. Mon histoire prouvée (qu'ils croyaient), j'ai été accueilli dans une position haut placée dans la société des Mangemorts. J'étais un Malefoy; j'étais où je devais être.
Tous les deux ou trois jours, Sirius ou Ginevra venait me rencontrer à l'extérieur de la deuxième épaisseur de barrières au cas où j'avais de nouvelles informations. J'avais des façons de contacter l'Ordre en cas d'urgence, mais elles étaient risquées. C'était plus simple de leur parler en personne aussi rapidement et furtivement que possible.
C'était là mon erreur – ne pas être assez rapide ou furtif. Je ne parlais presque jamais à Ginevra alors j'ai commencé à prendre mon temps pour le passer avec elle et avoir des conversations alors que nous étions censés échanger des informations le plus vite possible avant de retourner à nos campements respectifs. J'aurais dû m'attendre à ce que ça me crée des ennuis.
C'était difficile pour elle, je m'en rendais bien compte. Sirius me parlait d'elle et je savais qu'il faisait un effort pour être là pour elle et pour l'aider, mais à part cela elle était seule. Elle faisait de terribles cauchemars, je le sais grâce aux nombreuses nuits que j'ai passées avec elle, et maintenant elle était seule dans une immense tente qui avait, un jour, logé sa famille entière.
J'ai grimpé dans les rangs des Mangemorts. On s'attendait à ce que je prenne la place de mon père, et il avait été le bras droit de Voldemort.
Il y avait quelques légers inconvénients. Il était difficile de ne pas sembler suspect en allant rencontrer des membres de la Lumière. Bien que j'essaye d'organiser des rencontres à des moments qui seraient passés inaperçus, je ne pouvais jamais vraiment savoir quand je serais entouré de personnes dont je devrais me débarrasser afin de m'y rendre. Une fois, j'ai été envoyé en mission avec deux autres qui aurait fait beaucoup de dommages à la Lumière si elle avait réussi. Il a été relativement facile pour moi de monter quelque chose ; J'ai immédiatement remis aux Aurors les deux Mangemorts, me suis arrangé avec un peu plus de faux sang, et ai donné un baiser rapide à Ginevra avant de retourner à mon propre champ de bataille, l'air du petit veinard qu'ils croyaient tous que j'étais. Mais malgré tout, je suis certain que l'incident a dû soulever de la méfiance à mon égard.
Ça a finalement été Blaise Zabini, une fois de plus, qui a compliqué les choses. Enfin, compliqué, c'est peu dire.
C'était le crépuscule d'une nuit quand je me suis glissé hors de ma tente pour débuter ma marche plutôt longue à travers la forêt pour rencontrer Ginevra. J'avais des nouvelles importantes.
J'ai eu un large sourire quand je l'ai enfin vue. Il s'était passé des semaines – peut-être plus d'un mois, j'avais perdu la notion du temps – depuis la dernière fois qu'elle avait été envoyée me rencontrer.
— Ils prévoient un gros assaut sur le campement de la Lumière, le Lord Noir inclus. Ça sera la bataille finale, j'en suis certain. Dans je-ne-sais-combien de jours, Ginevra, cette guerre sera –
J'ai été interrompu quand elle s'est approchée de moi et je l'ai prise dans mes bras, la serrant fort contre moi. Elle était si menue et délicate dans mon étreinte, ses bras fragiles autour de mon dos alors qu'elle posait la tête sur ma poitrine.
— Tu as perdu du poids. Je croyais que nous en avions fini avec ce problème.
— Je m'inquiète pour toi.
— Tu devrais surtout t'inquiéter pour toi-même.
J'ai déposé un léger baiser sur ses lèvres, ses courts cheveux chatouillant ma main sur sa nuque comme des plumes. C'est à ce moment, évidemment, que nous avons entendu le craquement d'une brindille et le son d'une cape qui virevolte derrière nous.
— Ahh, comme c'est mignon. Je ne m'y serais jamais attendu de ta part, Prince de Serpentard. Petrificus Totalus !
Je me suis retourné pour rencontrer les yeux de Zabini au moment où le sortilège contraignant atteignait sa cible. Il a stupéfixé Ginevra alors que je tombais au sol, rigide comme une planche de bois, et il a pris bien soin de faire entrer nos corps mous en collision avec plusieurs arbres en nous faisant léviter derrière lui en nous ramenant au milieu du campement.
