AUTEUR (Author) : Glassamilk

Traductrice : Prusse

Disclaimer : voir chapitre(s) précédent(s)

VOCABULAIRE :

Perkele : mot finnois signifiant "merde" ou l'équivalent du même genre.

Note de la traductrice :

Wahou.

Je me rappelais pas avoir eu autant de mal à le traduire la première fois celui-là !

Je n'ai pas grand-chose à dire, à part mes mercis habituels aux gens qui continuent de lire cette traduction, ça me fait chaud au cœur :D

Voilà. Nous sommes à la moitié de la fic. L'histoire commence enfin réellement : tout ce qui s'est passé jusque là, c'était juste la mise en bouche…

Appréciez ce chapitre à sa juste valeur )

BONNE LECTURE !


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Gutters — Chapitre 10 sur 20

Andorre : « Touche-moi si tu l'oses »


Ils finissent par rester plusieurs jours dans l'abri jusqu'à ce que la cheville de Peter guérisse. Chaque jour se passe un peu comme le dernier; Pays-Bas est toujours levé avant eux et part à la surface pour trouver des choses utiles alors que Danemark reste derrière avec Peter et joue avec lui. Ils arrachent plusieurs pages du cahier pour confectionner un jeu de cartes mal fini et Danemark lui apprend à jouer au rami et au black jack, aucun des deux ne marchant vraiment bien vu qu'ils pouvaient voir la trace des chiffres à travers le papier. Mais ils continuent et au bout de quelques jours, Danemark admet de mauvaise grâce que Peter l'a surpassé en technique et en guise de récompense lui offre de lui apprendre plus de jurons, récompense que Peter préfère garder pour plus tard, ne voulant pas que sa langue fourche encore avec la façon bizarre de parler du danois.

— C'est trop dur, lui dit-il. Apprends-moi à dire des gros-mots dans une langue qui elle au moins a du sens.

Il passe plus d'une heure à essayer d'articuler du vieux norrois avant de se rendre compte que Danemark le mène en bateau et il lui lance une boule de papier à la figure avant d'exiger de savoir ce que signifie 'perkele'. Danemark lui répond que cela veut dire « J'aime Suède » en finnois et l'encourage à utiliser le mot fréquemment quand ils seront à nouveau tous réunis.

Les choses restent, la plupart du temps, calmes. Pays-Bas revient tous les jours à peu près à la même heure, toujours les mains vides, et leur fait un résumé de ce qu'il a vu au cours de la journée : un nouvel arbre tombé par-ci, des traces de pas dans la cendre par-là. Il ne parle pas beaucoup quand ils sont tous ensemble, mais Peter les surprend, Danemark et lui, à parler silencieusement à des heures incongrues de la nuit quand ils le pensent endormi, échangeant des informations basées sur leurs voyages et les horreurs qu'ils ont rencontrées. En feignant dormir, il apprend que la Suisse est tombée dans le chaos et que la petite population survivante là-bas a complètement sombré dans la violence et dans la boucherie humaine, les gens se traquant les uns les autres pour quelques réserves de nourriture, se fichant de leur provenance, et a commencé une lente progression vers l'Autriche et le sud de l'Allemagne.

— Pas loin de là où on a commencé, fait Danemark à Pays-Bas. Ils sont littéralement à nos trousses.

Sealand essaye de ne pas trop écouter leurs conversations. Il est bien trop effrayé de vraiment savoir, mais la curiosité a toujours était son défaut et, peu importe à quel point il essaye, il finit toujours par laisser traîner une oreille, apprenant toujours plus d'histoires terribles chaque soir. Des corps gorgés d'eau en Croatie. Des cannibales en Hongrie. Ce qui semble être des dolines sans fin en Slovénie.

Silence complet en Belgique.

Il essaye de garder la tête enfoncée dans les oreillers la troisième nuit après une histoire particulièrement sombre où Danemark raconte avoir trouvé un bunker rempli à craquer de corps gonflés à Naples. Cela lui rappelle bien trop la femme qui s'occupait de lui quand il s'est réveillé la première fois. Il ne veut pas en entendre plus sur l'odeur nauséabonde, ni sur le temps interminable qu'il a fallu à Danemark pour enterrer chacun d'entre eux c'est trop macabre, trop réel, et bien trop à penser. Il se retourner et se met à couvrir ses oreilles, mais un simple mot dans leur discussion silencieuse retient tout de suite son attention.

France.

— J'suis tombé sur France y a quelques mois, lui dit Pays-Bas par-dessus le bord de sa tasse. Ils étaient en route pour l'abri de Leipzig.

Les pieds de la chaise du danois claquèrent bruyamment contre le sol alors qu'il se penche brusquement pour rattraper son café qu'il vient de lâcher.

— Quoi ? France ? Il va bien ?

Pays-Bas hausse les épaules.

— Il est en vie.

Danemark essuie le café qui s'est renversé sur son manteau.

— Comment il allait ? T'as pu lui parler au moins ?

— Il a plus de bras. Il a encore une bonne partie du gauche, mais le droit s'arrête à l'épaule.

Il prend une gorgée de son eau.

— Il était avec Allemagne et Angleterre. Et un paquet de civiles aussi.

Danemark s'affaisse, soulagé.

— Oh merde, ça fait vraiment du bien de le savoir. Ils arrivent à gérer ?

— Allemagne s'en sort. Quand même toujours un maniaque coincé du cul. Angleterre ne parle pas beaucoup à cause des grandes vagues de chaleur qu'il y a eues avant, mais c'était à prévoir.

— Les vagues de chaleur ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

Pays-Bas arque un sourcil.

— Tu sais que si jamais tu es pris dans un incendie, tu n'es pas censé haleter ?

— Oui, et ?

— Même règle s'applique pour la fin du monde.

— Oh.

Jan pose sa tasse vide et s'étire.

— Quoi qu'il en soit, ils ne sont pas restés longtemps. Trop de personnes malades à trimbaler. Ils avaient au moins une douzaine de gens avec eux.

— Ah. Est-ce qu'ils…

Danemark s'arrête et jette un coup d'œil à Peter qui fait toujours semblant de dormir.

— Est-ce que, par hasard, ils cherchaient quelqu'un ?

— Tu veux dire le gamin ?

— Il a un nom tu sais.

Il roule des yeux.

— Tu veux dire Peter ?

— Ouais.

Pays-Bas laisse son regard errer sur la forme prostrée de Peter.

— Les seules personnes sur qui ils m'ont posé des questions étaient Prusse et Espagne.

— Ils ne l'ont pas du tout mentionné ?

— Non.

Leur conversation continue jusque tard dans la nuit, tous deux inconscients des larmes à peine retenues sur le visage de Peter.

xox

Le matin du quatrième jour, Danemark respire d'une étonnante perspicacité et remarque à quel point Sealand a été silencieux tout au long de la matinée. Il arrête d'essayer de réparer une déchirure dans sa veste assez longtemps pour s'asseoir devant lui, prend ses mains et le fixe avec inquiétude, faisant la moue quand Peter refuse de rencontrer son regard.

— Qu'est-ce qui ne va pas ?, demande-t-il doucement. T'as été bizarre toute la journée. C'est ta cheville qui te fait mal ?

— Non.

Il tente de dégager ses mains de celles de Danemark, mais le danois est têtu et enlace fermement ses doigts autour des siens.

— J'vais bien.

— Non, c'est pas vrai.

— Si, je vais bien.

— Non.

Peter lui lance une œillade noire.

— T'as la répartie d'un gamin.

— Normal quand j'argumente avec un gamin.

— J'suis pas un gamin !

Danemark pousse un soupir et lui jette un regard légèrement colérique.

— Alors arrête de bouder et dis-moi ce qui ne va pas. Je ne peux pas t'aider à te sentir mieux si je ne sais pas ce qui te tracasse.

Peter se mord la lèvre.

— J'ai besoin de personne pour me sentir bien.

— Peter…

— Je vous ai entendu Pays-Bas et toi, quand vous parliez d'Angleterre et France hier soir, lâche-t-il.

Il enfonce ses doigts dans les mains de l'adulte et scrute le sol, le visage rougi par une émotion trop triste pour être de la colère et trop persistante pour être de la gêne.

— J'ai juste pensé…

Il peut sentir ses yeux brûler.

— Arthur n'est même pas en train de me chercher.

L'expression de Danemark s'adoucit quand la voix de Peter s'estompe et qu'il renifle, indigné. Il tend la main et frotte sa nuque avant de la placer sur son cou et de l'attirer contre lui pour l'étreindre aux premiers signes de larmes. Il ne dit rien, il le tire juste sur ses genoux et l'enveloppe de ses bras, patient et silencieux tandis que Sealand pleure dans son épaule, ses petites mains empoignant le devant de sa chemise, tremblant alors qu'il relâche la pression contre laquelle il s'est battu tout le matin. Il est vaguement conscient des mains calleuses de Danemark qui lissent ses cheveux, mais c'est loin d'être un réconfort quand le geste ne fait que lui rappeler à quel point celles d'Angleterre sont plus petites, et que lui n'avait jamais fait ce genre de chose quand Peter allait mal. Il n'avait jamais détesté Angleterre – il lui en voulait juste pour ne lui avoir jamais prêté attention. Il ne s'était jamais plaint du manque de liens familiaux car il n'avait jamais voulu qu'Arthur soit une sorte de gardien, même dans le sens paternel. Ça ne le dérangeait pas qu'Arthur ne soit jamais vraiment là car il savait au moins que, à sa propre façon, il se souciait encore assez de lui pour lui écrire occasionnellement une lettre ou lui offrir un cadeau d'anniversaire ou s'arrêter chez lui pour une visite entre deux meetings.

Mais, ça, c'est différent.

— Il s'en fiche complètement…

Il sanglote.

— Je pourrais être mort et il s'en fiche complètement.

Danemark presse sa joue contre le sommet de son crâne et le cajole.

— Peter, ce n'est pas vrai et tu le sais.

— A-alors comment ça se fait qu'il ne me cherche pas ? Il est à la recherche d'Espagne et de Prusse alors pourquoi-

Il s'interrompt pour tousser et ne s'ennuie pas à reprendre sa phrase.

— Je ne sais pas ce à quoi il pense, murmure Danemark dans ses cheveux. On a dû lui dire qu'on t'a vu mort ou peut-être qu'il est encore trop têtu pour admettre qu'il s'inquiète pour toi. Mais rien de tout ça ne veut dire qu'il s'en fiche.

Il s'écarte juste assez pour passer un pouce sur la pommette de Peter, essuyant un sillon de larmes.

— L'important c'est qu'il aille bien et que nous savons qu'il est quelque part à Leipzig. C'est sur notre chemin, on vérifiera chaque bunker qu'on trouvera quand on partira. Et là, tu pourras lui demander toi-même.

Il attrape le menton de Peter et lui fait redresser gentiment le visage pour l'observer.

— Et s'il n'est pas content de te voir, je jure de personnellement le traîner dehors dans la cendre comme ça tu pourras lui botter le cul.

Il le regarde sérieusement.

— D'accord ?

Peter renifle et se frotte les yeux avec le dos de sa main. Il n'a pas assez confiance en lui pour parler alors il acquiesce faiblement, geste qui apaise le plus vieux assez pour sourire. Il lui donne une tape juste assez forte pour le bousculer et le fait se rasseoir sur le lit.

— Bien. Allez, viens.

Il se lève pour aller chercher leur étrange jeu de cartes.

— Tu peux me remettre une raclée au black jack.

xox

Pays-Bas rentre bien plus tard que d'habitude cette nuit et ne s'ennuie pas avec des plaisanteries quand il arrive. Il jette son manteau sur la table, manquant de justesse leur jeu, et se dirige droit vers le lit.

— On part demain, leur dit-il d'une voix plate, ne leur accordant pas même un regard. Soyez sûrs d'avoir toutes vos affaires et d'être prêts à partir à l'aube.

Danemark et Sealand échangent un regard confus et l'adulte se lève pour suivre le néerlandais sur le matelas.

— Pourquoi t'es si pressé ?

— Les gens se rapprochent. On doit partir avant.

Il tire les couvertures au-dessus de ses épaules et se tourne sur le côté.

— C'est la dernière nuit où vous aurez un lit. Profitez-en.

Il met un terme à leur conversation en enfouissant sa tête sous les couvertures, soupirant d'un air épuisé, laissant Danemark debout, une expression désemparée peinte sur le visage alors que Peter cligne des yeux en les regardant. Danemark hausse les épaules et ramasse leur sac posé en-dessous de la table de jeu.

— Je suppose alors qu'on part dans la matinée.

Il commence à mettre des conserves dans leur sac aux côtés du carnet de Peter et de leur carte.

— Si ta cheville n'est pas partante, je peux te porter.

— Je pense que c'est bon.

Peter se glisse sur le sol pour démontrer son point et se met à rassembler lui aussi ses affaires.

— Tu crois qu'il a déjà fait son sac ?

— Sûrement. Il a toujours été le genre de gars qui aime être préparé.

Peter hoche la tête.

— Tu le connais plutôt bien, hein ?

— Oh ouais, lui et moi, on se connaît depuis des lustres.

Danemark rit et lance à Peter sa veste qui aborde maintenant un ourlet.

— On s'est battu l'un contre l'autre, on s'est battu ensemble. En fait, on s'est même envoyé des lettres pendant la Seconde Guerre Mondiale alors qu'aucun de nous n'avait le droit de parler à nos familles. Mais après toute cette merde, on traînait juste beaucoup ensemble.

Un sourire ourle ses lèvres.

— C'est le seul type que je connais qui aime les vélos autant que moi.

— Norvège a dit que vous alliez souvent faire du camping tous les deux.

Il acquiesce.

— C'est vrai. On avait l'habitude de prendre nos vélos et d'aller dans les bois quelques fois dans le mois, juste pour se relaxer.

— Tu veux dire planer, c'est ça ?

Danemark fait volteface, arborant un regard tout ce qu'il y a de plus horrifié.

— Qui c'est qui t'a dit ça ?

— Personne. Alors, j'ai vu juste ?

Danemark roule des yeux.

— D'accord, très bien, oui, il se peut qu'on ait pu parfois partager un sachet d'herbes.

Il pointe un doigt vers lui.

— Mais c'était rare. La plupart du temps c'était juste de la bière et les cigarettes autour d'un feu. La drogue, c'est pas bien, compris ?

Peter sourit.

— J'crois pas que je puisse en trouver maintenant, même si je le voulais.

Danemark réfléchit pendant un instant, semblant satisfait de la répondre, avant de tourner la tête pour jeter un coup d'œil à Pays-Bas, vérifiant s'il est toujours réveillé en lançant une boule de papier sur lui. Elle rebondit sur ses épaules et voyant qu'il n'a aucune réaction, Danemark fait signe à Peter de s'approcher.

— Tu peux garder un secret ?

Peter hausse les sourcils et il acquiesce.

— D'accord.

Danemark regarde à nouveau Jan et fouille dans sa poche pour en retirer une boîte de pellicule de film.

— Je l'ai trouvée à peu près une semaine avant que je ne te trouve toi.

Il ouvre le capuchon d'un coup de pouce et vide le contenu de la pellicule dans ma main.

— Je la réservais juste au cas où je le trouverais.

Dans sa paume se tient la moitié d'une cigarette sans filtre presque intacte.

— Je vais lui donner une fois qu'on sera sorti d'ici. Comme une surprise.

Peter le fixe.

— C'est un cadeau bizarre.

— Oh, tais-toi.

Il la remet avec précaution dans la pellicule.

— Un cadeau reste un cadeau. Je veux juste qu'il sache que je suis heureux qu'il vienne avec nous.

— Je crois qu'il le sait.

Peter l'observe ranger la boîte dans sa poche.

— C'est pas comme si t'avais pas arrêté de le coller.

— J'ai pas fait ça.

— Si.

— Donne une preuve.

— Hier soir. Vous étiez blottis l'un contre l'autre.

Les joues de Danemark prennent une teinte rouge peu flatteuse et il attrape Peter par la taille pour le jeter sur le lit.

— Va dormir.

xox

Le matin arrive trop vite.

Ce sont les mains rudes de Pays-Bas qui réveillent Peter, lui secouant les épaules et retirant les couvertures sur Danemark et lui, leur marmonnant à travers sa paille mâchouillée de se lever. Danemark fait savoir qu'il est réveillé en une confirmation floue, mais Jan n'y croit pas et le fait se redresser de force en l'attrapant par le col de sa chemise.

— Mettez vos manteaux, leur dit-il. On y va.

Danemark titube et bâille.

— Y a pas le feu, merde.

Il passe une main dans ses cheveux et donne un coup de coude à Peter.

— Le bordel en haut sera encore là dans cinq minutes. Allez p'tit gars, faut se lever.

Peter grogne dans le creux de ses bras mais obéit et se met lui aussi debout en titubant.

— L'est quelle heure ? marmonne-t-il.

Pays-Bas ne se retourne pas.

— Juste un peu avant l'aube.

— Comment ça se fait qu'on doit partir aussi tôt ?

— Parce que.

Danemark fronce les sourcils et aide Peter à mettre son manteau.

— T'es bizarre.

— Il est tôt. Je veux fumer.

Danemark ferme la fermeture éclair de Peter et sourit.

— Eh bien, avant qu'on sorte, j'ai un truc pour toi.

Il esquisse un geste vers sa poche mais Pays-Bas le coupe.

— Plus tard.

Il finit par se retourner.

— Vous êtes prêts ?

Le sourire du danois vacille.

— D'accord. Plus tard alors.

Il tousse.

— Ouais, on est prêt, continue-t-il en regardant les mains vides de Jan. Tu prends rien ?

— Non.

— Pas même de la nourriture ?

— J'ai pas d'sac pour l'emporter.

— Vieux, on peut t'en faire un. T'as toutes ces boîtes-

— Mathias.

Pays-Bas lui lance un regard dur.

— Je ne prends rien.

Peter finit de lacer ses bottes juste à temps pour remarquer le silence tendu qui s'est installé entre eux avant que Jan ne se retourne vers l'échelle et crache les morceaux fendus de paille.

— Maintenant dépêchez-vous.

Danemark secoue la tête et prend le sac de Peter.

— Il est plein de conserves, alors je le porterai pour l'instant, dit-il.

Il vérifie que Peter a bien ses lunettes autour de son cou et fait un rapide inventaire de leur sac une dernière fois avant de lever le pouce.

— Prêt. T'as tout ?

Peter hoche la tête.

— Tu ne portes pas ton masque.

— Je le mettrai une fois qu'on sera dehors.

— D'accord.

Ils rejoignent Pays-Bas au pied de l'échelle et il commence son ascension.

— J'y vais en premier.

Il fait un signe de menton à Peter.

— Tu passes ensuite comme ça je peux t'aider à sortir une fois que j'aurai dit que c'est bon, compris ?

— Compris.

— Bien.

Jan se met à monter rapidement et, bientôt, disparaît derrière la trappe, l'appelant quelques instants plus tard.

— Bon, Peter, commence.

Une pause.

— Hé, j'ai oublié la lampe torche. Tu peux la prendre ?

— Ouais, j'ai.

Danemark se tourne pour la récupérer pendant que Peter se met à monter à l'échelle. Comme elle n'est pas à sa place habituelle, il lui faut un moment pour la trouver. Il l'attache à sa ceinture et commence lui aussi à monter.

— Trouvée ! crie-t-il vers la sortie.

Il s'arrête à mi-chemin.

— Y a autre chose que t'as oublié ?

Silence.

— Jan ?

Il fronce les sourcils.

— Peter ?

Rien.

Il sent ses entrailles se nouer alors qu'il se hisse en haut de l'échelle aussi rapidement qu'il le peut avec le sac rempli de conserves sur le dos et le fusil cliquetant contre son flanc. Quelque chose ne va pas. C'est trop silencieux. Il arrive à la trappe et se hisse à l'extérieur.

Aussi tôt que ses pieds touchent le sol, quelque chose de froid vient dans son angle mort et se colle sur le côté gauche de sa tête.

— Bouge pas.

Il se fige.

— Putain Jan, qu'est-ce tu fous ?

— Arrête de parler.

Danemark tourne juste assez la tête pour que l'autre homme apparaisse dans son champ de vision. Il a un bras autour du cou de Peter, une main vissée sur sa bouche, apparemment peu soucieux du fait qu'il se débatte, terrifié, un revolver fermement pressé contre la tempe de Danemark. Il le force à faire un pas en avant, traînant avec lui Sealand, jusqu'à ce qu'ils se tiennent debout dans la cour de l'école à côté d'un tourniquet faisant face aux bois.

— Reste tranquille et dis rien, murmure-t-il, sa voix vide de toute émotion. Si tu essaies quoi que ce soit, je vous tue tous les deux.

— Jan, mais putain qu'est-ce-

La crosse du revolver entre violemment en contact son visage, si fort que sa tête tourne dans la direction opposée, tout juste capable de se rattraper avant que la botte de Pays-Bas rencontre le bas de son dos, le faisant tomber tête la première dans la cendre. Peter lâche un cri strident derrière la main de Jan, mais est encore une fois ignoré, l'autre préférant frapper Danemark dans le dos, la semelle de ses bottes laissant des empreintes cendrées sur le tissu déjà sale qui couvre sa poitrine. Pays-Bas siffle, si fort que son sifflement fait écho dans le silence de la cour, et donne des petits coups dans le flanc du danois.

— Debout. Et parle pas.

Danemark ne répond que par une toux. Le temps qu'il réussisse à se remettre sur pieds, sa joue a déjà viré au violet sous un flot apathique de rouge coulant à la naissance de ses cheveux et Peter tremble assez fort pour que la seule chose le maintenant debout soit le coude de Pays-Bas autour de sa gorge. Jan siffle encore et cette fois, le son est accompagné par des branches qui craquent et des bruits de pas. Il reste impassible quand un petit groupe émerge des bois, tous des humains, portant d'épaisses cordes et toute sorte d'instruments de ferme pointus.

L'une des personnes, un homme filiforme au visage froid, avance d'un pas, se démarquant des autres, et applaudit.

— Je ne pensais pas que tu le ferais.

— La ferme.

Pays-Bas repositionne son revolver sur la nuque de Danemark.

— Laissez-moi la voir où je les garde pour moi.

L'homme sourit. Même s'il est à plusieurs mètres, Peter peut voir que les quelques dents qui lui restent sont jaunes. Sans détourner le regard, il fait un signe de tête et deux autres hommes sortent des bois, traînant avec eux une blonde qui se débat, habillée de lambeaux, pieds et mains liés avec la même corde épaisse que plusieurs des personnes portent, bâillonnée par plusieurs couches de ruban adhésif faisant le tour de sa tête. Ils la font s'allonger sur le ventre devant eux et elle lève son visage strié boue pour regarder Jan d'un air suppliant.

Danemark écarquille les yeux.

— Belgique… ?

Encore une fois, le revolver pousse sa tête.

— Bel ? crie Pays-Bas, un éclat d'émotion apparaissant enfin dans sa voix.

Il avance.

— Bel, tu vas bien ?

— Elle va bien, répond l'homme à sa place. Peut-être un peu abîmée, mais on ne lui a pas fait trop mal.

Il sourit encore une fois, rendant Peter malade.

— Maintenant donne-les nous.

Danemark reste bouche bée et lâche d'une voix étouffée :

— Espèce de fils de pute… Tu nous échanges ?

Pays-Bas le pousse en avant.

— J't'ai dit de te la fermer.

Il attrape Peter par le dos de son manteau et le pousse dans les bras de l'homme aux dents jaunes. Tout de suite, l'homme l'attrape par les cheveux et lui redresse le visage pour lui sourire, le jaugeant de haut en bas avant de le passer à un autre membre du groupe.

— C'est le seul qu'on voulait vraiment en vie. Mais on prendra l'autre plus tard.

Encore une fois, le sourire tordu apparaît.

— Tue-le, fait-il en montrant Danemark. Et tu peux ravoir ta sœur.

— Ça faisait pas partie du marché.

— Maintenant si.

Pays-Bas serre la mâchoire et attrape Danemark par le cou pour l'obliger à se mettre à genoux, le museau du revolver venant se poser au sommet de son crâne une fois qu'il est assez penché.

— Danemark ! crie Peter. Laissez-le partir ! Danemark !

Danemark enfonce ses mains dans la terre et tente de jeter un regard à Jan.

— Putain, fais pas ça. Qu'est-ce qui te prend ?

— Je t'ai dit de fermer ta gueule.

— Non ! C'est quoi ce merdier ?

Il le pousse plus en avant.

— Arrête de parler, Dan. N'essaie même pas de me dire que tu ne ferais pas la même chose si c'était Norvège ou le reste d'entre eux.

— On aurait pu t'aider à la récupérer. On aurait pu-

Une fois encore le pistolet rencontre son visage et il tombe à la renverse dans la cendre. Peter se débat sauvagement entre les mains de l'inconnu, criant après Danemark encore et encore, et la bande d'humains rient entre eux alors qu'ils observent Danemark se redresser avec peine sur les genoux.

— Si tu étais vraiment mon ami, tu me laisserais faire ça.

Il attrape le danois par le col et le redresse.

— Pour son bien. Pas le mien.

Danemark crache du sang parterre.

— Et son bien à lui, hein ? fait-il en montrant Peter d'un coup de tête. Et ma famille ?

— Il n'aurait pas survécu dehors et tu le sais. Pas avec toi pour prendre soin de lui.

Il retrousse la lèvre.

— Regarde-toi. Tu ne peux pas voir, pas courir… tu ne peux même pas te défendre. Putain mais comment tu vas faire pour t'occuper d'un gosse ?

— C'est pas un gosse.

Pays-Bas ricane.

— Ferme-la.

Danemark réussit enfin à reprendre son souffle et plante ses doigts dans la terre.

— Et maintenant quoi ? Alors c'est ça ? C'est tout ? Après tout ça, tu vas juste nous vendre à ces enfoirés ?

— La famille avant le reste, Danemark. Ça a toujours été comme ça.

Danemark crache encore.

— Et t'es tellement lâche que tu vas me descendre par derrière ?

Il tourne la tête, le regard noir.

— Tu vas même pas me regarder droit dans les yeux comme un putain de vrai homme ?

— La ferme.

— Lâche.

— Je t'ai dit ta gueule, Dan.

Danemark raille. Il se retourne pour fixer Belgique, plonger ses yeux dans les siens.

— Tu vaux rien, enfoiré de merde même pas foutu de prendre soin de sa sœur.

Il se reçoit un coup ardu dans les côtes, le faisant se soulever du sol un moment. Il tousse, rit, roulant à nouveau.

— T'inquiète pas, Peter, dit-il quand l'enfant crie encore. Tout va bien se passer.

Il se remet à genoux et plante son regard dans celui de Pays-Bas.

— Ce con n'a pas les couilles pour le faire.

Pays-Bas enlève le cran de sécurité.

Danemark ne lui en laisse pas la chance. Il se rue sur la taille de Jan alors qu'il est encore trop furieux pour s'y attendre et décroche un poing dans sa mâchoire, l'étalant au sol et se mettant sur lui. Le revolver lui saute des mains et ricoche dans sur le sol et sous le tourniquet. Danemark bondit sur ses pieds, frappant vigoureusement Pays-Bas à la tête pour ne pas lui laisser le temps de reprendre ses esprits, ramasse l'arme et tire dans l'estomac de deux hommes s'approchant de lui, trop près pour qu'il puisse les rater, ne laissant plus que trois hommes devant lui. Ils tombent à ses pieds et il laisse tomber le revolver maintenant vide, faisant volteface, le fusil sur l'épaule, dirigé droit sur l'homme tenant Peter.

— Lâche-le ! vocifère-t-il. Tu me le rends et vous foutez tous le camp !

Peter glapit devant l'arme qui lui fait face et se remet à lutter, se tordant et criant, essayant désespérément de se libérer. Danemark a du sang qui coule le long de son visage et tout ce que Peter arrive à entendre est la voix joyeuse de Finlande dans sa tête.

« Il est vraiment nul au tir. »

L'homme aux dents jaunes se met à rire.

— J'pense pas, non.

Il passe une main dans son dos et libère son propre petit revolver de son holster.

— On connaît tout sur ton petit problème de vue. Tu vas pas tirer. Trop risqué. Tu pourrais toucher le garçon.

— Je t'ai dit lâche-le. Maintenant.

L'homme fait mine de lever son arme.

— Je ne crois-

Le fusil pétarde et Peter est jeté violemment vers l'avant, le visage soudainement mouillé et brûlant quand l'homme qui le tient tressaille et s'effondre en arrière. Il n'a pas la chance de réagir. Personne ne l'a. Danemark prend avantage du silence étourdi et se précipite vers Peter, l'attrape par la taille et le soulève, disparaissant vers la forêt juste au moment où l'homme aux dents jaunes se met à crier des insanités et ordonne à l'homme qui reste de les poursuivre. Danemark ne se retourne pas pour voir si c'est le cas.

Danemark le laisse mettre pied à terre dès qu'ils arrivent dans les bois, mais il est encore trop abasourdi pour faire un lien clair entre ses jambes et son cerveau et il trébuche, entraîné par les rapides enjambées de Danemark, et il lui faut plus d'un essai avant que son instinct ne fasse surface et il s'agrippe à la manche de l'adulte et se met à courir aussi vite que possible, aucun d'eux n'essayant de dissimuler le bruit qu'ils font alors qu'ils fuient. Les feuilles et les bâtons craquent sous leurs pieds et les branches les fouettent alors qu'ils s'enfoncent de plus en plus loin dans la forêt.

Il ne voit rien. Ses yeux sont poisseux d'une chose qu'il a trop peur d'identifier.

Danemark le tire sur le côté et ils roulent tous deux au fond d'un grand ravin, s'arrêtant devant les restes carbonisés d'un vieil arbre. Les racines tordues et entortillées sortent du sol, laissant une ouverture dans le tronc creux au-dessus d'eux. Il pousse Peter dedans et le suit juste après, son dos collé contre lui et ses mains crispées sur le fusil, faisant face aux racines, protégeant Peter de tout ce qui se trouve dehors. Il a le souffle court; humide et sortant en de rapides sifflements, ses épaules tremblent assez fort pour que l'arme dans ses mains tressaute contre l'écorce noire qui les entoure.

Peter ne sait pas s'ils ont couru longtemps, mais il sait qu'ils ne sont pas allés loin. Ils peuvent encore entendre les deux coups de feu qui explosent au loin ; l'un après l'autre, à peine un temps entre les deux, deux coups détonants qui se perdent dans le ciel gris.

Deux coups.

Deux balles.

Pays-Bas et Belgique.

Ils restent aussi immobiles et silencieux que possible pendant plusieurs minutes, écoutant juste. Peter peut sentir quelque chose d'humide et de chaud couler le long de son cou et il doit plaquer ses mains contre sa bouche pour s'empêcher de crier quand son esprit se met à lui fournir une idée de ce dont il pourrait s'agir quelque chose qui ne lui appartient certainement pas. Quelque chose qui appartient à l'homme dans la clairière. Il essaie de se distraire en serrant les poings dans le manteau de Danemark. Dans la pénombre, il peut tout juste apercevoir son visage. Il est en train de retenir son souffle mais sa poitrine continue de se soulever, presque comme s'il avait le hoquet, et il a du sang qui coule de son nez et d'entre ses dents serrées, nouvel incident dû à trop d'effort pour courir. Il peut l'entendre goutter sur le devant de son manteau et sur les sangles effilochées du sac, des petits plip plip qui ne devraient pas être aussi clairs dans le silence vide et austère qui les entoure dans les bois.

Personne n'est jamais venu.

Danemark se laisse aller en avant et vomit du sang parterre. Il a réussi à ne pas le faire sur Peter, mais les racines tordues ne sont pas assez pour cacher le résultat alors qu'il est plié en deux, retenu par ses bras tremblants, et tousse encore et encore jusqu'à ne forcer hors de sa poitrine que des râles humides se mêlant au sifflement aigu s'échappant d'entre ses dents serrées. Peter le regarde. Il le regarde trembler et haleter et tousser toujours plus, attendant qu'il se ressaisisse. Il a besoin que Danemark se ressaisisse parce qu'il a le sang et la peau d'un inconnu qui lui maculent le dos et il a besoin de son aide pour s'en débarrasser. Il a besoin que Danemark se ressaisisse parce que Danemark se ressaisit toujours.

Ce n'est que lorsque chaque crise de toux commence à se finir sur le prénom de Jan que Peter réalise que Danemark pleure.

Et, d'une certaine façon, cela l'effraie plus que les morceaux d'os collés à sa veste.

A suivre…