Quelques lignes : Et bien, enfin les vacances. Une semaine juste mais ça fait quand même du bien. Assez pour que je poste un nouveau chapitre. Je considère cela comme un exploit avec le rapport, les devoirs, le stage qui se prépare et le dur labeur qu'est la glandouille. J'vous jure, pire que la flemmingite aigue.

Mouais... J'vais continuer la fic avant de trop me faire crier dessus.

Bonne lecture


Ce fut le cœur battant la chamade et les yeux pleins d'étoiles filantes qu'elle rentra au pensionnat ce soir-là. Le portail était fermé bien sûr. On n'attendait personne à minuit passé. Xion fit alors le tour pour escalader l'enceinte là où elle était la moins haute. Ou là où on pouvait atteindre le sommet sans trop de difficultés.

Lorsqu'elle retomba de l'autre côté, elle eut l'impression que le choc était remonté jusqu'à son crâne. Elle n'avait pas particulièrement l'habitude de ce genre d'acrobaties et sauter d'un mur de plus de deux mètres de haut n'était pas son exercice favori. Si encore elle était gymnaste, elle y serait peut-être arrivée sans dommage.

Xion vérifia si elle était entière. D'abord les chevilles qu'elle fit jouer dans tous les sens, puis ses poignets et ses mains avec lesquels elle s'était réceptionnée.

Tout allait bien.

L'ambiance était juste plus lugubre qu'à l'habitude. Un pensionnat n'ayant à la base rien de vraiment attractif. Rajouté à une nuit sans lune et un vent léger qui faisait voler les papiers gras jetés au hasard, ça en devenait presque effrayant. En plus du chat noir qui traversait la cour en se dirigeant vers elle au petit trot.

Elle se releva et attendit qu'il arrive devant elle. Il s'assit sur son postérieur, enroula sa queue autour des pattes et la regarda fixement. Pendant plusieurs secondes.

Xion fut la première à perdre patience.

- Quoi encore ? fit-elle.

Il l'avait laissé seule avec Néo, d'accord. C'était déjà une chose dont elle lui était relativement redevable. Mais revenir comme ça sans prévenir…

Et puis, à chaque fois qu'il la regardait de cette façon, c'était parce qu'il avait quelque chose à lui montrer ou à lui apprendre. Quelque chose qui ne plaisait pas forcément à Xion.

Il eut un reniflement.

- Toi, tu es amoureuse, dit-il tout haut.

Alors là ! Vraiment, elle s'était attendue à tout sauf à ça.

- Quoi ? Je peux savoir d'où tu sors ça ?

- A tes yeux qui pétillent, ton grand sourire stupide et même au rouge qui te monte aux joues. Je n'ai même pas besoin de te demander comment ça s'est passé avec Néo, le simple fait que tu te caresses régulièrement les lèvres me suffit.

- Oui, c'est bon écrase…

C'était sa vie privée après tout.

- C'était agréable ? demanda le chat.

Xion se dit que le pire dans toute cette histoire, ce n'était pas les questions indiscrètes du chat, mais plutôt la façon dont il les posait. A la manière d'un enfant innocent.

- C'était chaud et doux, répondit-elle.

- Mais ?

- Mais je l'ai repoussé quand j'ai vu qu'il était trop pressé.

Elle porta la main à son menton.

- Tu peux m'expliquer pourquoi je te raconte tout ça ?

- Magie féline jeune fille. Tu comprendras quand tu seras grande. Allez viens, continua-t-il en se levant. J'ai quelqu'un à te présenter.

Elle le suivit dans le noir, guidée par les yeux jaunes qu'il tournait parfois vers elle. Tout en marchant elle repensa à la soirée.

En plein chantier, sur une plate-forme de manutention, l'endroit n'était pas idéal au romantisme. Pourtant, Néo l'avait embrassée après que l'étoile filante ne se soit écrasée. Elle avait d'abord sursauté, surprise de ce soudain contact sur ses lèvres. Puis elle s'était laissée aller. La chaleur dans son ventre l'avait empêchée de refuser quoique ce soit. S'il n'avait pas eu les mains aussi baladeuses dès le début, elle l'aurait peut-être laissé continuer.

Néo était tout simplement allé trop vite. Il l'avait entraînée sur un terrain qu'elle ne connaissait pas le moins du monde. La sensation d'une peau contre la sienne lui était nouvelle, on l'évitait depuis trop longtemps. Elle avait simplement eu peur de l'inconnu.

Elle suivait toujours le chat, presque inconsciemment. Ses pas résonnaient dans les couloirs vides, pas ceux du chat. Elle avait la désagréable impression d'être complètement seule. Ce soir, elle avait goûté à quelque chose qu'elle n'avait pas eu le temps de savourer. Et le simple avant-goût sur sa langue suffisait à la frustrer.

Le chat l'avait amenée jusqu'aux douches, devant la rangée de lavabos surmontée des miroirs. Il sauta sous l'un d'eux.

- Tiens regarde, ses cheveux ont un peu foncés depuis mais tu ne devrais pas avoir trop de mal à la reconnaître.

Le chat n'avait toujours pas de reflet. Mais son reflet à elle, il était différent cette fois. Elle s'approcha un peu plus pour voir.

Son reflet la dévisageait en silence, immobile comme elle l'était elle-même. Dans la pénombre, elle n'y voyait pas grand-chose aussi. Le chat rectifia cela en allant frapper l'interrupteur d'un coup de patte.

Ce reflet n'était pas le sien. Seuls les yeux bleus trouvaient leurs homologues. Le visage était semblable lui aussi. La différence majeure tenait dans leur chevelure. Xion savait très bien que ses cheveux étaient courts et noirs, un noir d'encre. Ceux de son reflet lui arrivaient aux épaules, d'un…

- De la couleur… fit doucement Xion. Ce n'est pas moi.

- C'est toi, sans être toi.

Xion passa un moment à regarder cette image qui lui ressemblait tellement, tout en étant terriblement différente.

- Arrête de la fixer comme ça, tu vas l'inquiéter, la prévint le chat. Elle ne doit même pas savoir qui tu es.

- Comment ça ?

- Vous ne vous êtes pas vues depuis sept ans. Tu trouves que tu ressembles à la petite Naminé blonde ? Pas moi en tous cas.

La fille l'observait aussi, l'air intrigué.

Le chat s'était allongé et regardait calmement la scène, se passant une patte derrière l'oreille de temps à autre.

- Elle… elle peut m'entendre ?

- Non, c'est un des problèmes du miroir. C'est un bon isolant phonique.

- J'ai l'impression que tu te fous de moi.

- Peut-être un peu, mais c'est dans ma nature. Si tu ne me crois pas, essaye de lui dire quelque chose. Ca va faire deux heures qu'elle attend ici pendant que tu bécotais ta star à lunettes.

- Si tu pouvais tenir ta langue sur ce sujet…

- On verra. Occupe-toi d'abord de ton reflet.

Xion tourna la tête vers le miroir. Il était couvert de buée et quelque chose avait été écrit dessus.

''Je cherche Naminé. Le chat m'a dit qu'il l'amènerait.''

Xion effaça le message d'un revers de sa manche et marqua à son tour.

''Naminé, c'est moi. Qui es-tu ?''

La fille traça deux caractères du bout du doigt. Ceux de son prénom. ''Kai'', la mer et ''Ri'', la raison.

''Je suis Kairi. Tu ne te rappelles pas ?''

Xion secoua la tête, Kairi eut l'air déçue puis elle porta la main à une mèche de ses cheveux et la tira devant elle avant de pointer Xion du doigt.

Cette dernière ne comprit pas et se contenta d'ébouriffer sa propre chevelure en y passant la main. Elle devait cependant admettre que les reflets qui jouaient de l'autre côté du miroir étaient magnifiques. C'était quoi comme couleur déjà ? Le chat lui avait dit qu'elles se connaissaient avant, alors elle avait du savoir de quelle couleur il s'agissait. Ca lui disait vaguement quelque chose…

''Ils sont tout noirs maintenant. Pourquoi ?'' traça Kairi.

Xion eut un rire durant lequel le chat sembla se réveiller.

- Tu peux nous laisser seules ? lui demanda-t-elle.

Il ne lui répondit pas et se contenta de déguerpir, sachant très bien qu'elles avaient besoin de se retrouver.

C'était étrange que la mémoire de Naminé se soit effacée de cette façon. Il n'y avait rien eu de vraiment choquant ou traumatisant il y a sept ans. Peut-être le tigre… On accordait certains pouvoirs à cet animal, pourquoi pas celui d'effacer la mémoire ? Le chat n'en savait rien. Les tigres, ce n'était pas son fort. Il préférait les sorcières. Celles qui lui avaient permis de voir la nuit, de marcher sans bruit et de bondir aussi haut.

Mais il n'y avait nulle sorcière dans ce monde gris. Il y avait Naminé et peut-être Néo. Lui aussi avait de la couleur après tout. Le chat se demanda si le jeune homme voyait aussi quelqu'un d'autre lorsqu'il se regardait dans une glace. Ca méritait bien une petite enquête que le félin se promit de réaliser plus tard. Si Naminé avait un lien avec Kairi, alors Néo aussi devait avoir une moitié quelque part.

Pas ce soir pensa le chat. Ce soir, il avait une ballade à chanter à la lune.


Les deux semaines passèrent à toute allure. C'était bien connu, le temps prenait un malin plaisir à accélérer pour nous rapprocher d'un évènement désagréable.

Deux semaines durant lesquelles Néo se rapprochait de Xion à petits pas mesurés. Deux semaines où chaque soir, la jeune fille se rendait devant les miroirs pour voir Kairi. Deux semaines qui lui permirent de reconstituer une petite partie de ses souvenirs sans qu'elle ne parvienne à se rappeler de la couleur des cheveux de Kairi.

Le soir de son départ, elle ne fit d'au revoir à personne mais elle eut l'agréable surprise de voir sa compagne de chambre lui lancer un tonitruant ''t'as intérêt à revenir ou j'pique ta moitié de chambre !''.

C'était la directrice de l'établissement qui l'amènerait à l'hôpital. Xion y resterait le temps de l'opération puis partirait chez elle. Avec son père. Aucune mention de sa mère n'avait été faite et c'était sûrement mieux ainsi. Autant retarder la confrontation le plus possible.

Le trajet se déroula sans encombre et trois hommes en blouse blanche l'accueillirent dès son arrivée. Ils l'amenèrent dans une petite salle où ils lui demandèrent de se déshabiller et d'enfiler une tenue qui ressemblait vaguement à deux immenses feuilles de papier que l'on avait agrafées ensemble. Une devant, l'autre derrière. Elle ne risquait pas d'avoir très chaud avec ça. On lui demanda ensuite de s'allonger sur un de ces lits à roulettes à l'air pas très solide.

Xion ne savait pas vraiment si elle devait s'inquiéter de l'opération en elle-même ou du fait qu'elle serait peut-être à demi consciente lorsqu'on l'ouvrirait en deux. En sachant qu'environ la moitié des endormis lors de pareilles opérations ne l'étaient pas réellement… Elle se serait peut-être même mise à prier si un des chirurgiens ne lui avait pas brusquement appliqué le masque sur le nez et la bouche.

- Comptez jusqu'à dix, lui dit-il avec un sourire artificiel.

Elle n'atteignit même pas le chiffre 3.


Lorsqu'elle parvint à entrouvrir les yeux, elle se crut retournée quatre ans auparavant. Lorsqu'elle était allongée sur ce lit d'hôpital, la poitrine serrée par les bandages qui tenaient ses côtes brisées et que son père la veillait en silence, assis sur une chaise qui semblait trop petite pour lui.

La scène était à peu de choses près la même.

Son père avait vieilli, ses cheveux et sa barbe étaient maintenant grisonnants, des rides barraient son front soucieux et il avait l'air encore plus abattu que la dernière fois qu'elle l'avait vu. Il paraissait plus petit que dans son souvenir aussi. Ou bien c'était elle qui avait grandi depuis.

Il posa une grande main rassurante sur le front de Xion en voyant qu'elle sortait doucement de son sommeil.

- Bonjour ma chérie, dit-il.

Elle ne répondit pas, tentant de se dégager de cette affreuse sensation qui l'étouffait, son corps entier était engourdi. Et l'affreuse douleur à son bas ventre l'effrayait.


Plus tard devant le miroir, elle contemplait la plaie qui courait sur son ventre de son nombril à sa féminité. La nausée n'était pas partie. Les médecins lui avaient dit que c'était une réaction post-opératoire. Elle avait plutôt l'impression d'avoir les entrailles à l'envers. Ils avaient du couper le mauvais morceau…

Xion rebaissa son t-shirt en soupirant. Les médicaments la fatiguaient beaucoup eux aussi. Mais maintenant qu'elle avait commencé le traitement depuis trois jours, elle n'allait pas l'arrêter.

Et puis elle était chez elle. Qu'est-ce qu'elle risquait chez elle ? Depuis trois jours. Elle avait retrouvé sa chambre, ses bibelots de verre couverts de poussière, son lit aux draps blancs qui avait été refait récemment et tout ses meubles. Et une surprise l'avait attendue. Quelque chose de grand, au moins plus qu'elle, et recouvert d'un tissu blanc. Elle l'avait tiré d'une main hésitante, presque tremblante. Elle avait été éblouie lorsque le tissu avait touché terre.

- Un miroir ?

- Oui, avait répondu son père près d'elle. Tu avais l'air de beaucoup apprécier celui qu'il y avait dans le couloir, je me suis dis que ça te ferait plaisir.

Elle avait passé ses doigts sur le cadre d'ébène, les avait fait glisser sur son reflet qui lui ressemblait traits pour traits à ce moment là.

- Alors ? Il te plaît ?

- Ou… Oui, bien sûr. Merci papa.

Elle avait prononcé ces mots d'une voix éteinte. Elle ne savait pas particulièrement pourquoi, mais ce cadeau l'inquiétait un peu. Comme si avec lui, les choses allaient se chambouler à jamais.

Sa mère n'était pas là. Sa mère n'était et ne serait plus là.

Elle était partie. Parce qu'elle avait voulu rayer Naminé à jamais de sa vie, mais pas son père. Ils s'étaient disputés et elle était partie en claquant la porte. Elle n'était même pas revenue chercher ses affaires.

Le chat bondit sur son lit et Xion le regarda longuement, se demandant ce qu'un coussin noir faisait brusquement sur son drap blanc.

- Houla ! Les cachets t'abrutissent on dirait.

Ce coussin venait de parler, il avait des yeux aussi, ainsi que quatre pattes. Elle ne chercha pas plus loin et s'allongea près de ce drôle de coussin, les bras de part et d'autre de la tête.

- Fais moi voir, fit le coussin à côté de son oreille.

- Voir quoi ?

- La marque sur ton ventre.

Elle releva à nouveau son t-shirt. Le coussin siffla.

- Ils ne t'ont pas loupée.

- Le chat…

Bien sûr que c'était le chat. Un coussin ne parle pas. Mais elle était trop fatiguée pour se sentir bête. Alors elle s'endormit.


- Tu crois que c'est une bonne chose que tu sois là ? demanda le chat à la silhouette qui se découpait dans la chambre.

Kairi avait traversé le miroir quelques minutes plus tôt et était restée à regarder Naminé dormir.

- Pour moi ? Ou pour elle ? fit la jeune fille.

- Les deux.

Kairi prit une inspiration.

- Pour moi, c'est peut-être dangereux, ce monde n'est pas le mien et tu m'as dit que les couleurs disparaissaient petit à petit.

Le chat hocha la tête. Naminé dormait toujours, roulée en boule dans ce lit qui avait toujours l'air trop grand pour elle. Elle avait perdu du poids ces derniers jours aussi, de sorte qu'elle n'avait plus que la peau sur les os.

- Après pour elle… Je ne sais pas trop. Elle a vraiment oublié beaucoup de choses et je n'ai aucune idée de si elle veut se les rappeler ou non, continua Kairi.

Perché sur la commode au milieu des bibelots de verre qui luisaient doucement dans la pénombre, le chat la fixait lugubrement.

- Et toi ? Qu'es-ce que tu veux ?

Kairi lança un regard à Naminé.

- La voir sourire. Comme avant, lorsque nous étions ensemble dans cette chambre.

- Pourquoi ?

- Parce qu'elle a un joli sourire.

- Le tien non plus n'est pas mal. Surtout quand tu la regardes comme ça, lança le félin.

Kairi détourna le regard. Mais elle avait beau essayer de regarder ailleurs, elle finissait toujours par tomber sur le visage paisible de Naminé qui dormait paisiblement.

- Je vais y aller. Donne lui ça de ma part.

Elle tira quelque chose de la sacoche qu'elle portait à la taille et le déposa sur la commode.

''Au même endroit qu'il y a sept ans'' pensa le chat.

Le coquillage en forme de spirale trônait fièrement devant lui. Le chat ne regarda même pas le départ de Kairi qui se fit sans bruit.

Ses yeux restaient rivés sur Naminé, habités de flammes oscillantes.

Qui peignaient les rêves de la jeune fille ce soir. Car le pinceau de cette dernière était déjà sec.


Elle s'était réveillée avec une envie de vomir plus forte qu'à l'habitude. Son crâne aussi lui faisait mal. Le chat ne l'aida pas beaucoup en bondissant près d'elle aussi vite.

- On t'a fait un cadeau cette nuit ! lança-t-il gaiement.

- Hein ? Un cadeau ?

L'animal fit un signe de tête en direction de la commode blanche. Naminé sortit de son lit avec quelques difficultés et tangua dangereusement jusqu'au meuble. S'y cramponnant pour ne pas tomber.

- Qu'est-ce que c'est ? marmonna-t-elle en prenant le petit coquillage dans sa main.

Il devait faire la longueur de son doigt, spiralé et décoré de dessins qui étaient bien trop géométriques pour avoir été faits naturellement. Coloré…

Mais de quelle couleur ?

''Allez ! Souviens-toi, c'est la même couleur que les cheveux de Kairi.''

Rien à faire. Le mot restait sur le bout de sa langue, comme si quelqu'un s'était amusé à visiter son esprit et à n'emporter que cette couleur là avec lui.

Elle lança un regard curieux au chat. Est-ce qu'il pouvait faire ça ? Ca ne l'étonnerait qu'à moitié après tout. Non, quand même pas…

Le chat était resté sur le lit.

Quoique… Il avait l'air assez filou pour le faire.

- Quoi ? fit l'animal en voyant que la jeune fille le regardait sans ciller.

- Non… Rien. Je me fais des films.

On toqua.

- Entre !

La seule réponse fut un autre toquement.

Naminé posa le coquillage et alla ouvrir la porte. Sauf qu'il n'y avait personne derrière. La jeune fille resta un moment interdite. Le son s'éleva à nouveau, derrière elle. Ca venait du miroir.

Kairi toquait sur le cadre en bois avec l'air ravi d'un gamin qui aurait réussi une bonne blague.

- Toi, fit Naminé en refermant la porte.

De l'autre côté du miroir, Kairi ouvrit les bras en grand. L'air de dire ''oui, c'est bien moi''.

Le chat la rejoignit. Il s'assit devant le miroir après en avoir fait le tour et s'être frotté au cadre d'ébène, le coquillage dans la gueule.

- Hé ! s'indigna Naminé. Rends-moi ça.

Il émit un miaulement frustré et lui rendit son bien. Naminé le porta à hauteur de ses yeux et de ceux de Kairi.

- Merci. Pour le coquillage.

Kairi hocha doucement la tête, signe qu'elle l'avait comprise.

Ce petit cadeau lui faisait plaisir, énormément. Il restait seulement le bémol de la couleur.

- Tu sais quoi ? fit le chat à ses pieds. Chez elle, ce genre de coquillage équivaut à une invitation.

- Elle m'invite ? demanda Naminé en baissant les yeux sur le félin qui semblait d'humeur joueuse aujourd'hui.

- Oui.

Il fit le tour des jambes de Naminé et retourna se poser sur le lit tandis que cette dernière levait à nouveau les yeux vers Kairi.

- Et je ne dirai pas le reste, c'est un code de couleur que tu devras apprendre toute seule ou avec l'aide de Kairi.

- Vraiment ? Mais je ne me rappelle pas de cette couleur.

- Ah ?

Tout en discutant, elle ne voyait pas le petit manège du chat qui se ramassait sur lui-même au bord du lit. Son aptitude à sauter haut et relativement loin allait lui permettre de jouer un bon tour ce matin. Kairi non plus ne l'avait pas vu. Parfait. Il ne manquait plus que la mise en scène et les deux filles lui avaient pré-mâché le travail.

- Allons, souviens-toi. Tu te rappelles de l'échasse. Le drôle d'oiseau, l'œuf et le poussin qu'elle t'avait mené. Il était noir, blanc et…

Il laissa sa phrase en suspens. Ca la ferait réfléchir un peu plus. Il ne fallait pas que ça dure trop longtemps non plus, sinon, l'une d'elles allait le voir.

- Noir, blanc et… marmonnait Naminé, dos au félin.

Le mot lui revint instantanément. Rouge.

Kairi l'invitait avec du rouge !

Elle lança sa trouvaille tout haut en se retournant vers le chat. Mais il n'était déjà plus sur le lit. Pendant quelques dixièmes de secondes, on aurait dit qu'il volait, libéré de toute loi de l'apesanteur. Il retomba pourtant de tout son poids sur Naminé qui bascula en arrière.

Elle retomba dans les bras de Kairi, de l'autre côté.

- Et bien, tu en as mis du temps à te décider, fit cette dernière.

- On va dire… qu'on m'a quand même aidée… maugréa Naminé en lançant un regard assassin au chat qui jubilait de l'autre côté du miroir.

Le visage de Kairi s'illumina.

- Contente de te revoir ici.

- Oui. Moi aussi.