Chapitre 10 :

Yann rentra au commissariat, accompagné de ses effectifs. La nuit était tombée depuis un long moment, et le froid s'était fait rude. Il était gelé, il était fatigué, mais surtout il était énervé. Ils avaient ratissé le tout Paris pendant plus de 8h ; mais rien. Aucun signe de vie, aucun témoignage pouvant leur indiquer ou se trouvait Antonin. Et par les températures glaciales de ce mois de décembre, il s'était étonné à prier un dieu auquel il ne croyait pas afin que ce dernier prenne soin de l'enfant, peu importe l'endroit où il se trouvait.

Son énervement avait été perçu par tous, et personne n'osa lui adresser la parole lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent. Même pas Louis, qui se promit d'aller lui toucher deux mots lorsqu'il se serait calmé. Du moins légèrement.

Yann força l'allure et claqua la porte de son bureau. Il ne savait plus quoi faire, et surtout il n'avait aucune idée de comment l'annoncer à Kévin. En revanche, il savait déjà la réaction que son mari allait avoir en l'apprenant. Et il n'était pas en état de se disputer une fois de plus. Les derniers jours avec lui s'étaient faits peut-être trop calmes à son goût, mais pas une seule fois un éclat de voix n'avait retenti. Il aurait voulu préserver cette tranquillité, mais il savait d'avance le résultat.

Pas la peine de tourner cette situation dans tous les sens. Autant en finir maintenant. Et c'est en se forçant au calme qu'il sortit pour se mettre en quête de son mari.

Il entra dans le bureau de Franchard avec sa tête des mauvais jours, ce qui ne fit pas ciller Louis.

Louis : Toujours pas calmé ?

Yann décrocha son premier sourire depuis la matinée. Le commandant avait le don et l'intonation pour le détendre.

Yann : Plus sérieusement, t'aurais pas vu Kévin. Ça fait 20 minutes que je tourne en rond. J'ai même été voir à la BAC et je l'ai pas trouvé.

Louis : Il est peut-être sorti pour son enquête ?

Yann : Il m'aurait prévenu. Et sa veste est dans son bureau.

Louis : T'as essayé de l'appeler ?

Yann : Qu'est-ce que tu crois ?

Louis : Ok, ok, j'ai rien dit !

Louis se leva et tapa amicalement dans le dos de son supérieur.

Louis : T'inquiète pas, il ne doit pas être bien loin.

Il s'avança dans le couloir, mais se retourna vers Yann, toujours immobile.

Louis : Tu fais quoi, là ? Tu prends racine ?

Yann se retourna, une nouvelle fois le sourire aux lèvres. C'était grâce à des personnes comme Franchard que son boulot était supportable.

15 minutes plus tard, Yann, le portable toujours à l'oreille ; Louis, aux aguets ; ils revinrent penauds dans leur service.

Yann : Ça c'est franchement la meilleure ! C'est moi qui lui cours après, et c'est lui qui s'enfuit ! (puis devant le regard malicieux de Louis) : Tu sors ta connerie, je t'arrache la langue !

Louis : J'ai rien dit.

Yann : Tu fais bien !

La colère de Yann était revenue

Louis : T'as pensé aux archives ?

Yann : Quoi les archives ?

Louis : T'as été voir tout à l'heure ?

Yann : Qu'est-ce qu'il aurait été y foutre ?

Louis : Y'a vraiment des jours où je me demande comment il fait pour te supporter

Yann : Y'a vraiment des jours où je me demande comment je fais pour me supporter.

Louis : Y'a du progrès ! Aller, viens

Il le saisit par le bras et l'entraîna vers la salle en question.

Kévin : T'as pas t'en faire, comme je te l'ai dit quand je suis venu te voir, il y a des gens qui s'occuperont de toi. Des gens très gentils.

Antonin : Je veux pas.

Yann : Comment ça quand t'es allé le voir ?

Kévin sursauta à la voix rageuse de son mari et se retourna.

Kévin : Yann ? T'es… T'es là depuis longtemps.

Yann : Assez pour avoir entendu ce que j'avais à entendre.

Il se redressa et tourna les talons. Kévin regarda tour à tour Louis puis Antonin avant de se relever.

Kévin : Louis, tu peux rester avec lui ?

Louis : File

Kévin se hâta dans les couloirs, entendant le claquement violent d'une porte. Il se dirigea vers le bureau de son homme, respirant un grand coup, calmant son anxiété. Il savait qu'il aurait dû prévenir Yann dès l'instant où il avait vu Antonin, deux heures plutôt, en face du commissariat. Sa surprise avait été telle qu'il avait perdu l'équilibre pour se retrouver sur les fesses.

Il savait qu'il avait enfreint le protocole de l'enquête en allant rendre visite à Antonin. Il savait que ça aussi, il aurait dû le dire à Yann. Et il savait que la dispute qui allait suivre allait être mémorable.