10.
Albator ne décolérait pas.
- Warius, tu dois me retrouver mon garçon !
- Je fais ce que je peux, Albator. Mais il n'est accusé de rien, il y a un minimum de quarante-huit heures à attendre pour un avis de recherche officiel. Et il n'est pas non plus un déserteur de ma Flotte, je n'ai pas le pouvoir de lui lâcher mes limiers, ou de quémander l'assistance d'autres gouvernements !
- Mais on ne peut pas laisser Alie dans la nature ! continua de se révolter Albator. Il était à l'astroport, il doit bien y avoir moyen de le pister à partir des enregistrements ?
Warius secoua la tête de façon négative.
- Les caméras qui l'ont filmé étaient trop dispersées pour qu'on puisse réellement suivre sa progression, poursuivit-il en raisonnant à voix haute. Ensuite il s'est glissé dans les entrepôts des containeurs et on l'y a perdu. Comme je disais, ton gosse sait comment embarquer clandestinement depuis ses quinze ans !
- Je n'ai jamais oublié qu'il s'était glissé sur ton Karyu. Mais cela ne nous aide pas à le récupérer. Il doit être dans un état de détresse épouvantable, il est capable de tout commettre, et surtout le pire !
- Mais il a ses fils ! protesta Warius. Ils étaient déjà parmi ce qu'il avait de plus précieux dans sa vie, et ils sont le souvenir vivant de Danéïre ! Comment Alérian a-t-il pu simplement s'enfuir sans un regard pour eux, sans se soucier un instant de leur devenir ? Je ne comprends absolument pas !
- Moi non plus, avoua Albator, effondré dans un autre fauteuil du salon, sa tasse de café refroidissant. Il aurait dû se reporter inconditionnellement sur ses fils, se raccrocher à eux, comme eux à lui. Mais comment anticiper une réaction face à un deuil aussi épouvantable ? Alérian ne faisait que des projets d'avenir et tout s'est terminé alors que les semaines à venir n'auraient dû être que bonheurs !
Albator détourna légèrement la tête, faisant de fait tiquer son ami à cinq étoiles.
- Albator ?
Du poing, le grand brun balafré frappa la table à côté de lui.
- Il y a quelque chose d'autre. Ça le ronge encore plus que le décès d'Alie, je dirais… Oui, il s'est passé quelque chose, dont il ne peut parler, qui l'a détruit et fait croire qu'il n'avait aucun espoir… Si seulement je pouvais comprendre… Mais quoi qu'il arrive, il faudrait que je sache où il a pu partir se terrer, enterrer son chagrin !
- Aucune idée ? hasarda Warius.
- Si j'en avais une, je serais déjà reparti ! Toshiro examine lui aussi les enregistrements de l'astroport, mais il n'en tire également rien, avoua son ami borgne et balafré.
Les deux hommes soupirèrent, demeurant silencieux, une nouvelle nuit tombant sur la région, pour une soirée supplémentaire dans la tristesse et les interrogations quant à l'avenir.
Alden et Enysse couchés, dormant d'un sommeil agité, ne réalisant absolument pas ce qui s'était passé au cours des soixante-douze dernières heures, les adultes étaient demeurés devant la fausse cheminée.
- Je ne repars pas dans la mer d'étoiles, annonça Albator. C'est ici que l'on a le plus besoin de moi ! Il y a mes deux petits-fils, il faut reconstruire leur vie. Chalandra et Enysse repartiront pour Heiligenstadt, c'est notre fief après tout, même si nous n'y sommes plus rien depuis longtemps !
- Tu vas continuer de chercher Alie, une fois ses fils en sécurité ici avec leurs grands-parents, aimés ? comprit Warius en prenant la tasse de thé servie par Marina.
- Je n'arrêterai jamais, même si je dois y passer ma vie ! gronda Albator. J'espère lui mettre la main au collet bien avant cette échéance malgré tout !
Refermant son programme de comptabilité, Yéda posa son ordinateur sur une tablette basse du guéridon près de son canapé.
- Cet après-midi, j'étais en train de faire du tri dans les documents personnels de Dana, pour l'inhumation, pour la succession. J'ai trouvé un échange de courriers avec Alie, quand ils ont su pour le sexe du bébé finalement – la curiosité a fini par être la plus forte ! Il semble qu'ils aient fini par tomber d'accord sur le prénom d'Alastor.
- Mais c'est un prénom démoniaque ! protesta Albator.
- Qui sait, peut-être qu'ainsi il sera naturellement armé pour se défendre dans cette vie si cruelle, soupira Yéda, son époux approuvant de la tête.
- Si seulement c'était si simple, soupira le grand brun balafré, se détournant, le cœur plus lourd que jamais, ne sachant où chercher son fils et commençant simplement à se demander s'il le reverrait un jour !
