Je me souviens encore de ces lumières qui avaient passé du corps de Baekhyun au mien le premier soir où nous avions fait l'amour. Depuis, bien qu'elles n'arrivent plus, dans ma tête, je peux les revoir encore et encore entre ses bras… et dans les yeux de mon fils.

Kai n'est pas seulement un très beau garçon. C'est une merveille du monde. Il est aussi timide et malicieux que son père, mais il a aussi ma curiosité et selon Baekhyun, mon entêtement. Le petit et moi, on appelle ça de la persévérance. Il a aussi ma bouche et ses yeux, son rire et mes tics quand il réfléchit. Je n'aurais pas trouvé un meilleur rival pour Baekhyun dans mon cœur.

Notre boîte venait de sortir la troisième suite de notre franchise « Babel is down, b*** ! (La Tour de Babel infernale) » et même si la deuxième avait été accueillie un peu plus tièdement, sans doute l'effet de mode qui était passé, nous avions complètement rénové le gameplay et introduit de nouveaux personnages (dont un mode « junior » où tous les persos sont des enfants !). Les premiers retours étaient déjà très positifs ! Tellement positifs qu'un troisième membre venait de s'insinuer dans l'étroit duo que nous formions, Umayyah et moi : Fanny, une fan et développeuse comme nous qui était tombée sur notre jeu et avait demandé un autographe à mon amie… et elles avaient toutes les deux fini par avoir bien plus que ce qu'elles avaient espéré. Evidemment, j'étais un peu tombée des nues en apprenant la nouvelle. Je crois que son ange-gardien Adam aussi. Mais vous les verriez toutes les deux, vous ne pourriez pas résister à l'envie de les voir toutes les deux toujours heureuses, quoi que disent leurs parents respectifs... Umayyah était très courageuse, j'étais ravie pour elle qu'elle et Adam aient enfin mis fin à la quête de son bonheur.

Fanny avait aussi amené son petit lot à notre groupe : une petite Leïla, réservée et ronchonne, mais qui s'est très vite détendue et ouverte au contact d'un certain Kai sauvage : à à peine quatre et cinq ans, même à onze heures du soir, il est impossible de les tenir en place, tous les deux ! La seule capable de cet exploit en ce doux soir d'avril était ma meilleure amie. Ce soir de Lailat al Miraj où elle passerait la nuit blanche avec Adam à prier, elle avait passé tout son week-end à illustrer un petit conte qui racontait les origines de cette fête dans leur culture. J'avais moi-même appris beaucoup de choses grâce à elle : son nom signifie « la nuit du voyage ». Elle raconte la nuit où le prophète reçut une visite de l'Ange Gabriel qui lui dit de se rendre à Jérusalem pour recevoir les commandements du Coran, dont celui des cinq prières. Depuis, les familles musulmanes se réunissent autour du début du printemps pour prier toute la nuit comme il l'a fait, faire la fête et se transmettre son histoire et leur foi, d'un membre de la famille à l'autre. Je trouvai particulièrement touchant le message qu'Umayyah cherchait à nous faire passer à travers son petit rituel. Je crois que Fanny aussi, même si ça ne faisait que peu de temps qu'elles sortaient ensemble. Ses illustrations étaient aussi bluffantes, aussi réalistes et humbles que celles de notre jeu étaient délirantes et flashy. Les enfants l'avaient beaucoup aimée. Tellement aimés qu'ils ont fini par se poser pour écouter l'histoire puis, bercés au rythme d'une petite berceuse en fond que seuls eux pouvaient entendre (merci Adam !), ils ont fini par s'endormir au fond du canapé alors qu'on continuait tranquillement nos conversations de grands. En les voyant assoupis, Baekhyun et moi les avons amenés dormir dans notre chambre. Alors que Kai s'accrochait instinctivement à moi dans son sommeil, je sentis un doux regard suivre mes mouvements tandis que je galérais pour l'allonger dans son lit.

« Viens m'aider au lieu de faire ton papa gâteau, chuchotai-je.

-Attends deux secondes.

Alors que j'étais enfin parvenu à le border, un flash traversa soudain la pièce et je me tournai, vers mon mari, agacée, alors que mon fils grogna, réveillé. Pour seule réponse, Baekhyun rangea son portable en me regardant de son air le plus mignon, désolé.

-T'as bien de la chance d'être le père de mon enfant, monsieur B.

-Je peux voir la photo, papa ?

-Oui, je peux lui montrer, ma Lili préférée ?

Prise en traître par les deux hommes les plus craquants de la planète, je soupirai et fit mine à Baekhyun de s'approcher sans bruit tandis que notre fils s'asseyait sur son oreiller.

-Mais après au lit, il est tard. Et attention de ne pas réveiller Leïla. Elle dort, elle !

-Oui, oui. Ouah, maman, c'est trop beau ce qu'il a fait, papa !

-Il faut dire que j'avais un beau sujet, répondit son père alors que je sentis une main me caresser la hanche et commencer à descendre de plus en plus bas.

J'en rougis si fort que je n'aurais pas été étonnée de me voir briller dans la semi-obscurité.

-Idiot, marmonnai-je en remontant sa main mais en gardant la mienne posée dessus, ce qu'il sembla apprécier étant donné le énième regard attendri qu'il glissa vers moi.

-Dis, maman, y'a une tête là, dit Kai en tapotant l'écran du portable au niveau de la fenêtre.

-Comment ça, une…

Avant que j'aie le temps de finir ma phrase, un tapotement se fit entendre au carreau de la fenêtre, suivi d'un glapissement de Leïla qui se redressa dans son lit et désigna de son doigt tremblant la fenêtre : une main potelée tapotait sur le carreau, accompagnée d'un visage d'enfant qui pleurait en tenant ce qui semblait être une poignée de plumes.

-Tout va bien, les enfants? Nous entendîmes la voix de Fanny appeler avant qu'elle n'aille voir sa fille. Pleure pas, chérie, t'as juste eu un cauchemar. Il n'y a rien !

Après qu'elle soit partie, Baekhyun et moi nous regardâmes, puis il courut avec Kai à la fenêtre pour lui ouvrir. C'est ainsi que nous découvrîmes tous les trois une petite angelotte qui s'avançait dans la nuit noire, pieds nus, en se tenant une aile.

-Bonjour, c'est ici qu'il habite, Kai ? demanda-t-elle poliment en retenant ses reniflements. Je cherche sa maison. Mais comme j'ai atterri dans le noir, je me suis cassé une aile, expliqua-t-elle en nous la montrant et en se remettant à pleurer.

Je ne saurais dire ce que j'avais ressenti à ce moment-là : de la stupeur, de l'angoisse, de la joie, un peu de tristesse aussi… mais elle disparut aussitôt que Baekhyun me prit la main et me fit le regarder droit dans les yeux. Alors je me souvins que nous nous étions dit beaucoup de choses, mais celles à notre mariage n'auraient pas pu être plus vraies qu'à ce moment : dans la maladie comme dans la santé, dans la richesse comme dans la pauvreté, jusqu'à ce que la mort nous sépare, nous garderions les choses sous contrôle. Avec un sourire, j'invitai l'ange à entrer ce qui, évidemment, remit Kai sur pied, plus éveillé que jamais.

-Tu viens d'où ? T'es arrivée comment ? Comment tu t'appelles ?

-Krystal.

-Ne t'inquiète pas, dit Baekhyun avec un petit rire alors que Krystal s'était instinctivement collée à lui. Il est excité mais il n'est pas méchant. Tu verras, on s'y accroche très vite. Je sais que tout est nouveau pour toi, ici. On va tout t'expliquer, ne t'en fais pas.

Son (récent) métier d'instituteur commençait visiblement à lui coller à la peau. Il savait d'instinct comment s'y prendre avec eux maintenant, tout comme il était ravi de partager avec eux tout ce qu'il savait de notre monde. Cela sembla rassurer Krystal qui sécha ses larmes.

-Merci, monsieur. Merci, madame.

-Dis, elles sont jolies tes ailes ! S'exclama Kai en louchant dessus. Tu me les prêteras ?

-On va peut-être attendre un peu pour ça. » Répondis-je précipitamment avant qu'il ne se mette sérieusement à considérer cette option à l'avenir.

Baekhyun rit. Même Krystal nous donna droit à un petit sourire face à la mine boudeuse de son nouveau protégé. Bien sûr que j'étais encore un peu inquiète quant au futur de ma famille. Mais au fond, je pense que ce sentiment ne partirait jamais vraiment. Et c'était tant mieux. En gardiens nous aussi, Baekhyun et moi ferions de notre mieux. Nous étions prêts.

Je n'ai pas vu mon ange partir. Il est resté à mes côtés même quand il avait toutes les raisons d'arrêter. Au lieu de ça, il est prêt maintenant à voir son fils grandir avec moi et surveiller sa disciple de près. Mon père n'a pas cette chance. Il a manqué de peu le bonheur parfait avec ma mère et il restera toujours le sentiment qu'elle est partie trop tôt, même si on a accompli beaucoup de choses ensemble tous les trois. Pour autant, il est heureux de voir ce que je suis devenue. Même si j'ai frôlé le malheur absolu, on m'en a tiré. J'ai commencé une famille et je suis heureuse avec elle.

Etre invincible ne veut pas dire jamais chuter. Tout comme être heureux ne veut pas dire ne plus jamais avoir d'ennuis. On chute et on se relève. On apprend. Et surtout, on ne le fait pas seul. Jamais seul.

FIN.