10.
Albator et Oshryn avaient fait le point à bord du Firestarter.
- Nos vaisseaux ne peuvent plus avancer. Nous sommes bloqués… Une hypothèse, Lieutenant Ludjinchraft ?
- Demrod emmenait Alérian vers la Zone des Abysses. Il s'est téléporté durant la nuit, il y a trois jours, comme vous ne l'ignorez pas, Albator. J'espère qu'il est arrivé à bonne destination, et en un seul morceau.
- Et moi donc !
- Pour le, ou plutôt les murs, qui nous empêchent de progresser, quelle que soit la direction que nous tentions de prendre pour suivre la piste de mon fils, poursuivit le grand Pirate balafré, j'attends toujours votre supposition, Oshryn ! ?
- Les Juges ? hasarda le second blond du Firestarter.
- Non, non ! se récria Albator en se levant de la table de réunion pour faire les cent pas. Ils sont pétrifiés. La colonel Krovik y a veillé, et Alie a avalisé cette opération surnaturelle. Ils ne peuvent s'être ranimés !
- Alors un autre Juge, ou une autre horreur surnaturelle ! grogna le second du Destroyer. Je ne suis pas familier du bestiaire auquel Alie se collète depuis toutes ces années !
- Tout comme moi, reconnut Albator. Je n'ai pas assez d'imagination pour arriver à deviner… Si seulement j'avais lu autant de livres que lui, au lieu de ne rêver qu'à guerroyer à tout-va, pour tout perdre… Dans l'ordre, presque : le Deathshadow, Maya, mon avenir de Militaire, et l'ignorance du fils qu'elle avait mis au monde ! Alie a toujours eu la meilleure part. Il s'est forgé une solide instruction et ça l'a aidé à briller en tant que guerrier !
- Mais là il semblerait que nous soyions les seuls à pouvoir encore lui venir en aide, releva Oshryn, froidement, presque avec du reproche dans la voix. Alérian s'est téléporté il y a trois jours au Sanctuaires des Juges. Il aurait dû reprendre contact dans les instants suivants ! Tandis que là…
- Je ne suis que trop au courant ! grinça encore le grand Pirate balafré, martelant le mur de son poing.
- Appel de Warius, renseigna Toshiro depuis l'Arcadia.
- J'arrive, Albator, surtout ne fais rien !
- Comme si je pouvais bouger le petit doigt. Et toi, tu ne pourras plus, mon vieil ami. Reste bien sur Déa, avec ta petite famille !
- Trop tard, je suis à quelques heures de vol de vos coordonnées de paralysie !
- Impossible, marmonna Albator. Cette distance, avec le Karyu, même des réacteurs supra-subliminiques…
- Je viens avec une amie, elle dope le Karyu. Et je viens aussi avec une autre… enfin, quelqu'un d'autre.
Albator et Oshryn pâlirent.
- Non, ne me dis pas que tu as… souffla Albator.
- Bien sûr que si, il n'y avait pas d'autre solution. Et j'ai l'aval des plus Hautes Autorités !
- Tu as pété tous tes câbles, vieil Amiral !
- J'ai le seul allié possible à Alérian avec moi. Désolé pour nos orgueils, à tous les trois – car je vous prie de croire que je me suis fait violence – mais il n'y a qu'elle pour tenter quelque chose s'il est arrivé le pire à Alie ! Je ne serai plus très long à faire la jonction !
- Sans vouloir vous contrarier, Amiral Zéro, vous ne pourrez pas progresser plus que nous, une fois à nos coordonnées ! intervint Oshryn Ludjinchraft.
- J'amène le « colis », la suite la regarde !
- Je n'aime pas ton plan, marmonna Albator, la prunelle noire.
- Tu en as un autre ?
- …
- Désolé, mon ami, souffla Warius en mettant fin à la communication.
Se tenant devant la grille de la cellule des ponts souterrains de son Karyu, Warius fit à nouveau face à Itha Krovik.
- Nous serons bientôt à destination. Vous êtes prête ?
- Mais je n'ai aucune idée de ce que j'ai à faire !
- Vous improviserez. Alérian a ce talent développé au plus haut point ! Ressentez-vous quelque chose de surnaturelle, Krovik ?
- Non, je suis naturelle !
- Pas du tout ! aboya Warius. Vous êtes une hybride qui ne devrait même pas exister, Alérian a tout rapporté dans un rapport confidentiel à ma destination. Au delà de mon insulte, ou pour ce qui pourrait en paraître une alors que je ne fais qu'énoncer une vérité, je relève votre nature surprenante. Et Alérian Rheindenbach en a besoin plus que jamais ! Eveillez-vous aux pouvoirs en vous, Krovik, et étincelez à votre tour !
- Je ne comprends rien… Et bien que je veuille aider, je ne sais pas quoi faire…
- Pour avoir côtoyer Alie toutes ces années, vous saurez le moment venu !
Warius appuya sur un bouton du boîtier de commandes.
- Vous êtes libre à ce bord, Krovik. Mais ne sauvez que l'Amiral Rheindenbach sinon je vous flingue moi-même !
- Bien.
Et bien que sa cage se soit ouverte, Itha demeura sur sa banquette scellée, dans sa tenue fushia de prisonnières, à se torturer les méninges autant qu'à se tordre les mains.
« Alie, je n'ai jamais rien compris… Comment pourrais-je vous aider ? Je ne le peux pas. Je vais décevoir tout le monde. Mais qu'importe, je n'ai plus aucun avenir ! ».
Se rallongeant sur son lit-banquette, Itha ferma les yeux et se rendormit.
