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Comme des enfants
Note de l'auteur : Chapitre 10 et on est encore loin de la fin, cette fois-ci. Des réponses supplémentaires, Jim qui cogite trop, Pavel et Hikaru qui se rapprochent. Bonne lecture et merci de vos commentaires!
Bermimpi, point de vue du Capitaine James T. Kirk.
Derrière la vitre du guichet, se trouvait un homme que nous ne connaissions pas encore, comme nous nous y attendions. Cette fois-ci, je n'y allai pas par quatre chemins et nous présentai tous les trois directement, en expliquant qui nous étions, ainsi que le but de notre visite. L'individu nous dit s'appeler Blaise Wilkins et ne sembla pas vraiment surpris de nous voir. Il nous apprit que son prédécesseur de la veille lui avait expliqué que nous allions certainement revenir. Ce qui le surprit, en revanche, fut que nous venions d'ailleurs. Les connaissances que nous venions d'accumuler quelques instants auparavant le déconcertèrent également. Il refusa cependant d'aborder le sujet qui avait tant bouleversé la personne que nous avions croisée devant l'entrée, un peu plus tôt. Cela ne m'étonna pas vraiment, quand il évoqua une politique de confidentialité en ce qui concernait les rêves qu'on venait lui raconter. L'inquiétude qu'il essayait de cacher ne m'échappa pas pour autant. Quelque chose clochait. Mon sixième sens me démangea méchamment. Je n'avais aucun mal à croire qu'il n'avait pas le droit de discuter de ce que les citoyens lui confiaient, mais cela parut l'arranger un peu trop. Il n'était pas tout à fait honnête et la conversation tourna vite en rond. Je décidai alors de parler du contenu de nos propres songes, sans trop entrer dans les détails.
« Vous êtes apparemment au même niveau que nos enfants. Les jeunes doivent apprendre à contrôler leurs voyages oniriques. En attendant qu'ils y parviennent, ils dorment avec des électrodes sur leurs tempes. Cela bride l'effet des ondes bêta, pour éviter l'épuisement chronique auquel vous êtes confrontés actuellement. Ils sont considérés comme adulte, à partir du moment où ils parviennent à maîtriser le vol, dans leurs rêves. C'est un exercice très compliqué. Si vous souhaitez rester ici un certain temps, nous pourrions vous fournir suffisamment de matériel pour tout votre équipage. Car, à long terme, vous subirez des dommages psychiques importants, si vous vous obstinez à rester sans protection. Si certains d'entre vous pensent ne pas être atteints parce qu'ils dorment normalement, ils se leurrent. Si leurs songes sont insignifiants, il est normal qu'ils ne s'en souviennent pas. C'est le cas, uniquement si vous devez régler un problème important. Si nous nous rappelions de tout, nous serions déjà devenus fous depuis longtemps. » Nous expliqua-t-il, patiemment.
Il était vrai que je n'avais même pas pensé aux enfants. Si être considéré comme eux par cet homme, me vexa quelque peu, je me gardai bien de faire le moindre commentaire et acceptai volontiers sa proposition.
« En ce qui vous concerne, je ne saurais dire quoi que ce soit. Je suis loin d'être un spécialiste et je ne sais rien de votre espèce. » Ajouta-t-il, en s'adressant à Spock. « Mais, par précaution, je vous conseille également de vous équiper pour les prochaines nuits. »
Mon compagnon approuva la recommandation et cela me rassura. Je préférais le savoir en sécurité. Bones parut surpris par l'ampleur du danger auquel nous nous exposions depuis des jours. Je vis bien qu'il s'en voulait de ne pas avoir pris des mesures avant. Mais, Blaise lui assura que la fatigue, qui était l'effet secondaire premier, anéantissait la volonté de quiconque étant incapable de s'en préserver. Les conséquences, après un certain temps, étaient catastrophiques. Apparemment, nous nous serions tout bonnement laissé mourir. La perspective n'avait rien de réjouissant, et je me demandai si j'étais prêt à prendre le risque que leurs machines ne fonctionnent pas sur nous. Nos espèces différaient sur des points encore inconnus et il serait beaucoup trop fastidieux de les étudier tous, en très peu de temps. Nous n'avions donc d'autre choix que de partir, ou d'essayer et d'attendre.
Cela ne nous prit que quelques minutes, pour décider de suivre la deuxième option. Maintenant que nous avions établi un vrai contact, nous ne souhaitions pas simplement nous en aller comme ça. Nous devions encore aborder le sujet de la fédération, savoir si ça les intéresserait d'en faire partie, ce qu'ils avaient à nous apporter. Vu qu'il n'y avait aucun représentant officiel, la tâche ne serait pas aisée et dans mon état actuel, je ne me sentais pas les épaules pour m'adresser à tout un peuple, sans intermédiaire. En attendant d'aller mieux, dans un ou deux jours d'après Blaise, si tout se passait bien, je me renseignai auprès de lui sur leurs différents médias. Pour savoir comment nous pourrions les utiliser.
« Nous avons des journaux, en format papier et électronique. » Répondit-il.
« Avez-vous des personnalités phares que tout le monde connaît ? Des célébrités ? » Demandai-je.
« Non. Les informations ne sont pas véhiculées par une personne en particulier. C'est du travail d'équipe. Notre société se base sur une équité parfaite. Aucun ne doit être considéré comme plus important qu'un autre. Les richesses sont distribuées de manière égale. Et puisqu'il est généralement assez rare de rêver d'individus que l'on ne connaît pas ou qui ne sont pas dans notre entourage proche, il n'y a pas un homme ou une femme que chacun serait capable d'identifier. »
La nouvelle me contraria. Nous n'avions pas d'autre solution que de faire publier un article parlant de nous, de Starfleet, et qui appelle à un vote, pour décider de nos prochains accords, si tant est qu'ils aient lieu. C'est sur cette décision que nous laissâmes monsieur Wilkins à ses occupations, pour retourner sur le vaisseau, après lui avoir laissé des instructions pour nous contacter.
…
« Je vais avoir besoin de tes dons en diplomatie. » Pensai-je, en soupirant, alors que je m'arrachais les cheveux sur l'écriture du billet que nous comptions éditer le lendemain.
« Je te relirai si tu le souhaites. Mais je suis sûr que tu es tout à fait capable de toucher ces gens par tes mots. » Répondit-il, en continuant d'étudier les électrodes que nous avions téléportées à bord, après que Blaise se soit occupé d'en rassembler suffisamment pour tout le monde.
Il avait démonté un des petits appareils et en analysait minutieusement chaque composant, avec un microscope qu'il avait ramené du laboratoire. Touché par sa confiance, je me penchai de nouveau sur mon PADD et tentai de trouver la meilleure formulation pour présenter la fédération sous son meilleur jour. Il était difficile de rivaliser avec une politique aussi équitable que celle de cette civilisation. Malgré notre évolution, des disparités existaient encore sur Terre. Les Vulcains, c'était une autre histoire, mais pas forcément meilleure. Et ne parlons pas des autres planètes membres. Comment donner envie à ces personnes d'intégrer une alliance où la plupart des espèces réglaient leurs problèmes par le biais d'un système judiciaire parfois dysfonctionnel, au mieux, par la violence, au pire. Mais, j'avais appris, en cours comme durant nos missions, que les sociétés parfaites n'existaient pas. Elles avaient chacune leurs défauts et pour moi, elles se valaient toutes. Car elles avaient toutes quelque chose en commun. Les peuples ne demandaient qu'à être heureux. Seule différait la définition même du mot « bonheur ». Étant humaniste et idéologiste par nature, je souhaitais croire que ces gens voudraient tout de même nous connaître. À cette pensée, le poids du pendentif à mon cou se fit sentir. Je le fis tourner entre mes doigts par habitude. L'IDIC était aussi une philosophie exemplaire sur le papier. Et même si des êtres, comme Spock, la prenaient à cœur, certains l'interprétaient parfois comme bon leur semblait. Tout était toujours une question de point de vue, en définitive.
« Tu cogites trop. Même si ce que tu penses est tout à fait vrai. » Dit-il, soudainement, en relevant la tête de son microscope. « Va à l'essentiel. S'ils n'ont toujours pas entrepris d'exploration spatiale, c'est peut-être plus par peur que par manque de curiosité. Soit le plus honnête et le plus concis possible. » Me conseilla-t-il.
« Je sais que tu as raison. Mais si moi, je suis sûr des valeurs qui m'ont poussé à m'engager, je sais pertinemment que ce n'est pas le cas de tout le monde. Que certains ne cherchent encore que le profit ou la reconnaissance. La mentalité de quelques-uns de nos amiraux laisse franchement à désirer. Mais, on ne leur dit rien, parce que ce n'est pas eux qui sont chargés d'établir les premiers contacts avec de nouvelles espèces. Leur tâche se résume à déplacer des pions sur un échiquier de la taille du quadrant Alpha. » Répondis-je, avec amertume.
« C'est bien pour ça que nous sommes dans l'espace. Pour ne pas avoir à trop les fréquenter. » Railla-t-il, un micro sourire aux lèvres.
« Oui. Mais rien que de penser que je serai peut-être Amiral un jour et que je finirai ma carrière dans un bureau, j'ai de l'urticaire. » Maugréai-je, en jetant ma tablette sur le bureau de Spock, avant de m'enfoncer dans le dossier de mon fauteuil en soupirant.
« Monter en grade ne m'intéresse pas plus que toi. Être Capitaine de vaisseau ne me conviendrait pas. Je n'aurais plus de temps pour mes recherches personnelles et surtout, ça voudrait dire travailler sans toi. » Avoua-t-il.
« Tu penses que Starfleet accepterait que nous gardions nos statuts jusqu'à la fin de nos jours ? » Demandai-je, en riant.
« Si c'est ce que tu souhaites, nous trouverons bien un moyen de les y obliger. » Répondit-il, malicieusement.
J'éclatai de rire, en imaginant les arguments qu'il serait capable d'avancer pour les contraindre à nous laisser l'Enterprise, puis me levai pour m'installer sur ses genoux et l'embrasser.
…
USS Enterprise, quartiers de Chekov et Hendorff, point de vue de l'Enseigne Pavel Andreievich Chekov.
Mon déjeuner avec Hikaru avait eu l'allure d'un vrai rencart. Du moins, c'est que j'imaginai, puisque je n'en avais jamais eu avant. Nous avions discuté de beaucoup de choses, dont le genre de relations que nous recherchions. J'avais bien compris qu'il voulait quelque chose de sérieux. Il m'avait avoué s'être rendu compte qu'il me considérait autrement que comme un ami, le jour où il avait débarqué dans ma chambre d'hôtel sur la base stellaire 8, pour m'y surprendre en compagnie de Miria. Même si sa réaction fut positive, sur le moment, passée la surprise, il s'était senti mal en y repensant. Cela avait été comme un électrochoc. La nature récente de ses sentiments à mon égard me rassura. Je n'aurais pas aimé apprendre qu'il me désirait consciemment depuis des mois, sans oser m'en parler.
Pour ma part, je lui avais avoué ne pas encore savoir exactement ce que je voulais. Je n'avais pas vraiment eu le temps d'y réfléchir. Cependant, j'étais sûr d'une chose, je ne voulais pas qu'il souffre. Du reste, je devais reconnaître que son baiser ne m'avait pas laissé indifférent, loin s'en faut. En réalité, je n'avais qu'une envie. Recommencer. Ce que nous n'avions pas eu l'occasion de faire, puisque le repas fut écourté par le retour du Capitaine, de monsieur Spock et du Docteur McCoy. Comme tout le monde à bord, on m'avait fourni des électrodes que je devrais coller sur mes tempes pour dormir, à partir de maintenant. D'après eux, cela améliorerait l'état général de l'équipage. J'espérai que ce soit vrai, car je me sentais complètement vidé. Physiquement et émotionnellement.
J'avais donc décidé de ne pas attendre ce soir pour tester les petits appareils. J'avais du mal à garder les yeux ouverts et c'est donc avec soulagement, que je m'allongeai enfin sur mon lit, au calme, dans la chambre toujours déserte, quand la sonnerie de ma porte retentit. Je soupirai en criant à la personne d'entrer, n'ayant pas la foi de me lever, en appuyant sur le bouton d'ouverture qui se trouvait près de ma table de chevet. À mon grand étonnement, c'était Hikaru. Nous n'avions pas convenu de nous revoir aujourd'hui, car notre conversation avait tourné court et je ne m'attendais pas à le retrouver si vite. Je m'appuyai sur mes coudes, en le regardant s'avancer dans la pièce, après avoir refermé derrière lui.
« Je vois que toi aussi, tu comptais dormir. » Dit-il, en désignant les électrodes sur le meuble à côté de mon lit. « J'ai pris les miennes. J'avais dans l'idée de me reposer… avec toi. » Dit-il, incertain de ma réaction. « Si cela te convient, bien sûr. » Ajouta-t-il précipitamment.
Je lui souris, pour toute réponse, et me décaler sur la droite, pour lui laisser une place. Il accepta simplement l'invitation muette et sans un mot de plus, vint s'installer à côté de moi, après avoir retiré ses bottes. Il se tourna face à moi et me scruta durant de longues secondes, peu sûr de la marche à suivre. Je ne pus résister à l'envie de me pencher sur lui pour happer ses lèvres dans un baiser maladroit, mais exigeant. Il me serra contre lui en retour et je le chevauchai impulsivement, en approfondissant notre étreinte. À bout de souffle, je me redressai en m'appuyant sur mes mains et me rendis compte qu'il m'avait mis dans tous mes états. Il me fixa de ses pupilles dilatées par le désir qui noircissaient un peu plus son regard, passa sa langue sur ses lèvres rougies et je ne me refusai pas le plaisir de la goûter une nouvelle fois. Ses mains glissèrent de mes omoplates à mes fesses, pour coller mon érection contre la sienne. Un gémissement m'échappa, étouffé par sa bouche. Il me retira mon t-shirt, avant de se contorsionner pour se mettre également torse nu. Il ouvrit mon pantalon hâtivement, ses gestes étaient urgents, fébriles et je lui vins en aide, avant d'en faire de même avec son bas d'uniforme. Il prit nos deux membres dans une main et nous caressa d'un même geste. Je soupirai contre ses lèvres, mon front collé au sien, les yeux fermés, concentré sur les sensations de ses doigts sur moi, la chaleur de son sexe qui glissait contre le mien. Il accéléra le rythme, mes traits se crispèrent sous le plaisir qui monta en moi et je vins en même temps que lui.
Je me laissai retomber à côté de lui, littéralement épuisé, à présent. Le souffle court, il me couva d'un regard tendre. Je n'étais pas sûr d'être prêt à aller plus loin, pour le moment, mais je ne regrettai pas ce moment de bien-être, entre ses bras. C'est sur cette certitude que je m'équipai des électrodes, alors qu'Hikaru en faisait de même, avant de m'installer confortablement contre son torse et de plonger dans un sommeil que j'espérai réparateur.
