Le procès approchait de la fin et le procureur appela Squall et le major Caraway pour une confrontation. Un moment attendu par tous et qui promettait d'être intéressant. Les deux hommes étaient à l'évidence prêts et se défièrent du regard. Ils s'installèrent l'un en face de l'autre, de profil à la salle, comme on le leur indiqua. Le procureur posa sa première question:
Quelle était la nature de la mission confiée au SeeD par le major Caraway le soir de la parade à Deling City ?
Le juge désigna Squall qui répondit donc le premier:
C'était une mission offensive.
Pouvez-vous détailler ? Ajouta le procureur.
Il s'agissait d'assassiner la prêtresse Edéa.
Quels étaient les motifs avancés ?
Elle représentait un danger pour le gouvernement de Galbadia. Le président Deling était sous son influence.
Quelle a été l'issue de la mission ?
Un échec.
A qui ou à quoi imputez-vous cet échec ?
L'adversaire a été sous-estimée par les commanditaires et leur plan s'est révélé inefficace.
Pouvez-vous préciser ?
La prêtresse n'était pas sensible à l'arme confiée. Voyant l'agacement de l'officiel, Squall développa avant qu'il n'ait à redemander. Nous avons donc tenté une attaque frontale, mais ignorant encore l'existence d'Ultimécia, nous avons adopté une mauvaise stratégie. Trois réponses en une, satisfait ?
Major Caraway, confirmez-vous les dires de M. Léonhart ?
Absolument pas. Tout d'abord, la mission n'a pas été de mon initiative mais de celle du gouvernement de Galbadia, du moins de ceux qui avaient compris le réel intérêt du pays… Deuxièmement, la mission a échoué à cause de leur incompétence: en tant que professionnels, ils auraient du rectifier notre plan s'il était inadapté et, surtout ils n'auraient pas du commettre cette flagrante erreur stratégique.
Squall resta impassible, mais il rageait intérieurement devant tant de mauvaise foi. Il avait compris la technique du major, et non il ne se laisserait pas déstabiliser. Il était fort à ce jeu-là.
Que s'est-il passé ensuite ? Reprit le procureur
Squall poursuivit son récit.
Nous avons été arrêtés et retenus dans la prison du désert.
Qui comptez-vous par "nous" ? Demanda-t-il, se forçant à la patience. Aujourd'hui, il lui faudrait décidément demander la moindre précision.
L'équipe de Balamb…
Vous n'étiez pas les seuls, n'est ce pas ? La patience avait ses limites. Qu'est-il arrivé aux autres ?
Le tireur de Galbadia a été libéré par son appartenance à la G.G.U, alliée à la prêtresse. Répondit Squall toujours aussi calme. Linoa Heartilly a été couverte par son père, le major Caraway.
Elle n'avait rien à voir là-dedans ! Il n'y avait aucune raison qu'on la traite comme une criminelle ! Interrompit brutalement le Major, frappant du poing sur la table sous l'œil choqué du juge.
Avant que celui-ci ne puisse intervenir, Squall contra en se penchant lentement sur la table:
N'est-ce pas vous pourtant qui avez dit hier qu'un chef devait taire ses sentiments et n'écouter que l'intérêt du pays ? Linoa était une résistante, non? Elle aurait donc dû être arrêtée en tant qu'opposante au régime. Tout comme nous l'avons été. Un point pour moi, Major, un ! Il se recala dans sa chaise.
Le major fulminait. Il venait de se faire piéger dans les règles de l'art. Squall le nargua d'un sourire narquois. De sa place entre Cid et Laguna, Linoa, elle, avait de plus en plus de mal à supporter l'affrontement entre les deux hommes. Elle s'excusa auprès de Laguna et des autres personnes de la rangée en se frayant aussi discrètement que possible un passage vers la porte. Le juge demanda le silence et les questions reprirent:
Comment en êtes-vous sorti ?
Une évasion.
Ils se sont évadés ! Ils ont contesté la loi et agressé plusieurs des gardes ! Ils sont dangereux et incontrôlables !
Squall s'amusait de voir le major s'emporter et donc lui laisser l'avantage. Il redevint soudainement sérieux en sentant Linoa faiblir. Elle s'évanouit dans le même moment, au beau milieu de l'allée, à mi-chemin vers la sortie. L'assemblée se retourna comme un seul homme. Squall bondit de sa chaise pour aller la voir, inquiet, mais le procureur le retint par le bras.
Lâchez-moi ! Elle ne va pas bien ! Il faut l'aider !
Un bruit sourd retentit soudain, il s'entendit dans tout le laboratoire et les S-Borgs postés devant le laboratoire se ruèrent à l'intérieur pour voir de quoi il en retournait. Ils trouvèrent le vieux docteur Geyser assis, tout sourire, dans un nuage de fumée noire.
C'est merveilleux ! Vraiment merveilleux !
Professeur ! Tout va bien ? Que s'est-il passé ?
Le savant se releva avec leur aide et ignora la question. Il jubilait et retourna sans plus tarder à sa machine.
Regardez ! Regardez !
Les soldats eurent beau regarder la machine, ils ne comprirent rien aux cadrans, graphiques et autres aiguilles qui s'agitaient dans tous les sens. Après un silence, ils se décidèrent à l'interroger.
Que voulez-vous dire professeur ?
J'ai tenté d'emprisonner une G-Force dans ma machine, … et ça a marché ! Ca a marché !
La panique était totale. Le juge frappa avec son marteau, dans un appel au calme: en vain. Squall s'était libéré de la poigne du procureur et soutenait maintenant Linoa qui était revenue à elle. Soulagé, il la regarda lentement reprendre des couleurs. Elle voulut parler mais, pour l'énième fois, le juge réclama le silence et l'assistance se rassit. Laguna eut un signe discret pour le juré Trabien. Celui-ci réagit aussitôt:
Votre honneur ! Je demande un report d'audience… Le temps que tout le monde se remette de ses émotions.
Accordé. Soupira le juge. Nous reprendrons demain à 9h. D'ici là, je vous invite à prendre rendez-vous chez votre médecin jeune fille. Je vous invite également tous à réfléchir à votre comportement dans ce tribunal. Je vous rappelle qu'il s'agit d'un procès, que l'affaire est grave et que la cour exige un protocole sévère, qui peut vous paraître démodé certes, mais qui doit malgré tout être observé. Il balaya la salle du regard avec autorité. La séance est levée.
Soucieuse et fatiguée, Edéa soupira, elle se laissait gagner par le doute. Elle quitta lentement sa place et se dirigea vers son mari et ses enfants regroupés autour de Squall et Linoa, aux nouvelles. Seifer vit le premier le major approcher. Il accrocha son rival par la manche et le traîna vers la sortie avant que leur rencontre ne fasse des étincelles. Discrets, les autres les suivirent. Malgré tous les problèmes qui pouvaient exister entre le père et la fille, l'homme ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter.
Linoa ! Qu'est ce qui t'a pris bon sang !
Tu crois peut-être que je l'ai fait exprès ? Répondit-elle la voix lasse. Mais merci quand même de poser la question: tout va bien. Rien de grave, … enfin je crois.
Rentre au manoir. Tu n'es pas comme eux, tu n'as rien à faire avec ces…, ces… Linoa leva vers son père des yeux faussement naïfs, attendant de voir quel qualificatif allait finalement sortir. Le major laissa sa phrase en suspend. Viens, je te ramène à la maison.
Non. Les autres m'attendent…
Linoa, Commença-t-il, l'agrippant par le bras. Suis-moi ! Ordonna-t-il la mâchoire serrée.
Heureusement pour lui, Squall ne vit pas ce geste. Il ne l'aurait certainement pas toléré et, oubliant toute prudence, aurait selon toute vraisemblance répondu avec violence. Il perdait toute capacité à raisonner sitôt que Linoa entrait en ligne de compte. Une habitude qui lui faudrait perdre. Une faiblesse à corriger. Ou pas.
Laguna en revanche vit la jeune fille en difficulté et fit demi-tour, juste au cas où. Mais elle se dégagea seule de l'étreinte de son père qui d'ailleurs ne la retint pas.
Laisse-moi. Je n'ai pas à t'obéir…
Linoa, je reste ton père. Sa voix était ferme et sèche.
Remarquant Laguna quelques mètres sur sa gauche, Linoa s'éclipsa sans répondre. Elle savait qu'elle devrait parler à son père, qu'ils ne pouvaient pas laisser la situation se détériorer à l'infini. Mais ce tribunal n'était sûrement pas le bon endroit et le procès certainement pas le bon moment. Sa priorité, c'était avant tout d'être là pour Squall, le soutenir et ne pas provoquer d'esclandre qui risquerait de jouer en sa défaveur.
