« Etre amoureux n'est pas un état, mais un devenir. »
Francesco Alberoni
Chapitre 10
Dans l'avion qui le ramenait aux Etats-Unis, Raymond Reddington parcourait la presse sans vraiment s'attarder sur les articles. Il n'arrivait pas à se concentrer, tandis que Dembé lisait tranquillement à quelques mètres de lui. Lassé, il défie la ceinture de sécurité et arpenta l'allée centrale de son jet en assouplissant son cou et en roulant les épaules. L'envie de fumer le tenaillait depuis un moment. D'habitude, il parvenait à la réfréner mais le stress avait eu raison de sa résistance.
Diana eut un sourire, se pencha et fouilla dans son sac. Au passage, elle lui tendit une cigarette électronique. Il regarda l'objet avec dédain et secoua la tête.
« Essayez au moins… »
« Non. »
« Vous voulez un patch de nicotine ? »
« Vous n'auriez pas plutôt un patch contre la connerie ? » Demanda-t-il avec brusquerie.
Diana encaissa le coup et ne répondit rien. Mais il lut dans ses yeux qu'il l'avait blessée. Il posa la main sur son bras et s'excusa :
« Pardon, Diana. Ça ne vous était pas destiné. Je pensais à Berlin. Milos est juste le plus… »
Il serra la mâchoire et secoua la tête. Elle hocha la tête.
« Vous êtes à cran. Je comprends. »
Il fit encore quelques pas dans l'allée, s'arrêta, puis se frotta le visage à deux mains. Combien de temps avait-il dormi ces dix derniers jours ? Trente heures ? Trente cinq ? Pas assez en tout cas pour être suffisamment fonctionnel. Il aurait aimé taper dans un sac de sable – ou mieux, sur Berlin - pour tomber mort de fatigue et dormir, dormir, dormir jusqu'à plus soif...
« Raymond… Essaie de t'allonger. »
« Je ne peux pas, Dembé. Je ne tiens pas en place. »
Dembé lui tendit le téléphone satellite et lui sourit doucement.
« Appelle-la. Ça te fera du bien d'entendre sa voix. »
Reddington hésita, puis saisit le combiné cellulaire. Il s'isola à l'arrière de l'appareil et attendit qu'Elizabeth réponde. Au bout de quelques sonneries, elle décrocha.
« Lizzie ? »
« Reddington ? Où êtes-vous ? »
« Quelque part entre le Pôle Nord et le Groenland. »
« Vous avez une voix… Vous semblez épuisé… »
« Je le suis. »
« Comment ça s'est passé avec Berlin ? »
« Ça n'a pas été simple mais nous avons obtenu un nom… Un certain Syracuse. »
« Syracuse ? Qui est-ce ? »
« Aucune idée. »
« Et Berlin ? Il sait qui c'est ?
« Non plus. »
« Où est-il ? »
« Milos a préféré rentrer de son côté. Des affaires à régler. »
« Reddington, ne me dites pas que vous l'avez laissé partir ? »
« Ma priorité porte sur Syracuse à présent. Et ne montez pas sur vos grands chevaux, je sais comment retrouver Berlin. Il ne nous échappera pas. »
« Cooper veut que vous nous le livriez le plus vite possible… »
Reddington jeta un regard vers Diana qui lisait un magazine et ne semblait pas s'intéresser à leur conversation.
« Comment ça se passe avec Wilde et Sinclair ? Demanda t-il pour éviter d'aborder plus avant le sujet épineux Berlin.
« Ils veulent m'emmener en virée à Londres. »
« Acceptez. »
« Vous savez bien que je ne peux pas partir comme ça… »
« Vous voulez que j'appelle Harold ? »
« Non… »
Il y eut un silence entre eux, pendant lequel il se passa la main dans les cheveux. Il avait encore quelque chose à lui annoncer et ce n'était pas le plus facile. Il se tourna vers le mur.
« Lizzie… »
« Oui ? »
« Tom s'est échappé la nuit dernière. »
« Quoi ? »
« Il a réussi à déjouer la surveillance de ses gardes et il a pris la fuite. »
« Je croyais que vous aviez pris toutes les précautions ! Bon sang, Reddington ! »
Il soupira, et cette fois, il eut l'impression d'avoir cent ans. Il savait bien qu'il n'avait personne d'autre que lui à blâmer pour cette erreur de débutant. Il avait sous-estimé Tom. Oui, vraiment, il se faisait vieux... Il ferma les yeux et s'appuya contre le panneau.
« Partez avec Sinclair et Wilde à Londres. Tom n'a aucun moyen de savoir que vous serez en Angleterre. Je vous y rejoins dès que je peux… »
« Red… Il y a tellement de travail que je ne peux pas… »
« J'appelle Harold. »
« Attendez ! Tout le monde pense que Tom est mort. Qu'est-ce que vous allez lui dire ? »
« Que Syracuse menace la vie de Danny, qu'il doit s'éloigner pendant quelques temps et que vous le suivez. Harold acceptera. Il sait qui est Wilde, il sait quelles sont ses connections politiques. Il a tout intérêt à obtempérer. »
« Oh, Red… C'est juste une situation intenable... »
« Je sais, mais l'important est que vous partiez vous mettre à l'abri. Je ne peux pas vous protéger pour l'instant. Vous voyagerez avec l'avion privé de Danny, donc il y aura peu de traçabilité… Sinclair a ses entrées au MI 5. Il peut prendre le relais et se débrouiller. Lizzie, vous ne dites rien à personne, pas même à Ressler, ok ? »
Il y eut un silence réticent.
« Lizzie ? »
« D'accord. »
« Nous aurons notre dîner au Dorchester chez Ducasse, comme je vous l'ai promis. »
« J'aurai aimé vous voir avant de partir. »
« Moi aussi. »
Il y eut un nouveau silence. Chacun resta suspendu à ce que l'autre allait dire.
« Vous me manquez… » Dit-elle doucement, en à peine un murmure.
Red se tourna et posa le front contre le panneau de bois en fermant les yeux. Ce n'était pas le moment de tomber dans le sentimentalisme, même si l'aveu soulevait soudain son cœur d'allégresse. Il n'avait pas éprouvé cette sensation depuis des années et pensait même que cela ne lui arriverait plus.
« Lizzie, vous faites attention à vous, ok ? » Prononça t-il sur le même ton intimiste.
« Promis. »
« Bonne nuit, mon ange. »
« Bonne nuit… Raymond. »
Il raccrocha, puis sentit un sourire idiot éclairer lentement son visage fatigué. Heureusement qu'il avait la face tournée vers le mur et que personne ne le voyait en cet instant. C'était totalement puéril mais cela lui fit un bien fou. Dembé avait raison (comme bien souvent).
Il lança le téléphone à son garde du corps qui sursauta lorsque l'appareil tomba brutalement sur ses genoux et lui fit un clin d'œil quand Dembé le regarda, avec une question clairement écrite sur son visage. Il retourna s'assoir, croisa brièvement le regard de Diana et ferma les yeux. Il y avait toujours autant de pensées qui s'entrechoquaient dans sa tête mais au moins, il se sentait apaisé, rasséréné dans ses décisions. En accord avec lui-même, il s'endormit quasi immédiatement.
A suivre…
