Oï, oï.

Allez, je poste ce chapitre 10, même si j'ai posté le chapitre 9 i secondes ._.

Je vous annonce direct que ce chapitre sera le dernier. Parce que bon, il faut bien que je termine cette fic un jour, et puis, j'ai pleins d'autres idées qui me viennent, pour des projets de fictions (bon, pas Orphan Black).

Malgré le peu de revieweur, merci à ceux qui ont pris le temps de laisser leur avis. Un merci tout particulier à Valentine, qui a été l'unique revieweuse et lectrice régulière : c'est uniquement pour toi que j'ai posté ces chapitres pas trop à mon goût. Merci!

Je sais que cette fin n'est pas idéale, mais je n'ai pas l'inspiration ni la motivation d'en écrire une autre ou de poursuivre, j'espère que vous comprendrez.

Merci quand même de m'avoir suivie, on se retrouve dans une prochaine fiction, j'espère.

Place au dernier chapitre, le plus long !


Sarah chargea les sacs dans le coffre de sa voiture, puis, ferma le coffre. Elle se retourna, et sursauta en voyant Cal, juste derrière.

"Tu m'as fait peur.." fit-la clone. "Tu prendras bien soin de Kira, pas vrai ?"
"Tu peux me la confier sans hésitation" répondit-Cal. "Elle sera en sécurité ici."
"C'est bien pour ça que je veux la laisser ici" répondit-Sarah. "Même si ça me tue. Je veux l'éloigner un peu, le temps que tout ça se calme, et que ça retombe. "
"C'est une sage décision.."

Cela faisait une semaine pile qu'ils étaient arrivés chez Cal, mais à présent, il était temps de rentrer. Alison voulait revoir ses enfants, Beth son boulot, et puis, comme l'avait ajouté Sarah, elles ne pouvaient pas "fuir pour toujours".
Il fallait à un moment, confronter les choses avec le DYAD. L'après-midi touchait à sa fin.
Dans la maison, Alison et Beth étaient occupées à ranger les lits de camps, tandis que Delphine pliait les couvertures et les draps. Helena disait au revoir à Kira, dans un dernier jeu. Felix et Cosima, debouts sur la terrasse de bois, regardaient Sarah et Cal discuter près de la voiture.

"Tu savais ?" demanda-Cosima, à l'anglais. "Que c'était lui, le père de Kira ?"
"Je n'en avais aucune idée" répondit-le jeune homme. "Sarah n'a jamais voulu me dire. Je lui en veux un peu, pour ça, d'ailleurs. J'ai passé en revu tous les hommes qui étaient passés dans son lit, et j'ai bien eu peur à un moment que ça soit ce looser de Ziggy, le père de Kira."
"Elle n'aurait pas pu rêver mieux que Cal" répondit-Cosima.
"J'admets qu'il ferait un bon père" acquiesça-Felix. "Enfin, nous verrons bien,puisque Sarah lui laisse Kira."
"Elle lui fait vraiment confiance.."

Felix hocha la tête.

"Oï, oï !" fit-il alors, donnant un coup de coude dans les côtes de Cosima.

Cosima reposa son regard sur les deux, et s'aperçut que Cal s'était penché pour embrasser Sarah.

"Il va se prendre un rateau " prédit-Felix.
"Pas sûr.." répondit-Cosima.
"15 dollars" paria-Felix.
"Tenu."

Lorsque Sarah passa les bras autour du cou de Cal, acceptant le baiser, Cosima sauta en l'air, avec un cri de joie.

"J'ai gagné !" s'exclama-t-elle. "Ahah, allonge la monnaie."

Felix fouilla ses poches. Il retourna les bouts de tissus blancs de son jean ,et montra les poches retournées, complètement vides.

"J'ai rien sur moi" répondit-il.
"Ne t'inquiète pas, je te le rappelerais " ris-Cosima.
"Est-ce que ça veut dire qu'ils se remettent ensemble, alors ?" demanda-Felix.
"Je n'en ai aucune idée.." répondit-Cosima. "Pourquoi ne vas-tu pas leur demander ?" ajouta-t-elle en ricanant.
"Bien sûr" grommela-Felix. "Après. Ils sont un peu trop occupés là."

Cosima étouffa un rire,puis, rentra à l'intérieur de la maison, pour aider aux préparatifs de départ, Felix sur ses talons.
Tandis que Cosima entrait dans la cuisine, pour aider Alison et Beth, Felix lui, opta pour le salon. Il s'approcha de Delphine, et attrapa le coin d'une couverture, pour l'aider à la plier.
La blonde lui adressa un sourire surpris. Mais Felix avait quelques questions en tête pour elle, histoire de savoir à quoi s'en tenir.

"Alors.." fit-il, détaillant Delphine des pieds à la tête. "Toi et Cosima êtes ensembles ?"

Delphine fronça les sourcils, ne comprenant pas le but de cette question.

"Oui" répondit-la jeune femme. "Pourquoi ?"
"Ensemble ensemble ?" insista-Felix. "Du genre relation sérieuse et tout ?"
"Pourquoi tu demandes ça, Felix ?" demanda-Delphine, en posant la couverture pliée sur le tas.
"Parce que, jusqu'aux derniers évènements, tu faisais partie du DYAD" répondit-Felix. "J'essaie juste de deviner tes intentions."
"Je n'ai aucunes intentions" répondit-Delphine. "Si ce n'est que d'être heureuse avec Cosima."

Felix eut une moue. Il attrapa une autre couverture à plier, les yeux toujours fixés sur Delphine.

"Je cherche juste à savoir si elle est en sécurité avec toi" répondit-Felix. "Tu sais, on n'intègre pas le clone club comme ça."
"Je comprends que tu sois protecteur Felix" répondit-Delphine. "Mais j'aimerais que tous, vous arrêtiez de me voir comme l'ennemi ! Je n'ai pas fait mes preuves, depuis le temps ? "

Felix pencha la tête, acquiesçant légèrement.

"Possible." admit-il.
"Je ne ferais pas de mal à Cosima" promit-Delphine.
"Tu as intérêt" répondit-Felix.

Il plia encore une couverture, puis, quitta le salon. Il s'approcha de Cosima par derrière, qui rangeait une pile d'assiettes dans le placard.

"J'ai parlé à ta copine" lâcha-t-il. "Juste pour que tu sois au courant."
"Qu'est-ce que tu as encore dit ?" grogna-Cosima, peu enchantée à cette nouvelle.
"Je voulais juste m'assurer de ses intentions" répondit-Felix, en haussant les épaules.
"Arrête d'être protecteur !" s'exclama-Cosima.

Elle saisit une serviette, qui traînait sur la table, et la fit claquer sur l'épaule de Felix, qui s'éloigna avec un cri.

"Arrête, tu sais très bien que j'ai horreur qu'on me claque des serviettes dessus" grommela-t-il.
"Pourquoi crois-tu que je le fais ?" répondit-Cosima en riant.

La jeune femme termina de ranger la vaiselle. Elle était énervée, et touchée à la fois, que Felix joue le grand frère protecteur. C'était incroyable comment ce jeune homme était présent pour sa soeur. Il avait accepté tous les duplicatas d'elle, il s'était lié d'amitiée avec chaque clone.
Il faut dire que le jeune homme avait un caractère sociable, et c'était une personne avec qui il était facile de s'attacher.

Cosima referma le placard, et fut prise d'une quinte de toux. Elle appuya son dos au comptoir, et reprit son souffle.

"Je déteste la poussière" grommela-t-elle, en toussant une nouvelle fois. "Tout ce remue-ménage, ça brasse les acariens"

Alors que le soleil amorçait sa descente, teintant le paysage de rouge et d'orangé, tout le monde sortit pour les au revoir. Alison serra poliment la main de Cal, le remerciant pour tout, très courtoisement, et alla embrasser Kira, lui promettant qu'elles se reverraient prochainement.
Beth ébourrifa les cheveux de Kira, remercia Cal, puis, monta également dans la voiture.
Cosima et Delphine allèrent dirent au revoir à Cal, pendant qu'Helena serrait Kira dans ses bras.

"Au revoir" fit-Delphine.
"Un grand merci pour tout" enchaîna-Cosima. "Cette semaine a été merveilleuse."

C'est vrai que pour les deux jeunes femmes, que rien n'attendait chez elle, ni enfants, ni boulots, elles avaient vraiement appréciés ces quelques jours de calme. C'était un bel endroit, elles étaient ensemble, et c'était les jours où le clone club avait le plus ressemblé à une véritable famille.

"Je vous en prie" répondit-Cal. "Ce n'était pas grand chose."

Helena finit par lâcher Kira. Elle se planta devant Cal, et pencha la tête sur le côté.

"Au revoir, père de Kira" lâcha-t-elle.

Cal la regarda, mal à l'aise, et lui adressa un signe, avant qu'elle ne monta dans la voiture. Cosima s'agenouilla devant Kira.

"Au revoir, auntie Cosima" lâcha-la petite, triste de ces au revoir.
"On se reverra bientôt, Kira" lui promit Cosima. "Profite d'avoir ton papa pour toi toute seule."

Kira hocha la tête. Cosima la serra dans ses bras, et lui adressa un sourire.
Ce fut au tour de Felix, de venir serrer la petite dans ses bras.

"Ne fais pas trop de bêtises" lui lâcha-t-il avec un sourire malicieux. "Mais un peu quand même. Il ne faut pas perdre les bonnes habitudes."

Kira lâcha un petit sourire. Felix lui ébourrifa les cheveux et laissa sa place à Sarah, pour aller dire au revoir à Cal.

"Tu es toujours d'accord pour rester ici ?" demanda-Sarah, en s'agenouillant devant Kira.

La petite hocha la tête, déterminée.

"Parce que si tu as le moindre doute, tu peux venir avec nous" insista-Sarah.
"Ça va aller, maman" répondit-la petite. "Cal s'occupera de moi. Tu peux aller calmer les gens du DYAD."

Sarah lâcha un rire, devant l'intelligence de sa fille. Elle coinça une mèche de cheveux derrière son oreille, et lui saisit les deux mains.

"Ne t'inquiète pas, pour aucune de nous" lâcha-t-elle. "On se reverra."
"Je le sais." répondit-la petite, avec une conviction inébranlable.

Sarah sourit, et serra sa fille contre elle, tentant de retenir ses larmes. Il ne fallait pas que Kira la voit pleurer, ça ne rendrait la situation que plus difficile.

"Je suis fière de toi. Tu vas me manquer." murmura-Sarah.

Lorsqu'elle se détacha d'elle, Sarah luttait encore. Elle eut un sourire forcé.

"Au revoir Monkey."

Ce fut lorsqu'elle prononça ces mots, que les larmes s'échappèrent des yeux de Sarah.

"Ne pleure pas" se désola-la petite, qui elle, ne pleurait pas, et restait forte.

L'idée de quitter sa fille était insupportable. Le pire était de ne pas savoir quand elle la reverrait. Trois jours ? Trois semaines ? Trois mois ? Si le DYAD était décidé à les exterminer, ça pouvait être long.
Sarah se releva, s'essuyant les yeux. Elle réussit à stopper ses larmes, pour sa fille.

"Tu as raison. Je vais être forte comme toi" sourit-Sarah.

La jeune femme adressa un signe de main à Cal, puis, monta dans la voiture, côté conducteur. Elle démarra, et tout le monde fit un dernier signe à Kira et Cal, par la fenêtre. La voiture s'engagea par le petit chemin de terre, pour enfin rejoindre la route.
Le silence s'installa dans l'habitacle, et, enfin loin des yeux de Kira, Sarah craqua, et les larmes recommencèrent à rouler sur ses joues.
Beth, assise côté passager, posa sa main sur celle de Sarah. Personne ne prononça un mot, mais tous jettèrent durant tout le trajet, des coups d'oeil à Sarah, s'assurant qu'elle allait bien.

Cosima rangea ses affaires dans ses placards. Elle était contente de retrouver son petit appartement, mais dépitée à l'idée de dormir toute seule. Elle avait prit goût, à s'endormir et se réveiller contre Delphine.

La jeune femme n'avait pas faim, et sauta le repas. Elle alluma la télé, et se laissa tomber sur le canapé. Là, comme dans la cuisine de Cal, elle se remit à tousser, violemment.

"Putain de poussière" grommela-t-elle, pour elle-même.

Décidément, la poussière lui faisait un sacré effet cette année. La jeune femme toussa encore plusieurs fois, et alla ouvrir la fenêtre pour aérer un peu. Elle s'y accouda et regarda le paysage nocture de la ville. L'avantage d'être au sixième étage, c'était une jolie vue. La ville était un patchwork de petites lumières et de zones sombres.

De nouveau, Cosima eut envie de tousser. La quinte dura plus longtemps cette fois, et la laissa épuisée. Elle alla se rasseoir sur le canapé, se promettant d'aller voir son médecin si ça durait trop.

On sonna alors à la porte. Cosima regarda sa montre, étonnée. Il était minuit et demie. Sur ses gardes, prêtes à accueillir les hommes de DYAD, Cosima alla ouvrir la porte.

"Delphine ?" s'étonna-t-elle.

La jeune femme s'était douchée, et rhabillée.

"Qu'est-ce que tu fais ici ?" s'étonna-Cosima, avec un grand sourire.
"Je tiens ma promesse" répondit-Delphine. "Je t'avais dit que rien ne changerait. "

Le sourire de Cosima s'aggrandit davantage, si c'était possible. Elle s'écarta pour laisser entrer la jeune femme et referma la porte.

Quelques jours après leur retour en ville, les clones n'avaient toujours pas reçu la visite d'un membre du DYAD, qui cependant, ne tarda pas à se manifester.
Ainsi, lorsque Sarah ramassa le courrier, elle donna les lettres à Felix, qui lui en rendit une.

"Tiens" fit-il. "Celle-ci est pour toi. Hé, y en a une au nom d'Helena aussi. Comment ils savent qu'elle vit ici ?"

Ils comparèrent les deux enveloppes. Le tampon du DYAD était appliqué dans le coin, seul le destinataire changeait.

"Helena !" appela-Felix.

L'Ukrainienne sortit de la salle de bain, intriguée et Felix lui tendit l'enveloppe. Sarah et elle l'ouvrirent en même temps.

"Chers clones" commença-à lire Sarah. "Sarah, Alison, Helena, Elizabeth, Cosima, suite aux récents évènements qui ont malheureusement eu lieu, je vous annonce qu'une recherche de compromis a été effectuée."
"Nous ne pouvons pas continuer à entretenir des rapports comme ceci" lut-Helena, reprenant à la suite de Sarah. "Et le fait que vous voyiez désormais le DYAD institut comme votre ennemi est impensable. Il faut que cela change. "

Alison tenait également la même lettre. Assise dans sa cuisine, la jeune femme la lisait à demie-voix.

"Nous sommes donc près à vous rencontrer toutes les cinq, et à vous expliquer le marché que nous avons élaboré, ce jeudi 11 juillet à 9h30. "

Beth s'était isolée derrière le commissariat, à l'endroit où les fumeurs venaient prendre une cigarette et l'endroit était désert. La jeune femme lisait à mi-voix comme Alison, comme si ça lui permettait de mieux comprendre les mots qui s'étalaient sous ses yeux.

"Nous vous assurons que durant cet entretien, aucun mal ne vous sera fait et vous serez libres de repartir ensuite, de votre plein gré. "

"Nous espérons sincèrement que vous aurez l'intelligence de venir, et d'accepter le marché. Nous vous attendons donc." acheva-Cosima. "Signé, Dr. Leekie et les responsables du projet LEDA."

La clone aux lunettes froissa le papier, et reposa la lettre sur la table. Elle leva la tête vers Delphine, au moment où le portable de cette dernière sonnait.
Un nouvea message. Delphine l'ouvrit et le lut, avant de passer le portable à Cosima. C'était du Dr. Leekie.

"Je vous prie de venir également jeudi 11 à 9h30. Après avoir parlé aux clones, j'ai quelques mots à vous dire. "
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"Entrez."

L'homme en costume noir, chargé de la sécurité, leur ouvrit la porte. Sarah, Alison, Cosima, Beth, et Helena entrèrent. Alison était nerveuse, Sarah en colère et décidée, Beth résignée, Cosima méfiante, et Helena peu intéressée.
Delphine entra à leur suite, et se plaça un peu en retrait, près de la porte.

"Bienvenue" fit-Leekie.

Il portait sa blouse blanche et son air calculateur. Il fit signe aux clones de s'asseoir, autour d'une table ronde de conférence, et prit lui même place sur un siège.

"Je suis heureux que vous ayiez toutes répondu à mon appel" lança-Leekie. "Je vais tâcher de résumer tout ce dont le conseil du projet LEDA à parlé. "

Il saisit ses notes, histoire de ne rien oublier, puis, posa son regard sur Sarah, la plus proche de lui, par la droite.

"Sarah Manning, je sais que tu tiens à la paix" lança-t-il. "Tu es une rebelle dans l'âme, mais je sais que tu veux vivre tranquillement, et tu ne veux pas qu'on fasse de mal à tes clones. "

Leekie marqua un temps de pause, fixant Sarah dans les yeux. La jeune femme, bien que mal à l'aise par ce regard, ne cilla pas, ne bougea pas, ne pipa un mot. Leekie déplaça ensuite son regard froid à côté de Sarah, vers Alison.

"Alison Hendrix" poursuivit-il. "Toi, tes raisons sont beaucoup plus évidentes. Je sais que tu veux arrêter de fuir, que tu veux retrouver et protéger tes enfants, et ton mari. N'est-ce pas ?"

Alison était carrément gênée. Elle gigota sur sa chaise, et hocha nerveusement la tête. Hop. Le regard de Leekie glissa d'Alison à Beth.

"Elizabeth Childs. Officier Childs, devrais-je plutôt dire. Dévouée à son métier, et à son coéquipier Art Bell. J'imagine que la paix t'arrangerais, puisqu'elle te permettrait de reprendre le boulot. "

Beth était raide dans sa chaise. Comme Sarah, elle ne bougea pas, et ne répondit rien. Leekie resta un moment fixé sur elle, puis, passa à Cosima.

"Cosima Niehaus" lança-t-il. "Tu possèdes un laboratoire ici. Tu travailles ici. Tu as besoin du DYAD. Tu as besoin de ce compromis."

Cosima fixa les yeux froids et manipulteurs de Leekie, avec mépris. Il détourna le regard pour ensuite le poser sur Helena.

"Et toi, Helena" lâcha-t-il. "Tu n'as aucunes raisons de vouloir la paix. Mais il me semble que tu t'es attachée à tes semblables. "

Helena le fixa, et montra les dents, en commençant à grogner. Leekie, déstabilisé, passa rapidement sur son cas.

"Ce que je voulais vous faire apparaître" fit-Leekie, s'adressant désormais à tout le monde. "C'est que tout le monde ici, ou presque, à besoin de ce compromis, de cette paix. "
"Au lieu de tourner autour du pot, pourquoi ne pas nous donner les termes du contrat ?" coupa-sèchement Sarah.

Leekie eut un sourire, devant l'impatience de Sarah.

"Le DYAD s'engage à vous laisser tranquille" lança-Leekie. "A ne pas vous faire de mal, à vous, ni à vos familles. Et accepte même que vous restiez les unes et les autres en contacts, en faisant cependant bien attention de ne pas révéler que vous êtes des clones. A une condition."

Il laissa planer un silence tendu. Toutes étaient pendues à ses lèvres.

"Que vous acceptiez, une fois par mois, de vous prêter aux examens médicaux qui étaient effectués par vos moniteurs"

Il sembla que l'atmosphère se relâcha un peu. Tout le monde afficha des visages soulagés.

"Ce n'est que ça ?" se méfia-Beth. "Qu'une fois par mois, dans le bureau d'un toubib pour se faire prendre un peu de sang et avoir un examen de routine ?"
"C'est tout ce que nous demandons" acquiesça-Leekie.
"Ça me va" lança-Alison.
"Moi aussi" accepta-Beth.

Sarah et Cosima échangèrent un regard, en profonde réflexion.

"C'est bon pour moi" fini-par lâcher Cosima, après avoir pesé le pour et le contre.

Ne restait que Sarah et Helena. Sarah regarda Leekie, puis, ses soeurs. Elle réfléchit. Elle pensa à Kira, à Fe. Ils seraient en sécurité.

"Ok,c'est bon" lâcha-t-elle à contrecoeur.

Tous les regards convergèrent vers Helena. Elle les regarda à son tour.

"Helena ?"demanda-Leekie.
"Non."
"Non ?" répéta-t-il.
"Je n'obéis à personne et je ne suis aucunes règles" fit-Helena.

Sarah se leva, et s'approcha d'Helena. Elle chuchota à l'oreille de l'ukrainienne, pour éviter que Leekie ne l'entende :

"Pour la sécurité de Felix. Et de Kira. Accepte pour eux." chuchota-t-elle.

Helena roula des yeux, considérant cet argument.

"Très bien." finit-il par lâcher.

Les traits de Leekie se décrispèrent, soulagé. Il donna à chacune un exemplaire du contrat, qu'elles signèrent. Il récupéra ensuite, et se leva.

"Merci de votre coopération" lança-t-il. "Vous êtes libres de retourner chez vous vivre en paix. Nous vous ferons parvenir les rendez-vous médicaux, le lieu et la date, par courrier."

Les clones se levèrent, en bavardant. En sortant, Cosima lança un coup d'oeil interrogateur à Delphine.

"Rentre" fit-la française. "Je suis juste derrière toi. "

Cosima hésita, mais sortit finalement, pour regagner son appartement.

"Dr. Cormier, je vous en prie avancez."

Delphine s'avança, un peu. Leekie vérifia la signature au bas de chaque exemplaire du contrat, puis, les rangea soigneusement dans une pochette. Enfin, il leva la tête vers Delphine, et lui parla d'une voix froide et détachée.

"Il est temps que vous subissiez les conséquences d'avoir violé le contrat. Il est temps d'assumer vos actes. "


Delphine était pétrifiée, debout, raide, dans le bureau de Leekie. Elle savait pertinemment que ce qui allait suivre n'allait vraiment pas lui plaire, elle savait que Leekie saurait se venger d'elle, de sa trahison. Elle attendait maintenant la sentance.
La jeune femme avait le visage neutre, innexpressif. Elle s'était forcée à verrouiller ses sentiments et émotions. Il était hors de question qu'elle craque devant Leekie.

"Pas d'objection ?" s'étonna-Leekie.
"Que voulez-vous que je dise ?" siffla-Delphine entre ses dents serrées. "Je n'ai guère le choix."
"C'est exact, vous n'avez pas le choix, en réalité" répondit-Leekie.
"Arrêtez donc de profiter de cette situation et dites moi." coupa-Delphine, la voix tranchante.

Leekie se frotta les mains et pencha la tête, en signe d'accord, impressionné par le cran de la femme en face de lui. Il n'avait pas l'habitude de cette Delphine. Il avait l'habitude du Dr. Cormier qui obéissait à ses ordres, et qui n'objectait jamais.

"Vous ne devez plus jamais revoir 324b21".

La nouvelle électrifia Delphine. La mâchoire crispée, les poings serrés, elle tenta de jouer sur les mots, même si elle savait que ça n'apporterait rien.

"Très bien." lâcha-t-elle. "Mais je reste en contact avec Cosima. Je ne vois plus mon sujet, mais je reste avec elle."
"Ce n'est pas vous, qui faites les règles, Dr. Cormier" lui-rappela-Leekie. "Nous vous mutons à Paris. Vous ne devez plus jamais revoir Cosima Niehaus, ni lui parler, ni rien du tout. Elle disparaît de votre vie, vous de la sienne."

Delphine sentit ses mains trembler, et elle serra davantage les jointures.

"Vous ne pouvez pas faire ça" s'exclama-t-elle froidement. "C'est illégal."
"Dois-je vous remettre sous les yeux le contrat que vous avez signé ?" demanda-Leekie, posément. "Voyons voir, je l'ai par là. Voilà qui devrait vous rafraîchir la mémoire."

Leekie saisit le papier, et commença la lecture.

"Dr Delphine Cormier, vous engagez au service du DYAD et du projet LEDA une deuxième fois, pour veiller sur votre sujet de manière plus invasive et vérifier qu'elle ne sait rien de ce projet."
Leekie fit une pause, pour regarder Delphine.

"Non seulement vous ne nous avez rien fourni sur Cosima" lâcha-t-il. "Mais vous ne nous avez pas averti, quand vous avez su qu'elle était au courant et qu'elle entretenait des contacts avec les autres clones."

Delphine ne répondit rien, les lèvres serrées. Leekie reprit la lecture, froidement, sans pitié.

"Vous vous engagez à communiquer au Dr. Leekie votre référent, la totalité de ce que vous trouverez, incluant le moindre petit détail. Vous vous engagez à ne pas vous attacher à votre sujet, ni à vous allier de son côté. En revanche, vous devrez utiliser les sentiments qu'elle éprouve pour vous, afin de collecter davantage de données. "

Leekie releva la tête, menaçant, mais Delphine le devança.

"Oui. D'accord, j'ai violé la totalité de votre contrat" s'exclama-t-elle. "Allez droit au but."
"Si vous violez ce contrat" lut-Leekie. "vous reconnaissez votre faute, et le sujet 324b21 vous sera retiré. D'autre conséquences pourront également s'ajouter, menaçant non seulement votre carrière professionnelle et votre vie personnelle."

Leekie posa violemment la feuille sur son bureau, et fixa Delphine, droit dans les yeux.

"Le meilleur moyen de vous punir, m'est apparu quand j'ai découvert à quel point vous étiez attachée à Cosima" lança-t-il, méchamment. "Alors nous vous réembauchons, mais à Paris. Histoire que vous preniez un peu vos distances. Et nous vous ordonnons de sortir de sa vie."
"Et si je refuse ?" répondit-Delphine, la tête haute.

La jeune femme tentait de garder contenance, malgré son coeur qui battait la chamade, qui lui martelait les côtes.

"Les conséquences pourraient être mauvaises" répondit-Leekie avec un étrange sourire. "Voyez vous, Dr. Cormier, un de mes hommes a été envoyé hier, tuer trois personnes qui vous sont directement reliées. Mr. Maxwell, votre médecin. Mr. DiAngelo, votre garagiste. Et Mr. Gorton, le gardien de votre immeuble."

Delphine ouvrit la bouche, mais trop choquée, pas un son n'en sortit. Elle pensa à DiAngelo, son vieux garagiste, qui lui avait réparé sa voiture à petits prix plus d'une fois, et qui était tellement gentil. Et le gardien de son immeuble, lui aussi d'une gentillesse extrême, qui n'aurait pas fait de mal à une mouche.

"Vous avez osé vous en prendre à des innocents ?" s'exclama-Delphine.

Son visage se colora de nuances rouges, et elle dû se contrôler pour ne pas aller frapper Leekie.

"Vous acceptez de partir" lança-Leekie. "Ou vous êtes accusée de triple meurtre."
"Vous voulez me faire porter la responsabilité de vos meurtes ?!" s'exclama-Delphine, outrée.
"Nous avons toutes les preuves pour vous faire emprisonner à vie, Dr. Cormier" répondit-Leekie. "Empreintes de votre ADN sur l'arme du crime, victimes directement liées à vous, alibi pour le véritable tueur, et même peut-être quelque caméras de vidéo surveillance où on vous aperçoit."

Delphine regarda Leekie, dégoûtée.

"Vous n'êtes qu'une ordure.." lâcha-t-elle, dégoûtée. "Vous me répugnez."
"Le DYAD a du pouvoir Delphine, vous auriez dû vous en souvenir avant de le défier..."

Delphine fit volte-face avant d'éclater, et ouvrit la porte.

"Au fait, votre avion est dans trois jours" lança-Leekie, nonchalant.

Delphine ne prit même pas la peine de se retourner et sortit du bureau en claquant violemment la porte.
La jeune femme s'installa au volant de sa voiture, et démarra. Elle tenta de ne pas perdre le contrôle d'elle même. Elle était dans une rage folle, une colère noire qu'elle avait rarement expérimenté auparavant. Elle n'avait qu'une envie : voir Cosima.

Aussi, elle conduisit rapidement jusqu'à chez elle, probablement en excès de vitesse. Elle s'en foutait, c'était le cadet de ses soucis. Elle se gara devant chez Cosima, et monta rapidement les escaliers, n'ayant pas le courage d'attendre l'ascenceur. Lorsqu'elle arriva au sixième, elle était essouflée, et toujours aussi en colère.
Cosima ouvrit la porte, et décela tout de suite quelque chose qui n'allait pas. Elle commençait à connaître Delphine, et ses traits tendus, tirés, la lueur dans ses yeux, tout lui indiquait qu'il y avait quelque chose de grave.

"Qu'est-ce qui se passe ?" s'étonna-Cosima. "Que te voulait Leekie ?"
"M'annoncer ma "punition"," répondit-Delphine.

Elle sentait que les larmes n'étaient pas loin. La blonde était fatiguée, elle n'en pouvait plus. Elle avait espéré que le DYAD serait clément, que Leekie ne soit pas trop dur. Qu'elle pourrait rester auprès de Cosima.
L'idée de la perdre, de ne jamais pouvoir la revoir, la déchirait. Ce n'était pas une personne qui pleurait facilement. Elle était forte, ne se laissait pas abattre. Mais là, c'en était trop. Elle ne voulait pas retourner à Paris, loin de Cosima. Mais elle ne voulait pas non plus aller en prison, et être accusée de trois meurtres, alors qu'elle n'était absolument responsable de rien.

"Delphine qu'est-ce qu'il y a ?" demanda-Cosima, en lui saisissant une main.

Cosima voulut la faire entrer, mais en une demi-seconde, le visage de la blonde se décomposa. Pour la première fois, Cosima la vit craquer, et des larmes se mirent à rouler sur ses joues. Delphine plaqua une main sur sa bouche, décidée malgré tout à se contrôler.
La clone aux lunettes s'empressa de saisir le visage de la jeune femme entre ses mains.

"Raconte moi" réclama-la clone, d'une voix douce.
"Je n'ai que deux choix" renifla-Delphine, arrêtant ses larmes. "Aller en prison, ou à Paris. Les deux incluent ne plus te voir. Jamais."

Cosima lâcha Delphine, et la regarda, gravement. Elle lui saisit la main, et l'attira à l'intérieur de l'appartement, refermant la porte derrière elles.
Cosima alla s'asseoir sur son lit, en tailleur, et Delphine prit place en face d'elle.

"Dis moi tout."

Alors, Delphine lui raconta, la cruauté de Leekie. Le choix horrible qu'il lui proposait, le manque d'options.

"Je ne veux pas ne plus te revoir.." lâcha-Delphine, d'une voix tremblante.

Mise à part les larmes de tout à l'heure, la française trouvait qu'elle se débrouillait plutôt bien, pour l'instant, et ne craquait pas.

"Moi non plus.." répondit-Cosima.

La clone était dans une intense réflexion, tout en dévisageant le visage parfait de Delphine. Elle ne savait pas quoi lui dire.

"Il semblerait qu'on soit dans une impasse.." lâcha-Cosima.
"Qu'est-ce qu'on va faire, Cosima ?" demanda-Delphine.

La jeune femme aux dreads haussa les épaules. Une lueur triste s'était allumée dans son regard.

"Qu'est-ce que tu veux faire ? " demanda-Cosima.
"Je ne veux rien faire !" répondit-Delphine. "Qu'est-ce que tu me conseilles de faire ?"

Cosima gratta le reste de vernis, sur un de ses ongles, le temps de réfléchir. Puis, elle leva les yeux vers Delphine, avec une expression triste.

"Part à Paris." lâcha-Cosima.
"Pardon ?"
"Part à Paris".

Delphine et Cosima échangèrent un regard. Cosima semblait résignée, et Delphine perdue.

"Je ne peux pas te quitter.." protesta-Delphine. "Qu'est-ce que je ferais, là bas, sans toi ? Je ne veux pas aller vivre la bas toute seule, Cosima, c'est impossible, je serais perdue je.."
"Delphine, Delphine !" la-coupa-Cosima. "Je ne parle pas français.."

La jeune femme s'était emballée et la langue natale avait repris le dessus.

"Désolée.." fit-Delphine. "Je..."
"Arrête de te prendre la tête" lâcha-Cosima. "Tu vas aller à Paris. Tu vas oublier le DYAD, tu vas oublier toute ces conneries. Tu vas m'oublier."
"Comment peux-tu être si calme ?! " s'exclama-Delphine, les yeux brillants. "Ça ne te fait donc rien?"
"Bien sûr que ça me fait quelque chose !" s'exclama-Cosima. "Je vais probablement passer les prochains soirs à pleurer dans mon oreiller en m'endormant, et tu vas me manquer comme pas permis, toute la journée, je vais penser à toi. Mais on a pas le choix. Le DYAD tient ses promesses, il ne disent rien à la légère."

Cosima saisit les mains de Delphine dans les siennes, et les serra. Elle continua son plaidoyer, les yeux brillants.

"Je ne veux pas que tu subisses ça !" s'exclama-Cosima. "Un procès de ce genre, c'est violent. Surtout que le DYAD va s'arranger pour que tu soies coupable alors que tu n'as rien fait. Tu ne pourras pas te défendre, les gens te verront comme une meurtrière. Tu vas faire de la prison ! Tu pourrais mourir en prison ! Tu sais combien on prends pour un triple meurtre ?"
"Beaucoup." répondit-Delphine.
"Je t'aime" dit-Cosima, pour la première fois. "Et c'est pour ça que je veux que tu partes. Pour t'éviter ça. T'épargner de vivre ça. Va à Paris pendant que tu en as encore la possibilité."

Un lourd silence s'abattit. Delphine sentit un noeud dans son estomac, qui se resserait davantage. Elle n'arrivait plus à penser.

"Rentre chez toi, commence tes valises." lâcha-Cosima. "On aura le temps de se dire au revoir, d'ici lundi. Trois jours pour des adieux dignes de ce nom. "

Delphine ne répondit rien. Peut-être avait-elle raison. Si elle allait en prison, elle ne passerait pas plus de temps avec Cosima. Elle se leva, et se dirigea vers la porte d'entrée, qu'elle ouvrit. Elle appuya sur le bouton de l'ascenceur.

"Alors c'est fini, hein ?" fit-Delphine, un peu éteinte. "Toi et moi. On est foutues."
"Apparemment.." répondit-Cosima, d'un air sombre. "Leekie nous a coincé."

L'ascenceur ouvrit ses portes. Delphine les empêcha de se fermer, du pied. Cosima la dévisagea, nerveuse.

"On se voit demain ?" offrit-Cosima. "Je te laisse aujourd'hui pour arranger tes affaires et après.."
"Oui. Après on se dit au revoir." acquiesça-Delphine.
"Je t'aime. Quoi qu'il arrive. Au moins, je l'aurais dit une fois. " sourit-Cosima.
"Hem, techniquement, c'est la deuxième fois" répondit-Delphine, avec un sourire taquin.

Delphine se pencha sur la clone, et captura ses lèvres d'un baiser. Puis, elle entra dans l'ascenceur.
"Au fait" lança-Delphine avant que les portes ne se referment. "Je t'aime aussi."

Elle eut le temps d'apercevoir le sourire comblé de Cosima avant que les portes d'ascenceur ne les séparent. Delphine s'appuya à la paroi de l'ascenceur. Il ne fallait pas qu'elle craque. Cela ne servirait à rien. Elle allait rentrer chez elle, se reposer et puis commencer ses valises.

Ainsi, toute la journée, Delphine fut un zombie. Elle traîna dans son appartement, dépitée, déprimée. Ce n'est que vers 23 heure, que la jeune femme eut le courage de commencer à préparer ses affaires. Si elle voulait passer les derniers jours qui lui restaient ici avec Cosima, autant que tout soit prêt, pour qu'elle puisse rester un maximum de temps avec la clone.

A chaque vêtement qu'elle empilait dans la valise, Delphine sentait le noeud dans sa gorge se resérer, le poids sur ses épaules s'accentuer. Elle se sentait de plus en plus mal au fur et à mesure qu'elle transferait ses affaires dans sa valise.

Tout ça se faisait plus concret,dans sa tête. Elle ne remettrait jamais les pieds ici, dans son appartement qu'elle appréciait. Elle ne fréquenterait plus les clones. Et plus important, elle ne reverrait jamais Cosima. Le premier "je t'aime" qu'elle lui avait dit quelques heures auparavant résonna de nouveau dans ses oreilles.

"C'est injuste.." marmonna-Delphine pour elle même, tout en ressassant les menaces de Leekie, de l'accuser de meurtres.

Trop de pensées dans sa tête. Delphine s'arrêta, une pile de vêtements dans la main. La jeune femme lâcha la pile par terre, découragée. Elle gagna le salon, et saisit la bouteille de rhum. Il lui fallait un réconfortant. La jeune femme enfila trois verres d'affilé, mais ça ne suffit qu'à lui embrouiller davantage la tête.
Delphine saisit son portable, fébrile. Elle envoya à Cosima son adresse, puis, précisa dans un second message : "Je ne peux pas le faire toute seule."

Elle avait besoin de la clone avec elle. Et aussi de l'aide de rhum, encore. A chaque fois qu'elle pensait au fait que, lundi, elle ne pourrait plus revoir Cosima, que ça serait définitif, pour toujours, elle avait l'impression de disjoncter. Et à un moment, forcément ce qui devait arriver, la blonde craqua.
D'abord, les larmes recommencèrent à rouler sur ses joues, et elle sentit des vagues de tristesse, qui partaient du noeud solidement noué dans son ventre et se propageaient partout. Appuyée sur la table encombrée du salon, la jeune femme essayait désespérément de reprendre son souffle, lorsque d'un coup, une pulsion violente, la fit lever les bras, et balancer violemment tout ce qui était sur la table, à l'autre bout de la pièce, puis, sur sa lancée, elle saisit une chaise, qu'elle balança violemment par terre.
Delphine fut elle même surprise par cet accès de colère. Elle n'était pas violente, ordinairement. Ayant peur de ce qu'elle allait pouvoir casser d'autre, la blonde s'écarta, et alla plaquer son dos au mur, la respiration heurtée, le visage rougi, les pensées en bordel, le coeur en vrac.

Lorsque dix minutes plus tard, elle entendit frapper, elle se précipita pour aller ouvrir.

"Cosima" lâcha-t-elle, soulagée.

Elle avait accumulé de la tension toute la journée. Toute la journée, elle s'était contrôlée, pour ne pas pleurer, pour ne pas trop déprimer, pour ne pas trop réfléchir. Elle avait fait preuve d'une maîtrise d'elle impeccable, elle avait été forte et résistante.
Mais ce soir, avec la tombée de la nuit, et trois verres de rhum à jeun, toutes ces barrières étaient tombées. A présent, Delphine était une loque, vraiment dans un sale état.

Lorsque Cosima entra dans l'appartement de Delphine, elle ne fit aucun commentaire sur le salon, saccagé, la chaise à l'envers par terre, les objets éparpillés. Elle nota aussi la bouteille de rhum sur la table, mais ne dit rien non plus. Elle se contenta de prendre la jeune femme blonde dans ses bras, se maudissant intérieurement d'être si petite. Ce n'était pas pratique, de console une personne plus grande, alors, Cosima la fit asseoir sur le canapé, et s'assit à côté d'elle, en tailleur, orientée face à elle.

"Parle moi" chuchota-Cosima, une main dans les boucles blondes de Delphine.
"Je ne peux plus parler.." répondit-l'autre, dans un souffle. "Je veux juste que tout ça ne soit qu'un mauvais cauchemar. Je veux me réveiller.."

Cosima eut une moue de dépit. Si seulement c'était possible. Si seulement elles se réveillaient et soudain, Leekie n'en avait plus après Delphine.

"On était enfin heureuses" continua-la française. "Ne trouves-tu pas ça injuste ?"
"Evidemment que c'est injuste. C'est Leekie. C'est le DYAD."

Il y eut un moment de silence tendu, puis, Delphine saisit son portable.

"Qu'est-ce que tu fais ?" s'inquiéta-Cosima, pas sûre que ça soit une bonne idée, que Delphine écrive des textos dans cet état.
"Je prends une bonne décision" répondit-Delphine.

Elle appuya sur le contact du Dr. Leekie, et l'appela. Malgré l'heure tardive, il décrocha.

"Dr. Cormier" lança-t-il, enjoué. "Prête à prendre l'avion lundi ?"
"Avant de vous répondre, Dr. Leekie, laissez moi vous dire une chose" se lança-Delphine. "Vous êtes un monstre. Ou alors, vous avez été traîné et corrompu par le DYAD, au sein de cette expérience illégale. En tout cas, vous êtes sans pitié. A quoi cela vous avance-t-il, de menacer les gens ? Qu'est-ce que ça peut bien vous foutre, de m'éloigner de Cosima ?"
"Dr. Cormier.." tenta-Leekie.
"Non !" le coupa-Delphine, violemment. "Je n'ai pas fini. Pour une fois, c'est vous qui vous écrasez et qui m'écoutez !"

Cosima, assise à côté, sur le canapé, regardait Delphine avec des yeux ronds. Cependant, une lueur de fierté et d'admiration brillait dans son regard, et un sourire amusé commençait à jouer sur ses lèvres.

"Vous n'êtes pas le maître du monde !" siffla-Delphine, en haussant le ton. "Vous n'avez pas à décider de ma vie, de qui je peux fréquenter ou non. Je décide, parce que c'est sur moi, que les conséquences retombent. Et j'ai ai rien à foutre, d'avoir violé votre contrat. Si c'était à refaire, je le referais sans hésiter. Rien que pour vous énerver, je retomberais amoureuse de Cosima encore, encore et encore. "
"Delphine, cette conversation.."
"La ferme j'ai dit."

Nouvelle tentative de Leekie, que Delphine venait de rendre vaine. La jeune femme était partie dans sa lancée. Ça faisait du bien, de dire tout ça à voix haute.

"Alors allez-y, accusez moi de vos meurtres" termina-Delphine. "Chargez encore un peu plus votre conscience, pour peu que vous en ayez une. Parce que je ne comptes pas quitter cet endroit. Je ne pars nul part, je reste avec Cosima que ça vous plaise ou non. Je compte me battre. Et si je perds, au moins, je saurais que j'aurais pris la bonne décision. Au moins, ça sera quelque chose que vous n'aurez pas réussi à me prendre."

Delphine laissa planer un moment de silence. Leekie en profita forcément pour glisser un de ses petits commentaires suffisants..

"Vous avez fini ?" demanda-t-il avec légèreté.
"J'ignore comme vous pouvez vous supporter.." cracha-Delphine avec mépris, avant de raccrocher.

La blonde posa son portable sur la table, fière d'elle.

"Enfoiré" ajouta-t-elle pour elle même.

Cosima eut un rire. Puis, elle se rendit compte de ce que Delphine venait juste de faire.

"Tu vas vivre un enfer " lâcha-Cosima. "Tu vas vivre un enfer à cause de moi.."
"Non, je vais vivre un enfer pour toi" répondit-Delphine, déterminée. "Je n'ai rien à perdre. Je me battrais. Je préfères ça, plutôt que d'aller me cacher à Paris.."

Cosima détailla le visage de Delphine avec émerveillement. Elle ne cesserait jamais de la surprendre.

"Tu sais que je t'aime ?" lança-Cosima.
"Troisième fois" répondit-Delphine dans un sourire.