Salut ! Je suis vraiment désolée pour le retard de ce chapitre qui a quand même bien fini par arriver. J'espère qu'il vous plaira, en tout cas. Bonne lecture !


IX. Lendemain au goût amer

Du noir. Du noir partout, derrière, devant, du noir dans ses pensées, dans son cœur. Seuls les instincts son maîtres de lui, cet instinct de survie, et cette envie, cette envie de sang, ce désir de mort, tout s'empare de lui et domine sa raison, sa raison qui l'implore de s'arrêter. Mais il court, encore et encore, il court en quête d'une âme à voler, d'une vie à ôter, il court en quête de souffrance et d'agonie. Et à chaque nouvelle proie, il hurle, comme témoignage de sa fierté.

Harry ne dormit pas cette nuit. Draco l'avait formellement interdit d'aller dans la forêt, et avait réussi à le lui faire jurer. Il était trop anxieux pour pouvoir se reposer tranquillement, et ses yeux verts s'écarquillaient d'horreur à chaque hurlement. Que se passait-il, dans les bois ? Est-ce que Draco était en danger ? Et s'il lui arrivait du mal ? Et s'il se faisait du mal à lui-même, en tuant ? Il en serait responsable, non ? Il était bien au courant, et l'avait laissé seul, abandonné à son sort dans la forêt la plus dangereuse du pays.

Waouh, bravo, Harry. Comme d'habitude, réfléchir n'est pas ton point fort.

Il regretta toute la nuit de tenir sa promesse, mais il ne voulait pas risquer de perdre la confiance de Draco alors qu'il venait de la gagner. Mais il était prêt à risquer de perdre sa vie, par contre. Quel imbécile il faisait… Il ne se doutait pas à quel point les remords pèseraient de n'être jamais sorti, ce soir-là.

Le jour pointait dehors et Harry décida que c'était le moment d'y aller. Il se leva de son lit, fatigué, et enfila ses lunettes, ses chaussures, passa la cape d'invisibilité sur lui et saisit sa baguette avant de quitter le dortoir paisible orné d'or. Il sortit du château et avisa qu'il était sûrement plus raisonnable d'attendre Draco à l'entrée de la forêt que d'essayer de s'y aventurer. Le soleil entamait son ascension sur un camaïeu d'orange et de rose et Harry se dit que Lupin aurait adoré voir ce tableau magnifique après une nuit de Pleine Lune. C'était tellement calme et apaisant que l'inquiétude et la terreur qui l'accablaient ne réussissaient pas à prendre le dessus sur ses émotions. Alors il s'endormit. Comme ça. C'est Hagrid qui le réveilla, deux heures plus tard. Il voulut savoir ce qu'il faisait là, à l'orée de la Forêt Interdite, endormi par terre, mais Harry ne sut quoi répondre. Au lieu de faire face à son problème, il prit la fuite et se dirigea droit dans les bois. Il eut à peine fait trois pas qu'il vit devant lui une silhouette claudicante, le torse balafré d'une grande entaille saignante. Tout son visage était entaillé plus ou moins profondément. Dès que Draco le vit, il s'arrêta de marcher et baissa la tête. Il n'osait pas croiser son regard. Mais Harry s'en fichait, tout ce qui comptait c'était de le voir là, bien vivant. Lorsque le blond releva la tête, il sourit. Il mit un pied devant l'autre, mais trébucha instantanément de fatigue, de douleur, et de désespoir. Il se laissa choir sur le sol sans esquisser aucun geste pour se rattraper. Harry se précipita à lui et le prit dans ses bras.

-Ne t'en fais pas, allonge-toi, je vais t'accompagner à l'infirmerie par un sortilège de lévitation, tout va bien se passer, tu vas aller mieux.

-Non ! Non, non, non. C'est hors de question !

-Mais il faut que tu te soignes, que tu fasses quelque chose ! Allez, sois raisonnable, allonge-toi.

Mais Draco lutta encore, et secouait frénétiquement la tête en répétant toujours « non » sans jamais se lasser. Il se rendit compte qu'il était bien trop faible pour lutter contre Harry mais il n'abandonna pas pour autant. Tandis qu'Harry tentait de le tenir immobile, il se débattait en gémissant qu'il n'irait pas, qu'il n'y mettrait même pas un orteil. Quand il vit les prunelles vertes s'armer d'un regard désolé et une baguette sortir d'une poche, il se mit à pleurer et implorer.

-S'il te plaît Harry, tu ne comprends pas, si tu fais ça, je ne te le pardonnerai jamais. Ton avenir d'Auror est foutu si on apprend que tu sors avec un Loup-garou. Ou si tu comptes me quitter, alors pense à ma mère au moins, qui a déjà assez souffert de subir tout cela à cause de son mari, alors si on apprenait que son fils est un Loup ! Harry, s'il te plaît, réfléchis-y… Ma mère ta sauvé la vie, tu t'en souviens ?

Il jouait là sa dernière carte. Harry sembla baisser sa baguette devant les sanglots de Draco, et finit par trancher.

-Je suis désolé, Draco, mais tu passes vraiment par dessus tout. Je ne te laisserais pas dans cet état sans rien faire.

Ce dernier ferma les yeux et serra les paupières très fort, comme s'il redoutait ce qui allait se produire. Personne n'avait jamais autant supplié Harry, à part une. Dumbledore, dans la caverne où se cachait un des horcruxes de Jédusor. Le souvenir de ce vieil homme, brisé, les dernières images qu'il avait de lui avant sa mort, sa mort qui avait bien failli être causée par Draco.

-Petrificus Totalus !

OOO

C'est fou comme la vie peut être vicieuse, et cruelle. Un jour, vous réussissez à être heureux, puis vous vous rendez compte que ce n'était qu'une illusion, et la vérité vous fouette en plein visage, et laisse des cicatrices, oui, la vérité marque beaucoup l'âme. Les mensonges laissent parfois quelques bleus qui s'effacent avec le temps, on finit toujours par oublier, c'est pour cela qu'ils triomphent toujours. C'est pour cela que la vérité reste, et hante, parce qu'elle n'est pas éphémère.

Sous ses paupières pales, un rêve s'organisait dans sa tête. Il revivait son premier baiser avec Harry en boucle. Il sentait ses doigts pris dans les boucles brunes, son souffle chaud sur son visage et la douceur de ses lèvres. Douceur qu'il sentit en se réveillant. Il ouvrit ses yeux gris sur un vert intense. Pas le vert des arbres dénués de feuilles, le vert des miroirs de l'âme qu'il aimait. Et ça le fit sourire, avant de se rendre compte que c'était trop douloureux. Il se redressa un peu, et regarda tout autour de lui. La Forêt. Cet endroit avait pour lui des allures de scène de crime ou de cimetière. Il revit la nuit précédente.

-Un sombral… Une licorne aussi je crois…

Il écarquilla les yeux et ses doigts se mirent à trembler. Des mains glacées se refermèrent dessus.

-Je ne veux pas en parler. Ça fait trop mal. Il faut d'abord que j'apprenne à vivre avec, avant de t'affliger ça.

Harry tenta un sourire faible plein de compassion. Il s'allongea à côté de lui, leurs corps serrés l'un contre l'autre, Draco lui diffusant sa chaleur lupine.

-Qu'est-ce qu'on fait, aujourd'hui, c'est les vacances, non ?

-Tu ne devrais pas trop bouger, ça ne serait pas très pru…

-Non. Je ne veux rien entendre. On ne va pas rester ici toute la journée, cet endroit est trop dangereux et ça me fout le cafard d'être là. Il y a un truc dont j'ai toujours rêvé, mais très secrètement…

-Mmmh ?

-Une visite dans le monde des moldus.

Harry s'étouffa de rire.

-Ce n'est pas aussi extraordinaire que tu le penses, hein. Mais il y a des trucs cool, c'est vrai. Tu veux vraiment y aller?

Draco hocha la tête.

-Et bien soit ! Mais il faut qu'on passe se changer d'abord.