Chapitre 8, troisième et dernière partie : Duels
Le maître d'armes qui avait arbitré le concours de tir à l'arc était de nouveau celui qui jugerait le combat à l'épée. Haldir choisit de combattre avec la sienne. Legolas n'en avait pas, et dut en choisir une parmi celles de l'armurerie de Fondcombe. Il jeta son dévolu sur une épée fine, légère mais tranchante. Les deux combattants furent harnachés de gilets de gros cuir et de protection aux bras et aux genoux.
Avant de commencer le combat, Elrond rapprocha les duellistes en voyant Legolas empoigner son arme de la main gauche, sous prétexte de les rappeler à l'ordre :
« Vous connaissez tous les deux la tradition. Quelles que soient vos objectifs, Haldir, vous savez que cette bataille ne sera pas reconnue comme un duel en règle dans le but que vous recherchez. Et vous Legolas, après cette nernehta, nous aurons une discussion à avoir ! ». Sans répondre, les deux combattants s'éloignèrent et allèrent se placer dans l'arène.
La foule avait beaucoup diminué. Il ne restait plus que les guerriers, les apprentis combattants et quelques amateurs de batailles. Les elfes n'aimaient pas les combats trop violents, et celui-ci avait de grandes chances de tourner ainsi. Aragorn, bien que peu réjouis à l'idée de voir cette bataille, était là également.
Les deux combattants se saluèrent. Et au premier son de la cloche qui annonçait le début du combat, Haldir se précipita sur Legolas, l'épée brandie.
Legolas eut du mal à repousser cette brusquerie. Il n'était pas un guerrier aussi performant à l'épée que l'était Haldir, et manier cette arme à une main était loin d'être facile. La bataille promettait d'être sanglante.
Tout en regardant les deux se battre, Elrond se rapprocha d'Aragorn.
« Que me cachez-vous, Legolas et vous ?
Aragorn, qui n'avait pas vu arriver son père, tout à la bataille, tourna la tête vers lui et ne répondit rien. Elrond poursuivit :
- Y en a-t'il tellement que vous me cachez que vous ne savez quel secret je vous demande de révéler ?
Aragorn soupira, et force lui fut de constater que c'était bien la cas. Il opta pour le plus probable :
- Vous voulez parler du poignet blessé du Prince, n'est-ce pas ?
- Oui. Il semble assez raide mais ne parait pas souffrir de douleurs. Peut être avez-vous une explication à me donner ?
Aragorn était peu désireux de trahir le secret de son ami, mais il ne pouvait pas non plus mentir à son père. Il soupira en entraina Elrond un peu plus loin. Bien que Legolas fut totalement absorbé par le duel, Aragorn craignait que ses oreilles pointues entendent ce qu'elles ne devraient pas :
- Il vous a dit qu'il a été enfermé pour s'être mutiné, si j'ai bien suivi ? Elrond acquiesça. Ce n'est pas tout à fait pour cette raison mais peu importe. Je n'en dirai pas plus qu'il n'est nécessaire. Legolas a réussi à s'enfuir et a été rattrapé. Il… Aragorn s'interrompit et décida de passer sous silence la trahison des elfes envers leur Prince. Il a été ramené au cachot, où il a été attaché pendant plusieurs mois. En essayant de se dégager, il s'est démis le poignet, et n'a pas reçu de soins. A son arrivée, j'ai réussi à réduire la blessure, j'y ai appliqué du baume réparateur, et lui ait placé une attelle.
Elrond ne dit rien pendant un instant. On n'entendait plus que le bruit des épées qui s'entrechoquaient. Et l'enfer sembla se déchainer sur Aragorn :
- Etes vous devenu fou, fils ? Avez-vous pensé une minute que si vous blessiez Legolas, même sans le vouloir, c'était une déclaration de guerre assurée ? Que si jamais vous n'avez pas remis exactement le poignet du prince en place, il risque de rester handicapé ? Vous rendez-vous compte ce que ça signifie pour quelqu'un de son rang ?
- Il refusait absolument que…
- Et bien vous auriez du l'assommer et venir me chercher ! Il vous aurait pardonné à la longue, tandis que Fondcombe n'a pas les moyens de résister à une guerre ouverte contre Mirkwood !
Elrond se passa une main sur le visage tandis qu'Aragorn restait abasourdi. La dispute avait été violent mais faire à mi-voix, de peur que des oreilles indiscrètes la surprenne.
- Ce qui est fait est fait. Je serai juste curieux de savoir comment, avec une telle blessure, il arrive à plier les doigts et à mouvoir somme toute assez bien à bouger l'articulation ? Et ne vous avisez pas de me dire qu'il s'agit d'un autre secret ! Anticipa le seigneur des lieux.
- Il a pratiqué une magie qu'il m'a dit très secrète.
- De la magie ? Legolas ? Je ne l'en savait pas pourvu.
- Cela a eut l'air assez… risqué.
Elrond médita un instant.
- J'ai entendu parler de la magie de Mirkwood. Mais je n'y avais jamais vraiment cru, n'ayant pas eu l'occasion de le constater de visu, je n'y accordais aucun crédit. Et il a jouta pour lui-même : La magie de Mirkwood est très puissante. Ils ont eu le temps tous ces millénaires à guerroyer pour conserver leurs terres pour développer une magie offensive.
- La magie qu'a utilisé Legolas n'était pas offensive, uniquement palliative, et encore…
- Mais Legolas est un elfe au cœur tendre et pur, Aragorn. Les soldats de Thranduil ne sont pas des elfes idéalistes et poètes comme notre ami.
- Legolas bondirait s'il vous entendait le qualifier ainsi, sourit Aragorn. Lui qui voudrait passer pour un guerrier redoutable !
- La poésie et les arts ne sont pas reconnus à Mirkwood, aussi essaye t-il d'étouffer ces tendances. Mais crois-moi, dans son cœur, Legolas est un grand artiste. »
Les deux sourirent à cette idée, quand un cri de douleur, venant sans aucun doute possible du Prince, retentit.
Aragorn se précipita vers son ami, écartant la foule sans ménagement. Legolas avait un genou à terre, et avait lâché son épée. Il était très essoufflé et semblait à bout de force. Il regardait Haldir, yeux dans les yeux. Haldir leva son épée, et le temps sembla se figer. Aragorn vit avec horreur que Legolas, loin de tenter un mouvement de repli, ferma les yeux. Aragorn était pétrifié.
Alors que l'épée se rapprochait dangereusement de la nuque du Prince, Elrond s'interposa avec colère.
« Haldir ! Que pensiez-vous faire comme cela ?
Ledit Haldir baissa son épée et arbora un air coupable. De son côté, Legolas se relevait lentement, avec un air tout aussi coupable. Aragorn se précipita à ses côtés et lui souffla
- Vous allez bien ? Vous avez une mine affreuse ! »
Legolas tenta de lui sourire. Il était effectivement affreusement pâle. Il tenait sa main gauche avec sa main droite, pas que ce fut d'une utilité irréfutable mais l'elfe paraissait trop secoué pour le comprendre.
Elrond paraissait fou de rage, chose rare. Il foudroya Haldir du regard et entraina un Legolas étrangement docile dans une salle isolée.
Elrond, sans demander son avis au Prince, le débarrassa de sa tenue de cuir et retroussa les manches de la tunique pourpre. Le poignet droit était toujours aussi vilain, violacé et rouge. Elrond l'examina quelques instants, tourna doucement le poignet entre ses main pour mieux voir les doigts, et soupira.
- Les Valars soient remerciés, le réduction a été faites comme il faut. Ce sera long à guérir mais vous n'aurez pas de séquelles. »
Legolas restait étrangement silencieux. Aragorn se pencha sur lui et vit que l'elfe avait le plus grand mal à retenir ses larmes. Aragorn s'assit à côté de lui et entoura ses épaules de son bras, sans rien dire, juste pour lui montrer son soutien.
Elrond observa l'elfe un moment. Il avait rarement vu un sylvain aussi perturbé. Il se demandait se que l'elfe, puis Aragorn, avaient bien pu lui cacher qui pouvait mettre le Prince dans un état pareil. Il rabaissa les yeux sur les blessures de l'elfe. Il saisit l'autre bras de l'elfe pour voir ce qu'Haldir lui avait infligé. Il ne s'agissait que d'une coupure mais elle avait du être assez douloureuse pour que l'elfe, déjà fatigué, lâche l'épée. Haldir n'y était pas allé de main morte, et Legolas avait paré le coup du mieux qu'il avait pu.
Elrond plaça sa main sur la coupure, murmura quelques mots et lorsqu'il enleva sa main, la coupure avait disparu.
Legolas s'était repris entre-temps. Il se passa brièvement la main sur le visage, et sourit à Elrond, puis à Aragorn.
« Hantale.
- Mais il n'y a pas de quoi nous remercier, Legolas, répondit Elrond. Vous semblez ne pas vouloir le comprendre mais nous ne demandons qu'à vous aider. Ceci dit, mon fils a fait du bon travail avec votre poignet. Avec toute la magie du monde, je n'aurais pas pu vous soigner mieux.
Aragorn sourit en entendant ce mensonge. Legolas avait l'air vraiment mieux. Elrond sortit un lembas de sa feuille verte et le tendit au Prince.
- Je ne suis pas censé pour aider mais j'imagine que vous donner un peu de nourriture ne pourra être interprété comme une tentative de corruption.
Tous les trois rirent à cette idée.
Aragorn était soulagé de voir que l'attitude résignée que l'elfe avait eu devant Haldir paraissait bien loin, mais il se jura d'aborder le sujet un jour.
Le cor d'appel à la troisième épreuve retentit. Legolas se leva et Aragorn put y lire une grande détermination. L'elfe avait repris confiance en lui, et c'était une bonne chose. Elrond le vit aussi et avant que Legolas ne rejoigne l'arène, il le rattrapa et le mit en garde :
« Prenez garde, Legolas de Mirkwood. Haldir ne reculera devant rien, et vous le savez ! »
Legolas s'éloigna sans un mot, mais avec un signe de tête qui montrait qu'il avait entendu.
Le maitre d'armes demanda :
« Avez-vous choisi vos armes ?
Simultanément, Haldir et Legolas sortirent tous deux leur arme. Aragorn aurait prié les Valars pour que Legolas choisisse l'arc mais ce ne fut pas le cas. Alors qu'Haldir brandissait son épée, Legolas avait sorti ses dagues. Le combat serait très difficile à remporter pour le représentant de Fondcombe.
Mais déjà la cloche annonciatrice du début du combat résonnait.
Haldir, cette fois, ne se précipita pas sur Legolas comme il l'avait fait une heure auparavant. Il savait que l'elfe serait redoutable avec des dagues. Les duellistes se tournèrent lentement autour pendant de longues minutes, chacun cherchant une faille dans la défense de l'autre. Haldir crut en saisir une et bondit en avant.
A part Aragorn, personne dans l'assemblée n'avait jamais vu Legolas se battre au summum de ses capacités. Tout le monde fut sidéré.
L'elfe esquiva l'attaque avec souplesse, presque avec grâce. Il n'attaqua pas mais commença à bouger avec tellement de fluidité que ses pieds ne semblaient plus toucher le sol. L'elfe dansait, littéralement. Et il semblait beaucoup s'amuser. Il virevoltait autour d'Haldir, qui paraissait si lourd et si pataud à comparer, cramponné à son épée. Il essaya de donner quelques coups, qui n'atteignirent que le vide.
Aragorn et Elrond, parmi les autres, étaient fascinés. Si Aragorn connaissait la façon de se battre de son ami, bizarrement, il ne lui savait pas ce talent artistique de combattre. Son père avait raison : dans son cœur, Legolas était un poète, à sa façon.
Soudain, Legolas en eut assez de jouer avec les nerfs d'Haldir. Ce dernier ne cherchait qu'à donner une légitimité à son talent.
Le Prince bondit d'un coup, et dans un mouvement d'une grâce infinie, lança ses pieds derrière les genoux du Lotlorien, le mis à terre et en un éclair, ses dagues étaient sous son cou.
Legolas était à peine essoufflé.
Lentement, l'elfe retira ses dagues de la jugulaire d'Haldir, tremblant et en sueur. Il se redressa, et tourna le dos au vaincu. Mais Haldir se redressa brutalement et tenta de planter son épée dans le dos de son adversaire. Legolas se retourna et envoya sa dague si rapidement que le public retint sou souffle. La dague découpa le vêtement au niveau de l'épaule sans blessé d'une once Haldir.
Legolas souffla :
« Ce n'était pas très loyal, Haldir, et surtout pas très futé. »
Et il s'en fut, plantant là Haldir et les spectateurs bouches bées.
…………………………………..
Voilà !
Voici la fin du chapitre 8, à force on y arrive !
J'espère que ça ne vous a pas parut trop long. Ce chapitre n'était pas du tout prévu au début, je l'ai intégré un peu par hasard, principalement pour répondre à une demande d'intégrer Haldir (n'est-ce pas Hopes ?)
A demain pour la suite !
