Percy fit craquer sa nuque, tendu. Il n'aimait pas cette façon de procéder. Pas du tout. Mais ils n'avaient pas le choix. Le regard de Percy glissa sur Nico qui avançait avec un calme trompeur à ses côtés. C'est un aspect que Percy n'appréciait pas non plus. Il aurait voulu éviter de parcourir le pays de cette manière. Avec Nico qui plus est ! Aussi bon combattant que Nico pouvait être, Percy se serrait bien passé de sa compagnie. Dans un monde autant en perdition, Percy ne pouvait pas se permettre de s'inquiéter pour quelqu'un. Pas dans ces circonstances. Mais Nico ne lui avait pas laissé le choix. Il s'était imposé dans cette entreprise de retrouver des alliés. Demi-dieux ou dieux, cela n'avait pas d'importance. Tout ce qu'ils décidaient, c'était gonfler leur troupe. Pour le soulèvement qu'ils préparaient maintenant activement. Cependant, heureusement ou malheureusement, les personnes qu'ils recherchaient se cachaient bien. La recherche était longue et fastidieuse. Surtout maintenant que Percy dissimulait sa puissance pour ne pas attirer des ennemis. Le problème, c'est que cela empêcherait aussi leurs éventuels alliés de le trouver.

Percy soupira en s'arrêtant. Cela faisait cinq heures qu'ils marchaient sans s'arrêter et ils n'avaient encore rien trouvé. Il était maintenant de se déplacer de plusieurs kilomètres. C'est ce qu'ils avaient décidé en quittant le camp de Chiron. Ils avançaient durant cinq heures puis Percy les déplacerait d'une centaine de kilomètres. Parfois dans un autre état. Après cinq heures sans résultat probant, Percy estimait qu'il était temps d'abandonner les environs à profit de nouveaux horizons.

Le jeune dieu s'immobilisa alors qu'il portait un regard désespéré autour de lui. Ils se trouvaient à Washington. Ou, plus exactement, où Washington avait été. Ce n'était, maintenant, que des vestiges. La prestigieuse capitale n'était plus qu'une ombre de plus en plus terne. Les mortels survivaient à grand peine, ignorant tout ce qui avait provoqué cette catastrophe mondiale. La brume existait toujours. Elle fonctionnait toujours. Ils passaient à côté des monstres de la ville sans les voir s'en inquiéter. Percy ne savait pas comment ils les voyaient. Et, à vrai dire, le fils de Poséidon s'en fichait. Il ne voulait pas se préoccuper des mortels. Il ne pouvait pas ! Il avait d'autre source de préoccupation. Plus importantes ! Comme les dieux et les demi-dieux. Il était conscient que c'était eux la clé. Si Percy voulait donner au monde la chance d'aller mieux, il leur fallait remettre les Olympiens sur leur trône. Le monde mortel n'irait pas mieux que dans ce cas. Donc, Percy faisait de son mieux pour ignorer les mortels.

Nico se retourna, remarquant finalement l'arrêt de Percy. Un éclair de désespoir passa sur ses traits lorsqu'il comprit qu'ils abandonneraient les recherches dans cette zone. Bien entendu, pour lui, c'était un échec. Encore. Nico émit un sifflement colérique mais s'approcha, à grand pas, de Percy, jetant des regards de dernières minutes autour de lui. Percy ne dit rien. Aucun mot ne pouvait être assez réconfortant. Alors, plutôt que de prononcer des mots vides de sens, Percy préféra garder le silence. Percy mit une main sur l'épaule de Nico et ils disparurent de la capitale sans laisser de trace.

Ils réapparurent à Minneapolis, quelques secondes plus tard, à peine. Percy se crispa aussitôt. Il y avait une puissante magie dans l'air. Une magie hostile. Percy ferma les yeux, exaspéré. Apparemment, les ennuis continuaient à courir sur son chemin, sans lui laisser un moment de paix.

Percy jeta son arme en action. Tendu, en position de combat, il regardait autour de lui. Il ne vit rien mais il se sentait guetté. Dans cette ville, il y avait beaucoup de cachettes, malheureusement. N'importe quelle créature pouvait les épier depuis les hauteurs des immeubles.

Le jeune dieu hésita un long moment à quitter, tout simplement, la ville. Mais quelque chose le poussait à rester. Il décida, enfin, de suivre son instinct. Il lui avait rarement fait défaut ces dernières années. Peut-être qu'il y avait une créature hostile ici mais il devait aussi s'y abrité quelque chose d'essentiel pour eux.

« Avançons. » Statua Percy avec fermeté.

Nico qui ne semblait pas avoir perçu le danger se remit en marche en regardant, perplexe, son camarade.

Minneapolis.

Percy ne s'y était jamais aventuré. Et aujourd'hui, elle offrait un triste spectacle. Le spectacle était triste. La désolation des lieux était renforcée par le dur hiver. En ce moment, Nico et lui parcouraient ce qui avait dû être le quartier des affaires. Percy se souvenait des photos des grattes ciel que lui avait, un jour, dévoilé Annabeth. Mais, comme toutes les constructions humaines que Percy avait vu jusqu'à ce jour, ils n'étaient plus que ruines. Percy peinait à croire que l'humanité parvienne à se relever s'ils parvenaient à abattre Chronos. C'était dur à croire mais les humains sont résistants. Percy en était la preuve vivante.

Il s'immobilisa, soudain, alors qu'il traversait un chantier de construction. Un grognement l'avait interpellé. La créature les traquait. Nico attendit le danger, lui aussi. Finalement, le monstre se dévoila. Elle se déplaçait avec la souplesse d'une panthère. Les yeux dorés, lumineux. Les longs cheveux roux tombaient en boucles légères sur son dos nu d'une pâleur de porcelaine. Elle était vêtue d'une tunique crème, typique de la Grèce antique. Le vêtement soulignait sensuellement ses formes. Elle était belle. Inhumainement belle. Son air fragile, son déplacement presque céleste et ses pieds nus et délicats auraient pu la faire passer pour une innocente jeune femme. Mais Percy sentait toute la puissance qu'elle dégageait. Ses lèvres couleurs cerise se séparèrent et sa langue vint les lécher.

Nico haleta à cette langue de serpent et recula même d'un pas, l'épée brandit devant lui. La femme monstre sourit cruellement et, lentement, ses jambes se transformèrent jusqu'à devenir une queue de serpent.

Percy frissonna. Il savait, à présent, ce qu'elle était. Un lamia. Un monstre dont les victimes privilégiées étaient des jeunes hommes dans la vingtaine… et les dieux. La créature qui devait les trouver comme des mets raffinés était quasiment indestructible. Elle n'aurait pas dû se trouver là. À l'Etat Unis. Elle aurait dû être confinée en Grèce.

« Qu'est ce que c'est que cette chose ? » Expira Nico.

« Un lamia. »

« Nom de… Comment est-ce que l'on tue cette chose ? »

Percy haussa les épaules. Il ne savait pas grand-chose de cette créature. Apollon lui en avait parlé… Dans son premier monde. Le dieu archer s'était confronté à elle. Il l'avait décrite comme une combinaison mortelle de Méduse et d'Arachné qui, elles même, n'étaient pas des monstres à prendre à la légère.

« Apollon l'a blessé assez gravement en lui jetant un rocher. Un énorme rocher. Et il était au maximum de sa puissance, alors. »

« Génial. » Murmura Nico en reculant encore avec prudence.

Percy était resté sur place si bien qu'il se trouvait devant Nico lorsque le lamia décida d'attaquer. Bien entendu, ce fut Percy qui en fit les frais. Le lamia le frappa avec une telle force que le dieu qu'il était vola à plusieurs mètres de distance. Percy siffla de douleurs et se releva péniblement. Il n'avait plus vraiment l'habitude de prendre de tels coups. Les créatures qui pouvaient se permettre de défier des dieux n'étaient pas nombreuses. Et, apparemment, le lamia en faisait parti. Et, par malheur, Percy était affaibli, comme la majorité des autres divinités. Il aurait des difficultés à faire face à la créature. Percy se leva le plus rapidement possible mais, déjà, la créature était sur lui. Elle l'agrippa à la gorge et le souleva, en lenteur, comme s'il ne pesait rien, son effroyable sourire toujours en place. Percy grogna de douleur et vit, par-dessus l'épaule du lamia, Nico ranger son épée et se ruer vers la grue qui les dominait. Percy leva les yeux et s'aperçut que l'engin soulevait encore de lourds blocs de pierres.

Percy comprit, aussitôt, le plan fou de Nico. Surtout parce qu'il était, lui-même, devenu un spécialiste des plan fou. Nico allait tenter d'abattre ces charges sur leur adversaire. Mais, pour que ce plan fonctionne, il fallait que Percy emmène le lamia à leur point de chute.

Percy grogna, tâtonna à la recherche de son coutelas, la vision de plus en plus floue. Le lamia desserra un peu son emprise et se pencha en avant. Sa langue vint, lentement, lécher sa joue avec un véritable délice. Percy prit, alors, sa chance. Il agrippa son couteau et frappa le lamia au ventre en remontant.

Le lamia poussa un cri perçant et le lâcha. Percy garda une prise ferme sur son arme et n'attendit pas que son ennemi se rétablisse. D'un revers du pied, Percy propulsa le monstre plusieurs mètres plus loin. Le lamia se redressa, ses yeux flashèrent de haine. Percy s'avança un peu, en position défensive. Le but n'était pas d'attaquer. Percy était conscient qu'il ne parviendrait pas à l'abattre avec une arme blanche. Le plan de Nico était meilleur. Tout ce qu'il fallait, c'était faire reculer l'être jusqu'où il fallait et l'y maintenir jusqu'à ce que Nico lui largue les pierres dessus.

Le lamia, heureusement, était obnubilé par Percy. Il n'avait pas réalisé qu'il manquait un adversaire dans cette bataille. Il n'avait pas, non plus, fait attention à la mise en marche de l'instrument de sa mort.

Un coup, deux coups de couteau et le lamia, trop furieux pour être raisonnable et cohérant, fut à l'endroit exact qu'il fallait.

Nico fut au rendez vous.

Sitôt que le lamia se trouva en place, il largua son chargement.

Les pierres chutèrent droit vers le monstre.