Hello les lardons, me revoilou avec un nouveau chapitre...
Merci d'étre toujours aussi nombreuse et même plus, à venir lire mes chapitres... Un petit clin d'oeil à mes fidélles lectrices elles se reconnaitront je pense, merci les filles, pour vos reviews adorables et rigolotes, je vous préviens je suis totalement accros alors j'attends votre avis de pieds ferme! ;)
Sur ces bonne paroles je vous laisse en tête à tête avec Bella ^^
1,2,3 je claque des doigts et je disparais...
3 Décembre 2009, 09h49, la tête dans le cul,
J'ai réussi à dormir cette nuit, 5 heures, un vrai miracle. A croire que me débarrasser de ces souvenirs, en les couchant sur le papier m'a fait du bien. Alors quoi dire de plus ? Il a bousculé ma vie, son absence a fait de moi celle que je suis, je fais avec, mes fantômes au placard. Et dire que j'ai à peine 24 ans. C'est désolent.
Je ne sais pas ce que l'avenir me réserve, mais ça me semble pouvoir difficilement être plus dur que ce que j'ai traversé ces derniers mois. Le revoir m'a fait me replonger dans le passé et ça m'a été bénéfique. Je sais aujourd'hui que je n'ai plus rien à voir avec celle que j'étais il y à sept ans.
sept putain d'années s'étaient écoulées depuis, et le moins que l'on puisse dire c'est que la vie ne nous avait pas épargnés.
Le départ d'Edward avait été une chose difficile. J'avais tellement regretté de n'avoir pas tenté ma chance plutôt, de ne pas avoir osé, de ne pas avoir essayé de le retenir. Mais en y réfléchissant bien, c'était peut-être mieux comme ça. J'avais ce souvenir inoubliable et je... Pfff... Quand on vit un rêve, quand tout est trop beau pour être vrai, on sait pertinemment qu'il va falloir se réveiller à un moment ou à un autre. Pour moi ça avait peut-être été un peu brutal, mais les choses sont ainsi faites et je l'accepte. Pas de demi-mesure.
Tout le monde sait que l'amour fait souffrir, alors aimer Edward je ne vous raconte même pas! J'avais passé trois ans à ne voir que lui, à ne penser qu'à lui. Je lui avais donné toutes mes nuits, tous mes rêves. J'en occultais presque les six milliards d'autres êtres humains qui peuplaient la terre. Mais son départ m'avait permis de me ressaisir. Loin des yeux loin du cœur peut être l'adage, n'est-il pas? Pour ma part, je dirais plutôt que ça m'avait ouvert les yeux. Bon ok, peut-être pas tout de suite, mais après une bonne année à chialer, il avait peu à peu pris moins de place. Je découvris alors une nouvelle liberté. C'est vrai qu'après le bac je m'étais sentie pousser des ailes, comme un déclic. J'avais compris que je ne pouvais pas passer ma vie à me morfondre sur un amour perdu et mon égo blessé. Je ressentis comme une urgence à profiter de ma jeunesse, à m'amuser, à m'éclater et à croquer la vie à pleines dents.
Emmett, Lily, Rose et Jasper étaient là eux et notre amitié était plus forte que jamais. Entre le Etiennes' et la fac, on passait tout notre temps ensemble, multipliant les sorties, les week end, les cuites, les plans drague foireux que mes brunes m'organisaient, un nombre incalculable de ciné-macdo les dimanches soir, les matchs de basket et autres virées shopping.
Lemonade, CocoRosie.
Pour ne pas me sentir frustrée au milieu de ces quatre obsédés, tout le temps occupés à se peloter et à se lécher la bouche, je me trouvais un mec. Et c'est comme ça que s'étaient succédés Mike, Kévin, Jonathan, Tyler, mais aussi deux Logan -j'adore les Logan, toujours doux et calmes-, Sam, Tom, Paul, Anthony, Allan, Dario, Ben et j'en passe.
Oui, je sais, je suis une femme très occupée! Je ne suis efficace que quand je suis débordée. Je rencontrais tout ce beau petit monde à la fac ou sur le campus en général, c'était mon passe temps favori faire des rencontres, une nuit ou plus mais sans attache. De toute façon, c'est aussi comme ça qu'ils me considéraient alors tout le monde y trouvait son compte.
Je ne voulais pas tomber amoureuse, ça faisait d'ailleurs partie du code d'honneur que je m'imposais. Franchement je ne voulais absolument pas revivre la même chose qu'avec Edward. Laisser quelqu'un piétiner mon cœur était hors de question. Je n'engageais que peu de sentiments, je laissais couler et profitais.
Aujourd'hui je ne suis plus si "occupée" qu'à la fac, c'est vrai que tout a changé depuis l'an dernier. J'ai des responsabilités maintenat, des factures et des impôts à payer, des comptes à rendre à ma banquière et à mon comptable, pas du tout aimables ces deux là si vous voulez mon avis.
Mais quand j'ai envie de m'amuser un peu, je prends ma soirée et retrouve Victoria -ma collègue de chasse, à l'homme bien sûr! A deux c'est plus "secure" quand même, au pire je pouvais toujours appeler Emmett à la rescousse, si j'avais peur pour mes petites fesses.
A moi, la situation me convient, mais on ne peut pas en dire autant de mes amis. Ils préféreraient me voir casée, mais trop peu pour moi! Comme je le dis toujours, quand je serai trop vieille pour les coups d'un soir, je me trouverai un gars gentil, pas trop laid et pas trop chiant surtout. Je lui ferai peut-être des enfants avant que mes ovaires dessèchent, adopter un chien, avoir des géraniums aux fenêtres, un grand écran dans le salon, trois crédits, huit coïtes par an, en bref une vie parfaite, lisse et bien rangée. La vie du trentenaire américain de base, marié, deux moufflets, la maison en banlieue et le monospace. Fini les joints, les vacances à Cancun, les capotes fluo... Au secours! Mon Dieu je vais me faire chier comme un rat mort! Heureusement qu'il me reste au moins dix ans pour profiter... C'est bizarre mais je ne trouve pas ça du tout rassurant, dix ans ça fait flipper!
Et dire que c'est le rêve d'un tas de gens, c'était le mien aussi. Mais aujourd'hui ça m'étouffe rien que d'y penser. Ce n'est vraiment pas pour moi cette petite vie parfaite. De toute façon j'ai bien trop la poisse pour que ça m'arrive. Ce n'est pas pour autant que j'aspire à autre chose, ma vie est parfaite comme elle est, ou du moins autant qu'elle puisse l'être quand on n'a personne avec qui la partager.
J'entends d'ici Rose m'engueuler:
"Si tu laissais quelqu'un y entrer dans ta vie, tu serais moins seule, on peut pas vivre sans amour Bella." Et blablabla...
J'enviais le bonheur de mes amis, eux ils étaient heureux juste en étant à côté de la personne qu'ils aimaient. Tout semblait si simple à les entendre. Même si je sais pertinemment que ça n'a pas toujours été rose, qu'ils ont douté, qu'ils ont voulu partir en claquant la porte. Mais pour une raison inconnue, Rose tenait toujours la main d'Emmett et Lily regardait les yeux pleins d'amour son Jasper. C'est à rien n'y comprendre.
D'ailleurs, je parle en connaissance de cause. Emmett et Rose, c'est quelque chose au quotidien; quand ils ne copulent pas comme des ados, ils se traitent de tous les noms puis se réconcilient sur l'oreiller. Spirale infernale. Ca devait être épuisant à force, non? On avait habité tous les trois un petit moment et c'est la seule période de ma vie où j'ai dû utiliser des boules Quies. Ils avaient décidé de venir habiter avec moi pour m'aider à faire tourner le Etiennes', parce que même avec l'aide de mon frère quand il rentrait du boulot, moi j'avais la fac et on ne s'en sortait pas.
Là on comprend bien qu'il manque quelqu'un sur la photo de famille. Ma mère, notre mère.
Renée avait fait plusieurs malaises après la période des fêtes. On avait mis ça sur le compte de la fatigue et du stress, parce qu'elle travaillait comme une cinglée. Soirées à thème, concerts, le Etiennes' tournait pratiquement H24; café branché le jour et bar enfiévré la nuit. On l'aidait comme on pouvait, service, remplissage des frigos, mais ça n'avait servi à rien. Comment aurait-on pu savoir? Un petit étourdissement de temps en temps, rien de méchant. Personne n'aurait pu se douter que...
Je l'aidais à ranger la réserve après une livraison, elle allait bien, on plaisantait. Je lui racontais ma dernière gaffe en date, le matin même,autrement dit le 26 avril 2008. J'avais bousculé le prof le plus sexy de la fac, non sans l'avoir ébouillanté avec mon café et accessoirement ruiné sa chemise et mes notes. Renée riait gentiment, me disant qu'on ne me changerait jamais, même en me greffant un sens de l'équilibre. Et puis plus rien. Brusquement, son rire s'était arrêté, ses yeux dans le vide, elle s'agrippait à l'étagère.
-Maman, ça va? Maman...
Je m'approchai d'elle inquiète, mais il était déjà trop tard. Elle tombe, elle tombe... La panique s'empara de moi, je la rattrapai avant que son corps ne heurte le sol, je vis ses yeux se révulser. Je hurlai, crachant tout l'air qui brûlait mes poumons, ma vue se brouilla, ne sachant quoi faire je me déchirai les cordes vocales pour évacuer la terreur qui me prit à la gorge.
Stange fruit, Aaron.
Son corps était secoué de spasmes, sa respiration saccadée, je la serrais dans mes bras, à genoux.
Je ne comprenais rien de ce qui se passait, je ne savais plus où j'étais, sans la moindre idée de ce que je devais faire pour lui venir en aide. L'impuissance me vrillait le bide, j'étais paralysée par la peur, incapable de secourir ma propre mère.
Puis les spasmes avaient cessé, mais sa respiration était toujours difficile. J'avais cru bêtement qu'elle allait ouvrir les yeux, se relever et me dire que ce n'était rien du tout. Mais elle ne rouvrit pas les yeux et après quelque secondes qui me parurent passer au ralenti, j'arrêtai de crier, me détachant doucement d'elle pour prendre mon portable et appeler les pompiers, de l'aide, je voulais juste de l'aide...
Sa tête sur mes cuisses, je caressais doucement ses cheveux. Les larmes me brûlaient les joues. Attendre, attendre encore, c'était la seule chose à faire. Attendre...
Je me sentais perdue, seule au monde.
Je lui répétais de rester avec moi, de ne pas m'abandonner. Mais Renée était déjà loin, elle était déjà morte, même si son cœur battait encore. Elle m'avait déjà quittée, me laissant seule, terriblement seule.
J'avais la sensation de me noyer, comme si des trombes d'eau noire et glacée se fracassaient sur moi. Le noir et le froid. Pas de silence, un vacarme assourdissant, une cacophonie horrible de bruits insupportables.
Ne me laisse pas maman, je t'en supplie, j'ai tellement besoin de toi... Qu'est-ce que je vais faire sans toi? Tu ne peux pas m'abandonner... Je t'en prie ne pars pas, pas maintenant...
On avait tant de choses à vivre ensemble, tellement de discussions, d'engueulades, de câlins, de petits dej... Demande-moi toutes les papouilles que tu veux, je te dirai oui; demande-moi de te dire je t'aime 20 fois par jour, je te jure que je ne râlerai même pas! Demande-le-moi comme tu l'as toujours fait...
Mais tu n'es plus là, ce n'est pas toi allongée dans ce lit; ton cœur bat mais tu n'es plus là. Tu ne souriras plus, jamais je n'entendrai le doux son de ta voie, jamais plus tu ne me prendras dans tes bras.
Dis au revoir à la poussière d'ange
Le seul ange auquel tu fais confiance
-Bonsoir je suis le Docteur Carter, c'est moi qui ai pris en charge votre mère à son admission. Elle a fait ce que l'on appelle un AVC, arrêt vasculaire cérébral massif. Son état est stationnaire pour le moment, mais les dommages causés par l'ischémie sont irréversibles à ce stade. Je suis désolé mais il n'y a rien que l'on puisse faire.
-Mais son cœur bat, elle est vivante...
-Vous êtes son fils je suppose... Elle est maintenue en vie grâce à une assistance respiratoire, elle a dû être intubée.
-Elle pourrait se... réveiller si on lui laisse du temps.
-J'ai bien peur que non, l'activité cérébrale est très faible et elle pourrait à tout moment refaire un AVC, malgré le traitement anticoagulant mis en place.
J'ai toujours détesté les hôpitaux, cette odeur, qui vous prend aux tripes, cette frénésie, les gens qui marchent vite, qui parlent fort. Je voudrais juste qu'ils se taisent. LA FERME! Ma mère est en train de mourir. Mais j'étais totalement incapable de leur gueuler dessus.
Debout, les mains dans les poches, je regardais le corps étendu dans ce lit qui avait abrité l'âme de Renée. Celle qui m'avait donné la vie perdait la sienne, et je ne pouvais pas empêcher cela. Lui sauver la vie, lui rendre la pareille. Plantée là comme une conne, j'aurais voulu mourir à sa place. Elle était tellement tout ce que je n'étais pas : courageuse, solide, joyeuse, enthousiaste, passionnée et extravertie. Je ne lui arrivais pas à la cheville. Elle avait accompli tant de choses que je ne me sentais pas digne d'elle, d'être sa fille. Elle, si extraordinaire, mourait seule derrière cette vitre et moi je la regardais. Alors même si j'avais peur, je me devais d'être auprès d'elle, de lui tenir la main. Elle m'avait donné la vie et je serais là quand la mort la prendrait. Parce que c'était ce que je devais faire.
-Il faut la laisser partir Emmett...
Il venait d'entrer dans la petite chambre, je pouvais le sentir derrière moi, il s'approcha doucement, passa son bras autour de mes épaules et posa sa grosse main sur la mienne enlacée à celle de Renée.
-Je sais.
Combien de temps avions-nous passé comme ça? Je n'en avais pas la moindre idée, des heures peut-être. Mon corps me faisait mal, il réclamait que je bouge pour soulager les courbatures mais je ne pouvais me détacher d'elle. Emmett finit par sortir de la pièce après m'avoir embrassée.
-Je vais m'occuper de la paperasse...
Je le remerciais intérieurement d'avoir ce courage qui me faisait cruellement défaut. Je ne pouvais plus parler, plus bouger, sinon j'allais me barrer en courant. Rester pour Renée, pour Emmett, ma famille.
Une infirmière entra, suivit de mon géant de frère qui venait reprendre sa place, sa main chaude pressait doucement mon épaule avec tendresse, pour me rassurer. On partageait la même douleur, il était le seul à pouvoir me comprendre, le seul que je voulais près de moi. Alors pour le soutenir comme il le faisait avec moi, je passai mon bras autour de sa taille et le pressai contre ma hanche. Emmett avait cette chance, si on peut dire, de savoir exprimer ses émotions, il était tactile au besoin. Par ce trait de caractère il ressemblait à notre mère, alors que moi je devais tenir ma réserve de Charlie.
Je me suis souvent demandé comment ils avaient pu tomber amoureux l'un de l'autre, il avait bien fallu qu'ils s'aiment... C'était troublant d'en arriver à penser à Charlie. Quelle aurait été sa réaction s'il avait su que son ex-femme mourait sous les yeux de ses enfants? Parfois j'aimerais le revoir, mais je ne saurais pas quoi lui dire, je lui aurais peut-être craché ma haine au visage. Ce n'était peut-être pas sa faute si on en était là, mais il y avait contribué. Je sais pertinemment qu'avec des si on refait le monde et que ça ne sert strictement à rien, mais je ne peux pas m'en empêcher. S'il ne l'avait pas trompée, s'il n'avait pas délaissé sa famille, on ne serait pas parti à l'autre bout du pays, elle ne se serait pas tuée à la tâche pour nous offrir le meilleur, on aurait eu une vie chiante, j'aurais dû aller manger chez eux le dimanche midi, mais elle aurait été là. Mais c'était renoncer à ce qui aujourd'hui faisait d'elle cette femme que j'admirais, celle qui avait réalisé un de ses rêves, qui avait réussi là où tant d'autres se cassent la gueule, sans rien devoir à personne.
Stop! Finalement, il n'y a rien à regretter et rien à refaire! Sois réaliste, la vie est ainsi faite, Bella, jamais tu ne pourras changer le cours des choses, contrer la main du destin pour qu'elle ne s'abatte, empêcher l'étincelle de vie de s'éteindre dans les yeux de ta mère.
Pourtant, je laissai mes pensées dériver pour éviter de m'ancrer dans la réalité. L'infirmière coupait le son du scope, les seringues électriques et le respirateur, je la remerciais intérieurement de se déplacer lentement et de prendre soin de ne pas faire de bruit. Le tracé du scope devint irrégulier.
Après quelques minutes interminables, elle se tourna vers nous, les mains jointes, tordant ses doigts. Elle semblait gênée et confuse. Je l'observai un instant et me rendis compte qu'elle ne devait pas être beaucoup plus âgée que moi, dire que c'était son lot quotidien, quel boulot quand même!
-Si vous avez besoin de quoi que ce soit je serai juste à côté... Je suis vraiment désolée...
J'aurais voulu lui dire merci, mais j'étais incapable de détacher mes yeux du visage de Renée. Dans mon champ de vision, je pus voir Emmett hocher la tête. Décidément, il était vraiment parfait. Gardant son self control, alors que je me sentais prête à exploser à tout moment, comme une bombe à retardement. Je ne connaissais pas cette facette de sa personnalité. Emmett était tout sauf sérieux et pragmatique. Aujourd'hui, il était fort et il l'était pour moi. Il devait sentir ma détresse et ne laissait pas sa peine faire surface.
Le doc de tout à l'heure fit son entrée. Il devait ex tuber Renée ce qui signifiait la fin. Il nous avait demandé de sortir mais mes pieds restaient fermement ancrés dans le sol. Je pouvais bien voir ça, après tout, ce n'était qu'un tuyau! Mais je n'aurais pas dû faire la belle sur ce coup là, j'avais dû fermer les yeux parce que c'était foutrement insupportable. Rien ne me m'empêcha d'entendre malheureusement.
Le son du scope était coupé, il n'attirait donc pas l'attention sauf que ce fichu toubib l'avait regardé et que j'en fis de même. Je regardais le tracé anarchique et d'un coup il devint plat. Mes forces me quittèrent sans prévenir, je tombai à genoux et lâchai la main de ma mère. Maman...
Il avait fallu tout gérer : l'enterrement, les papiers... Putain quel merdier, ce n'est pas possible de faire plus compliqué! J'avais tenu à m'en occuper parce qu'Emmy devait retourner bosser. Les poussins devaient avoir leur entrainement de basket, je n'allais pas les en priver de même que tous ces jeunes de notre ancien lycée dont il était le prof de sport, la classe incarnée en jogging aux couleurs de l'école. Je ne pensais pas réussir à faire de l'humour dans ce chapitre de ma vie, mais la preuve est là.
On ne peut pas dire que j'avais beaucoup fait ma comique l'an dernier. Un an et plusieurs mois déjà, bordel mais comment le temps fait pour filer toujours si vite!
Marcher dans l'église, lunettes noires vissées sur le nez, ne pas trembler, garder les yeux fixés sur le Jésus crucifié, ne pas voir le cercueil, pourtant c'était inévitable. Ma gorge se serrait, bloquant presque ma respiration. Refouler les sanglots et la souffrance, être forte. La main de Lily dans mon dos me réconfortait un peu. Tous mes amis étaient là pour nous soutenir, même lui, mais je n'avais pas voulu le voir, alors il s'était tenu à l'écart. Je l'avais vu prendre mon frère dans ses bras. Costume et cravate noir, chemise blanche, Ray-ban et tronche de circonstance, il avait été parfait. Mais c'était déjà bien assez dur comme ça, il n'avait pas besoin d'en remettre une couche. Peut-être l'avait-il compris? Je ne sais pas... Toujours est-il qu'un aller-retour Londres-NY, dans la même journée, soit 5567km, était un effort à souligner.
Pieces, Red.
Pourquoi j'avais insisté pour faire ce putain de discours! Bien sûr que j'y tenais, mais maintenant que j'étais débout devant tout le monde, que je n'arrivais pas à arrêter de renifler, c'était la panique à bord. J'allais devoir parler de Renée à tous ces gens, alors qu'en quatre jours j'avais dû prononcer trois mots à tout casser.
Mais je me lançai, faisant abstraction de toutes ces paires d'yeux fixés sur moi, ça n'était pas à eux que je m'adressais après tout. Ma voix était entrecoupée de sanglots, tant pis, je fis de mon mieux pour être compréhensible. De toute façon rien à foutre s'ils ne m'entendent pas! Je me mordis la lèvre inférieure pour ne pas me mettre à hurler, ça aurait fait désordre, non?
-Je suis Isabella Swan, la fille de la femme que l'on pleure aujourd'hui. Ce discours devait retracer sa vie, mais je me sens bien incapable de vous raconter quoi que ce soit, mis à part que Renée était une femme hors du commun. Aujourd'hui est le jour le plus triste de ma vie, le plus noir aussi malgré toutes les bondieuseries que nous a servies le Révérant Mattews. Ma mère a été rappelée à Dieu. Elle est sûrement déjà entrain de s'éclater au Paradis, un Blue Ocean (cocktail à base de vodka et de curaçao) à la main parce que c'était ce qu'elle préférait et c'est tout ce que je lui souhaite, à vrai dire.
Je ne peux pas vous raconter sa vie, je ne m'en sens pas le droit. La seule chose que je sais et dont je suis certaine c'est d'avoir été chanceuse, parce qu'elle était ma mère et que la fierté gonfle mon cœur d'être sa fille. D'avoir eu droit à son amour, à sa joie de vivre. Je sais qu'elle a aimé ses enfants et de la plus belle des façons. Elle disait que nous étions le plus beau des cadeaux et je remercierai le ciel chaque jour pour m'avoir laissée grandir aux côtés de cette femme. Je n'existe que parce qu'elle était ma mère, et c'est là le cadeau que la vie m'a fait. Je m'incline devant ton sourire, Maman. Si je souffre aujourd'hui c'est parce que je t'ai perdue...
Plus de mots, mes yeux quittent sa photo, c'est fini, mes sanglots m'étranglent. Je veux sortir d'ici. Laissez-moi sortir!
"Depuis que t'es montée là haut
Les anges n'ont jamais été plus beaux" Saez.
Prennez soin de vous
et de moi aussi avec une petite review ça mange pas de pain et ça me ferais vraiment plaisir...
Marine
