Salazar et Godric, compagnons chevaliers !

Salazar Serpentard et Godric Gryffondor partent sur les routes défier tous les dangers pour la gloire et la fortune !… Enfin, s'ils ne s'étripent pas mutuellement avant d'y arriver…


Disclaimer : Sainte JK Rowling, mère exclusive de Salazar et de Godric, priez pour moi, Frudule, qui ne possède que Saucisson le charismatique, Gwendoline le serpent à la broche, Matthiole à la forte voix, les gobelins Manuel Draps mouillés et Flegmon le Trublion, Nono la gourde moineau, les cousins Ollivander et Joséphin Toisedouble le tailleur viril, maintenant et pour toujours. Pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il.


Remarque importante : Les pensées intimes (donc non prononcées…) de Salazar Serpentard sont en italiques
Réponse aux reviews :

Toujours par reply et sur mon LJ… ( Au fait je vous aime mes revieweurs !)


Note de l'auteur, Frudule pour vous servir !

Bon, ce chapitre est extrêmement long. Deux fois la taille normale. Qui, je le rappelle, est le double de ce que j'estimais comme normal avant. Bref si vous avez suivi, c'est quatre fois un chapitre pas trop long. Ou alors la racine carrée de ce chapitre est égal à un unique chapitre de l'ancienne norme que je m'étais dévolu il y a désormais plus d'une dizaine de lunes, en considérant l'ancien calendrier grégorien. Enfin tout cela est d'un formel, me direz-vous.

(Quoi ? Qui a crié à mort les Serdaigles ? Je m'en fiche ! De toutes façons je faisais semblant d'être intelligente !)

Bref, juste pour vous dire que je devais le couper en deux mais que je ne l'ai pas fait. Et vous prévenir aussi que c'est assez violent. Je ne pense pas changer de rating mais si ça vous choque, n'hésitez pas à me le dire et je m'appliquerais aussitôt !


Godric Gryffondor était sous le choc de la surprise. Il regardait son compagnon, les bras balans, les yeux hagards et la bouche ronde. Même la pointe de son chapeau s'inclinait de déconvenue.

Il doutait franchement que le spectacle se déroulant devant ses yeux soit bien réel. Il pencha la tête en tous sens, les sourcils haut levés, cherchant l'indice qui prouverait qu'il s'agissait bien d'une hallucination particulièrement farceuse et non d'une révélation inattendue au sujet de Salazar.

Cela faisait environ deux mois qu'ils se connaissaient à présent et ils ne s'étaient pas quitté une seule journée depuis leur rencontre dans les marais. Il avait eu tout le temps nécessaire pour appréhender un peu le fonctionnement de cet être étrange qu'était son camarade.

C'était un garçon qui ne souriait pas, à part quand il se moquait. Il restait toujours silencieux sauf quand il se permettait quelques remarques acerbes. Il riait parfois mais la plupart du temps il se contentait de ricaner. De toutes façons, le peu d'émotions qu'il consentait à communiquer passait plus à travers son regard que par ses gestes ou ses paroles. C'était déjà bien étrange en soi considérait-il.

« Franchement, je savais qu'il était bizarre mais là… » Murmura le chevalier pour lui-même.

Il finit par fermer sa bouche qui pendait encore, se rappelant que le brun, il est vrai, avait parfois des réactions exagérées.

D'abord il ne valait mieux pas le vexer : il se vengeait à chaque fois et toujours de manière bien cruelle. Il était vraiment des plus rancuniers, il attendait que l'affaire soit oubliée depuis longtemps pour la faire ensuite chèrement payer. Et Merlin sait qu'il était doué pour trouver les insultes qui faisaient mal ; Godric fit la grimace en pensant qu'il l'était un peu moins pour éviter les coups de poings qui en résultaient…

Certes, le mage était bien vindicatif mais ce n'était point là sa seule particularité. Il était désespérément réservé. Le blond ne pouvait point lui raconter sa dernière aventure amoureuse avec une paysanne sans qu'il ne se mette aussitôt à blêmir, à toussoter de gêne, à l'incendier pour sa soi-disant impudeur et à finir par dévier la conversation. Il avait testé plusieurs fois avec diverses histoires mais cela se déroulait exactement dans cet ordre-là, à chaque tentative. Comme en fin de compte Godric trouvait que c'était plutôt une réaction cocasse, il retentait souvent l'expérience.

Mais ce qui lui plaisait plus encore, c'était de le mettre en colère. Ce n'était pas un acte aussi facile qu'il semblait à priori : étant donné que Salazar était soupe au lait comme pas deux, on eut pu penser qu'il voyait rouge après quelques taquineries seulement. Que nenni, il avait un contrôle de lui-même tout à fait remarquable et ses fureurs étaient froides et minutieuses dans leurs accomplissements.

Mais il y avait une lézarde dans le mur de cette indifférence forcée. Une fissure, une faille, un gouffre même. Le Lord détestait perdre. Et cela le blond l'avait bien compris, pour son plus grand amusement.

Chaque soir, après une journée harassante à chercher où pouvait bien se trouver l'adepte de magie noire qu'ils poursuivaient, il donnait à son compère des cours de combat. Dès que le jour déclinait, les deux cherchaient un campement et, à peine avaient-ils élu domicile, ils commençaient à se battre sans relâche jusqu'à ce que la nuit ne les en empêche. Le chevalier devait reconnaître à son adversaire une pugnacité sans pareille. Mais pour le reste, il y avait vraiment beaucoup à travailler…

Godric arrivait à le défaire sans même utiliser son épée. D'ailleurs il se marrait comme un sagouin, à esquiver toutes les attaques, à se rapprocher progressivement de lui, jusqu'à venir arracher la hallebarde directement des mains de son rival. En lui offrant de grands sourires, évidemment.

Rarement dans ces moments-là Salazar parvenait à se maîtriser. Généralement il se mettait à employer tous les moyens possibles et imaginables pour le réduire en bouillie, utilisant ses poings et ses pieds en premier. Comme il n'était point de taille à lutter de cette manière, il utilisait parfois des cailloux comme projectiles et il l'avait même une fois gratifié d'un lancer de hérisson. N'ayant point fréquemment d'animal piquant et infortuné à consacrer à son ressentiment, il dégainait alors son poignard qui n'était que trop ravi de sortir de sa botte. Et malheureusement trop souvent, il se servait aussi de sa baguette.

Le sorcier, s'il savait éviter ou parer le reste, avait tout de même manqué de finir carbonisé à plusieurs reprises par les sorts envoyés avec hargne. Il était bien incapable de rivaliser en magie avec le jeune garçon et les leçons qu'il recevait de lui ne compensaient pas encore cet écart.

Malgré la menace certaine que ces réactions virulentes représentaient, Godric recommençait pourtant à chaque fois à l'asticoter autant que possible. Avec un entrain toujours renouvelé qui plus est.

Car, si l'on excepte la possibilité qu'il soit l'individu le plus irritant de la planète et qu'il prenne beaucoup de plaisir à faire de la vie de son camarade un enfer, ainsi que ce dernier le supposait, il y avait une raison à son entêtement.

C'était le fourchelangue.

Oui, quand le mage se mettait à hurler, pétri de rage au dernier degré, éclatant de fureur face à son échec, il le faisait dans cette langue que lui seul maîtrisait. Il soufflait injures sur malédictions, il s'époumonait des minutes entières sans se rendre compte qu'il déblatérait dans un dialecte différent. Et Godric en face de lui, d'être singulièrement enchanté d'entendre et d'imiter tous les chuintements mystérieux…

Mais à l'instant présent, il n'avait pas eu besoin de l'énerver. Le brun sifflait ces paroles, l'air absorbé et avec une sorte de douceur inhabituelle, bien éloignée des stridulations crispées de colère dont il avait l'habitude. La langue semblait changer du tout au tout selon le ton employé mais ce n'était pas vraiment cette révélation linguistique qui le perturbait autant. Le chevalier se gratta la tempe et soupira.

Il fallait se rendre à l'évidence : Salazar savait sourire avec gentillesse. Ainsi qu'avoir l'air heureux, sans prendre aussitôt un air supérieur. C'était une sacrée nouveauté.

Bon, évidemment, sa fierté de Gryffondor en prenait un coup avec cette découverte. Il était particulièrement vexé de voir qu'une vipère, interceptée lors de sa traversée du chemin, mérite plus ces attentions que lui. Et aussi qu'elle ait apparemment une conversation bien plus intéressante que la sienne.

« Mais qu'est-ce que vous vous racontez depuis tout à l'heure ? »

Les yeux noirs ne daignèrent point se relever vers lui, l'autre continua de papouiller son serpent en l'ignorant. L'animal roulait son corps longiligne contre les paumes, passant lascivement d'une main à l'autre. Il jouait à grimper sur les phalanges, à zigzaguer entre les doigts avec agilité et il ne cessait de faire vibrer sa petite langue fourchue. L'enchanteur répondait en caressant tranquillement la petite tête triangulaire du bout de l'ongle.

Il poursuivit sa discussion comme si de rien n'était quand le reptile décida d'aller visiter sa manche et, lorsque la bête s'enroula autour de son poignet et se frotta contre la peau, tout à fait satisfaite de cette place, il eut un petit reniflement ému.

Godric sentit l'irritation le prendre. Que son compagnon soit content de câliner un nouvel animal de compagnie soit une chose mais là, ils avaient un ennemi à pourfendre.

« Bon, on y va ? On doit encore interroger les habitants du coin… Ouais, je sais, c'est pas marrant, ils disent tous qu'ils ne savent rien de rien au sujet de ce mage noir. Mais après tout c'est toi qui as remarqué que c'était louche qu'ils répondent tous exactement la même chose, au mot près ! Alors il faut recommencer ! Ils finiront bien par lâcher quelque chose… »

Salazar fronça les sourcils. Il n'avait pas vraiment envie de retourner à cette quête.

Déjà presque plus d'un mois qu'ils tournaient en rond dans la région. Ils avaient quadrillé la zone à plusieurs reprises à l'aide du plan mais rien n'y avait fait. Ils n'arrivaient pas à trouver la planque de ce scélérat. A finir par en douter de son existence. Pourtant ils avaient intercepté une chouette transportant une livraison des moins honnêtes : pétales d'hellébore noir, un ingrédient pour poisons, interdit à la vente par l'oligarchie sorcière d'Angleterre. Le pernicieux brigand devait donc résidait tout près mais sa cache était une belle réussite, trop difficile à débusquer pour eux.

J'enrage… Comment un pauvre hère qui pense connaître les arts obscurs peut-il me tenir en échec, moi, le maître incontesté de toutes les perfidies de ce monde ? Je commence à saturer de perdre mon précieux temps à questionner des paysans…En plus sans même pouvoir les torturer pour obtenir les renseignements ! Stupides principes chevaleresques ! Les gens d'ici sont sous son contrôle, c'est évident…Ils suintent la peur par tous les pores dès qu'on les interroge à son sujet… De toutes façons, il y est probable qu'eux-mêmes n'ont aucune idée de l'endroit précis où il se trouve… Que faire ?

Son partenaire commença à avancer pour l'inciter à le suivre. D'un geste du menton, il insista :

« Allez, viens Salazar. Relâche d'abord ton copain sans patte ! Je pense pas que les gens seront beaucoup plus coopératifs s'il vient à pointer le bout du museau de sous ta chemise ! »

Il leva les yeux au ciel, contrant toute future répartie à l'avance :

« Et non, t'as pas le droit de t'en servir pour les menacer ! »

Evidemment, pourquoi mettre toutes les chances de notre côté ? Grrr… Dommage, j'aurais bien aimé qu'il nous soit utile, cet adorable petit…

Le maître des potions prit soudainement un air pensif. Il détacha le petit saurien de son avant-bras et lui parla un moment avec le plus grand sérieux Il finit par le poser à terre et la bête s'éloigna doucement en courbes gracieuses.

KssKssKss…

Se retournant avec une lenteur étudiée, le sorcier dévisagea son collègue. Il lui offrit un sourire large et féroce.

« Je sais où il est. »

Serpentard suivit les traces du rampant à écailles, accompagné par un Godric complètement abasourdi.

« Attends, le serpent t'a dit où il se trouvait, le mage noir ?

- Je lui ai demandé s'il avait déjà remarqué des perturbations magiques sur son territoire. Il m'a raconté que justement, en son plein milieu, une étrange barrière faisait que les rats d'un des côtés ne rencontraient jamais ceux de l'autre. Il va nous montrer. »

Le blond stoppa net. Il arracha son chapeau de sa tête et s'écria en fouettant l'air avec :

« Hé ! Je suis pas devenu chevalier pour aider des bestioles à en bouffer d'autres, moi ! J'en ai rien à faire de ses problèmes de mulots ! »

Salazar secoua la tête de dépit sans ralentir.

Je me demande quelle divinité en son trône a trouvé judicieux de me coller le plus écervelé des chevaliers en guise de partenaire… Pourquoi moi ? Cela aurait-il été trop facile pour ma sensationnelle personne d'atteindre les sommets de la gloire, si je ne m'étais coltiner un tel boulet n'est-ce pas ? Il n'y aurait pas eu le suspens de savoir quand vais-je enfin craquer et le trucider une bonne fois pour toutes ?

« Godric… Si les serpents sont souvent les animaux de compagnies des hors-la-loi, c'est parce qu'ils sont indifférents aux magies maléfiques en général. A l'opposé, les rats y sont sensibles et sont d'ailleurs utilisés dans leurs détections. Ils réagissent encore plus violemment aux effets que tous les autres… grands mammifères. »

Le fourchelangue avait mis toute sa morgue à prononcer les deux derniers mots, sachant pertinemment qu'il faisait partie de cette dernière catégorie. Cela lui causait d'ailleurs un certain dépit.

La vipère glissa rapidement entre les herbes et l'humus recouvrant la terre de la petite colline où ils grimpaient. Quelques arbres aux feuilles roussies par l'automne, se dressaient isolés sur la butte, entourant une roche imposante aux rebords escarpés. Ils avaient souvent vu ce mégalithe depuis qu'ils traînaient dans la région. On pouvait l'apercevoir de loin tellement il était haut. Il jaillissait littéralement du sol, énorme monument grisâtre au milieu de la tendre nature délavée de la campagne. Les deux compères s'en étaient même souvent servis de point de repère pour s'orienter dans la contrée, sans avoir besoin d'utiliser un sort de « Pointaunord ».

Mais la vérité c'est qu'ils n'avaient jamais approché le rocher depuis le début. Pourtant ils s'étaient juré de suivre ligne par ligne la carte pour que rien ne leur échappe.

Comment a-t-on pu passer à côté ?

Le malaise grandissant que ressentait le garçon aux cheveux noirs en s'avançant vers la froide paroi répondit à toutes ses interrogations quant à ce sujet. Il avait l'envie pressante de déguerpir ou de se détourner vite fait de cette direction. Quand le serpent ne ralentit pas et fonça dans la pierre pour y disparaître, il n'eut plus aucun doute.

« Bon, ton serpent a du se gourer… On file maintenant ? »

Le chevalier se dodelinait d'un pied à l'autre, les bras croisés et son visage se fronçait en un trouble évident. Le mage ne rêvait que de l'écouter et de s'en aller mais, à la place, il se fit violence et tendit la main droit devant lui. Elle traversa la roche.

Godric écarquilla les yeux.

« Une illusion ! »

Salazar fulmina d'une voix grave :

« Oui… assortie à des sortilèges de repousses des plus virulents… C'est rare qu'ils atteignent les sorciers de la même manière que les moldus. Je parierais sur une variante du sort par la magie noire… »

Le chevalier rentra la tête dans les épaules et dit d'une voix étranglée :

« Mouais, sûrement…et ça va se payer, ça, moi je te le dis. En tous cas, c'est pour ça qu'il était si bizarre, ce caillou, à avoir la même forme de tous les côtés qu'on le regarde. C'est parce que c'est pas un vrai. »

Hum… Pourquoi n'y ai-je pas prêté plus d'attention… Pas brillant…

Les deux braves passèrent le bouclier de cette supercherie en essayant d'oublier leurs estomacs qui se tordaient de contrariété sous l'effet de la magie néfaste.

Une fois la barrière contournée, se révéla à leurs yeux un petit château de pierre grimpé sur le sommet. La base semblait plus ancienne que le reste, creusée dans une roche qui avait prêté son aspect à l'illusion. Les étages étaient un mélange de colonnes de pierres et de colombages de bois et plus on montait en hauteur, plus la construction semblait bancale.

En tous cas, depuis cette position, pas de doute qu'il ait pu nous apercevoir venir et entrer dans son domaine.

Godric devait aussi avoir ces soupçons-là car il avait dégainé son épée et surveillait tous les côtés avec attention. Il avança à pas décidés, suivi par son compagnon qui serrait sa pique dans ses mains.

« Bordel, Salazar, c'est quoi ces trucs-là ? »

Le temps était gris et des nuages de plus en plus noirs s'amoncelaient peu à peu dans le ciel. L'orage approchait. Le manque de lumière commençait à représenter une gêne mais ils étaient suffisamment capables d'user de leurs yeux pour être horrifiés par le spectacle.

Ils ne l'avaient point vu de prime abord car une grande haie délimitait le jardin. Mais tout l'espace devant la porte d'entrée du manoir étaient envahis par des dizaines et dizaines de statues, disposées en damier serré. Elles étaient en bronze ou en cuivre, verdâtres, couleurs de rouille ou bien inondées des traces blanchâtres de l'écoulement de la pluie sur leurs surfaces. Il y avait quelques représentations d'animaux cabrant, ruant, figés dans toutes leurs rages bestiales mais la plupart étaient bel et bien des hommes hurlant de souffrance. Le réalisme était saisissant : tous ces êtres humains étaient des chevaliers en armures, sans le moindre doute possible.

Je n'ai pas l'impression que nous soyons les bienvenus… Joli accueil glacial, rien à dire…

Ils pénétrèrent la propriété avec appréhension, leurs armes dressées. Mais même s'ils essayaient d'être vigilant, il était difficile de détourner l'attention de ces sculptures de mort. Elles semblaient hurler silencieusement une douleur intolérable, décrivant dans leur ensemble tout le panel des mimes de l'agonie.

Untel tombait à genoux et offrait aux regards les muscles crispés de sa nuque. Un autre tournait des yeux exorbités vers les cieux, cherchant la réponse à ses maux. Un dernier tendait la main, implorant son ennemi de faire cesser son martyre.

L'affliction de chacune était déjà insupportable, tellement criante de vérité mais la juxtaposition de toutes ces figures relevaient aussi bien de l'image d'un carnage de champ de bataille que celle d'une farce sadique créée pour les déstabiliser et les perdre. Ils auraient aussi bien pu passer les portes de l'enfer que le paysage ne fut-ce pas si différent.

Il va sans dire que le garçon appréciait réellement.

Oh, mais il a du goût ce mage à la manque ! Il a vraiment réalisé des statues d'une expressivité rare ! Que de peines dans ces yeux de métal ! J'ai presque l'impression d'en voir pleurer quelques-uns. On jurerait vraiment qu'ils vont se remettre à bouger d'un instant à l'autre ! Et pourtant ! Il ne fait pas de doute qu'ils sont déjà morts et enterrés… Les souvenirs des châtiments terribles qu'il a infligés sont fixés pour l'éternité en œuvres d'art, juste dans son jardin. Non, vraiment, c'est très classe. Tout de même, il n'a pas lésiné sur les détails…

Salazar avait déjà remarqué que les blasons des chevaliers étaient parfaitement rendus mais il fit une mine de dégoût en s'apercevant que l'homme de bronze à ses côtés avait du poil aux oreilles.

Etrange de rendre cela dans une statue… Le naturalisme, certes, mais enfin…

Il porta son attention sur tout ce que ne possédaient habituellement pas les sculptures : un grain de peau trop épais, des vilaines rides ou les cheveux rares, des ongles rongés retranscris dans toutes leurs laideurs. Il fut presque choqué en notant le bec de lièvre d'un des soldats de métal, aussi laid que de nature.

Mais il y avait autre chose qui le perturbait. Il ne savait par quel moyen l'artiste avait réussi à tailler l'intérieur de ses bouches entrouvertes afin d'y rendre tout le complexe des molaires et des glottes.

Ce n'est pas normal… Ce n'est pas normal du tout…

Le fourchelangue sortit brusquement de sa contemplation quand son partenaire s'écria :

« Hé ! Je le connais celui-là ! Je l'ai déjà rencontré à l'Impériale Cathédrale de Justice ! Justement pour l'histoire de ce mage-ci ! »

La voix de Godric s'érailla :

« Ca veut dire qu'il l'a eu, hein ? Il a fait une décoration en guise de pierre tombale… Je vais le massacrer… »

Le brun rattrapa et retint violemment par le bras celui dont les pupilles étaient déjà rétrécies de colère. Il le força à se rapprocher de lui et dit à voix basse, épiant tous les parages pour vérifier que personne ne les regardaient.

« Attends ! Je crois que notre situation est encore plus périlleuse qu'il ne semblerait... Ce ne sont pas de véritables statues, ni des pierres tombales… Je parierais que ce sont des chevaliers qu'il a transformés en sculptures… Je ne sais pas par quel moyen mais nous devons nous méfier si nous ne voulons pas subir le même sort ! »

Son interlocuteur acquiesça et murmura à son tour :

« Il faut agir vite, ne pas lui laisser le temps de nous maudire ou je-ne-sais-quoi. »

Salazar n'était pas particulièrement emballé par une attaque aussi inconsidérée. Mais comme le mage noir devait déjà être au courant de leurs présences en ses terres, il ne valait mieux pas lui donner encore du temps supplémentaire pour un accueil digne de ce nom. La retraite n'était pas plus envisageable car, après leurs interrogatoires du mois dernier, il ne faisait nul doute que le bandit avait assassiné quiconque ayant découvert sa cachette.

Attaquer de front le manoir est une mauvaise chose… Il y a sûrement des sorts de protection. Il faudrait le forcer à sortir, lui. Ou trouver le moyen de les contourner ou les éliminer le temps que nous rentrions… Comment…

La petite vipère, qui l'avait docilement suivi à chacun de ses pas montra soudainement une grande agitation. Elle fit un soubresaut de panique et grimpa à toute allure sur son pied pour se réfugier dans sa chausse. Il lui demanda ce qu'il se passait pour qu'elle agisse comme cela.

La réponse sifflée depuis sa botte fit courir un frisson de terreur le long de son corps.

« Godric ! Des monstres quadrupèdes arrivent ! »

Le chevalier redressa son épée en position d'attaque et ne cilla plus en attente du danger qui approchait.

Bientôt ils entendirent le bruit sourd de multiples pas courant en tous sens. Aussitôt des grognements excités se firent entendre de derrière les murs. Les bêtes étaient dans le manoir. Nombreuses d'après le bruit. Féroces et tueuses d'après le serpent. Maléfiques d'après ses propres déductions. Ils allaient entrer en action bien plus tôt que prévue.

Le mage déglutit, la peur au ventre. Tant d'hommes avant lui avaient succombé à ce qui étaient sur le point de sortir de derrière ces portes.

Mais moi, je ne suis pas n'importe qui… Je sais que je peux vaincre !

Il reprit bonne figure en constatant que son camarade, lui, ne sourcillait guère. Il était prêt à se jeter dans la bataille au moindre signe.

Si lui n'a aucune appréhension, pourquoi en aurais-je ? Mais que sont donc ces animaux…Peut-être ne faut-il pas les regarder en face ? Peut-être ont-ils un regard aussi puissant qu'un basilic ? Non… Je ne connais aucune bête qui puisse changer quelqu'un en statue de bronze… Pétrifier, oui mais transformer la chair humaine en un métal, cela n'existe pas… Soit ce démon a crée une nouvelle espèce, ce dont je doute étant donné la complexité de la chose, soit il agit avec une autre ruse…Un moyen différent…C'est cela, les bêtes sont une diversion !

Les battants de bois s'ouvrirent avec fracas : des énormes chiens enragés se précipitèrent dans leur direction, les babines retroussées, la bave dégoulinant sur leurs mâchoires prêtes à arracher leurs membres.

C'était des croups. Impossible de les confondre : ces canidés avaient d'épais bourrelets de muscles qui rattachaient leurs pattes avant à leurs dos, cassant l'harmonie de leurs cous pour les faire ressembler à des taureaux. Leurs queues, finissaient en pointe comme celle des diables et ils étaient bien plus gros et larges que leurs homologues non magiques.

J'ai raison, ils ne savent utiliser que leurs dents ceux-là ! Ils ne sont qu'une distraction au danger réel !

Celui-ci apparut sous la forme d'un homme à la barbe démesurément longue, nattée avec des lianes. Dans l'encadrement de la porte, dégageant sa cape d'un geste grandiloquent, il lança d'une voix tonitruante :

« Bienvenue chers invités ! »

Il éclata d'un rire froid et grave qui contraria Salazar par sa qualité tout à fait remarquable.

Ce type est vraiment le cliché du parfait méchant… Mais moins que moi ! Je n'ai pas semé la terreur pendant des années dans mes marécages pour me faire intimider par le premier imitateur venu !

Les molosses, au nombre de cinq, arrivèrent à toute allure sur eux. Ils étaient déchaînés et mordaient l'air comme autant de futurs boyaux. La folie qui se lisait dans leurs petits yeux excentrés était vraiment écœurante.

Godric s'élança pourtant sans hésiter contre le groupe, l'épée à la garde. A cause des sculptures, les créatures ne pouvaient se déplacer ensemble et il profita de ce qu'elles fussent séparées pour tenter de les attaquer à revers. Il évita la première créature d'une pirouette et, d'un bond, lança sa lame contre une deuxième. Un gémissement suraigu retentit quand il atteint l'encolure, lacérée d'un trait puissant. Déjà une de moins.

Mais si la première offensive avait été un succès, il allait être plus difficile d'éliminer les autres. Les animaux étaient excités par l'odeur de sang émanant de la fraîche dépouille. Le chevalier évita de justesse les canines d'un croup ayant sauté pour lui mordre la carotide. Mais ce pas de déséquilibre l'avait rendu peu sûr de ses appuis et il était entouré de toutes parts désormais. Il sauta et roula sur une statue qui faisait le dos rond pour se sauver. De nouveau il pouvait assaillir le groupe d'un côté sans se faire agresser par l'arrière. Il leva son arme et l'abattit en un coup fouetté sur le dos du plus petit des féroces canidés.

Mais à cet instant le piège du labyrinthe d'airain démontra une nouvelle facette : le dédale était trop étroit. L'élan de sa lame fut bloqué à mi-parcours par l'un des bras inanimés de métal. Les aciers crissèrent.

La bête ne fut que très légèrement blessée et se remit d'aplomb en peu de temps. L'épée de Godric vibrait encore dans sa main alors que deux des autres croups l'attaquèrent, prêts pour le carnage, toutes dents dehors.

Pour Salazar les choses ne se présentaient pas mieux. Il avait beau être bien en arrière du combat qui opposait son camarade au troupeau, il n'était pourtant pas protégé de tout danger.

Une créature courait à pleine vitesse sur lui et sa hallebarde semblait d'une rageante inutilité au vu de l'encombrement du champ de bataille. Plus longue encore que le glaive du blond, il ne pouvait la manipuler sans risquer de se retrouver coincé par une statue.

Rhaa, il a pensé à tout ce sale mage noir ! Mais je m'en dédie ! De toutes façons, ce n'est pas comme si je savais vraiment me servir de cette lance !

Il n'eut pas le temps de s'étonner de cette franchise exceptionnelle envers ses propres capacités de combattant. La bête lui fonça dessus. Il l'évita d'un saut maladroit et, bien malgré lui, sa pique rencontra le chemin des pattes : le croup se cogna contre le bois et perdit l'équilibre. Il s'écroula en un brusque roulé-boulé et finit sa course dans les pieds d'un immobile chevalier pétrifié. L'animal s'y écrasa violemment en un couinement de souffrance.

Je n'ai rien dis, en fait je suis un demi-dieu ! Ksss…

Le garçon avait lâché son arme sous la force du choc mais il ne prit pas le temps de la récupérer. Il fallait qu'il agisse rapidement avant que le monstre à poil ne revienne à l'assaut.

Je ne dois pas oublier que ce ne sont que de vulgaires diversions !

Il dégaina sa baguette d'un geste sûr et se mit à courir vers son compagnon.

Tout à coup il l'aperçut : comme une ombre, dissimulé entre les bronzes dans son avancée, l'homme à longue barbe se rapprochait de Godric.

« Incendio ! »

Le sort ne toucha que la joue d'une sculpture mais elle eut le mérite de stopper la progression de l'ennemi. Il venait de se faire démasquer. Il dévisagea le jeune visage de son agresseur et se planqua vivement derrière les bois d'un cerf de sa collection quand un nouveau tir le visa.

Ne compte pas sur moi pour te laisser agir !

L'être infâme pesta contre lui-même : il avait agi avec imprudence et il était maintenant la cible des attaques. Il aurait dû attendre que ses chers toutous en aient fini avant de s'approcher… Ou bien être plus discret… En vérité il n'avait pas songé un seul instant que ces nouveaux adversaires puissent représenter un quelconque danger. Des semaines qu'il les observait tourner autour de son domaine et s'entraîner à se battre dans des duels franchement minables. Il leur devait d'ailleurs de superbes liesses moqueuses par leurs batailles pitoyables.

Mais là, dans le traquenard de son propre jardin, dans cette forêt des guerriers inanimés, un duel à la baguette pouvait se révéler des plus aléatoires ; il n'avait plus du tout envie de rire. Il rebroussa chemin, louvoyant entre les boucliers d'airains, bien décidé à se réfugier dans un endroit plus propice à sa victoire. Et comme c'était son domaine, comme il y avait déjà vaincu milles périls par le passé, il savait parfaitement où aller...

Godric n'avait pas vraiment eu le temps de remarquer le duel magique qui se déroulait près de lui. Trois des croups semblaient bien décidés à l'avoir et il devait redoubler de rapidité et de précision pour ne pas les laisser faire.

Seulement il devenait difficile de dompter trois bêtes et de trouver le moyen d'utiliser son épée sans cogner une autre sculpture. Il utilisa bien plus volontiers ses pieds et poings et lorsque l'un d'entre eux l'assaillit, sautant à son visage, il le para en le repoussant de l'avant-bras. L'incision d'une canine le meurtrit légèrement près du coude et il commença à regretter sérieusement le temps où il avait une armure…

Les grognements enragés ne l'aidaient malheureusement pas à repérer intuitivement la position de ses adversaires à fourrures : les sons se répercutaient sur les métaux. Encore une diablerie de ce labyrinthe mortel. Il pouvait cependant profiter aussi de cette disposition particulière pour éviter les crocs et griffes en grimpant, sautant, contournant vivement les statues et parfois surprendre un animal avant qu'il ne réagisse.

Comme celui-ci, au pelage noir, auquel il administra un rude coup de pied. La créature glapit de douleur en se tordant. Mais le tibia resté au sol était bien trop appétissant pour la bête voisine : en un élan elle l'attrapa et, dans un claquement de mâchoire, mordit férocement la chair.

Hérissé par la douleur de cet étau aigu sur sa jambe, le chevalier ne put se retenir de lâcher un cri. Il rabattit son épée de toutes ses forces vers le dos du croup, entaillant profondément le cuir épais dans un bruit de craquement. Le sang jaillit sous la lame et l'animal s'effondra sur ses pattes en un tressautement. Pourtant les maxillaires ne desserrèrent pas leur puissante étreinte et même à moitié morte, la bête restait agrippé.

Incapable de se déplacer par ce poids lourd retenant douloureusement son mollet, Godric se trouvait tout à fait dans le pétrin. Les deux animaux restant s'excitaient encore plus en voyant leur victime immobilisée. Ils recommencèrent leurs assauts, désespérément parés par la lame et les poings du blond.

Un éclat de voix lui parvint tout à coup et il vit filer la silhouette de son camarade vers la porte d'entrée :

« Godric, je dois arrêter le mage noir! Occupes-toi des croups !

- Les croups, ça me connaît ! »

Gryffondor était très fier de sa réplique. Il la trouvait très drôle.

Mais bientôt l'une des créatures s'en prit à sa cape et le tira en arrière de toutes ses forces. Il fut déséquilibré et manqua de s'écrouler. Il dut s'accrocher au nez proéminent d'un des anciens perdants statufiés pour ne pas tomber en arrière. Comble de malchance, c'est à ce moment précis que choisit de réapparaître la dernière bête. Un peu sonnée après la chute que lui avait occasionnée Salazar, elle s'ébroua et se mit à grogner nerveusement en sentant la peur et le sang qui embaumait l'air.

A cet instant précis, une petite partie de l'esprit du valeureux chevalier lui rappela que, malgré tout l'humour sans conteste de cette répartie, il aurait été plus judicieux de demander de l'aide.

Je dois atteindre la porte avant qu'il ne referme sur lui la forteresse !

Salazar s'élança à pleine vitesse vers l'entrée. Il savait que c'était risqué de pénétrer seul dans le manoir de son ennemi qui réservait certainement moult funestes surprises. Mais il savait aussi qu'il ne pourrait jamais l'en déloger s'il n'arrivait pas à rentrer de suite. Et il ne voulait pas perdre.

Alors il accéléra encore, dépassant le jardin de statues, gravit d'un bond les marches et passa la porte en criant :

« Luculentus candida ! »

Sa baguette émit une lumière blanche et flamboyante, assez puissante pour aveugler son ennemi si jamais il se trouvait derrière le panneau de bois, prêt à l'agresser lors de son entrée.

Il n'était pas assez stupide pour le faire sans cette précaution et les deux trois statues qui entouraient le seuil le confirmèrent dans ses défiances.

Un bruissement de robes qui s'enfuyait sur sa droite l'avertit de la réussite de son sortilège et il poursuivit l'ombre noire dans ce qui semblait être un tunnel secret.

L'escalier en colimaçon, étroit, aux hautes marches, l'empêchait d'aller aussi vite aux trousses de son ennemi qu'il aurait voulu.

S'il avait une cache invisible dans un des pans du mur pour me prendre à revers ?

Le garçon se plaqua aux remparts dans sa montée, une épaule contre un des murs et sa main libre de baguette sur l'autre. Ce n'était pas du plus rapide mais ainsi il sentirait la moindre supercherie s'il y en avait une. Il ne voulait pas se fier aux bruits d'escalades qui pouvait si bien être déguisé avec une incantation.

Sa paranoïa joua contre lui : il n'y avait aucun piège dans cet escalier et il perdit de l'avance sur son adversaire. Il passa la tête hors de la tapisserie qui masquait la sortie du tunnel. Il la rentra aussitôt brusquement.

Un maléfice de flammes bleues l'avait visé, ce qui prouva que le mage noir avait déjà recouvert la vue et l'attendait de pied ferme dans cette nouvelle salle. Les fils de soie tissée commençaient à brûler en une âcre odeur.

Salazar n'avait guère d'autre choix que de sauter dans la pièce s'il ne voulait choir pied par-dessus tête dans l'escalier. Il s'élança en hurlant un sort de désarmement dans la direction d'où venait le jet précédent :

« Expelliarmus !

- Accio baguette !»

Le vieil homme l'avait contré nonchalamment, d'une voix aux consonances amusées. Le fourchelangue comprit instantanément pourquoi. Ils se trouvaient à présent dans une salle remplie d'étagères sur lesquelles reposaient des dizaines de fioles. C'était le cabinet de recherche et il était assez grand et fourni en horreur emprisonnée en flacons pour exterminer toute une population. Un duel dans un tel lieu était non seulement incroyablement dangereux mais surtout à l'avantage de celui qui savait ce que contenaient les flacons.

La convoitise du jeune mage était bien enflammée par toutes ces merveilles multicolores. Ce dernier avait d'ailleurs plutôt du mal à ne pas détacher son regard de l'autre pour aller fureter ce qui pouvait se tramer de beaux dans les trois énormes chaudrons qui mijotaient au fond.

Des chaudrons en or et en étains ! J'en ai toujours rêvé ! Tu peux faire une croix la-dessus le croulant, ils sont déjà miens à partir de cet instant !

Malgré la foi tout orgueilleuse en sa victoire qui se lisaient dans ses pensées, il savait bien que la partie n'était pas encore gagnée. Son opposant n'était pas le moins du monde nerveux, il se réjouissait de montrer l'étendue de sa perfidie, dans une pièce aux murs couverts de poisons.

Ce dernier lissait d'ailleurs les lianes folles qui piquaient en désordre autour de la tresse de sa barbe de sa main libre, les yeux pétillant d'une lueur mauvaise.

« Mon jeune, mon très jeune ami… » dit-il en étirant ses lèvres sèches.

Salazar s'irrita de cette remarque mais ne le montra point. Elle avait été dite dans ce but, évidemment. Alors y céder, ce serait perdre un peu cette bataille de nerfs qui allait s'opérer. Chacun pointait l'autre de sa baguette, prêt à intervenir à tout instant pour transformer tout trouble en une tuerie sanguinolente. Ainsi les deux s'efforçaient de conserver un calme parfait et un esprit aiguisé.

L'aîné semblait réellement prendre plaisir dans cette attente et il susurrait ces mots en souriant :

« Je ne sais si je dois vous féliciter… Car malgré ce que laisse à penser la jeunesse de votre visage, vous êtes le premier à venir jusqu'ici… Je saurais débusquer en cela quelques talents précoces remarquables… »

Le garçon sourit méchamment à son tour. Non pas qu'il apprécia le compliment mais la ruse derrière était aussi habile qu'efficace.

Si tu crois m'avoir comme cela… Je ne marche plus à ce genre d'éloge depuis longtemps ! Si j'avais été un chevalier à l'ego boursouflé, nul doute que cela m'eut décontenancé à la longue, me berçant dans une confiance trop importante… Mais j'ai une expérience sans pareille avec les crapules vois-tu ! Je me suis fait avoir une seule fois à l'âge de douze ans par un habile passeur de pommade… Plus maintenant ! Loue-moi tout ton saoul, ça ne me détournera pas de ton élimination radicale !

« Jeune homme, vous ne vous êtes pas laissé distraire par mes chers petits chiens… Et votre sort en passant la porte de ma maison était des plus efficace, je dois le dire… »

Blablabla…

« C'est pourquoi je ne saurais que trop de me méfier : j'ai longtemps cru que les chevaliers n'étaient point à la hauteur mais vous…

- Mais moi je m'en vais vous désintégrer à l'instant si vous comptez utiliser ce que vous êtes entrain de sortir de votre barbe ! »

Serpentard émit un sifflement ravi en voyant le vieillard se figeait et sa propre voix se fit tout aussi coulante que les mots qu'on lui avait adressés

« Sauf votre respect, monsieur… Monsieur ? Nous n'avons pas été présentés, il me semble… »

Le mage noir plissa les yeux devant ce retournement de situation. Il avait perdu le monopole de la parole mais c'est avec douceur qu'il dégagea une fiole minuscule de sa barbiche. Il l'agita en un léger mouvement ironique entre ses deux doigts en répondant :

« Peu de gens connaissent mon nom, cher enfant. Et encore moins ose le prononcer…

- Auriez-vous quelques noms aux consonances exotiques imprononçables ? Dites toujours, vous me ferez rire ! »

Salazar fut satisfait de la vexation dans les pupilles de son ennemi. Peut-être allait-il réussir à le faire craquer.

« J'étais autrefois connu sous le nom d'Ouranos… Vous ne vivrez hélas pas assez longtemps pour comprendre pourquoi…

- Je suppose qu'on assimilait votre élevage de bestioles pitoyables, ces croups vulgaires, à la naissance des Titans eux-même… »

Ksss… Encore un peu plus bas dans l'humiliation… Combien de temps tiendras-tu ?

Le flacon s'immobilisa dans la grêle main. L'ensorceleur se redressa dans sa cape noire et son ton se fit menaçant :

« Bien vu, jeune garçon, vous connaissez vos classiques. Mais ne soyez donc pas trop satisfait de vous-même… J'ai changé de nom… »

L'homme était froid et dur comme du marbre à présent.

« Je ne suis plus le même… Et cette nouvelle identité m'a été susurré par les statues elles-mêmes… »

Un éclair zébra le ciel qui devenait noir de tempête, éclairant d'une lueur blafarde toute la salle.

« Je suis le façonneur de mort ! »

Oh sacrebleu ! Il n'a que trop réussi sa présentation là ! Bon sang, dévoiler son nom au moment de l'orage, c'est ce que conseille Viviane la voleuse de secrets dans son livre Comment devenir un mage noir en quarante leçons ! J'enrage ! Il me pique la vedette !

Salazar eut du mal à cacher son dépit et l'autre qui croyait voir dans cette moue de la peur, se mit à tordre sa bouche en un rire glacial. Parfaitement réalisé, il va de soit et s'en perdre de vue son ennemi.

« Ne tremblez pas cher petit ! J'avais bien l'intention de vous transformer en une nouvelle œuvre de mon jardin, un être aussi frais que vous manque à ma collection… »

Avais ?

Le brun sentait là quelques ruses dont il fallait se méfier.

« Mais désormais je me demande si je n'ai pas mieux à faire avec vous… Vos regards fiévreux sur mes potions m'inspire, voyez-vous… »

Rha ! Mais il faut bien que je m'informe ! Si seulement je savais quoi lui balancer dessus ! Lui, en tous cas, désire me réserver un sort tout particulier avec ses poisons, il semblerait…Ce flacon qu'il tient dans la main, je n'ai jamais vu de liquide ayant pareil reflet de ma vie entière…Serait-ce là le véritable moyen de transformer les soldats en sculptures ? Il y a de fortes chances ! Il ne faut pas que je perde de vue que ce que contient cette fiole est mortel au moindre toucher. A éviter à tout prix.

Son interlocuteur prenait aussi ses silences pour de la crainte et se faisait de plus en plus sentencieux.

« Vous avez du talent, je n'en doute plus ! Il n'est pas trop tard pour vous laisser sombrer dans la chevalerie ! »

J'aurais bien aimé le croire !

« Vous pourriez voir plus grand… Plus terrible… Les chemins obscurs vers la gloire… »

Une parcelle de l'esprit de Salazar commençait à comprendre la fin mot de l'histoire. Cela ne lui plaisait pas du tout. Il sentit une sueur glacée couler dans son dos et, bien malgré lui, il se mit à trembler de colère.

Si le mot honni était dit, si l'autre osait prononcer ce mot qui l'avait mis en une telle fureur quand il avait tout d'abord rencontré Godric dans les marais… Cette supposition si honteuse après tout le mal qu'il s'était donné pour atteindre seul les sommets de la fourberie… Les heures passées de travail acharné pour y arriver sans l'aide de personne… Déniées en un petit mot… S'il le disait, s'il se hasardait à l'émettre, le fourchelangue allait vraiment perdre le contrôle de lui-même, comme il l'avait déjà fait dans le passé.

« Si vous deveniez mon apprenti…

- Impédimenta ! »

Ouranos avait réussi la première manche en forçant le garçon à tirer. Il brisa le sortilège d'entrave avec un bouclier magique et lança sa fiole droit sur lui. Salazar, qui avait prévu le coup, l'évita sans peine mais il se crispa tout de même d'horreur : le sol de bois prit une couleur métallique sous le flot répandu.

Tous ces soupçons se confirmèrent, la potion permettait de statufier n'importe qui et n'importe quoi. Mais la tache brillante ne se contentait d'avoir une couleur étrange, elle continuait de s'étaler, prenant de plus en plus d'ampleur. Le fourchelangue s'écartait au fur et à mesure en repoussant les attaques de magie noire mais se coller à l'armoire de potions était tout aussi mortel.

« Ecartalate furiosa !

- Protego ! Dismentibula !

- Evanesco ! Accio Breïn ! »

Le ténébreux mage commençait à invoquer les réserves de ses potions contre le jeune chevalier et ce dernier se tortillait en tous sens pour éviter les assauts des liqueurs de Breïn, un puissant poison qui rendait aussi stupide qu'une moule marinière de basse catégorie.

« Ligature spinaela !

- Mors grandia ! »

Salazar avait beau ne plus avoir aucun remord quant à l'utilisation de la magie prohibée, assénant vilenies sur horreur à son adversaire, le vieillard le repoussait et gagnait du terrain à chaque fois qu'il devait esquivait un nouveau venin lancé sur lui.

« Accio doubleacide ! »

Le plancher se recouvrait des débris de verres et devenait glissant. Une âcre odeur de potion embaumait l'air déjà saturé des cris d'attaques. La tension était à son comble et pourtant l'issue de la bataille était déjà jouée.

Le fourchelangue était acculé dans un recoin de la pièce et malgré tous ces boucliers et sorts défensifs, il était trop tard pour lui. Trop de temps déjà que ses attaques se résumaient à des tentatives de stupéfixion de l'autre, entre deux sortilèges de protection. Il tenta une ultime attaque, physique et magique cette fois, sautant brusquement vers son adversaire en hurlant :

«Stupefix !

- Protego ! Stupefix ! »

Le garçon aux cheveux noirs s'écroula comme une masse. Il tomba inconscient sous le flux puissant.

Son ennemi vint fouler un instant son corps étendu, s'assurant du bout du pied de l'efficacité de son tir. Le hors-la-loi rit dans sa barbe en ramassant la fine baguette d'entre les doigts pâles. Il se retourna pour la déposer sur une étagère et alla chercher une nouvelle petite fiole de son poison statufiant… Mais une fois le produit dans sa main, il hésita.

Une sculpture dans sa salle de recherche, voilà qui n'était pas du plus pratique. De plus, effondré comme cela, le jeune homme ne serait pas du plus esthétique, il faudrait le réveiller pour qu'il souffre de sa pétrification, prenant de lui-même sa pose mortuaire.

Et puis, à dire vrai, sa curiosité était piquée. Un véritable chevalier ne se battait pas avec des sorts si maléfiques. D'ailleurs, un chevalier ne pouvait être aussi jeune… Non, il n'était pas plus chevalier que lui… Pourtant il avait si violemment réagi à la proposition de devenir son apprenti… Alors quoi ? Serait-ce un de ces sombres ennemis jaloux qui lui aurait envoyé son propre élève pour le défaire ? Et sa rage serait due à sa stupide loyauté envers son maître incapable ?

C'était là un mystère assez épais pour mériter un interrogatoire, pensa-t-il. Il vérifia par la fenêtre l'avancée du combat de son second ennemi et fut tout à fait satisfait de ce qu'il aperçut. Ils allaient se régaler, ses amours de toutous.

Il fit alors léviter l'inanimé sur une chaise sans plus attendre et invoqua des cordes magiques à effet cuisant pour le bloquer. Il réveilla le garçon.

« Enervate ! »

Il éprouva une intense jouissance sadique en voyant la mine apeurée et la grimace de douleur de son prisonnier.

« On va parler toi et moi, petit garçon… » Soupira Ouranos, satisfait à l'extrême.

Satisfait, Godric ne l'était pas vraiment de sa position d'équilibriste. Plusieurs minutes qu'il tentait désespérément de ne pas tomber à la renverse, tiré du bout de la cape par un croup musclé. Son mollet était toujours enserré par les dents de celui déjà achevé, le faisant atrocement souffrir et l'empêchant de se débattre tout son saoul.

Aussi prodigieusement grand que fut le nez de la statue auquel il se maintenait fébrilement de sa main gauche, il se commençait à se sentir glisser. Comme un malheur n'arrive jamais seul, il y avait désormais deux autres animaux autour de lui. Si l'un semblait plutôt sonné et se contentait de grogner en oscillant des oreilles, l'autre était prêt à se précipiter sur lui pour l'étriper.

Gryffondor n'était pas du genre à désespérer mais là, il le sentait mal. Il se réconforta en se disant que si sa phrase à Salazar devait être la dernière, c'était chouette de finir sur une aussi bonne blague.

Remarque à bien y penser, il n'avait pas vraiment envie que ce soit son ultime sentence. S'il s'en sortait et allait raconter dans un pub la fessée qu'il allait mettre aux vilains croups, alors là, ce serait encore plus amusant.

Sans prendre le temps de plus réfléchir, il se balança en arrière en poussant sur son appui.

Il tomba en se retournant ; mais son épée suivit et amplifia sa virevolte durant sa chute avec un but précis. La lame s'écroula sur le crâne de la bête qui s'en était férocement pris à son habit, et lacéra sa gueule, l'achevant dans un bruit d'os.

Une de moins mais à quel prix…

Il était à terre, vulnérable, ne pouvant relever ni son arme imbriquée dans la bouillie sanglante du nouveau cadavre, ni même sa personne face au poids douloureux toujours ancré à sa jambe.

Il lâcha le pommeau au-dessus de sa tête avec effroi quand un autre ennemi à quatre pattes lui bondit sur le ventre. Il eut la respiration coupée et se courba en deux. Les crocs manquèrent de lui arracher le visage et il n'avait réussi que d'extrême justesse à repousser la mâchoire par un coup de poing. L'animal glissa un peu de côté sous la force de la frappe, juste assez pour que le chevalier tente de se retourner dessus.

Mais trop lourd était cet amas de muscle et de poil, il n'y parvint pas totalement et se retrouva sur le flanc. Une autre attaque visa sa gorge, cible préférée de ces tueurs d'hommes, et en désespoir de cause, Godric intercala son bras gauche.

Un bel os enrobé de chair présenté à ses dents, voilà qui sembla suffire au goût du chien à queue de démon : un nouvel étau de dents se referma sur le blond dans un bruit bien juteux de bave et de sang.

Le chevalier gémit de douleur mais en vérité, il était bien coriace même pour une telle dentition et une telle fureur bestiale. Car ce que le croup ne pouvait deviner, c'est que la bonne viande qu'il dégustait à cet instant n'était pas qu'une tentative ultime de sa victime pour sauver sa vie.

De sa main droite désormais libre et sans contrainte, Godric attrapa le scramasaxe qui se trouvait au creux de ses reins. En un éclair, la lame courte plongea dans le poitrail velu pour ne plus en ressortir.

Il n'en restait plus qu'un seul à affronter. Toujours dans le vague, de surcroît.

Cependant l'optimisme immodéré n'était pas de mise ; le chevalier était à terre, cloué au sol par le poids et les crocs de deux anciens ennemis. Il se faisait l'effet d'une proie se débattant pathétiquement dans un piège à loup.

Il avait beau être un lion, par son courage et son audace, par son sang noble et son blason si cher à ses yeux, là, il n'arrivait plus à sortir ses griffes. Le poignard planté dans le thorax de la dernière bête ne voulait se détacher et sa position l'empêchait de réussir à reprendre sa grande épée.

Les naseaux brûlants du dernier croup s'approchaient de lui avec une lenteur angoissante car il était sûr de la saisie de son gibier. Mû non pas par la fureur de la faim mais pas le simple instinct de prédateur, la salive s'écoulait pourtant à flots de ses babines retroussées sur les mortelles canines.

Godric se remuait en tous sens mais rien à faire, il n'avait plus d'arme à sa portée, plus qu'un seul poing et une seule jambe pour lutter. Quand il entraperçut la petite pupille noire animale, maintenant si proche de lui, il se demanda quel genre d'espoir il lui restait.

J'ai réussi à survivre… Mais maintenant…

Salazar était meurtri par les attaches enchantées. S'il faisait le moindre mouvement, sa peau se mettait à tirer et piquer sous l'effet du sort de brûlure des fibres. Sa figure n'avait plus rien de triomphal et son masque d'indifférence s'effritait.

Il était perdu, l'autre le savait et se délectait du spectacle.

« Mon enfant… Dis-moi donc ton nom ! »

Il s'était mis à le tutoyer pour mieux l'écraser mais le garçon ne répondit rien

« Crois-tu avoir le luxe de te taire ? »

Ouranos lui asséna une violente claque et, comme le coup l'avait fait bouger, les liens enserrèrent un peu plus fort sa poitrine. Partout où la peau touchait directement les cordes, la douleur était à peine supportable.

« Salazar… » Murmura-t-il finalement.

Une nouvelle frappe plus dure l'atteint et de nouveau, les cordes lui laissèrent moins de liberté pour respirer. Il avait mal.

« Je n'ai pas bien compris ! Répète !

- Salazar Serpentard, monsieur… »

Il s'était écrasé. Godric n'allait pas venir le sauver, il le savait bien. Quand bien même arriverait-il à l'instant présent, la seule chose qu'il parviendrait à faire serait de se faire tuer en un temps record. Il ne faisait pas le poids dans un duel magique face aux sorts dévastateurs du sorcier sombre.

« Tu apprends vite mon petit… Alors dis-moi, minable perdant, qui est-tu ? Réfléchis bien à ta réponse car si elle ne me plaît pas… »

Le vieil homme lissa sa barbe avec un sourire tout à fait machiavélique. Il ne finit pas sa phrase : qu'y avait-il à ajouter d'autre, quand il agitait ainsi une nouvelle fiole de poison stupéfiant sous le nez du malheureux ligoté ?

Du temps… Je dois gagner du temps…

« Je ne suis pas un chevalier. »

Cette phrase et le ton faiblissant de sa voix sembla plaire à Ouranos. La pâleur mortelle que prit le visage du brun lorsqu'il approcha le flacon le fit même rire.

« Alors dis-moi, es-tu un apprenti de mage noir ? »

Le magicien déglutit en fermant les yeux. Il ne tremblait pas encore et c'était bien heureux étant donné la brûlure des lianes étouffantes. Ouranos attrapa son visage et écrasa fort ses joues entre ses doigts en l'obligeant à relever la tête vers lui.

« Parle ! Ou sinon…

- Non ! Non, ne faites pas cela ! »

L'ensorceleur se mit à rire comme un démon devant le regard affolé et la voix désespérée de sa victime. Il ne résista pas à l'envie d'ouvrir la fiole et, d'humeur tout à fait joyeuse, fit choir une petite goutte sur le sol près de la chaise du brun. Salazar gémit en voyant la tache du liquide s'approcher de ses pieds en lentes circonvolutions de fluide trop épais.

« Ahaha ! Crie ! Chouine tant que tu peux ! Oh oui, tu siffles de peur mon jeune ami ! Vas-tu te mettre à pleurer ? En tous cas je me demande quel genre de mage à la manque voudrait un apprenti incapable de contrôler ses émotions comme toi ! Réponds ! »

La figure du jeune garçon était celle de quelqu'un de détruit. Envolé la fierté et l'honneur, il n'était plus rien et sa bouche s'agita pathétiquement quand il essaya de parler.

« Je… Je… Vous… »

Sa voix s'interrompit en un faible hoquet.

« Parle ! »

Salazar sembla se caler dans son siège de douleur. Il cligna plusieurs fois des yeux. Puis il dit d'une voix monocorde, sans trace aucune d'hésitation :

« Vous avez une vipère sur le mollet. »

Ouranos regarda vivement sa jambe et le fourchelangue ordonna. Le serpent sauta non pas là où il l'avait averti mais au cou du vieillard. Celui-ci cria de surprise et, reculant et agitant ses mains en tous sens pour protéger son visage et s'abattit en arrière après avoir glissé sur les anciens débris de verre.

La ruse avait marché à la perfection : le reptile avait discrètement remonté jusqu'à l'épaule de son maître suivant ses ordres sifflés comme des gémissements et après avoir bondi sur le mage noir, il planta ses deux petits crocs mortels dans la peau sensible sous l'oreille.

Mieux encore, le façonneur de mort s'était mis à hurler car son propre maléfice était en train de se dérouler sur lui. Le liquide aux reflets étranges s'était renversé dans sa chute. Il s'égosilla en voyant son plexus se transformer en un bronze qui prenait les plis de son habit. Il criait et criait encore en se tordant au sol autant que le nouveau poids de son corps de métal lui permettait.

Kssksskss… Tu croyais vraiment pouvoir me briser ? Je suis un tel comédien ! J'ai réussi à te mener exactement là où je voulais…KssKss…Je connais vraiment trop les crapules dans ton genre ! Je savais que tu n'allais pas me tuer directement et c'est pour cela que je me suis laissé stupéfixer ! Je savais que tu allais me faire un interrogatoire musclé et j'ai fait semblant d'avoir peur ! Je savais que tu n'allais pas te rendre compte que je parlais à mon fidèle serpent au lieu de gémir, tellement tu serais heureux de me voir suppliant ! Et j'avais même deviné qu'il y aurait des chances que tu me menaces avec ton précieux poison, l'orgueil de ta vie ! Et donc autant de chances pour moi de te le renverser dessus ! KssKsss… Pauvre fou…J'avais une longueur d'avance sur toi, du début à la fin…Oui, tu connaissais trop bien tes classiques, mon vieil, mon très vieil ennemi…

Salazar riait vicieusement de ce spectacle monstrueux et malgré les fils qui se tressaient fort autour de lui, rien ne pouvait éteindre sa joie sadique de voir son ennemi humilié, mourant, vaincu.

Je gagne toujours à la fin…

Le poison statufiant se répandait rapidement sur le tissu, grignotant le ventre d'Ouranos, courant littéralement sur ses jambes bientôt immobilisées. Le cuivré remontait plus lentement sur sa gorge, dessinant tous les tendons qui ressortaient rageusement sous les hurlements d'agonie. Le lord Serpentard souriait de plus belle pour donner une dernière image de lui qui vaille la peine d'être emportée en enfer.

Mais le mage noir n'avait pas dit son dernier mot. Il s'aida de ses bras encore libres pour se tourner sur le sol et avança lentement la main vers la jambe entourée de cordes du garçon.

Oh non, s'il me touche, peut-être que le poison va se rependre en moi aussi !

Les vociférations se firent plus rageuses que douloureuses dans cet effort suprême pour atteindre sa cible et l'emporter avec lui dans l'autre monde.

Le brun cria tout à fait de peur en voyant les doigts se rapprocher sans qu'il puisse rien faire et il bougea sur sa chaise, manquant de se faire étouffer. L'espace se restreignait entre les deux hommes et, de la course entre la volonté d'Ouranos et le poison statufiant qui rampait sur son bras dépendait la vie de Salazar. Toujours plus près de sa jambe, toujours plus près de lui donner aussi la mort, la vengeance du vieillard allait s'abattre sur Serpentard qui criait, impuissant.

« Non ! Non ! Nooon ! »

Godric regarda sa baguette avec un air stupéfait et ravi.

« Pratique ce truc-là finalement ! » Commenta-t-il à son bout de bois.

Le croup restant était alors tout proche de lui, il semblait entrain de se décider par quel morceau d'humain commencer son repas, quand le chevalier s'était enfin souvenu qu'il avait une dernière arme en sa possession. Il l'avait alors expulsé avec un sortilège de repousse contre une statue, et ce une bonne dizaine de fois, assommant et blessant la bête jusqu'à ce qu'elle ne se relève plus. C'était assez inhabituel comme technique de lutte mais le fait est qu'il ne fallait pas lui demander beaucoup de raffinement quand il utilisait la baguette. Il avait fini par terrasser tous ses ennemis à poil et il ne cessait de remercier mentalement son compagnon pour les quelques cours de duel magique qui lui avait finalement sauvé la vie.

Mais il lui restait à se libérer des deux mâchoires des animaux morts, l'une à sa jambe et l'autre à son bras. Il essaya d'écarter les dents mais il n'y arriva point.

Quand il entendit un long cri de souffrance en provenance du manoir, il s'affola en pensant à Salazar parti là-bas. Il opta pour une méthode beaucoup plus radicale pour se libérer : il explosa littéralement la tête des chiens avec un sort. C'est donc couvert de sang, de bouts de chair et d'autres morceaux de cadavre qu'il s'élança pour secourir son camarde, claudiquant par sa blessure mais tenant valeureusement son épée à la main.

Il pénétra la demeure aussi vite qu'il le pouvait et tenta de trouver le chemin qui menait à ces bruits d'agonie. Mais bientôt le râle changea et s'accompagna alors d'un autre appel tout aussi désespéré.

« Non ! Non ! Nooon ! »

C'était la voix de Salazar et un drôle de sifflement strident de fourchelangue finit la phrase. Godric le héla avec force et désespoir mais rien ne lui répondit. Il courut encore, partout, il se perdait dans le labyrinthe de la maison, enfin ce qu'il croyait être un labyrinthe. Gryffondor avait un très mauvais sens de l'orientation.

« Salazar ! Salazar !

- Je suis ici. »

Une voix peinée et étranglée lui répondit enfin après des dizaines d'exhortations inquiètes face au silence qui avait fini par s'imposer. Il déboula dans le cabinet de potions. Le garçon était lié sur une chaise et à ses pieds, une statue de celui qui devait être le mage noir reposait en une mimique d'horreur, tout entier tendu vers le mage.

« Est-ce que ça va ? »

La respiration difficile et bruyante lui montra que les cordes étaient entrain de l'étouffer. Le sorcier se dirigea vers lui pour le libérer. Et quelque chose lui dit qu'il faudrait aussi l'aider davantage que cela. Godric voyait bien qu'il était affreusement troublé et que ses yeux noirs ne quittaient pas la scène morbide. Il se doutait bien que ce qu'il avait du voir, la mort de ce vieil homme, cela devait être quelque chose de difficile à supporter. Quand bien même était-ce un homme maléfique et quand bien même le devoir de chevalier l'y obligeait, il n'était jamais agréable de contempler la sentence exécutée.

Il réussit à détacher son compère après quelques tentatives et réitéra sa question, une main charitable sur l'épaule.

« Hé ! Ca va aller ?

- Oui… Mais il a eu mon serpent… »

Godric regarda la petite vipère d'airain au bout des doigts de la main pétrifiée la plus proche de la chaise. Puis il regarda son camarade qui la fixait aussi, tout chagrin. Il regarda encore une fois l'un et l'autre. Et il se tapa le front de sa main de désolation. De toute évidence, il n'en avait rien à faire du mage noir et c'est à cause de la bestiole rampante qu'il était triste.

Le jeune garçon détourna enfin les yeux de feu son animal de compagnie et reprit contenance.

Mon saurien s'est sacrifié pour moi… Reconnaissance éternelle mon ami… Si cela est possible, je vais te libérer de cette potion ! Et te donner une quinzaine de rats à manger en guise de remerciement ! Oui, c'est cela, je vais trouver l'antidote parmi tous ces flacons… Et s'il n'existe pas, je l'inventerai… Pas question de laisser une formule aussi précieuse que ce poison se perdre avec cet imbécile ! Quand je saurais tout du maléfice et de son remède, alors plus rien ne m'arrêtera ! KssKss ! Je serais un génie diabolique sans limite ! Tous trembleront devant le suprême mage noir Serpentard ! Ksss ! Hum, ah non, mazette, je suis chevalier maintenant. C'est gênant, je l'oublie à chaque fois. Alors disons que ces formules, c'est juste une manière de prévoir le fait que d'autres hors-la-loi auraient pu avoir la même idée…Je pourrais ainsi les contrer. Voilà. Au cas où, il faut absolument que je le sache… KssKssKss…

Salazar, parfaitement d'accord avec lui-même au sujet de cette nécessité de fouiller toutes les étagères, se tourna enfin vers son acolyte. Il fit une grimace désobligée devant l'aspect sanguinolent de ce dernier. Il dit avec morgue :

« Oh, Godric ! Tu es… simplement dégoûtant ! Ne crois-tu pas que tu aurais mieux fait de venir m'aider au lieu de jouer au boucher ? Pfff, quel incapable ! »

Le blond se demanda quand exactement il avait ressenti de la gratitude pour cet espèce de sans-cœur qu'était l'autre. Il pleurait un serpent au lieu d'un homme, l'insultait sur sa bravoure et ne s'inquiétait même pas de ses blessures. Il marmonna, un peu haineux :

« J'aurais dû te laisser attacher…

- Et qui t'aurait soigné, crétin ? »

Godric leva les yeux au ciel et lui colla un petit coude. Pas vraiment gentil mais pas complètement méchant en fait… Non, rien n'était jamais facile avec Salazar. Et c'était bien plus amusant ainsi.

« Va d'abord prendre un bain, tu empestes !

- Hein ?

- Oui, tu sais, un « bain », un réservoir d'eau chaude destiné à se laver… »

Oui, amusant. Presque autant que d'appuyer sur les brûlures de cordes pour faire taire son affreux clapet sarcastique…

« Arrête cela ! Ouch ! Je n'ai pas le temps de jouer ! Va prendre un bain que je puisse voir où sont tes blessures parmi tout ce sang et après je pourrais m'occuper de ce laboratoire !

- Qu'est-ce tu veux y faire ?

- Je veux réussir à trouver l'antidote parmi tous les flacons ! Ou le créer s'il le faut ! »

Godric le contredit avec le plus grand sérieux, ce qui était assez rare de sa part.

« Tu sais Salazar, il y a des équipes du gouvernement spécialisées dans ça… On leur demande de venir après l'accomplissement d'une Quête Glorieuse et ils vont nettoyer l'endroit de toute magie noire. Et s'occuper de sauver les chevaliers j'espère…

- Avec eux tu peux espérer mais si je m'en occupe, tu peux être sûr que j'y arriverais, s'il existe une solution ! Je n'ai pas de maître dans les potions !

- C'est pas que je te crois pas mais on a pas vraiment le droit… Dès qu'on va mettre nos sceaux magiques pour dire qu'on a gagné, la Ligue Morale va débarquer, tu sais… Pour vérifier et tout… Et s'il te voit trafiquer dans les chaudrons, ça va pas aller… »

Le brun plissa les paupières. Il n'avait pas du tout pensé que le système de surveillance des chevaliers pourrait l'empêcher d'agir à sa guise.

« Et si nous ne mettions pas nos sceaux ? Enfin, j'entends par là pas immédiatement… Simplement le temps que je découvre…

- C'est pas super honnête… Je sais que tu veux vraiment aider mais… C'est le boulot des autres je veux dire… »

Grr… Ne te mets pas en travers de mon chemin toi non plus…

Mais Godric se mit soudainement à réfléchir, la main sur le menton en son geste habituel de grand penseur. Il étala du sang partout sans s'en rendre compte, perdu dans ses lumières.

« Peut-être qu'on pourrait rester jusqu'à la fin du mois… Ca irait ?

- Toi, tu désires aller faire la fête de Samain au bourg d'à côté ! » Répondit aussitôt son camarade.

« Ah, comme je me suis fait griller là ! »

Le blond fit la grimace d'un enfant surpris en pleine bêtise. Salazar renifla en se frottant un peu ses blessures :

« Le mot est faible ! D'ailleurs je tiens à montrer toute mon admiration pour ta moralité extensible en fonction des dates de sauteries sorcières…

- Bwaaa ! On a bien le droit de célébrer notre victoire, non ! Et puis il faut bien trouver l'antidote ! Et puis regarde-toi t'es tout blessé, il te faut le temps pour que tu récupères ! Et puis ça fait une éternité que j'ai pas bu un coup parce que tu veux pas aller dans les tavernes ! Et puis il y aura toutes les jolies filles de la région réunies ce soir-là ! Et puis elles nous seront éternellement reconnaissantes d'avoir éliminer le mage noir ! Et puis je veux vraiment y aller, c'est tout, zut ! »

Salazar prit une mine contrariée et dit en soufflant :

« Très bien ! Si tu insistes autant, mous allons rester quelques temps alors !

- Ouais ! C'est trop génial ! »

KssKss…C'était vraiment facile…

Gryffondor se mit à sautiller de joie sur sa jambe valide et chantonna en s'éloignant pour trouver la salle d'eau :

« On va se saouuuuleeer ! Pour la fête des moooorts ! La fin de l'octooobre ! » Il s'arrêta brusquement et fit un demi-tour en dévisageant le brun « T'as déjà fêté la Samain, n'est-ce pas ?

- Hé bien, je peux l'affirmer, je suppose… Vu que c'est également le jour de mon anniversaire…

- Noooon, c'est vrai ?

- Oui. »

Godric partit dans un grand éclat de rire en battant des mains.

« Alors là ! Je peux te le jurer, l'anniversaire de tes 17 ans, ça va être quelque chose de mémorable ! »

Son interlocuteur retint difficilement un sourire en secouant la tête.

« On va danser toute la nuit Salazar ! Wouhou ! »

Le chevalier s'en alla pour de bon en dansant, chantant, répandant du sang partout et hélant une baignoire qui, de toute évidence, ne viendrait pourtant pas jusqu'à lui.

Mais Serpentard ne partageait pas cette joie. Après cette journée particulièrement éprouvante durant laquelle il avait enfin couronné de succès cette longue quête d'un mois entier et même gagné le moyen futur de parfaire ses talents en potion, il n'arrivait pourtant pas à se réjouir. Il restait immobile, debout et meurtri, dans la pièce où il avait failli mourir.

Dehors l'orage avait enfin éclater et le bruit de la pluie faisait résonner toutes les statues de métal en un étrange concert.

Bien des questions venaient assaillir son esprit à cet instant. L'inquiétude ceignait son front et il regarda fébrilement ses pieds.

« Danser ? »

Oh Merlin...


Le mot de la fin :

Alors, heureux ?

( Avouez tout de même que la performance était longue !)

Bon, sinon tant que je tiens un peu de votre attention, il faut ABSOLUMENT que vous alliez fouiller mon LiveJournal (l'adresse est dans mon lien d'auteur) car miss Eskarine m'a gracieusement donné des dessins de ces deux trublions… Et aussi un représentant le chapitre 9 « Un peu de tenue » avec un Joséphin en pleine forme, un Godric dubitatif et un Salazar qui fait la conversation à son reflet ! Des petites merveilles, moi je vous dis !

Frudule s'arrête un instant pour laisser passer un Salazar plus fantomatique que jamais qui ne cesse de murmurer sur « son destin sombre et cruel qui lui impose des châtiments inhumains qui n'a rien à envier aux terribles limbes », enfin bref il râle parce qu'il ne sait pas danser.

….

De plus, j'ai écris un petit one-shot sur les deux compères… C'était pour le défi 4 de la communauté lechaudronbav et le lien est aussi dans mon LJ… Vous avez le droit de commenter en plus. Car je sais que vous êtes accro à cela, mes fripouilles.

N'est-ce pas, que vous êtes accro au commentaire ?