Bonjour à tous !

Toutes mes excuses pour ce retard pour la publication de ce dixième chapitre. divers paramètres rentrent en compte, et les publications risquent d'être malheureusement peut être un peu espacées.

J'espère que ce chapitre vous plaira :)

N'hésitez pas à me faire part de vos retours.

Bonne lecture ! :)


Soudain, un cor retentit. Ce n'est pas un des nôtres, et chacun de nous le sait. Le regard d'Astria s'illumine d'un espoir de régler la situation de manière plus pacifique que par une effusion de sang. Anya elle, maintient son regard plongé dans celui de Nia, alors que cette dernière réagit au premier son de cor. Deuxième son retentissant. Dans son regard, Nia laisse alors se déverser toute sa haine lorsqu'elle comprend de quoi il s'agit. Tous les guerriers autour de nous s'agitent, se demandant d'où est émit ce bruit et surtout à quoi il correspond.

« Tu as osé… » siffle Nia entre ses dents, haineuse, menaçante alors qu'elle a toujours la lame d'Anya sous sa gorge.

« Tu n'as plus le choix. »

« Traitresse. » hurle t'elle, captant ainsi à nouveau l'attention des siens. « Tu as osé amener Polis à nos frontières. Tu es lâche, et faible, comme l'était ton frère. »

« Je vais te montrer l'étendue de ma faiblesse… »

« ANYA, STOP ! » hurle alors Astria, l'empêchant de justesse d'enfoncer sa lame dans la gorge de celle qui vient de lui manquer de respect ouvertement.

Le regard d'Anya a changé dès l'instant où son frère a été évoqué, et je comprends alors que la seule personne qui pouvait arrêter son geste venait de le faire à l'instant.

« Cet accord est annulé. Tu n'as d'autres choix que de nous laisser partir. Heda est là, si nous mourrons, Polis te massacre. » lui dit elle avant d'abaisser son arme.

Anya tourne alors les talons, laissant derrière elle Nia complètement déconcertée par son attitude malgré ses provocations. Mon regard ne peut se détourner de ce jeune homme présent à sa droite, dont l'attitude et la nervosité ne me rassurent guère, et qui n'a toujours pas rengainé son arme. Derrière nous, un passage s'est ouvert au milieu de tous les guerriers d'Azgeda, et j'entends alors des cris annonçant de faire place, surplombant des bruits de pas, comme ceux d'un attroupement d'hommes qui s'avance en notre direction. Je me retourne pour voir apparaître des guerriers très lourdement armés, serrés coude à coude, menaçant de leurs lances ceux et celles qui ne se déplacent pas sur leur passage, soumettant certains par des coups, en tuant même un qui refusait de s'écarter. Tout paraît très solennel et je comprends alors que face à moi se trouve Heda, qui ne tarde pas à apparaître sous haute garde. Elle impose le silence et s'avance alors d'un pas, avec Indra à ses côtés. Pas un bruit ne s'élève, et alors qu'elle méprise Nia du regard, Sannah ne tarde pas à faire un signe de tête à l'un de ses gardes qui ordonne à ce que toutes les armes soient abaissées. Je vois alors tout autour de moi les guerriers de Nia qui nous menaçaient il y a encore très peu de temps déposer les armes. Anya fait de même, juste avant de s'agenouiller devant Heda, Astria l'imitant.

Alors que je m'apprête à déposer un genou à terre, je ne peux m'empêcher de jeter un œil à ce jeune guerrier dont la nervosité de m'a rien laissé présager de bon quelques instants plus tôt.

Mon instinct ne m'a pas trompée, à peine venais je de poser un genou à terre, alors que tout le monde a baissé et rangé ses armes, qu'un cri retentit dans mon dos, faisant monter l'adrénaline en moi et mettant tous mes sens en alerte. Je me retourne rapidement et constate alors avec effroi que celui qui a suscité toute mon attention s'est déjà rapproché de nous, épée à la main, et s'apprête à transpercer Anya par derrière. Je me rue en sa direction, et m'interpose, bloquant ainsi son coup à main nues, le tout à seulement un mètre d'Anya, qui a à peine le temps de se retourner. Mais alors qu'il force, m'obligeant ainsi à poser un genou à terre et à contempler de prêt toute la rage qui l'anime, je serre les dents face à la douleur provoquée par la pression de son poids sur mes poignets. Peu à peu, je vois sa lame se rapprocher de ma tête, lorsque d'un coup son corps est déporté sur le côté me libérant de son emprise. Costia s'est jetée sur lui et est à présent en train de lui faire face. J'entends Anya dire à Nia de retenir son homme, mais celle ci se contente de sourire. Je détourne mon regard vers Sannah, et vois alors Astria faire de même.

« Jus drein jus daun ! » se contente t'elle de déclarer.

C'est un combat à mort qui vient de commencer. Et je refuse que Costia se batte à ma place. Je saisis alors mon épée et la repousse violemment pour l'éloigner de mon adversaire.

« Lexa ! » proteste t'elle.

« C'est mon combat Costia. » commençais-je avant de devoir me retourner dans un cri pour répondre au coup de l'homme à qui je dois faire face.


Nous sommes désormais seuls à exister pour moi. Seuls l'un face à l'autre. Je sens ma respiration s'accélérer, et ma concentration s'accroitre. Je ne tremble pas, je n'ai pas peur de la mort. Et je n'ai pas peur des cicatrices qui ornent son visage, recouvertes de peinture blanche. Bientôt je vais les tapisser de rouge. J'attaque dans un cri. La violence de mes coups le fait reculer, l'aisance de mes mouvements le déstabilise. Mais alors qu'il esquive l'un d'eux, je suis frappée violemment dans le haut du dos et ma respiration en est saccadée. Je me reprends rapidement et lui fais à nouveau face, en position d'attaque. Je le défis du regard, et je pense qu'il y voit alors toute la haine qui s'en échappe. Un cercle s'est créé autour de nous, délimitant ainsi la zone de combat. Chacun regarde, y compris Sannah, qui se contentera à présent de déclarer la fin du combat uniquement lorsque l'un de nous sera tombé. Je ne sais absolument pas qui est cet homme, ni même pourquoi il a attaqué Anya. La seule chose que je sais, c'est qu'il n'en aura plus l'occasion de mon vivant. Dans un cri de rage, il avance vers moi et m'assaillit de coups plus violents les uns que les autres. Entre parade et esquive, je lui résiste et parviens même à le frapper au visage d'un coup de coude avant de lui donner un puissant coup de genou dans les côtes, le repoussant. Il crache du sang et se rue sur moi, entrainant ma chute sur le sol, m'obligeant à lâcher mon arme au passage. Il me domine à présent, et me frappe au visage. La violence du coup me sonne légèrement, un gout de sang me remonte dans la bouche. J'ai horreur de ce gout de fer. Un deuxième. Je sens ses mains me comprimer la gorge, et si je ne réagis pas, bientôt je ne pourrais plus respirer.

Alors que je me débats, et tente d'agripper ses yeux, je griffe son visage, faisant ainsi apparaître ce rouge que je me suis promis d'y voir dessus. Il a mal et je peux le constater, je parviens à attraper un de ses yeux et enfonce de toutes mes forces mon pouce dedans jusqu'à voir son sang dégouliner le long de ma main. Il hurle et relâche ainsi la pression autour de ma gorge, me permettant de me dégager de son emprise par un coup de poing sur son flan. Je me relève difficilement, et saisis mon cou par réflexe. Je cherche à récupérer ma respiration et une partie de mes esprits parce que le combat n'est pas terminé. Tandis que son cri de douleur retentit, je peux apercevoir mon épée au sol un peu plus loin, que je vais alors récupérer rapidement. Je suis encore debout et lui aussi. Mais j'ai mes deux yeux et lui non. J'entends Nia lui crier d'aller se battre de ne pas faire preuve de faiblesse. Elle est rageuse et s'il décide de ne pas terminer ce combat, elle le tuera avant même que je ne le fasse. Cette femme est si sanguinaire. Elle le repousse elle même vers moi, et c'est alors furieux et désespéré qu'il se jette à nouveau sur moi, sans réussir à m'atteindre. Il mord alors la poussière et j'en profite pour me jeter sur lui et le frapper à la figure de la même façon que lui l'a fait juste avant. Son sang éclabousse mon visage et je ne m'arrête que lorsqu'il est inerte. Je me relève alors légèrement, contemplant son corps gisant sur le sol entre mes jambes, avant de me retourner vers Sannah.

« Jus drein jus daun. Jus drein jus daun. Jus drein jus daun ». Voilà le cri qui s'élève du cœur de nos guerriers. Voilà qui scelle son destin. Je n'ai pas le choix. Je saisis mon poignard et le place au dessus de son cœur. C'est en le regardant que je lui murmure « Yu gonplei ste odon. », avant d'enfoncer de manière franche la lame, entrainant son dernier soupir. Je regarde alors Nia, qui, les larmes aux yeux, se mure dans un silence très parlant. Elle me hait, elle hait à ce moment précis tout ce qui l'entoure. Je n'ai pas le cœur à lui sourire de satisfaction, si cet homme n'avait pas attaqué Anya, nous n'en serions pas là et c'était à elle de l'en empêcher. Je retire ma lame de son corps et me relève en m'essuyant la lèvre, puis frotte mon poignard contre ma cuisse avant de regagner les miens. Je peux lire de la fierté mêlée à du soulagement dans le regard de mon mentor, ainsi qu'un profond respect dans celui d'Indra. Mais celui dont j'ai le plus besoin est celui que Costia me donne à ce moment précis. Celui empli d'inquiétude et de gratitude pour ma victoire. Je lui adresse un sourire. C'est terminé maintenant.


Nous nous retirons, laissant Sannah régler à présent son problème avec Nia et imposant à Azgeda les nouvelles dispositions. Ce plan risqué a finalement été un succès, ce qui ne peut que nous réjouir. Nous avons récupéré nos prisonniers, tous en vie, et ni Anya ni moi n'avons perdu la notre. Anya décide de s'entretenir avec Indra, en attendant au campement toujours en place aux portes d'Azgeda qu'Heda ordonne le repli de l'armée. Ma présence est requise et Anya m'invite donc à me nettoyer avant le retour de Sannah, chose que je ne m'attarde pas à faire.

Une fois Indra partie, j'entends Astria pénétrer sous la tente, accompagnée de Costia. Je ne prête pas attention à ce qu'il se dit, et finis de me nettoyer le visage. Ma lèvre est boursoufflée et je vais garder une ecchymose quelques jours sur ma paumette. Costia arrive doucement derrière moi, et me surprend en m'attrapant par les épaules avant de me retourner face à elle. En silence, elle me caresse les lèvres et je peux alors lui murmurer que je vais bien. Elle appuie son front contre le mien et reste ainsi quelques secondes avant que je ne dépose un baiser sur sa bouche. Je la serre dans mes bras et respire son odeur, mon visage enfoui dans son cou. J'avais besoin de ce moment de paix. Et elle est venue me l'offrir. Mais nous sommes interrompues par Anya qui fait irruption dans la pièce. Elle ne s'attendait pas à nous trouver ainsi, et marque une pause en me voyant aussi proche de Costia. Cette dernière se retire alors, me laissant seule avec ma chef. Je me sens légèrement gênée de la situation. Anya vient se mettre face à moi, et me demande de me tenir droite. Je ne comprends absolument pas la raison de cette demande, mais j'obéis et me redresse.

« J'aime ton port de tête Lexa. Il est fier, et c'est une bonne image qu'un chef doit renvoyer. De la fierté et de la détermination. »

Devant mon silence, elle ne tarde pas à continuer, tout en apprêtant correctement mon haut et les bouclettes de cuir qui le composent et qui, apparemment, ne sont pas droites. Elle repositionne le tout sur ma poitrine et ajuste ma ceinture abdominale.

« Tu as fait preuve de beaucoup de courage aujourd'hui, et de beaucoup de sagesse. Je t'en remercie. »

« Je n'ai fait que mon devoir Anya. Je t'ai protégée. J'ai surveillé tes arrières. »

« Oui, je sais Lexa. Et si tu ne l'avais pas fait, je serai surement morte. »

« Sannah ne serait pas intervenue ? »

« Non, Sannah n'aurait rien fait. Elle aurait déclaré la guerre à Azgeda par la suite, mais n'aurait pas sauvé ma vie. »

« Je ne comprends pas. »

« Il n'y a rien à comprendre, c'est comme cela. Nous fonctionnons comme cela. Et Sannah n'aurait fait que son devoir, comme nous tous. » me dit-elle, pensive.

« Pourquoi Nia a t'elle permis à cet homme de se ruer sur toi ? Quelle folie lui a prise, en présence de Heda en plus. »

Quelque chose m'échappe dans le déroulement des évènements. Pourquoi laisser un homme mettre ainsi en péril la sécurité de tous.

« L'orgueil. La folie. »

« J'ai vu dans son regard qu'elle l'aurait abattu s'il avait renoncé au combat. Comment peut on sacrifier un homme comme cela, sans réelle cause valable ? Sans réel enjeu. Je veux dire, aucun de nous n'avait le contrôle de la situation, Heda était là. Pourquoi demander à son homme de se sacrifier ainsi, alors qu'elle aurait même du l'empêcher de commettre l'acte qui lui aura finalement couté la vie. »

« Elle savait que Sannah ne s'opposerait pas à un combat de mise à mort. Le faire aurait été synonyme de faiblesse de sa part. La faiblesse de protéger une personne contre une autre alors que ses intérêts directs n'étaient pas menacés. Mais je pense que la situation a échappé à Nia. Elle n'aurait pas demandé à ce qu'on m'attaque en présence de Heda. Et une fois que le combat était engagé, il ne fallait pas qu'elle montre un signe de faiblesse à son tour... »

« Et cela passait par laisser son homme mourir pour elle. »

« Son fils. » me rétorque t'elle, devant mon regard désabusé. « C'est un de ses fils que tu viens de tuer aujourd'hui Lexa. Le deuxième se trouvait aussi à ses côtés. »

Je fais un pas en arrière, réalisant à cet instant les conséquences que cela aurait à présent. Nia me vouerait une haine personnelle, en plus de la haine déjà vouée à notre clan. Cela signifie qu'entre Azgeda, Trikru et Floukru il n'y aurait plus aucun répit possible, ni plus aucune trêve durable envisageable. Que seule Polis permettrait à partir d'aujourd'hui de nous garder des représailles de Nia qui profiterait de la moindre occasion d'assouvir sa vengeance personnelle. A cette idée, je ne peux m'empêcher d'éprouver de la peur pour mon peuple et tous ceux que j'ai ainsi mis en danger en gagnant ce combat. Voyant mes craintes, Anya s'approche à nouveau de moi et plonge son regard dans le mien avant de reprendre.

« Nous sommes en guerre contre Azgeda depuis toujours Lexa, tu n'es pas responsable des actions futures de Nia, ni même de ses décisions. Elle ne peut outrepasser Polis, rassure-toi. »

« Elle se vengera tu le sais aussi bien que moi. Et sur qui Anya ? Qui devra subir les conséquences de mes actes ? » commençais-je à m'énerver.

« Parfois, les morts ne peuvent être vengés. Polis contiendra Azgeda, et Sannah contiendra Nia ou lui fera couper la tête. Ce sera du moins le cas tant qu'elle gardera avec elle les autres clans, et qu'elle ne démontrera aucun signe de faiblesse pour perdre leur soutien. L'envie de vengeance de Nia ne l'amènera jamais à sa propre mort, elle ne mettra jamais sa propre vie en danger pour son désir de revanche. Ce n'est pas sa manière de faire, bien qu'elle soit cruelle, elle est avide de pouvoir. Et cela ne passe pas par sa propre mort. »

« J'espère que tu as raison. » lui répondis-je, non convaincue.

Elle me sourit. Anya ne m'a pas souri de la sorte depuis longtemps. Elle m'invite donc à la suivre, afin d'aller rencontrer Sannah qui doit être revenue depuis le temps. Lorsqu'elle en donnera l'ordre, notre armée lèvera le camp, laissant enfin derrière nous cette guerre à laquelle nous avons échappé de justesse. Oui, mais jusqu'à quand ?


Alors que nous nous apprêtons à nous diriger vers la tente de Sannah, Astria demande à parler à Anya en privé. Peut être vont elles enfin pouvoir régler leurs histoires, bien que je ne pense pas que ce soit le bon moment. Non, le sujet abordé doit être beaucoup plus important que leur histoire personnelle pour qu'Astria retienne Anya juste avant de devoir retrouver Heda. Après de longues minutes à les attendre, nous les voyons enfin nous rejoindre et le moins que je puisse dire c'est qu'Anya affiche ouvertement une énorme contrariété sur son visage. Celui d'Astria est tout aussi fermé. Anya arrive à ma hauteur et me regarde silencieusement avant de lancer d'un ton ferme que nous devons à présent y aller, sans rien ajouter de plus. Nous pénétrons dans la tente où Sannah trône, assise sur un fauteuil de bois. Entourée de gardes, elle demande à ce que la pièce soit libérée, nous laissant seules avec elle. C'est une femme très charismatique, et se retrouver en sa présence sans aucune surveillance, dans un cadre aussi intimiste me laisse sans voix. Après l'avoir saluée respectueusement, elle nous fait signe de nous relever avant de briser le silence.

« Anya, Astria. » les salue t'elle, à son tour.

` Sa voix est un mélange de douceur et de fermeté, sa beauté illumine la tente, et l'atmosphère est emplie de son charisme. De petite taille, d'ossature moyenne, elle dégage malgré tout plus de force que n'importe laquelle d'entre nous. Ses cheveux sont noirs comme l'ébène et sa peau foncée. Ses traits sont fins, ses lèvres prononcées et son regard dur. La couleur marron foncée de ses pupilles en est surement la raison. Elle arbore l'armure de Heda, une épaulette qu'elle porte à gauche ; l'avant est relié à l'arrière par une première partie d'un long bout de tissu rouge bordeaux, et dont la deuxième partie tombe de l'arrière de l'épaulette jusqu'au sol. C'est la première fois que je la vois, et je n'ose imaginer la fierté que cela doit être de la porter, ni même les responsabilités que cela engendre. Cette épaulette représente le statut de Heda et se transmet de l'un à l'autre. Comme un héritage. Je ne sais pas grand chose de plus, hormis que tout se fait à Polis, que la mort d'un Heda implique la nomination d'un autre, et que tout le monde ne peut pas prétendre à ce titre. C'est comme cela depuis des générations.

« Je me suis entretenue avec Nia. Cet incident est à présent résolu. » déclare t'elle, d'un ton solennel.

« Merci, Heda. » lui répond Anya.

« Cependant, je ne veux plus avoir à intervenir pour ce genre de choses. Je ne tolèrerai pas qu'un tel affront me soit refait de la sorte, suis-je bien claire ? »

« Très claire, Heda. »

« Qui es-tu ? » m'interroge t'elle, me surprenant et me tirant ainsi de mes pensées.

Son attention se porte désormais sur moi. Elle incline la tête et semble attendre une réponse de ma part. Peut être suis-je longue à la lui donner, sans même m'en rendre compte.

« Lexa. Leksa kom Trikru, Heda. »

« Eh bien Lexa, je vois qu'Anya a bien placé sa confiance. »

J'incline la tête en guise de remerciements et m'attends à croiser le regard fier d'Anya, mais il n'en est rien. Au lieu de cela, je lui trouve un regard empli d'inquiétude. Mais je ne comprends pas ce qu'il y a d'inquiétant dans les paroles de Sannah.

« Disposez à présent, je souhaite m'entretenir avec vos chefs, seules. » lance t'elle à notre égard, avec Costia.

Nous la saluons sans attendre et nous retirons. Costia n'avait jamais vue Heda non plus et c'est donc excitées que nous partageons nos impressions à son sujet. Tout ce que nous en savons depuis toujours vient enfin de prendre une autre dimension. Heda vient de prendre un visage. Le Heda avant elle était très différent paraît-il, et la politique de Polis également. Nous ne l'avions que peu connu, et il est de coutume chez nous de ne plus évoquer un Heda mort. Cela nuit au présent. Même les personnes de notre entourage l'ayant côtoyé, de prêt ou de loin, n'en parle que très peu. Il y a donc tout un aspect mystique concernant Heda, volontairement conservé à travers le temps et l'espace. J'imagine que les gens de la capitale doivent plus en savoir que nous. Je n'ai encore jamais mis les pieds à Polis, et bien que profondément attachée à mes racines, j'éprouve quand même un grand attrait pour ce lieu. Siège de notre politique, siège de Heda et berceau de nos traditions ancestrales. J'espère un jour pouvoir y aller. Je partage ce désir avec Costia et nous nous promettons d'essayer de tout faire pour en fouler la terre ensemble la première fois. Bien sur, compte tenu de nos statuts, nous savons que nous ne pouvons pas en avoir la certitude, mais s'en faire la promesse donne une toute autre profondeur à ces paroles échangées. Un souhait partagé par deux adolescentes qui, l'espace d'une seconde, oublient leur statut et leurs responsabilités, dans l'espoir qu'un jour il soit exaucé et surtout, partagé.