Bonsoir tout le monde. Alors, premièrement, je tenais à vous présenter mes excuses. Je suis sincèrement désolée pour le temps que j'ai mis à poster ce chapitre. Je suis partie en bivouac une semaine et corriger ce chapitre m'a pris plus de temps que prévu.

Je pense d'ailleurs passer à un rythme d'un chapitre toutes les deux semaines. Déjà, pour avoir le temps de réécrire tout ce qui doit être réécrit et pour que ma deuxième partie soit suffisamment avancée pour ne pas vous faire attendre trop longtemps.

Autrement, quelqu'un déteste les Mary-Sue parmi vous ?

Sur ce, bonne journée/soirée

Réponse au reviews :

Nina : Les vacances furent bonnes ? Une fois encore, merci pour ton commentaire. Aaaaah alors pour Ed… Bah, tu verras bien mais j'avoue que pour le coup, je n'ai pas choisi l'option « originalité » et par conséquent Al ne jouera pas son rôle tout de suite (oh mais dans la seconde partie dont je suis horriblement fière, il se peut que je rive les projecteurs sur notre armure préférée !). Aaaah je suis heureuse que tu me poses la question. Quelle sera la réaction de Mustang… Indice ? Chapitre 10.

Merci, à toi aussi et à peluche !

Chapitre 9: Les homonculus

Harry ouvrit les yeux, avec l'impression de s'être reçu un coup de massue sur la tête, ce qui, ironiquement, était le cas. À en juger par la couleur des murs et la douceur du lit dans lequel il se trouvait, il devait être à l'infirmerie du collège.

Il porta une main lourde à sa tête, qui lui semblait s'être remplie de plomb pendant qu'il était inconscient et il sentit un épais turban de bandages sous ses doigts. Il tenta de se souvenir le pourquoi du comment il s'était retrouvé ici. Il se rappela alors qu'il était en train de choisir les nouveaux membres de l'équipe de Quidditch, lorsqu'une deuxième année, qui savait aussi bien se servir d'une batte que lui garder un veracrasse vivant, avait tenté d'envoyer un cognard dans un des cerceaux de fer. Seulement, la tête d'Harry avait eu la malchance de se retrouver sur sa trajectoire et ce fut son crâne qui reçut le choc. Quelqu'un s'approcha de lui puis lui tendit un verre remplit d'un liquide peu ragoûtant dont l'odeur se rapprochait du choux trop cuit mélangé à de l'œuf pourri.

-Tenez Potter, dit madame Pomfresh, buvez.

Harry prit le breuvage sans manifester plus de résistance et sa tête retomba sur l'oreiller. Il ne lui fallut que quelques secondes avant de rejoindre les bras de Morphée.

Il fut réveillé au beau milieu de la nuit par la lourde porte de l'infirmerie qui s'ouvrit à la volée. La silhouette massive d'Hagrid traversa les quelques mètres qui les séparaient à grandes enjambées, portant dans ses bras un corps sanguinolent qui semblait avoir grandement besoin de soin. Un rayon de lune vint éclairer le visage de l'individu que le géant soutenait et Harry eut du mal à contenir un cri de surprise en reconnaissant Edward.

Les bras ballants, le blond respirait à peine. Son visage était si pâle qu'on aurait pu le croire mort s'il n'était pas aussi contracté par une douleur évidente. Harry fut incapable de réprimer un frisson à la vue des deux trous qui apparaissaient dans la chair du cou du garçon, au milieu de l'hémoglobine encore fraiche. Une odeur nauséabonde de fer prit possession des lieux, obligeant Harry à se couvrir le nez de son drap pour ne pas respirer le parfum du sang.

Il tendit l'oreille, dans l'espoir d'en apprendre plus sur ce qu'il s'était produit. Alerté par les pas sonores du géant et les légers gémissements d'Ed, l'infirmière arriva à leur hauteur d'un pas précipité et poussa une petite exclamation de stupeur en ouvrant les rideaux d'un des lits.

-Dépêchez-vous de l'allonger ! Murmura-t-elle. Mais enfin, que s'est-il passé?

-Il a été mordu par le serpent de Vous-Savez-Qui, répondit Hagrid dans un souffle. Heureusement, je l'avais suivi et j'étais présent au moment de son agression...

-Mon dieu ! Il faut faire quelque chose, tout de suite ! Appelez-moi le professeur Rogue, je vous prie.

Le garde-chasse, bien qu'un peu dépassé par les évènements, s'exécuta dans la seconde suivante. Une minute plus tard, alors que madame Pomfresh nettoyait la plaie béante en arrachant de temps à autres des grognements au blond, Hagrid, suivi de près par l'ex-maître des potions mais aussi par Dumbledore, entra dans la pièce.

Le directeur se pencha sur le garçon en marmonnant des formules étranges dans une langue qu'Harry identifia comme étant du latin.

-Severus, vous reste-t-il quelque chose contre les morsures de ce genre ? Sinon, je crains que notre jeune ami ne passe pas la nuit, apprit-il à son collègue d'un ton désolé.

-Je pense que oui, je vais voir ça.

Hagrid hésita avant de demander à Dumbledore s'il ne valait pas mieux de le faire interner à St-Mangoust en vue de la gravité de sa blessure. Le vieil homme répondit que même si c'était préférable, le garçon risquerait de ne pas supporter un nouveau transplanage.

-Si d'ici trois jours son état ne s'est pas un tant soit peu amélioré, j'envisagerai son transfert là-bas, conclut-il finalement sans détacher ses yeux du corps inerte d'Edward.

-Je vais lui prodiguer les premiers soins, mais il me faut les compétences du professeur Rogue, marmonna Mme Pomfresh.

Un faible gémissement s'éleva du lit sur lequel Ed gisait. Il y eut un petit bruit métallique, un robinet qu'on ouvrait et une nouvelle plainte du blondinet.

Harry se mordit la lèvre. Entendre quelqu'un souffrir autant à quelques mètres de lui était désagréable au possible, surtout quand il s'agissait d'un ami.

-Il faudra un moment avant qu'il ne soit rétabli, alors si vous pouviez m'en apprendre davantage sur cette triste affaire j'en serais ravi, chuchota Dumbledore à l'adresse de Hagrid.

-Bien, commença le géant. Quand je suis arrivé, Vous-Savez-Qui essayait de persuader Edward à rejoindre ses rangs en tant qu'al...

-Oui je vois, le coupa Dumbledore assez précipitamment. Nous discuterons des raisons pour lesquelles Voldemort voulait ce garçon dans son armée maléfique plus tard et qu'a-t-il répondu à ceci?

-Il a refusé bien entendu et Vous-Savez-Qui a utilisé le sortilège Doloris contre lui, mais il n'a pas cédé. Au contraire, il a tenté de s'opposer à lui et...

-Je crois que ça ira pour l'instant, nous en discuterons plus calmement dans mon bureau si vous voulez bien, l'interrompit le directeur une fois de plus. Je ne voudrais pas qu'une oreille trop indiscrète écoute cette conversation...

Ses iris bleus se posèrent irrémédiablement sur le lit d'Harry qui sentait son regard lui brûler le dos. Il déglutit avec difficulté en essayant de rester le plus immobile possible.

Rogue choisi ce moment précis pour refaire son apparition et pour la première et sans doute la dernière fois de sa vie, Harry le remercia intérieurement. Le directeur de Serpentard s'approcha du lit, avec à la main une éprouvette contenant un liquide rosâtre, fumant.

-Voilà qui pourrait neutraliser le venin, injectez-lui en quelques gouttes toutes les trois heures pendant au moins une semaine, prescrit-il en donnant la substance à madame Pomfresh qui s'empressa d'en extraire dans une seringue.

-Il ajouta que les effets secondaires seraient sans doute assez désagréables, qu'il pourrait ressentir diverses douleurs mais que s'il tenait jusqu'à mardi, alors ils pourraient dire qu'il était sorti d'affaire.

-Bien. Je m'en occupe maintenant, mais peut être devrions-nous l'isoler. Je ne souhaite pas qu'une rumeur se répande à son propos, avoua l'infirmière, consciente des troubles déjà omniprésent depuis la renaissance du Seigneur des Ténèbres.

Sans attendre Hagrid souleva le petit corps sans vie d'Edward et alla dans une pièce adjacente à laquelle Harry n'avait jamais prêté attention. Il en ressortit quelques secondes plus tard et partit en se mouchant bruyamment dans un immense mouchoir de la taille d'une nappe, Dumbledore et Rogue à sa suite.

Quand Harry fut certain qu'il ne restait plus personne dans la pièce principale de l'infirmerie, il se retourna sur le dos, les yeux rivés au plafond. Ainsi, Voldemort avait recommencé. Cette fois-ci, il s'en était pris à quelqu'un de proche.

Peut-être était-ce pour l'atteindre directement ou bien, comme Hagrid l'avait fait remarquer, pour convaincre Ed de le rejoindre. Cependant, les agissements du Mage le laissaient perplexe. Si Edward avait refusé, il lui suffisait de le tuer d'un simple sortilège mortel, à l'instar de toutes ses autres victimes. Et de plus, pourquoi le jeune homme en particulier. C'était un très bon ami, certes, or en temps normal, Voldemort aurait choisi quelqu'un de plus intime pour lui faire du mal, Ron ou Hermione par exemple. Las de tous ces questionnements, Harry ferma les yeux en se jurant d'éclaircir ces points avec son ami dès que ce-dernier serait réveillé.

S'il daignait un jour rouvrir les yeux…

Un peu frustré et inquiet de cette perspective clairement pessimiste mais non pas moins réaliste, il se rendormit, tandis que le jour pointait lentement à l'horizon.

Il rêvait... Il rêvait, sans aucun doute. Un troupeau d'éléphants roses volants ne pouvait que sortir de son imagination tourmentée, fiévreuse. Il eut un spasme d'horreur lorsqu'il sentit les minuscules serpents qui lui servaient de matelas se tortiller en dessous de lui, lui mordre sauvagement chaque parcelle de son corps, paralysant ses membres. La pièce se remplit brusquement d'une substance rose, qui manqua de le faire suffoquer. Le niveau montait à une vitesse alarmante et il allait certainement finir noyer. D'ailleurs, l'air lui manquait.

Il essaya d'inspirer de grandes bouffées d'oxygène mais rien n'y faisait. Il étouffait. Son cœur était complètement oppressé par une douleur aigüe envahissait tout son être par vagues de plus en plus importantes, comme une marée montante. Cet enfer lui sembla long... très long...beaucoup trop long...

Il eut l'impression que ses poumons s'embrasaient et il se mit à tousser furieusement, recrachant par moment quelques gouttes de sang qu'il devina grâce au goût métallique qu'il laissait dans sa gorge. Les draps collaient à sa peau en sueur, quelqu'un s'agitait autour de lui, le touchait, le piquait de tous côtés, dans un balai dérangeant qui lui donnait mal au cœur. Le lit tanguait, du moins telle était son impression, sous les assauts de cette personne inconnue. Il allait dessaler. Il tourna la tête à la recherche d'air frais mais un néant tout aussi irrespirable envahissait l'espace. Ed entrouvrit les paupières en sentant un souffle chaud à l'odeur putride sur son visage. Il manqua de s'étrangler avec un cri qu'il ne pouvait pas lâcher par manque de force en apercevant la chimère que Tucker avait créé à partir de sa propre fille et de son chien. La créature hybride fut remplacée par le corps disloqué et tordu de leur mère après la transmutation humaine ratée, puis par le visage en pleine décomposition d'Alphonse qui le fixait avec tristesse et mépris.

« C'est ta faute Edward » chuchotèrent les trois voix à l'unisson.

-Pardon… Maman, Al… Nina… Pardonnez-moi… Tout est de ma faute… Pardon, gémissait-il, pris de tremblement incontrôlables.

Lentement, Edward sombra dans un sommeil profond. Une sorte d'état léthargique, un peu comateux, habité par la fièvre et les maux. Sa souffrance s'était grandement atténuée mais une fatigue harassante l'empêchait de vouloir se réveiller.

Petit à petit, l'air accéda à ses poumons, redonnant vie à ses muscles et de l'eau fraîche vint caresser son visage brûlant. Il était encore tout endolori, mais ce n'était rien comparé à la douleur ressentie auparavant.

Quelqu'un saisit son bras gauche et une chose fine le piqua à l'exact endroit où se trouvait la veine. Il détestait les piqures. Il lâcha un soupir et replongea dans ce faux sommeil.

Les mêmes rêves revenaient sans cesse, récurrents. Tantôt les éléphants ailés, tantôt des souvenirs qui hantaient ses cauchemars.

Au bout d'un certain temps, il se sentit mieux. Il avait retrouvé ses sensations dans ses membres de chair et le brouillard grisâtre dans son esprit s'était presque entièrement dissipé. Même si certaines douleurs subsistaient toujours, il n'avait plus l'impression d'être coincé dans des cerceaux de fer chauffés à blanc. Il se passa quelques heures, ou peut-être quelques jours, Edward ne savait pas trop, pendant lesquels il somnolait, alternant fatigue nerveuse et fièvre jusqu'au moment où il commença à aller mieux. Il ne pouvait ni bouger, ni ouvrir les yeux mais au moins il n'avait plus de fièvre et la souffrance endurée s'était quelque peu dissipée.

Ces songes prirent un tournant différent.

Une délicieuse odeur de Tarte aux Pommes vint lui chatouiller les narines. Il se plut à imaginer qu'il était de retour à Resembool avec l'air familier du tabac emplissant le corridor mélangé aux mille senteurs du sucre et des fruits, une part de tarte ratée au gout d'acier l'attendant sur la table du petit déjeuner.

Edward tenta d'ouvrir les yeux. A peine eut-il entrouvert ses paupières qu'il fut obligé de les refermer tant la luminosité de la pièce était forte. Il renouvela sa tentative, résista plus longtemps pour tenter de s'habituer à la clarté de l'endroit. Il cligna des yeux à plusieurs reprises afin de régler sa vue au mieux. En attendant, il se référa aux sons autour de lui. Rien de familier. Il n'entendait pas le chant des oiseaux alors qu'en cette période, l'arbre devant la fenêtre de sa chambre –la chambre d'ami- abritait une même horde de mésanges depuis des années. La cacophonie de la chaudière suffocante ne lui parvenait plus. Mamie Pinako avait dû la faire réparer. Au travers de la brume, il distingua un plafond trop parfait. Pas assez rural à son goût d'ailleurs. Les draps étaient rugueux et sentaient la lessive bon marché alors que d'ordinaire, la vieille femme utilisait la lavande naturelle puis de la sève de pin pour masquer le parfum de la cendre claire qui blanchissait la lingerie. En remuant légèrement, Edward nota que le lit ne grinçait pas, ainsi que l'absence du matelas à ressorts sur lequel il s'était tant amusé à sauter, même après qu'il était muni d'automails ce qui lui valut une bonne grosse fessée pour avoir brisé une partie de l'armature interne du sommier.

Une fois qu'il put voir normalement, il jeta un regard circulaire à la pièce dans laquelle il se trouvait et qui n'avait rien à voir avec la chambre de Resembool.

Elle était sobre, couverte d'un papier peint blanc, et d'un mobilier tout aussi immaculé. Il grogna en sachant qu'il se trouvait dans une infirmerie ou un hôpital. Il détestait ce genre d'endroit. Il tenta de prendre appui sur ses coudes mais il manquait de tonicité. Il retomba mollement sur ses oreillers avec l'impression qu'un gong résonnait dans sa tête. Il remarqua à quel point sa bouche était pâteuse, ses lèvres et sa gorge sèches comme du papier de verre. Il chercha du regard de quoi étancher sa soif et aperçut une petite carafe remplie d'eau a priori fraiche sur la table de chevet.

Rassemblant ses maigres forces, l'alchimiste se redressa du mieux qu'il pouvait et saisit le pichet. Faute de chance, ses doigts n'arrivèrent pas à serrer la lance et il lui échappa des mains avant de se briser en mille morceaux sur le carrelage. Le garçon se mordit la lèvre et un malaise l'obligea à se rallonger. Une femme habillée de blanc, alerté par le fracas, entra dans la pièce et se précipita vers lui.

Elle poussa un soupir à mi-chemin entre le soulagement et l'exaspération en constatant les dégâts. Elle sortit sa baguette magique, les morceaux se récolèrent instantanément et la carafe reprit sa place initiale. Ed se redressa brusquement en se rendant compte qu'il avait devant lui ce qu'il avait cherché à fuir en revenant à Amestris : une sorcière. Il manqua une nouvelle fois de tourner de l'œil.

-Ah là là ! Heureusement que vous n'avez rien ! S'exclama-t-elle. Comment vous sentez-vous ?

La seule réponse qu'elle eut fut une sorte de râle rauque, étouffé et elle se rua aussitôt sur le pichet, remplissant le verre d'eau à ras bord.

-Buvez à petite gorgée surtout, lui recommanda-t-elle en l'aidant à porter le verre à ses lèvres.

Comme elle le lui avait conseillé, il but lentement pour réhydrater son corps en douceur. Une fois le récipient vide, il soupira d'aise. Dieu que c'était bon ! Il avait l'impression de n'avoir rien bu pendant des jours. Le côté gauche de son cou le grattait horriblement et alors qu'il s'apprêtait à se soulager, il sentit un épais pansement sous sa paume.

-Où est-ce que je suis ? S'enquit-il d'une voix affreusement faible et enrouée.

-Vous êtes à Poudlard, déclara l'infirmière. Vous vous souvenez, vous avez été attaqué par Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer le nom.

-Quoi ? Poudlard ? Il faut que j'aille voir Dumbledore tout de suite! s'écria-t-il, ou plutôt essaya-t-il de crier, en se redressant assez vivement, ce qui eut pour effet de faire sursauter l'infirmière.

Il rejeta ses couvertures pour se lever mais la femme le retint par les épaules et le plaqua avec force sur son lit.

-Voyons, vous n'êtes pas en état ! Vous êtes resté sans connaissance pendant plus d'une semaine ! lui rappela-t-elle avec sévérité.

-Une semaine ! Voilà qui était effectivement long. Raison de plus pour parler au directeur sans tarder.

Il réitéra son geste et cette fois se leva sans qu'elle ne l'en empêche. Bien entendu, cet acte intempestif lui donna le tournis et un goût étrange lui remonta dans la bouche. Il se courba en deux pour vomir. Ce fut essentiellement de la bile et de l'eau, son dernier repas remontant à un sacré bout de temps.

Il maugréa toutes sortes de jurons et ne manifesta aucune résistance quand elle l'aida à se remettre au lit.

-Je demanderai au professeur Dumbledore de venir puisque vous y tenez tant, mais en attendant reposez-vous ! Ordonna la femme.

-D'accord. Je reste sagement ici dans mon malheureux lit d'hôpital, obtempéra-t-il avec un soupir exagéré. Euh... Je peux m'assoir au moins ?

Il lui fit les yeux doux qui font flancher toute résistance et, sensibilité oblige, Mme Pomfresh céda. D'un petit coup de baguette, elle fit apparaître trois autres coussins auxquels il s'adossa.

-Merci ! dit-il à la cantonade même si sa voix ne parvenait pas à dépasser le murmure.

-Eh bien... Je ne pensais pas que vous seriez en aussi bonne forme en si peu de temps.

-C'est bien mal me connaître!

Il avait beau dire tout ça, il se sentait toujours aussi faible, un peu vaseux. La morsure le piquait désagréablement et il avait faim... Vraiment très faim. Au grondement de son ventre, l'infirmière devina ce qui turlupinait son pauvre organisme et lui fit remarquer qu'il devrait manger pour reprendre des forces.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Un plateau apparut devant lui et il se jeta littéralement dessus. Il vit alors le peu de choses qu'il contenait et ne put retenir un grognement d'insatisfaction en reconsidérant le petit bol de bouillon, l'orange, le verre de jus de citrouille et, à son grand déplaisir, la petite brique de lait qui le narguait par sa simple présence.

Avec une moue déçue, il prit le bol qu'il vida en quelques gorgées. C'était bouillant mais cela le réchauffa mieux encore que toute autre chose. Il termina son maigre petit déjeuner et se cala dans ses oreillers, prêt à se rendormir, l'inconfort de la fièvre et de la douleur revenant à la charge.

-C'est bien, vous avez tout fini, le félicita l'infirmière sans sourire.

Puis elle aperçut la petite brique de lait à laquelle Edward n'avait pas touchée. Elle se racla la gorge avec un air réprobateur.

-Votre lait, dit-elle simplement en poussant l'objet de toutes les horreurs vers lui.

Il s'en détourna.

-Beurk non merci, grogna-t-il, l'envie de se sombrer dans le sommeil devenant une véritable nécessité devant le danger qui planait sur lui.

-C'est bon pour votre santé ! répliqua Mrs Pomfresh en lui présentant ledit danger sous le nez, ouvert.

-J'aime pas ça, se plaignit-il. Je boirai du lait quand les vaches brouteront du ragoût!

-Ce n'est pas mon problème! Si vous n'en buvez pas, vous ne grandirez pas !

-C'EST QUI LE GARS SI PETIT QU'UN ELECTRON POURRAIT L'ECRASER!?

Elle rétorqua que ce n'était pas ce qu'elle prétendait, bien qu'elle le pense fortement. La fin de sa réplique cinglante fut étouffée par la quinte de toux saisissant le petit alchimiste qui manqua de rejeter tout ce qu'il venait d'ingurgiter. La gorge en feu, il s'empara de la brique de lait dont il vida le contenu en quelques goulées.

-Voilà, vous êtes contente à présent ? Grommela-t-il, les yeux ruisselants de larmes.

-Parfait ! Assura-t-elle au tac au tac en faisant disparaître le plateau d'un coup de baguette magique. Dormez maintenant.

Il ne se le fit pas répéter de fois, surtout qu'il était déjà dans les vapes. Docile, il posa sa tête sur les oreillers et ferma les yeux.

Le lendemain, en début d'après-midi, Edward eut l'heureuse surprise de voir arriver Dumbledore à son chevet, sa longue barbe argentée reflétant mille rayons du soleil, encore à son zénith.

-Je vois que tu as repris du poil de la bête, sourit-il en constatant que le jeune homme parcourait un énorme grimoire issu de la bibliothèque de l'école.

Il s'assit sur la chaise à côté du lit du garçon.

-Ce n'est pas pour le plaisir de votre compagnie que j'ai demandé à vous voir, prévint le garçon sans détourner les yeux du vieil homme.

Sa voix était toujours aussi rauque, ce qui lui valut de Dumbledore un regard doux et compatissant

Mille pétards, s'il avait l'intention de parler avec lui en le regardant de cette manière autant qu'il s'en aille illico presto.

-Je vais écouter ce que tu as à me dire de si important, mais avant ça je pense qu'il serait bien que nous écrivions à tes parents pour leur dire que tu es ici, ou bien ils risquent de se faire du souci.

Ed ne dit rien, se contentant de fixer le mur de sa triste chambre les yeux dans le vague. Il ignorait totalement ou était son frère. Il devait le rejoindre à Central, la semaine dernière, mais ne le voyant pas sur place, il avait dû retourner à Resembool. Ou alors, alerté par sa disparition, était désespérément à sa recherche.

-Envoyez une lettre au QG de Central, à Amestris, commanda-t-il finalement.

Le directeur l'observa longtemps à travers ses lunettes en demi-lune, comme s'il attendait que le blond lui fournisse de plus amples explications.

-D'accord, à présent racontes-moi ce qu'il s'est passé, fit-il au bout d'un moment, renonçant à en savoir plus.

Edward se tut un instant, cherchant les mots qui conviendraient. Finalement, il se lança.

-Voldemort... Il n'est plus tout seul... Il s'est allié avec des gens, ou plutôt avec des créatures cent fois plus puissantes que lui ? Car elles sont immortelles, souffla-t-il.

-Excuse-moi, mais tu viens d'employer le mot "immortelles". Est-ce possible ? Interrogea Dumbledore, en fronçant légèrement les sourcils.

-En fait, elles ont des capacités de régénération, donc si on les tue, elles renaissent, à moins qu'on ne les détruise avec l'alchimie. De plus, elles ont des pouvoirs surhumains qui se rapprocheraient davantage de la magie, expliqua le jeune homme en repensant à Envy qui pouvait changer d'apparence comme bon lui semblait sans aucune contrainte scientifiques.

-Mais quelles sont ces choses aux pouvoirs si dévastateurs?

-Des homonculi*.

Une lueur d'étonnement traversa le regard azur du directeur.

-Les homonculus ne sont qu'une légende urbaine... commença-t-il.

-Non, s'exclama Edward sur le qui-vive. Moi aussi je n'y croyais pas, mais les homonculi existent bel et bien! Ils nuisent à la vie des habitants de mon pays à cause de leurs objectifs égoïstes. Ils... Ils veulent devenir humains...

-Humains ? Répéta Dumbledore comme pour rendre plus tangible cette éventualité. Mais par quel moyen?

-L'alchimiste ne put réprimer un petit rire et il dit avec sarcasme:

-Vous ne voyez pas ? La chose que vous avez détruite il y a cinq ans... La pierre philosophale.

L'homme se redressa légèrement sur sa chaise et dit lentement.

-Dans ce cas, mieux vaut qu'elle soit détruite, raisonna-t-il.

-Oui et non. Non car s'ils ne la trouvent pas, ils vont tenter de la fabriquer et rappelez-vous sa composition, et oui parce que le monde ne devrait pas porter en son sein un objet aussi horrible et déclencheur de guerre... Malheureusement, ils ont compris qu'ils ne l'auront pas en cherchant et ils souhaitent que je la leur fabrique. Il y a quelque temps - son visage s'assombrit- ils y sont presque parvenu. Ils m'avaient convaincu que si je leur faisais la pierre, ils me laisseraient m'en servir. A cause d'eux, j'ai risqué de tuer des centaines de gens…

-Alors tu connais ces homonculus ? Avança Dumbledore, perspicace.

-Quelques-uns seulement, reconnut Edward. En principe, ils doivent être sept ou huit mais pour l'instant je n'en connais que quatre, et je crains que certains ne détiennent une place au gouvernement d'Amestris. Ces créatures possèdent tout comme nous, même s'il est perverti par la tyrannie, un esprit, mais n'ont ni cœur ni âme.

-Mais qui pourrait créer de telles choses, et surtout, comment ? Demanda le vieil homme en caressant sa barbe argentée de ses longs doigts fins.

Edward ramena ses genoux contre sa poitrine et déclara dans un souffle :

-Les alchimistes... avec des transmutations humaines ratées.

Interloqué, Dumbledore répliqua que ce genre de pratique était totalement interdit.

-Normalement... Mais certains s'y sont risqués, murmura-t-il en tripotant machinalement un boulon de son automail.

-Ces alchimistes en question ne peuvent-ils pas venir à bout de ces monstres ?

Le jeune homme fit une grimace et enfouit sa tête dans les draps.

-Vous m'agacez avec vos questions stupides ! S'ils pouvaient, cela ferait longtemps qu'il n'y aurait plus d'homonculus! De plus, beaucoup perdent la vie dans leur tentative de transmutation.

-Je comprends, je comprends... J'ai une autre question... Pourquoi toi ? Pourquoi te veulent-ils toi alors que tu n'es qu'un enfant ?

La question fut posée avec douceur, ce qui n'empêcha pas d'irriter Edward. Ce dernier tiqua au mot « enfant » qui ne lui convenait guère. Oui il n'avait pas encore dix-sept ans, mais ce n'était pas pour autant qu'on devait le traiter comme un gosse. Il avait mis un pied dans la cour des grands et il jouait à leurs jeux, aussi dangereux fussent-ils.

-J'aimerais que l'on cesse de me traiter comme un gamin! Ils me veulent parce que c'est sans doute moi qui suis allé le plus loin dans cette voie, chuchota Edward la voix étouffée par les couvertures.

-Le plus loin ? Explique-toi, je ne comprends pas.

-Z'êtes assistant social ou quoi ? J'ai fait une connerie, voilà tout... Ça vous va ? A présent, allez converser avec votre conscience et laissez-moi chercher des solutions en paix !

Il y eut un long moment de silence, durant lequel ni l'un ni l'autre ne parla. Puis Dumbledore se leva, lentement. Edward ne daigna pas lever les yeux vers lui. Tout ce qu'il attendait, c'était qu'il s'en aille pour de bon, qui le laisse croupir dans sa culpabilité. En effet, quelques longues secondes de silence plus tard, Dumbledore se leva. Avant de prendre congé, il s'adressa de nouveau au petit blond.

-Je ne veux pas t'embêter davantage mais écoute simplement ceci. Le professeur Rogue et moi-même pensons que ce serait bien que tu restes étudier à l'école afin de la protéger si une attaque devait avoir lieu. Tu aurais également une place privilégiée au sein de l'Ordre du Phoenix.

Le Fullmetal, toujours dans la même position, ne répondit rien et Dumbledore prit cette absence de réaction comme une réponse positive car il dit :

-Nous sommes d'accord donc. Je ferai en sorte que tu reprennes les cours mercredi prochain, cependant, d'ici là, repose-toi.

Et il le laissa seul avec ses pensées obscures.

Madame Pomfresh entra quelques minutes plus tard et voyant le garçon recourbé sur lui-même, s'approcha pour lui demander si tout allait bien

Il se contenta d'hocher la tête de haut en bas même si la réponse était évidente. Bien sûr que non il n'allait pas bien. L'infirmière l'avait compris mais fit comme si elle le croyait, sachant qu'il avait besoin de mettre ses idées aux claires. Elle repartit dans son bureau dans lequel elle s'enferma après lui avoir dit de l'avertir s'il se passait quelque chose.

Oui il se passait quelque chose. Quelque chose que personne ne voyait car ils étaient trop candides et convaincus pour se rendre compte que le monde glissait doucement entre les mains des pires êtres de l'univers. Les homonculus et Voldemort. Voldemort et les homonculus.

Dumbledore ne voyait-il pas qu'ils se dirigeaient lentement vers une grande bataille finale, meurtrière, sanglante, douloureuse... Il pouvait éviter cela. Il pouvait éviter une guerre totale s'il s'alliait aux sorciers.

Edward soupira avec résignation. Il devait se rendre à l'évidence : il allait devoir réintégrer Poudlard.

*Homonculi : Nominatif pluriel de Homonculus, i, m. Mais ça, beaucoup le savent. C'était au cas où donc non, rassurez-vous, je ne vous prends pas pour des billes.

Alors non, Nina, Rogue n'a pas joué un rôle primordial si ce n'est qu'il a littéralement sauvé la vie d'Edward.

Autrement, je fais passer Dumbledore pour un roublard gâteux, un peu fourbe sur les bords.

Sinon, merci d'avoir lu, d'avoir commenté et…qu'avez-vous pensé de ce chapitre plus transitoire qu'aut'chose ?