Partie 3 : Course contre la montre.

Arthur n'eut pas le temps de s'en vouloir très longtemps que son père le convoqua au Grand Conseil. Il est constitué de Gaius et de quelques nobles qui ont une influence assez conséquente dans le royaume et ils sont aussi de vieux amis du roi. Mais avant de revenir dans la salle du trône où se tiendra le conseil, il surprit une discussion entre son père et Gaius.

« J'en suis vraiment navré, Gaius. Mais je dois faire passer la sécurité du royaume avant tout le reste.

- Majesté, je peux vous assurer qu'Elerinna n'a pas créé ce fléau. Elle est incapable de faire du mal à qui que ce soit.

- Vous avez été à mes côtés lors de la Grande Purge, Gaius. Vous avez vu, comme moi, que la sorcellerie ne s'annonce pas avant de frapper. Elerinna était peut-être la fille d'une femme en qui vous avez eu confiance, en revanche elle ne l'était pas. Mais ne vous inquiétez pas, je ne vous tiens pas rigueur de l'avoir pris sous votre aile, elle s'est jouée de vous, Gaius, comme Alice. »

Gaius ne put contredire son père et entra à sa suite dans la pièce. Arthur entra en dernier et la porte se referma derrière lui. Tous prirent place autour de la table, sauf le prince qui resta debout derrière sa chaise. Le roi commença immédiatement la réunion sans tergiverser.

« Si je vous ai fait mander à la hâte, c'est pour que vous puissiez apporter certaine solution à cette épidémie qui sévit. Comme vous le savez tous, le Prince Arthur a fait arrêter les deux sorcières responsables de ce fléau et j'ai rendu un jugement à la hauteur de leur actes. »

Les conseillers, à l'exception de Gaius, félicitèrent le roi. Tant qu'à Arthur, il grinça des dents. Elerinna et Guenièvre sont effectivement coupables d'avoir fait usage de sorcellerie, mais elles l'ont fait pour sauver le père de Guenièvre. Il n'y a aucune preuve contre elles pour l'empoisonnement des eaux.

« Mais que faire si, après avoir brûlé ces sorcières, le poison continue ses ravages ? Demanda Uther. Comment pourrais-je protéger mon peuple ?

- Les soldats ont condamné tous les puits. Informa le prince.

- Mais nos réserves d'eaux ne vont pas durer éternellement. Fit remarquer Gaius sur un ton plutôt froid. Nous devons trouver d'urgence le moyen d'assainir l'eau pour éradiquer la maladie.

- Et de quelle façon ? Demanda Uther en faisant fi des ressentiments de Gaius.

- Et bien, je … »

Gaius fut coupé par les portes s'ouvrant en grand pour laisser passer Merlin.

« C'était moi ! Lança-t-il en fixant Uther. Je me suis servi de la magie pour guérir le père de Guenièvre ! Guenièvre et Elerinna ne sont pas des sorcières ! C'est moi qui suis sorcier ! »

« Il est fou ! » Fut la seule pensée qui traversa l'esprit d'Arthur.

« Merlin, as-tu perdu l'esprit ? Dit Gaius, interprétant parfaitement les pensées du prince.

- Je ne saurais les laisser mourir à ma place ! S'entêta Merlin. Je m'en remets à votre merci, votre majesté !

- Il ne sait plus ce qu'il raconte ! Le défendit Gaius.

- Si je sais ! Continua Merlin.

- Arrêtez ce jeune homme. » Dit Uther imperturbablement.

Elerinna et Guenièvre, c'est déjà trop. Il n'est pas question que son père tue aussi son serviteur.

Les gardes commence déjà à entraîner son serviteur hors de la salle, Arthur s'avança donc vers son serviteur pour plaider sa cause.

« Père, je vous en prie ! Je ne saurais le tolérer ! Il est impossible que Merlin soit un sorcier !

- N'as-tu pas entendu ?

- Mais si !

- Il l'a reconnu.

- Il m'a sauvé la vie, ne l'oubliez pas.

- Pourquoi irait-il inventer une telle histoire ? »

Cette question fit comprendre à Arthur qu'il a une chance de sortir Merlin de ce problème dans lequel il s'est embourbé. Maintenant, il faut trouver une excuse en acier … ce qui ne va pas être simple …

« Hum … Gaius disait … il est atteint d'une … d'une grave maladie mentale.

- Vraiment ? » Demanda son père en se redressant sur son trône.

Une idée … une idée … Ça y est !

« Il est amoureux !

- Pardon ?! S'exclama Merlin.

- De Guenièvre. Renchérit Arthur. Et Elerinna doit être l'une de tes amies d'enfances, vu que vous venez du même village. Tu dois tenir à elle.

- C'est un mensonge !

- Si tu l'es !

- Plutôt mourir !

- Je t'ai vu avant-hier avec une fleur qu'elle t'avait donné !

- Mais … je ne suis pas amoureux d'elle ! Et mon amitié avec Elerinna n'a rien à voir là-dedans !

- Oh mais bien-sûr que si ! Continua Arthur avec un sourire amusé en passant un bras autour des épaules de son serviteur. Tu peux l'admettre.

- Peut-être bien qu'elles t'ont jeté un sort. » Supposa Uther.

Merlin ne sut quoi répondre et le roi se mit à rire en même temps que son fils et ses conseillers, sauf Gaius qui tire toujours une tête de six pieds de longs.

« Merlin est un prodige. Continua Arthur sur sa lancée. Mais précisons que c'est un prodige d'idiotie. De ce fait, il ne serait être sorcier. »

Le prince lança un regard d'avertissement à son serviteur signifiant que s'il dit un mot allant contre son sens, il lui ferait amèrement regretté.

« Ne me fais plus perdre mon temps, maintenant. Dit le roi en reprenant son calme sans pour autant se départir de son sourire amusé. Laissez le partir. »

Les gardes lâchèrent Merlin qui n'eut d'autre choix que de sortir. Gaius s'inclina pour prendre lui aussi congé et suivit son pupille jusque dans leurs appartements. Une fois la porte fermée, Merlin s'exclama, agacé :

« C'est Arthur l'idiot !

- Non, il a eu raison d'agir de la sorte ! Heureusement qu'il t'a sauvé de ta propre stupidité ! Blâma le médecin.

- Que pouvais-je faire ?! C'est ma faute si Guenièvre et Elerinna ont été condamné !

- Oui ! Mais ce n'est pas en sautant dans les flammes que tu prouveras leur innocence ! C'est en découvrant la cause de la maladie que tu le feras !

- Bon. Se résigna le magicien. Quel qu'en soit la cause, une chose est sûre, Arthur ne saura la trouver. Il croit qu'il est très … dégourdi, très perspicace. Même quand j'ai dit que j'étais sorcier, il a persisté à ne rien voir.

- Oui, mais parfois c'est difficile à admettre. Répondit Gaius en remplissant un sac de quelques verreries.

- Devrais-je me balader avec un chapeau pointu ?

- Je doute que tu en trouves un qui soit assez grand. Répondit le médecin sarcastiquement en attrapant un trousseau de clé. Aller, passons aux choses sérieuses. Pour sauver Guenièvre et Elerinna, nous devons découvrir au plus vite ce qui contamine l'eau. »

Gaius lança le sac dans les bras de Merlin et s'avança d'un pas vif vers la sortie, vite suivi de son protégé. Tous deux sortirent du château pour aller à la source qui alimente toute la ville. Gaius ouvrit une porte et ils descendirent sous le mur d'enceinte. Ils atteignirent la source après avoir marché dans un dédale de coin et recoin sous l'œil attentif d'une certaine prêtresse qui, d'un simple geste de la main, avertie sa créature de la venue des intrus.

« C'est cette source qui alimente toute la ville en eau. Dit le médecin. Tu vas en prélever un peu. »

Merlin confia la torche à son mentor et sortit du sac une petite fiole. Il plongea ensuite sa main dans l'eau pour la remplir sous le regard méfiant d'une hideuse créature aux crocs acérés. Néanmoins, ce monstre n'eut pas le temps ne serait-ce que d'effleurer le jeune homme que celui-ci retira sa main pour boucher le flacon.

« Retournons examiner sa composition. » Dit le médecin.

Les deux s'éloignèrent d'à peine deux pas que le monstre surgit des eaux dans un cri, les faisant sursauter tous les deux, avant de replonger dans les eaux. Cependant, ce laps de temps leur permit de détailler assez la créature.

« Mais qu'est-ce que c'était ? » Demanda Merlin en fixant l'eau d'où à émerger la bête.

Son tuteur l'attrapa par le bras et le tira vite jusqu'à l'extérieur. Ils retournèrent dans les appartements du médecin qui sortit un livre d'une de ses étagères, ouvrage catégorisant toutes les créatures magiques qui puissent exister. Il finit par trouver ce qu'il cherche et mit le doigt sur une image montrant une bête marron, difforme, sans yeux ni oreille, des crocs sortant de sa bouche comme des défenses de sanglier, et marchant sur ses quatre pattes.

« Regarde. Dit Gaius à Merlin. C'était un Addanc.

- Un … un quoi ?

- Un animal monstrueux né de la glaise auquel seuls les plus puissants sorciers peuvent donner vie. Il va falloir trouver le moyen de le vaincre … Mais où ? »

Le médecin avait dit cela en levant la tête vers sa documentation s'empilant sur plusieurs étagères jusqu'au plafond sous forme d'énormes livres de plusieurs centaines de pages.

« Guenièvre et Elerinna risquent d'être mortes avant qu'on ne le trouve ! S'exclama Merlin.

- As-tu une meilleur idée ? »

Merlin réfléchit un instant avant qu'un sourire n'illumine son visage. Oui, il en a une. Il sortit en courant des appartements pour aller chercher ses réponses. Il passa par la cour où il vit deux bûchers côte à côte entrain d'être monté. Son esprit lui imprima la vision de ses amies y agonisant. Il redoubla de vitesse pour arriver aux cachots et fit un détour pour s'assurer de l'état d'Elerinna et Guenièvre. La servante est allongée sur le sol et semble dormir. La seconde est debout face à l'ouverture de sa cellule sur la cour, une fleur jaune avec ses racines tournant entre ses doigts. Elle regarde le bûcher se monter, imperturbable. Mais avant que le magicien ne reparte, elle dit :

« Tu croyais vraiment que t'incriminer nous aurait sauver ? Merlin, je t'en prie, arrête les stupidités pour aujourd'hui.

- Comment as-tu … »

Elerinna se tourna vers le jeune magicien, et montra son oreille cachée sous sa chevelure du doigt.

« Tu as oublié ? Dit-elle un ton plus bas pour ne pas qu'on les entende. Je suis capable d'entendre par-delà ses murs de pierres. Où en êtes-vous Gaius et toi ?

- Connais-tu le moyen de tuer un Addanc ?

- Qu'est-ce dont que cela ?

- C'est un monstre fait de glaise. C'est lui qui contamine l'eau, mais nous ne savons pas comment le vaincre. Je vais aller chercher des réponses auprès de mon ami. »

L'Elfe se tendit imperceptiblement à ce sous-entendu, mais hocha la tête en comprenant qu'il est probablement son seul espoir.

« Tenez bon, je vais vous faire sortir d'ici. »

Et sur ce dernier encouragement, Merlin repartit. Elerinna se tourna de nouveau vers l'ouverture et laissa les rayons du soleil de l'après-midi caresser son visage. Elle fixa intensément la fleur d'or entre ses doigts et tendit à nouveau son ouïe et sa concentration au maximum pour suivre Merlin jusque dans les sous-terrains.

« Oh hé ! Entendit-elle.

- Bonjour ! Répondit le dragon après un court silence. Le grand sorcier est de retour, comme je l'avais prévu.

- Il faut que je saches comment vaincre un Addanc.

- Oui, c'est en effet nécessaire.

- Pourriez-vous m'aider ?

- Fais confiance aux éléments qui répondent à tes ordres.

- Aux éléments ? Répéta Merlin sans comprendre. Mais que dois-je faire au juste ?

- Tu ne parviendras pas à le vaincre tout seul, une pièce de monnaie à deux côtés, mon garçon. Tu es l'un, Arthur est l'autre.

- Qu'est-ce que … Je ne comprends pas. Dites moi seulement ce que je dois faire. Non ! Je vous en prie ! Aidez-moi !

- Je t'ai aidé, non ? » Répondit le dragon en vol dans un rire.

« Et bien aidé même. » Pensa l'Elfe qui comprit les explications du grand reptile.

Merlin à non seulement besoin d'Arthur, mais aussi du pouvoir des éléments contraire à ceux qui ont créé le monstre. Mais ça, Merlin doit le comprendre par lui-même.

Mais il ne lui reste plus beaucoup de temps. Ayant fait le tour de la ville et ses alentours sur plus de trois lieux à la ronde pour la énième fois, Arthur fut contraint de retourner bredouille auprès de son père qui l'attend dans la Salle du Trône. Il n'eut même pas besoin de s'annoncer que le roi devina immédiatement qu'il s'agit de lui.

« As-tu découvert autre chose ? Demanda-t-il sur un ton lasse.

- J'ai essayé. Avoua le prince sur un ton laissant clairement entendre son affliction. Je peux continuer à chercher.

- De plus en plus de gens meurent, nous devons agir maintenant. Il faut tuer les sorcières, nous ne pouvons plus attendre, elles seront exécutées ce soir. »

Arthur sortit lentement de la salle pour se retirer dans sa chambre, abattu. Mais il fut le seul à baisser les bras. D'autres oreilles entendirent le sort réservé à ses amies. Morgane se pressa alors auprès de la seule personne qui peut encore les sauver. Elle se hâta jusqu'aux appartements du meilleur ami du roi et le trouva aux côtés de son pupille.

« Ils ont avancé l'exécution de Guenièvre et Elerinna. Dit-elle en entrant dans la salle. Il faut prouver leur innocence.

- Nous essayons. Répondit Gaius.

- Je vous en prie, dites moi comment vous aider au mieux.

- Nous avons besoin d'Arthur. Dit Merlin.

- Arthur ? Répéta Morgane étonnée.

- Il y a un Addanc. Révéla le serviteur. Un monstre dans l'eau qui alimente la ville. Il est la cause du fléau.

- Alors parlons-en à Uther. Proposa la noble.

- Non. S'opposa le médecin. L'Addanc est une créature forgée par magie. Le dire à Uther ne sauvera pas Guenièvre et Elerinna. Il les accusera de lui avoir donné vie.

- Que devons-nous faire alors ? Demanda la dame.

- Détruire l'Addanc. Il ferait disparaître le fléau et Uther pourrait entendre raison. Expliqua le valet sur l'appui de son mentor d'un hochement de tête.

- C'est pour cela que tu as besoin d'Arthur.

- Il est notre seule chance, mais il refusera de désobéir au roi.

- C'est ce que nous allons voir. »

Morgane ressortit, Merlin sur ses talons avec le trousseau de clé permettant d'accéder à la source que lui confia Gaius. Ils marchèrent en direction des appartements d'Arthur, mais Morgane demanda à Merlin :

« Vas m'attendre dans la cour. Arthur ne se laissera pas convaincre devant toi.

- Il est beaucoup trop fier pour ça. » Maugréa Merlin en prenant les escaliers pour sortir.

Morgane arriva devant les appartements de son frère et ne prit même pas la peine de toquer. Elle se tint près de la table recouverte d'aliments en partie consommés et des chaises où Arthur a balancé quelques vêtements sur les dossiers. Et quand on pense que Merlin était venu tout ranger hier soir, il va encore avoir du travail. Arthur sortit de l'antichambre où il était et s'avança vers sa sœur quand il la vit.

« Comment allez-vous ? Demanda-t-il. Pardonnez ce désordre, Merlin n'est pas passé aujourd'hui.

- Pauvre Merlin …

- Ouais.

- Il était prêt à sacrifier sa vie pour sauver Guenièvre. Je ne peux imaginer qu'un homme puisse m'aimer à ce point.

- Non, je ne l'imagine pas davantage. »

Morgane cacha son sourire victorieux derrière une fausse mine boudeuse. Il a mordu à l'hameçon, ne reste plus qu'à le ferrer pour mieux le sortir.

« C'est parce que vous n'êtes pas comme Merlin. C'est un amant, lui.

- Oui, mais peut-être … peut-être que je n'ai pas trouvé la bonne personne à aimer. Répliqua le prince en prenant une veste pour la ranger.

- Hélas le temps de la galanterie est mort semble-t-il. Je regarde autour de moi et je ne vois que des hommes trop petit, trop chétif pour remplir leur armure. Aucun d'eux ne peut à présent défendre une juste cause. » Lança-t-elle alors qu'Arthur revenait à elle.

Ce dernier poussa un soupir exacerbé face aux piques de sa sœur. Ce simple râlement fut la dernière étape avant qu'il ne tombe tête la première dans son piège, mais en le voyant de loin.

« Qu'attendez-vous de moi, je vous écoute ? » Demanda-t-il avec un sourire amusé.

Morgane ne prit pas le temps de savourer sa victoire et recouvra son sérieux pour tout expliquer à Arthur qui perdit instantanément son amusement. A peine les explications de la dame terminées, le prince se saisit de son manteau et son épée et tous deux sortirent d'un pas rapide pour rejoindre Merlin dans la cour. Tous les trois se hâtèrent jusqu'à la porte de la source que Merlin ouvrit. Ils prirent deux torches et Arthur passa devant, épée à la main.

« J'espère pour toi que tu ne te trompes pas, Merlin. » Prévint Arthur.

Le prince avait à peine prononcer ces mots qu'il dut donner raison à son valet quand il entendit un grognement d'avertissement effrayant résonner sur les pierres des passages. Tous les trois se figèrent et un second bruit se fit entendre venant de derrière Morgane. Cela finit par s'éloigner et Arthur dit à la dame :

« Vous devriez rester là.

- J'aime mieux venir avec vous.

- Non !

- Que craignez-vous exactement ?

- Père nous mettra tous deux au fer s'il apprend que je vous ai mis en danger.

- Heureusement qu'il l'ignore alors.

- Pour la dernière fois, Morgane, éloignez-vous ! Vous risquez d'être blessée !

- Vous aussi … si vous m'empêchez de passer ! »

Merlin retint son expression amusé alors que Morgane double un Arthur agacé.

« Comment allons-nous le trouver ? Demanda-t-elle.

- Espérons juste le trouver avant que ce soit lui qui nous trouve. » Répondit Merlin.

Arthur entendit un bruit derrière eux.

« N'avancez plus ! Ordonna-t-il en faisant volte-face.

- Qu'y a-t-il ? » Demanda Merlin alors que Morgane et lui imitèrent le prince.

Pendant un instant, ils fixèrent le couloir avec aux rares torches vacillantes qui illuminent le noir.

« Rien, ce n'était qu'une ombre. » Finit par dire Arthur.

Les trois se remirent en marche, mais l'ombre en question les suivit dans un grognement à faire froid dans le dos. Ils arrivèrent à la source et ne virent aucune trace de leur proie ou chasseur. Face à tant de chemin possible, Arthur proposa :

« Dispersons-nous. »

Merlin repartit en sens inverse, Morgane continua tout droit, tant qu'à Arthur, il prit à droite. Il fit quelques pas jusqu'à ce qui lui semble être une impasse, il regarda autour de lui sans rien voir et fit demi-tour. Mais un grondement se fit entendre derrière lui. Il eut à peine le temps de se retourner que le monstre tenta de lui asséner un coup de patte en se levant sur ses deux membres arrières dans un cri. Arthur se baissa et évita le coup en un tour sur lui-même. Mais revenu face à la créature, cette dernière a disparu.

« Que se passe-t-il ? Demanda Morgane en accourant auprès d'Arthur. Tout va bien ?

- Oui. Répondit le prince.

- L'avez-vous vu ? Demanda Merlin en arrivant à son tour.

- Oui.

- A quoi ressemblait-il ?

- Avant tout il est très rapide.

- AHHH ! » Hurla Morgane.

La dame eut le réflexe de se reculer pour éviter elle aussi un coup de patte et Arthur repassa devant pour faire face au monstre qui s'enfuit face à la torche. Les trois le cherchèrent des yeux sans se séparer du moindre centimètre.

« Où est-il passé ? Demanda Arthur.

- Je crois qu'il est parti par là. » Informa Merlin en pointant le passage par où ils sont venus.

Les trois s'avancèrent prudemment, Arthur devant, jusqu'à un angle où ils s'arrêtèrent, entendant l'Addanc juste derrière. Ils sortirent de leur cachette avec précaution pour faire face au monstre qui s'avança aussi vers eux en grognant. Arthur se mit en position d'attaque devant Merlin et Morgane et la créature le chargea. Il répliqua et la toucha à l'épaule. Furieuse, la bête réussit à donner un coup sur l'arme du prince avec une force surhumaine, ce qui le déséquilibra et le désarma. Morgane s'avança alors et tint le monstre éloigné d'Arthur grâce à la torche. Ce dernier en profita pour se relever et empoigna sa torche à deux mains pour faire reculer la créature quand celle-ci accula la dame contre le mur en lui arrachant son brandon enflammé des mains. Il la fit reculer jusque dans un coin et la bête n'eut d'autre choix que d'attaquer. Elle se leva sur ses deux pattes arrières dans un hurlement terrifiant les pattes avant se hissant au-dessus de sa tête pour porter un coup puissant au prince. Merlin y vit la faille qu'il cherchait.

« ARTHUR ! Hurla-t-il pour couvrir le cri du monstre. SERVEZ-VOUS DE LA TORCHE ! »

Arthur tenta de toucher le monstre avec le feu, mais il réussit à l'esquiver une fois encore.

« Que l'air et le feu dansent et embrasent l'eau et la terre ! » S'exclama Merlin dans le langage de l'ancienne religion.

Un vent violent s'engouffra dans les tunnels, obligeant Arthur à se protéger la figure quand les flammes de sa torche devinrent immenses au point qu'elles réduisirent en cendres l'Addanc dans un cri d'agonie.

Mais ce ne fut pas le seul cri qui résonna, car celui d'une sorcière qui avait suivi les événements en poussa un de rage en chassant l'image qu'elle avait invoquer dans son bol d'une gifle dans l'eau.

« Merlin ! » S'exclama-t-elle.


Quelques heures plus tard, Gaius entra dans la salle du trône, un torchon dans les mains, pour parler au roi.

« Bonne nouvelle, sire. On ne compte plus aucun décès et ceux qui étaient malade se rétablissent.

- Bien. Dit le roi en s'approchant de son vieil ami, un verre de vin à la main. C'est étrange, je ne découvre l'existence des Addancs que maintenant.

- Ils prennent corps dans la glaise par un puissant pouvoir magique. Quant à ce pouvoir, il ne peut être utilisé que par un très vieux sorcier. »

Gaius eut à peine prononcé ces mots que le roi perdit petit-à-petit ses couleurs.

« Un sorcier qui a le pouvoir de refléter l'esprit de la vie. Termina le médecin en dévoilant du torchon une coquille d'œuf brisée avec des peintures rouges sang dessus. Voici ce que j'ai trouvé à la source. Il porte la marque de Nimueh. »

Gaius mit en avant un dessin précis représentant un A et un V s'embrassant avec un point au milieu.

« Non … Murmura le roi livide.

- Il est impératif d'être très vigilant. Conseilla le médecin.

- Serais-je un jour débarrassé d'elle ? …

- Sire, Elerinna et Guenièvre n'avaient rien à voir dans cet empoisonnement, peuvent-elles de nouveau être libre.

- Oui … A présent, laissez-moi seul ! » Ordonna-t-il en allant s'asseoir sur son trône.

Les quelques personnes présentes sortirent après s'être incliné et les gardes refermèrent les portes. Merlin, Morgane et Tom avaient attendu dans le couloirs et quand ils virent Gaius venir vers eux, ils se redressèrent et Merlin demanda :

« Alors ? Qu'a dit le roi ?

- Les libère-t-il ? Demanda Morgane.

- Oui. Assura le médecin avec un fin sourire joyeux. Elles vont enfin pouvoir sortir. »

Les visages du valet et de la dame se fendirent d'un immense sourire et pressèrent le garde charger des clés des geôles d'ouvrir les celles de Guenièvre et Elerinna. Tom se précipita dans la cellule de sa fille à peine les grilles entrouvertes.

« Guenièvre !

- Père ! »

Les deux s'enlacèrent avec force sous les yeux attendris de Morgane et Merlin. Soudainement, ce dernier se reçut une claque sur la nuque et s'exclama en se la frottant :

« Aouch !

- Ça c'est pour avoir fait l'imbécile.

- Oh Elerinna ! »

Merlin prit son amie dans ses bras qui lui rendit son étreinte avec un large sourire. Finalement, ils se lâchèrent quand Guenièvre vint vers eux.

« Merci à vous ! Dit-elle à l'intention de Morgane et Merlin.

- Ne me remercie pas. C'est surtout grâce à Merlin. Dit Morgane.

- C'est vrai ?

- C'est lui le véritable héros.

- Je ne sais plus que dire.

- Je n'ai rien fait du tout. Assura Merlin en toute modestie.

- Je vous suis vraiment très reconnaissant. Dit Tom pour couper court à la conversation entre sa fille et le garçon. Suis-moi Guenièvre. »

Le forgeron et la servante sortirent et Elerinna commença à les suivre quand le serment de Morgane la fit se figer sur place :

« Merlin, je tiens à te le dire. Je saurais garder ton secret. »

Merlin a utilisé la Magie pour venir à bout de l'Addanc, Elerinna l'avait senti. Tout comme elle avait senti que la terre ne souffrait plus du poison de l'eau. Elle avait vu Morgane, Arthur et Merlin se diriger vers la source pour vaincre le monstre. Morgane aurait-elle vu Merlin se servir de magie ?

« Mon secret ? Répéta Merlin en faisant mine de ne rien comprendre, bien qu'il commence à devenir blanc.

- Cesse de faire semblant de ne pas comprendre. Je sais ce que tu as fait.

- Vous le savez ?

- Je l'ai vu de mes propres yeux.

- Vous l'avez vu ?

- Je comprends pourquoi tu tiens à ce que nul ne le sache.

- Oui, il s'avère que …

- Mais je ne le dirais à personne. Cela ne t'ennuie pas que j'en parle avec toi ?

- Oh … Euh non … Mais c'est … Vous n'avez aucune idée de la difficulté de garder un tel secret !

- Continue à le nier si tu le souhaite, mais j'estime que Guenièvre a bien de la chance. » Dit-elle dans un léger rire.

Elerinna poussa un soupir de soulagement et Merlin répéta, encore plus perdu que tout à l'heure :

« Guenièvre ?

- Chut … C'est notre secret. »

Morgane monta les escaliers à la suite d'Elerinna qui rejoignit les appartements du médecin. Dès qu'il la vit arriver, il la prit dans ses bras, rassurer de la voir saine et sauve.

« Tu vas bien ? Lui demanda-t-il.

- Oui, mais je ne souhaiterais pas réitérer cette expérience de sitôt.

- Voilà une merveilleuse idée. Merlin va amener le repas à Arthur avant de venir manger. Tu veux bien préparer les légumes. »

Elerinna se mit sans plus tarder derrière la marmite pendant que Gaius range tous les ustensiles dont il a eu besoin pour préparer les remèdes. Quand le valet rentra, tous les trois passèrent à table et purent boire et manger sans craindre d'être empoisonné. Cependant, à la première bouchée de la viande, Merlin demanda, pas trop rassuré :

« Le … Le poisson n'a pas été pêché près d'ici ?

- D'où voudrais-tu qu'il vienne ? Demanda Gaius amusé alors que ses protégés tirent une expression de dégoût. Les eaux ont été assainis, il n'y a plus de crainte à avoir. »

Néanmoins, l'Elfe et le magicien laissèrent momentanément le poisson pour manger leurs légumes. Gaius reprit alors avec sérieux et gravité :

« Nous avons eu affaire à une puissante sorcière.

- Que savez-vous d'elle ? Demanda Elerinna avec inquiétude.

- Elle s'appelle Nimueh, et c'est une Grande Prêtresse de l'Ancienne Religion.

- Qu'est-ce que l'Ancienne Religion ?

- La Magie. Répondit Merlin. Aussi appelé l'Ancien Culte.

- Les Grands Prêtres et les Grandes Prêtresses sont en quelques sortes les dirigeants de l'Ancien Culte. Ils représentent la Magie car leur puissance est telle que rien ni personne ne peut les arrêter si leurs adversaires n'ont pas leur niveau magique.

- Donc Uther n'a pas pu les tuer. Comprit Elerinna.

- Oui, et non. Les Grands Prêtres et Grandes Prêtresses ont des pouvoirs spécifiques, liés pour certains à des lieux ou des objets magiques. Il a suffit à Uther de détruire ces endroits où leur pouvoir résidait pour venir à bout d'eux.

- Et Nimueh ? Pourquoi Uther n'est-il pas arriver à ses fins ? Demanda Merlin.

- Nimueh est la Grande Prêtresse la plus importante de l'Ancien Culte. Expliqua Gaius. Lors de la Grande Purge, presque la totalité de la communauté magique l'a protégé. Elle est la dernière sorcière à posséder le pouvoir de la Vie et la Mort. »

Elerinna s'étouffa alors avec l'eau de son verre.

« Elerinna, ça va ? Demanda Merlin.

- De mauvais souvenirs. Donna-t-elle simplement comme explication. Si elle est aussi puissante que vous le dites Gaius, j'espère que tu n'as pas retenu son attention, Merlin.

- J'en doute. Dit le jeune magicien en avalant sa nourriture. Personne ne semble apprécier mes talents, or je voudrais qu'on me voit tel que je suis.

- Oui, un jour, Merlin. Assura Gaius. Un jour …

- Un jour, quoi ? Demanda-t-il.

- Un jour les gens auront du mal à croire que tu étais idiot à ce point là. »

Elerinna éclata de rire au côté de Merlin qui sourit à son mentor riant aussi.

« Merci. Dit-il.

- A votre santé. Souhaita le médecin en portant un toast.

- A la vôtre aussi, Gaius. » Dit Elerinna en trinquant avec les deux sorciers.

Le dîner continua sur un ton léger, mais au loin, une tempête se prépare. A travers son bol de vision, une puissante sorcière s'énerva :

« Merlin ! Tu vas payer pour ça ! »


Bonjour, ou bonsoir, selon le coin du globe où vous vous trouvez.

Premièrement : BONNE ANNEE ET BONNE SANTE ! QUE DU BONHEUR POUR CETTE NOUVELLE ANNEE !

Deuxièmement : les vacances m'ont empêché l'accès à internet et demain je ne pourrais pas poster, alors voici la suite.

Troisièmement : on se retrouve samedi prochain (normalement) pour la suite.

Merci à vous tous de me lire et me suivre et à très vite ;)