Merci encore à Eunolie & Isabelle Pearl pour leur review et leur avis sur ma dernière question :) Personnellement, je trouverais Dominique insupportable dans la vie réelle donc j'aurais plutôt tendance à aller du côté de Gemma malgré tout.

Sinon, je me souviens avoir dis que je posterais peut-être mercredi et ce n'est pas de la mauvaise volonté mais il apparait que c'est carrément impossible entre le boulot où je passe ma vie et mon internet qui fonctionne quand il a envie (pas souvent). Du coup, je reste sur une fois par semaine, le dimanche !

Et sinon, bonne lecture !


Les chiens ne m'ont jamais mordue. Seuls les hommes l'ont fait - Marylin Monroe


Grâce aux soins méticuleux de Pomfresh, Dominique put sortir de l'infirmerie le soir même. Elle se sentait encore un peu faible mais hors de question de rester une seule minute de plus dans cet endroit immaculé qui sentait le détergeant.

Comme d'habitude, Molly avait bien fait son travail et inventé une mauvaise chute qui n'avait inquiété personne. Sa cousine répugnait à mentir pour elle, la jeune Weasley le savait pertinemment, mais n'aurait jamais osé aller contre sa volonté. Elle tenait bien trop à elle pour la peiner.

Le souffle court d'avoir descendu les escaliers quatre à quatre, Dominique pénétra dans sa salle commune après avoir pris soin de se forger un sourire de circonstance. Amusé, mais tout de même un peu ennuyé d'avoir du passer sa journée allongée. Oh, elle n'était pas fameuse comédienne mais personne n'est jamais aussi bon menteur que lorsqu'on cherche à protéger un secret.

- Et voilà notre sacrée maladroite ! s'écria malicieusement Camille à son entrée. Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ?

Dominique prit un air fâché de circonstance et s'amusa pendant quelques instants à envoyer des piques à sa meilleure amie -qui le lui rendit bien-. En s'asseyant finalement au milieu de ses amis, elle constata, satisfaite, qu'aucun d'entre eux ne la regardait bizarrement. Hormis Molly qui n'était pas franchement discrète. A quoi jouait donc sa cousine ?

- Ca va aller pour les entrainements de Quidditch ? s'inquiéta Isabel alors qu'elle s'était laissé aller à fusiller sa cousine du regard de manière pas franchement discrète.

Heureuse de trouver une diversion dans les paroles de la Batteuse de l'équipe, Dominique expliqua longuement qu'il était hors de question qu'une chute idiote l'empêche de remporter la coupe pour la première fois de sa scolarité. Et une fois lancée, elle ne s'arrêta pas. Le Quidditch occupa la conversation une bonne partie de la soirée, au détriment d'un devoir de Potion qu'elle devait terminer pour la fin de la semaine.

Lorsque les filles allèrent se coucher, il n'y avait plus guère de monde dans la salle commune. Camille, Isabel et Joana se glissèrent dans leur lit après un âpre bonne nuit, mais Dominique se retrouva à se brosser les dents en même temps que Molly.

- Tu sais, hésita sa cousine en fourrant sa brosse à dents rose dans sa bouche, je crois vraiment que tu devrais le dire aux autres.

La jeune blonde la fusilla quelques secondes du regard avant d'abandonner, vaincu par le regard inquiet et naïf de sa cousine. Elle ne comprenait pas … Si elle parlait à Camille et aux autres de sa maladie, cela reviendrait à la rendre totalement réelle. C'était définitivement impossible.

- Elles ne sont pas idiotes, soupira Molly, la voix entrecoupée par les mouvements de la brosse. Elles finiront bien par se rendre compte que tu leur mens.

- Impossible, trancha Dominique.

- Pour Joana et Camille peut-être, même moi je serais prête à croire à tes histoires tellement le mensonge est une évidence chez toi. Les garçons aussi, ils ne vivent pas avec toi pour ainsi dire, réfléchit la rouquine. Mais Isabel …

- Quoi Isabel ?

- Isabel est loin d'être idiote, souffla la naïve Molly les yeux grands ouverts. C'est comme avec cette histoire d'agression, comme si elle savait tout depuis le début. Depuis, j'ai le sentiment qu'un truc horrible va se produire.

- C'est toi qui est bête Molly, soupira Dominique en recrachant outrageusement le dentifrice dans le lavabo, manquant de peu de l'envoyer sur la main de sa cousine qui remplissait son verre d'eau. Isabel ne sait rien et elle ne saura jamais rien. Tu te fais des idées.

C'est sur ces belles paroles que la jeune Weasley quitta la salle de bain, laissant là Molly dont les yeux commençaient à se remplir de larmes. Autant pour les mots très durs que Dominique venait de prononcer que parce que l'inquiétude était de plus en plus vivace ces derniers temps.

Quand est-ce que tout ça allait s'arrêter ?

oOoOoOoOo

Lorsque Dominique se réveilla, l'altercation de la veille avec sa cousine lui était totalement sortie de l'esprit. On était mardi, le soleil était encore bas mais le dortoir était vide. Un coup d'œil au réveil lui confirma qu'il était plus de huit heures et que ses camarades étaient donc en cours de Métamorphose, cours qu'elle ne suivait plus -à sa plus grande joie- depuis deux ans.

Dominique ne mit que quelques secondes à s'habiller, refusant de poser le moindre regard sur ce corps qu'elle jugeait insignifiant. Elle négligea de nouer sa cravate, la posant seulement sur ses épaules sans aucune délicatesse.

En descendant dans la salle commune, elle aperçut Lena Campbell -l'amie d'Alysson, la jeune fille qui avait perdu tous ses os- entourée par quelques jeunes. D'après les bribes de conversation qui lui parvinrent aux oreilles, Alysson allait sortir de l'infirmerie le lendemain.

C'était une bonne nouvelle et un fin sourire naquit sur son visage alors qu'elle se retrouvait dans le hall d'entrée. La jeune fille hésita un instant à sortir dans le parc mais les remontrances de Molly lui revinrent en mémoire et elle décida plutôt de prendre un bon petit déjeuner.

Dans la Grande Salle, elle se fit interpeller par Emmeline Carpentier et Abel McKinley, deux des Poursuiveurs de son équipe et qui étaient en quatrième année, qui déjeunaient face à face au milieu de la table quasiment déserte. A vrai dire, il était presque neuf heures et il y avait peu d'élèves n'ayant pas cours à cette heure-là.

- Ca va ? s'enquit la jeune fille aux boucles châtains tout en lui servant un verre de jus de citrouille.

- Pourquoi ça n'irait pas ? rétorqua Dominique en haussant un sourcil septique par-dessus le pichet.

- Heu …, déclara ironiquement Abel McKinley, et bien parce que tu as fais une mauvaise chute de ton balai et que tu as passé la journée d'hier à l'infirmerie ?

Il lui fallut quelques secondes pour se rappeler le mensonge de Molly concernant sa petite crise et elle fut heureuse de ne pas rougir facilement car sinon, les deux Poufsouffle, se seraient sans nul doute aperçus que quelque chose clochait. Elle se força à avaler une bouchée de muffin avant de répondre avec un grand sourire :

- Ca va tellement bien que je l'ai déjà oublié, c'est fou, s'exclama-t-elle en riant. Pomfresh m'a réparé en un rien de temps !

- Tant mieux, soupira Emmeline. Parce qu'on arrivait à rien à l'entrainement sans toi. Abel me disait que tu n'avais que quelques bleus, mais personne n'y croyait vraiment car Isabel était vraiment bizarre. Mais, du coup, comme tu vas bien, on va pouvoir se reconcentrer et battre ces idiots de Gryffondor.

- Le match n'est que dans deux mois, soupira McKinley d'un ton désinvolte. On a bien le temps. Tu es d'une nature beaucoup trop inquiète Em', ça ne te réussis pas. Tu vois bien que Dominique va bien et, de toute façon, il est évident que les Gryffondor ne pourront pas nous battre.

Dominique, heureuse de s'en être sortie aussi facilement, passa l'heure suivante à imaginer milles et unes tactiques pour battre les Gryffondor même si, Abel avait raison, le match n'était que dans deux mois et quelques. Il fallait d'abord que les Gryffondor rencontre les verts et argents et les Poufsouffle allaient croiser les doigts pour que le match soit serré et avoir encore une chance de gagner la coupe. Il fallait aussi espérer que James Potter -qui était beaucoup trop doué au goût de sa cousine- soit dans un mauvais jour.

Entrainée par la bonne humeur des deux jeunes gens (Abel McKinley semblait adorer taquiner sa camarade), elle ne vit pas le temps passer et encore moins Nella Flint assise à la table des Serdaigle, au même niveau qu'eux, et qui fronçait le nez d'un air septique.

oOOooOoOo

- Hé ! Où tu vas ? On a cours de Botanique !

James Potter ouvrit légèrement la bouche, décontenancé, en remarquant que son amie Dewi Carlson ne l'avait visiblement pas entendu et, pire encore, se dirigeait d'un pas assuré vers l'un des étages supérieurs, alors qu'ils étaient tous sensés descendre jusqu'aux serres pour retrouver Neville Londubat. Son deuxième ami, Wil Jordan, haussa les épaules et se détourna de lui lorsqu'il l'interrogea silencieusement sur les raisons du comportement de la jeune fille.

- Toi, tu sais quelque chose, l'interrogea-t-il d'une voix grave alors que le métis accélérait le pas.

Et il se rendit compte que, s'il avait lancé ça à tout hasard, Wil était effectivement au courant de quelque chose, lorsqu'il se gratta le nez, signe évident de gêne chez lui. Agacé, James le retint par le bras alors qu'il allait se faufiler à la suite des autres élèves de leur cours qui se rendaient aussi dans le parc.

- Non mais vous êtes sérieux tous les deux ? grogna-t-il. Entre Dewi qui sèche les cours et qui sort pendant le couvre-feu et toi qui ne veut rien me dire, je vais finir par croire qu'il se passe quelque chose de grave.

- Oh, c'est trois fois rien, répondit Wil sans chercher à nier qu'il savait effectivement quelque chose. Vraiment, tu te fais du mouron pour rien.

- Et bien alors, dis-moi ce qu'il se passe ! lui ordonna le jeune Potter.

James n'était pas idiot. Dewi était son amie, sa meilleure amie même, et il était sans nul doute l'un des rares garçons à pouvoir prétendre la connaitre un tant soi peu. Et jamais elle n'avait fait de telles cachoteries, bien au contraire. Sûre d'elle et certaine de son charme, Dewi adorait raconter à ses copines de croustillants détails sur sa vie privée qui finissaient toujours par faire le tour de Poudlard et revenir à ses oreilles. Jamais elle n'en avait été gênée et il savait, au contraire, qu'elle aimait beaucoup être le centre de l'attention. Bien entendu, nombreux étaient les garçons qui la prenaient pour une fille facile -et pourquoi n'aurait-elle pas le droit de l'être ?- et les filles qui la traitaient de garce dans son dos mais ceux-là ne connaissaient pas la vraie Dewi Carlson. Une fille droite et pleine d'humour, qui pratiquait l'autodérision comme un art et se moquait bien de savoir si son père avait vaincu Voldemort ou s'il travaillait dans un placard à balais dans une quelconque entreprise.

C'était d'ailleurs pour ça qu'il avait adoré Dewi dès leur première rencontre. Parce que, lorsqu'il s'était présenté, elle lui avait dit exactement ceci "Potter ? Ca me dit quelque chose … Ah ça y est, je sais. C'est sûrement de toi dont parlait la fille qui a été répartie à Poufsouffle tout à l'heure en disant que tu serais sûrement le plus nul de ta famille au Quidditch. Elle a ajouté quelque chose d'encore moins gentil mais je ne te dirais pas quoi."

Avec Wil, c'était différent. Ils se connaissaient depuis l'enfance et étaient déjà inséparables avant d'entrer à Poudlard. Son père était un ami de ses parents mais plus particulièrement de son oncle George qui tenait la boutique de farces et attrapes. Il était donc évident qu'ils ne se quitteraient pas d'une semelle à Poudlard.

Mais Dewi était une fille et il la traitait au même titre que Lily ou Rose, même s'il lorgnait quelques fois sur son décolleté ou ses fesses. Alors il était hors de question qu'il puisse la laisser faire quoique ce soit qui la mettrait en danger ou quelque chose comme ça. Il tenait beaucoup trop à elle.

Wil Jordan hésita imperceptiblement, avant de secouer la tête.

Durant ce court laps de temps, les deux Gryffondor avaient fini par rejoindre le hall d'entrée et, mécaniquement, le regard de Wil se posa sur les longs cheveux dorés de Nella Flint qui sortait de la Grande Salle et venait de leur passer devant sans lui octroyer le moindre regard. La suivant un instant du regard tandis qu'ils se faufilaient dans le parc, obligeant un petit groupe d'élèves qui gênaient le passage à se décaler, il marmonna, si doucement que James crut avoir rêvé.

- J'ai promis à Dewi de rien te dire.

Et James eut beau protester, promettre de ne rien répéter, affirmer qu'il était digne de confiance et même menacer son meilleur ami, celui-ci respecta sa promesse tout en lui offrant plusieurs regards désolés.

Lorsqu'ils arrivèrent devant les serres de Botanique, il fit semblant d'abdiquer, se promettant d'enquêter sérieusement sur les raisons du comportement de Dewi qui, d'ailleurs, restait aux abonnés absents.

oOoOoOoOo

Ce ne fut qu'après que Londubat eut fait l'appel, inscrivant consciencieusement sur un bout de parchemin le nom de deux absentes, dont l'une n'était autre qu'Heather Moorehead, son binôme de Potions, et qu'il autorisa quelques minutes de battement le temps que tout le monde se mette en place derrière son pupitre de travaux pratiques, que Nella s'autorisa à lancer doucement, en direction de sa meilleure amie.

- Dis-moi, tu disais que Weasley était à l'infirmerie hier, n'est-ce pas ?

Gemma Lysenko jeta un regard noir en direction de la jeune fille aux longs cheveux blonds qui ricanaient discrètement sans doute suite à une bonne blague de Camille Teyssier qui avait été Préfète les deux dernières années, avant de reporter son regard sur la plante qu'ils allaient étudier aujourd'hui : une espèce de boule de lianes dont elle ne distinguait pas le visage -car oui, cette chose avait un visage- et qui, déjà, lui crachait un liquide verdâtre sur les doigts.

- Pas de panique, c'est inoffensif, lança Neville Londubat, leur professeur, en passant devant le bureau de Potter et Jordan qui, apparemment, avait subi la même attaque qu'elle. Pour les faire s'immobiliser il suffit de leur caresser les joues. Et, ensuite, vous les nourrirez tout en suivant les instructions sur le table au. Surtout faites bien attention, car quand elles sont contrariées …

- Et comment on trouve les joues ? grommela Gemma en lançant un regard septique à la plante.

- Tiens, comme ça, lui expliqua Nella tout en faufilant adroitement ses mains dans la masse de lianes qui, comme par miracle, s'arrêta immédiatement de bouger.

Nella lança un sourire modeste à son amie mais rougit tout de même jusqu'aux oreilles lorsque cette dernière la complimenta. Pendant quelques minutes, les deux amies s'appliquèrent à suivre à la lettre les instructions sur le tableau, broyant avec application de petites graines de blé et maïs qui étaient la base de l'alimentation de ces plantes.

- Au fait, qu'est-ce que tu me disais sur Weasley ?

- Ah oui, s'exclama Nella qui semblait perdue pendant quelques secondes. Tu m'as dis qu'elle était à l'infirmerie et qu'elle suait comme …

- … Comme un cochon oui, assura Gemma en se rappelant de ses paroles.

- Tu es sûre qu'elle n'était pas plutôt en train de gémir à cause d'une douleur quelconque … ou qu'elle n'était pas recouverte d'hématomes ?

Gemma s'arrêta un instant de broyer sa composition de graine, se demandant où voulait en venir Nella qui avait pris un air particulièrement sérieux à cet instant précis.

- Heu … Disons qu'elle avait l'air de quelqu'un qui avait couru un marathon d'une heure, expliqua Gemma. Elle était très essoufflée et n'arrivait pas à reprendre son souffle. Mais, pourquoi est-ce que tu me parles de ça ? Quelle importance, elle est sortie maintenant et cela ne l'empêchera pas de m'humilier encore une fois ce soir.

Le regard de la jeune fille se fit un peu plus noir. Si elle n'avait jamais apprécier de travailler avec Weasley, leur dernière altercation avait été de trop pour Gemma qui avait été terriblement mal à l'aise de se faire humilier de la sorte devant tous leurs camarades. Cela ne lui avait pas suffit l'année dernière, il fallait qu'elle recommence ?

- Oh, ça n'a sûrement aucune importance, mais ce matin elle a dit à deux gamins de Poufsouffle, ils font partie de l'équipe de Quidditch, qu'elle avait fait une mauvaise chute en balai et ça me paraissait suspect mais peut-être qu'elle est tombée sur le ventre et que c'est pour ça qu'elle n'arrivait pas à reprendre son souffle.

Si cette explication suffit à Nella qui se remit immédiatement au travail, Gemma passa le reste des deux heures à observer discrètement Dominique Weasley -qui ne lui avait jamais semblé autant en forme- tout en se remuant les méninges. Parce que non, elle était sûre et certaine de ce qu'elle avait vu et ce n'était sûrement pas du à une chute. Déjà, parce que les symptômes ne correspondaient pas et, ensuite, parce que Weasley n'avait aucune trace, que ce soit sur le visage et sur les bras.

Dans ce cas, pourquoi avait-elle menti ? Etait-ce important ?

Si ça l'était, et Gemma avait bien l'intention de le découvrir, alors elle se ferait une joie de lui rendre la monnaie de sa pièce car elle avait bien l'intention d'en faire partager tout le château. Ne restait plus qu'à découvrir si ce que cachait Weasley en valait la peine.

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- James commence à se douter de quelque chose, chuchota Wil Jordan à l'intention de Dewi Carlson, profitant de l'absence de ce dernier qui s'était rendu aux toilettes avant de déjeuner.

Le jeune métis avait retrouvé Dewi à la Grande Salle comme elle le lui avait promis le matin-même et il poussa un grand soupir affligé face à son manque de réaction. Son amie était occupée à nouer sa cravate qu'elle avait sans nul doute enlevée pendant son absence en botanique et, si ses mains étaient habituellement agiles, il la sentait tendue et elle n'arrivait pas à faire le nœud correctement.

- Attends, marmonna-t-il en se rapprochant d'elle et enlevant doucement ses mains du vêtement. Je vais le faire.

Pendant qu'il était en train de nouer lui-même le nœud de la jeune fille, son regard rencontra pour la deuxième fois la silhouette fine de la Serdaigle Nella Flint, sauf que, cette fois, elle le regardait aussi. Sans vergogne, il la dévisagea de la tête aux pieds, s'arrêtant sur son visage ovale si bien dessiné, ses pommettes roses et, surtout, ses grands yeux bleus couleur océan. Il décida de mettre sa fierté de côté -quelle était cette fille qui ne voulait pas être amie avec lui ?- et lui fit un sourire mais elle détourna la tête et se dépêcha de rejoindre Lysenko et un gamin de première année qui lui faisait de grands signes depuis la table des Serdaigle.

- Tu n'es pas vraiment discret non plus, murmura Dewi qui s'était retournée lorsqu'elle avait remarqué les mains figées de Wil sur sa cravate.

Le jeune homme eut la décence de baisser les yeux et termina le nœud qu'il avait commencé avec une dextérité certaine.

Un silence gênant plana entre les deux adolescents tandis qu'ils se servaient abondement de viande et de farce ainsi que de petits légumes verts. Ce fut Dewi qui le rompit la première, prenant un air inquiet.

- Tu ne lui as rien dis j'espère ?

- Bien sûr que non, mais tu le connais, il ne va pas me lâcher. Je ne dirais rien, s'empressa-t-il de dire devant l'air horrifié de Dewi. Mais toi, tu devrais le faire. Ce n'est pas si terrible que ça.

- Ah oui vraiment ? s'enquit-elle en reprenant un air normal, quoiqu'un brin ironique. Et comment crois-tu que James va réagir ?

- James est adulte et il sera tout à fait capable de gérer la situation …, termina-t-il d'une voix faible en se rendant compte que ce n'était pas vraiment le cas.

- Nous sommes d'accord, approuva Dewi en levant les yeux au ciel. On ne lui dit rien.

Wil Jordan regarda silencieusement son assiette pendant quelques secondes, se demandant si Dewi était consciente que leur ami commun était trop têtu pour lâcher le morceau, surtout qu'il savait que quelque chose se tramait derrière son dos à présent. Lorsqu'il releva la tête, un sourire figé s'étalait sur le visage de Dewi et ses yeux brillaient d'une toute autre façon.

- Ca a l'air de bien avancer en tout cas avec Flint, railla-t-elle. Au bout de trois ans, elle t'adresse enfin la parole.

- Baisse d'un ton, grogna Jordan tout en regardant un groupe de première année qui s'installaient à côté d'eux. Surtout qu'elle ne m'adresse plus la parole, justement.

- Sérieusement ? s'étonna réellement Dewi, ravie d'avoir changé de sujet. Pourtant, vous aviez l'air de bien vous entendre en cours de Duels.

- Ouais, ça c'était avant qu'elle me dise qu'elle ne voulait pas être mon amie.

- En même temps, on est pas ami avec quelqu'un avec qui on a envie de s'envoyer en l'air derrière une gargouille et …

Elle s'interrompit, intriguée par le regard sombre de Wil Jordan. Oh, il ne lui faisait pas peur, d'ailleurs aucun garçon n'avait jamais fait peur à Dewi et c'était pour ça que ses seuls véritables amis étaient James et Wil d'ailleurs. La jeune fille se mordilla légèrement la lèvre, cherchant à capter le regard de Wil qui mettait une nette application à l'éviter.

- Oh, elle ce n'est pas pareil, c'est ça ? s'enquit-elle doucement en le regard d'un œil nouveau.

- Qu'est-ce qui n'est pas pareil ? reprit la voix de James Potter, alors qu'il s'installait entre eux deux sur le banc, les bousculant sans vergogne et faisant sursauter la pauvre Dewi qui manqua de renverser son verre d'eau.

Finalement, jamais Dewi n'eut la réponse à sa question, même s'il lui semblait qu'elle n'en avait pas besoin car James capta l'attention durant tout le repas, lui demandant une bonne douzaine de fois où elle était ce matin et elle de répondre mécaniquement "nulle part" à chaque fois.

Et lorsqu'ils le repas fut terminé et qu'ils durent se rendre en cours de Défense Contre les Forces du Mal, Dewi décida de semer compagnie à ses amis, n'en pouvant plus de la redondance de James. Il ne voulait pas la lâcher et, certes, elle était plutôt tenace à ce jeu-là, mais elle n'allait pas le supporter longtemps. Pourtant, il était hors de question qu'elle lui avoue son secret. Et ce n'était pas parce que, comme Wil le supposait, elle avait peur de sa réaction qui serait de toute façon négative mais surtout parce qu'elle en avait honte elle-même.

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- Et là, Albus a enfoncé sa baguette dans l'œil de ce Serdaigle qu'on ne peut pas supporter, expliqua Rose, le souffle coupé par le fou rire qui l'envahissait. Et même s'il devrait arrêter de se battre à la moldue et suivre les règles du cours de duel, crois-moi, c'était l'un des plus beaux jours de ma vie.

- Il l'avait bien mérité, grogna Albus en renouant négligemment sa cravate verte et argent qu'il avait desserré pour le repas.

Dominique, prise par la bonne humeur de sa cousine Rose, éclata de rire à son tour tandis que le visage de leur cousin se fermait un peu plus, pas franchement ravi que l'on se moque ainsi de lui.

Elle avait retrouvé ses deux cousins dans le hall d'entrée, attendant avec impatience que le cours de Duel ne commence et, une fois n'est pas coutume, avait décidé de les saluer. Il fallait avouer que sa seule compagnie était alors Molly et Arthur qui, écroulés contre un mur, s'embrassaient furieusement sans vraiment faire attention à elle.

Il y avait aussi Scorpius Malefoy et si elle n'était pas ravie d'être vue en compagnie d'un Serpentard qui n'était pas son cousin, composait avec. Après tout, Rose et Albus trainaient toujours avec lui, il ne devait pas être si mauvais que ça. D'ailleurs, étonnement, il riait de bon cœur avec eux, et lui expliqua même pourquoi ils ne pouvaient pas sentir ce Johnson qui avait, un jour, brisé le cœur de Rose en lui faisant l'affront de la tromper allégrement lorsqu'ils sortaient ensemble.

- Il est dans la même classe que Louis, expliqua Rose tout en approuvant d'un signe de tête les paroles de Malefoy. Et il a fait pareil avec son amie Najat Stevenson, alors il se doutait bien qu'il allait pas se gêner avec moi.

- Alors on a décidé de laver son honneur, déclara Albus en bombant le torse. Il nous reste à peu près deux ans avant qu'il ne parte de Poudlard et, crois-moi, on ne va pas le lâcher. Personne ne s'attaque à un Weasley ou un Potter sans en subir les conséquences.

- Oh, et tu crois que tu pourrais me débarrasser de ton frère ? s'empressa de répondre Dominique, saisissant l'occasion au vol. C'est un odieux personnage et …

- Et tu as peur de perdre contre lui au prochain match ? railla Albus.

Il se passa quelques minutes pendant lesquelles elle réfuta haut et fort avoir peur de ce singe de James, puis Wiertz ouvrit les portes, signe que le cours allait commencer et elle abandonna ses cousins avec regrets, rejoignant la Grande Salle qui avait, encore une fois, été débarrassée des tables.

- On va enfin pouvoir faire des matchs de poules, lui dit Camille lorsqu'elle rejoignit la petite bande des Poufsouffle, c'est Joana qui l'a dit …

- Je l'ai su par Carlson de Gryffondor qui a entendu Assem le dire à Londubat dans le couloir cette après-midi, expliqua la jeune fille avec un grand sourire.

Et Dominique poussa un soupir de soulagement. Alors, elle n'aurait plus besoin d'être seule avec Lysenko pendant le reste de l'année et, même si elle allait devoir faire équipe avec elle à présent, elle pouvait même prétendre à une excellente note. Bah oui, elle n'était pas d'assez mauvaise foi pour ne pas avouer que la Serdaigle était la plus douée de leur promotion en Duels même si elle avait hâte de la voir à l'œuvre contre Isaac Nott ou James qui se débrouillaient pas mal non plus.

Et, effectivement, Joana avait eu raison. Peu de temps après, Wiertz vint les voir et leur indiqua qu'il les avait séparé en plusieurs poules, constituées de quatre groupes, pour les cours suivants. Dominique pria Merlin et croisa les doigts pour se retrouver avec Camille mais la chance n'était pas avec elle, bien au contraire.

Elle se retrouva avec son cousin et Isaac Nott, Flint -la copine de Lysenko- et Wil Jordan et Thomas Ayling qui avait Anatole pour binôme. Ce dernier étant le seul Poufsouffle présent, elle ne le lâcha pas d'une semelle tandis qu'ils se rendaient tous dans le coin de la salle qui leur avait été réservé et qui comportait -comme pour les trois autres groupes- une petite estrade, longue de quelques mètres.

A vrai dire, elle avait remarqué que Wiertz avait fait en sorte de séparer équitablement les groupes et il y avait deux personnes de chaque maison dans chaque groupe. En clair, chacun avait quitté son binôme initial. James se bidonnait avec Jordan qui n'était pas en reste d'ailleurs, Lysenko discutait âprement avec Flint et les deux Serpentard observaient la scène avec une lassitude non feinte.

- Résumons, marmonna Dominique à Anatole alors qu'ils se laissaient tomber contre le mur, attendant les instructions. Je ne peux pas me blairer Lysenko, James non plus et il n'aime pas Nott, Lysenko a une dent contre Jordan, mon cousin et surtout moi, Flint la suit comme un petit chien. Nott n'aime personne sauf Ayling qui, lui, est tout bonnement insupportable. J'suis pas sûre qu'il y ait des survivants.

- Ayling n'est pas si insupportable que ça au final, avoua Anatole en baissant la tête. Oh, c'est bon, je sais très bien que tu as une dent contre lui depuis que vous avez été en binôme en Potions mais il se débrouille pas mal en Sortilèges et, pour un Serpentard, il est plutôt sympathique. Et il serait peut-être temps d'accepter le fait qu'Isabel sorte avec lui.

Dominique allait répliquer mais son cousin lui hurla -et il n'était qu'à deux mètres- de rejoindre le reste du groupe. Il tenait dans ses mains un bout de parchemin qu'il venait de prendre sur l'estrade et paraissait s'être autoproclamé leader du groupe. En surprenant le regard identiquement noir que lui lançait Isaac et Lysenko, elle songea que ses pensées n'étaient pas si stupides que ça. Personne, ou presque, ne s'appréciait dans ce groupe et ce n'était pas ça qui allait simplifier les choses pour la suite.

- Apparemment, on doit se battre avec notre binôme contre un autre, fit James tout en s'éclaircissant la voix.

- Attends, on va devoir se battre … ensemble ? fit Nott en perdant un peu de son flegme légendaire.

- Faut croire. Flint, Wil vous commencez apparemment, lança James en désignant la feuille de la main. Contre Ayling et Bensberg.

Ce qui voulait dire qu'elle allait devoir se battre contre James et Isaac, et avec Lysenko pour son premier combat. Okay, super, autant prévenir tout de suite Pomfresh et peut-être même réserver un corbillard.

Anatole, qui avait fait les mêmes déductions, lui adressa un sourire contrit avant de rejoindre Ayling sur l'estrade. Dominique resta avec son cousin, Nott resta seul d'un côté de l'estrade et Lysenko resta seule de l'autre côté, semblant se focaliser sur le combat qui allait suivre.

Sur son côté de l'estrade se trouvait un sifflet dont elle s'empara, supposant qu'il devait servir à lancer le combat. Dans le doute, elle le porta tout de même à sa bouche et un son strident en sortit, bientôt repris par plusieurs groupes. Et le combat commença. Elle eut l'impression qu'il dura des heures mais, en réalité, si le niveau des deux binômes était à peu près le même, elle avait l'impression qu'Anatole et Ayling géraient beaucoup mieux.

A vrai dire, ce ne fut plus une impression lorsqu'elle se rendit compte, qu'au contraire d'Anatole et Ayling qui se parlaient tout en lançant des sortilèges et étaient synchro dans leurs enchainements, Flint et Jordan évitaient de se regarder et, s'ils n'étaient pas mauvais pris séparément, ensemble c'était tout bonnement une catastrophe. D'ailleurs Flint se fit piéger par Anatole alors qu'elle hésitait visiblement à réanimer - ou pas - Jordan qu'Ayling avait assommé.

- Bon bah …, grimaça James tout en entourant les noms des deux gagnants apparemment à contrecœur, Bensberg et Ayling vainqueurs.

Dominique ravala sa salive, regarda par-dessus l'épaule de James pour savoir si c'était vraiment son tour de monter sur cette estrade qui lui paraissait faire deux mètres, ce qui était idiot car de toute façon elle allait y passer un jour ou l'autre, et confirmation ayant, grimpa dessus prenant bien soin de ne pas regarder Lysenko qui avait été plus rapide qu'elle. Par contre, elle ne se gêna pas pour reluquer Nott, se mordant la langue pour ne pas l'appeler "crétin" une deuxième fois en quelques semaines.

James, lui, prit tout son temps pour donner le parchemin des matchs à Jordan -qu'Anatole avait finalement réanimé lui-même - et monter sur l'estrade, un air effrontément assuré scotché sur le visage. En même temps, il était quasiment sûr de gagner parce que, si Lysenko était la plus douée, Dominique était une quiche en Sortilèges (surtout en présence de la Serdaigle) et qu'en faisant la moyenne de leurs niveaux respectifs, Nott et James étaient loin devant.

Le sifflet retentit sans qu'elle ne sache qui avant lancé le départ et les sortilèges se mirent à pleuvoir. Bravement, elle lança un Expelliarmus à son cousin, qu'il détourna sans aucun mal avant d'envoyer un Expulso à Lysenko qui l'évita de peu. A vrai dire, elle remarqua vite que James évitait de lui lancer des maléfices, préférant la Serdaigle pour adversaire et que Nott l'ignorait ostensiblement, visant lui-aussi Lysenko.

Limite elle aurait pu aller se chercher une Bierraubeure, personne ne l'aurait remarqué.

Mais Dominique était trop présomptueuse car Nott sembla finalement se rappeler sa présence et un filet rouge se dirigea vers elle à toute allure. Poussée par ses réflexes de Poursuiveuse, Dominique se jeta à plat ventre, les bras grands ouverts et le sortilège lui rasa les cheveux. Littéralement.

En fait, elle ne s'en était pas rendue compte sur le coup mais une mèche blonde voletant devant ses yeux avant de se poser sur son nez comme pour la narguer lui mit la puce à l'oreille.

- Je rêve ! couina-t-elle, il m'a rasé les cheveux !

Il lui sembla avoir entendu un rire étouffé provenant de Lysenko et elle n'hésita pas. Pointant sa baguette sur la Serdaigle, elle lui lança à son tour un Bombarda Maxima et sa colère devait aider car il était superbement réalisé et Lysenko alla s'écraser contre le bord de l'estrade.

- C'est pas contre les autres qu'elle doit se battre ? entendit-elle stupidement Ayling demander à ceux qui n'étaient pas en train de combattre.

Agrippant sa baguette dans une main, sa précieuse mèche de cheveux dans l'autre, Dominique se releva et pointa à nouveau sa baguette en direction de Lysenko qui s'était relevé et, même si elle avait le dos courbé, la Poufsouffle ne doutait pas que son sortilège n'avait pas été très puissant.

- TOI-TU-NE-TOUCHES-PAS-A-MA-COUSINE! cria James sans qu'elle ne comprenne pourquoi.

En réalité, il venait de détourner un sortilège de Nott qui se dirigeait vers Dominique au dernier moment. Le Serpentard haussa les épaules et lui signala que c'était le but du jeu, après tout, ce qui ne fit qu'énerver un peu plus James qui n'attendait qu'une occasion pour lui sauter dessus.

Et bientôt, ils se remirent à combattre, les binômes, légèrement éclatés. A vrai dire, James avait pris position près de Dominique qui ne lui en demandait pas tant mais était quand même heureuse de cette aide inopinée et Lysenko et Nott s'étaient instinctivement rapprochés.

- Nom d'un Troll, entendit-elle Anatole soupirer à haute voix, elle avait pas tort tout à l'heure.

oOoOoOoOoOO

- Attention, lança instinctivement Wil Jordan en attrapant Nella par la manche pour l'écarter de la scène.

Un sortilège passa précisément à l'endroit où elle se tenait quelques secondes auparavant. Instinctivement, Nella se tourna vers le jeune homme pour le remercier, mais il s'était déjà éloigné, regardant le spectacle aux côtés d'Anatole Bensberg.

Car c'était un spectacle que leur offrait les quatre adolescents et personne ne pouvait en douter. Cela avait dérapé en quelques secondes, pour une banale histoire de cheveux et maintenant, Gemma se battait aux côtés de Nott. Songeuse, Nella pensa que ce n'était pas une mauvaise chose et pouvait lui permettre d'exorciser toute sa rancœur contre ses deux adversaires. D'ailleurs, Nott n'était pas mauvais, loin de là, et ils pourraient peut-être prendre l'avantage. Sauf que, remarqua-t-elle, Weasley était d'autant meilleure en combat lorsqu'elle avait son cousin à côté d'elle et, surtout, lorsqu'elle était offensée.

- Wahou, siffla Ayling non loin d'elle. Je crois que … Qui veut parier ? Aller, je mise un Gaillon sur Nott et Lysenko.

- Deux sur Potter et Weasley, lâcha le Poufsouffle du nom d'Anatole Bensberg après quelques secondes de silence.

Nella secoua la tête, affligée par l'immaturité des deux garçons mais ce fut bien la seule. Effectivement, quelques secondes après, Jordan misa lui aussi deux gaillons sur son ami et sa harpie de cousine qui venait d'envoyer un chauve-furie dans la tête de Nott avec brio.

- Cadeau de ma tante, l'entendit-elle grogner tandis que Potter éclatait de rire, comme à une bonne blague.

L'instant d'après, il se prit un sortilège de Mutisme parfaitement bien exécuté par Gemma qui profita de ce moment de répit pour libérer Nott du maléfice dont il était victime.

- Aller Flint, s'exclama Ayling en passant un bras autour de ses épaules, la faisant sursauter. Tu ne peux pas ne pas parier aussi.

Les joues en feu, Nella se dégagea de l'étreinte du grand blond tout en détournant les yeux. Néanmoins, un sourire perla sur ses lèvres quelques secondes plus tard et elle se retourna vers lui en souriant.

- 5 gaillons sur Gemma et Nott, lâcha-t-elle d'une voix ferme. Ils sont bien meilleurs.

- En voilà une bonne idée ! Et tu as assurément raison.

- James se débrouille pas mal, objecta Jordan en levant les yeux au ciel.

- Et ne sous estimez pas Dominique, murmura Anatole. Elle est plus féroce qu'un Troll des montagnes.

Jordan opina du chef et les quatre adolescents reconnectèrent leur attention sur le combat qui se déroulait devant eux. A vrai dire, aucun d'eux n'avait réellement raison car les deux groupes étaient quasiment aussi bon l'un que l'autre. Gemma et Nott jouait l'offensive tandis que Potter s'occupait de se défendre ainsi que sa cousine, tout en envoyant sortilèges sur sortilèges à leurs assaillants. Et Weasley, qui avait le visage tout rouge, n'était pas en reste.

D'ailleurs, au bout d'un moment, elle décida n'avoir plus besoin de sa baguette, ce que Nella trouva assurément déloyal et se jeta sur Gemma. Horrifiée, la Serdaigle se précipita de l'autre côté de l'estrade en leur hurlant d'arrêter immédiatement mais sans parvenir à les atteindre. Au même moment, Nott réussit à saucissonner Potter qui dégringola aux pieds d'Ayling, lequel ne résista pas à l'envie de lui enfoncer son pied dans les côtes.

Elle vit Wil Jordan repousser d'un coup d'épaule Ayling, dont le visage joyeux se ternit un peu, entendit Bensberg pousser un soupir de lassitude et des étoiles se mirent à danser devant ses yeux.

En effet, sans qu'elle ne sache laquelle des deux filles était responsable, Nella venait de se prendre un coup de poing dans la joue, se mordant la lèvre sous le choc. Immédiatement, la Serdaigle tomba par terre, poussant un gémissement de douleur lorsque ses fesses rencontrèrent le sol.

Devant elle, elle vit nettement Nott croiser les bras, regardant silencieusement Dominique Weasley -allongée sur Gemma - lui tirer consciencieusement les cheveux tandis que son amie lui mordait le bras de toutes ses forces.

Et puis.

- QU'EST-CE QU'IL SE PASSE ICI ?

- VOUS DEVRIEZ AVOIR HONTE !

- EN CINQUANTE ANS D'ENSEIGNEMENT, JE N'AI JAMAIS VU CA ! WEASLEY LACHEZ IMMEDIATEMENT LYSENKO !

- ET POTTER CESSEZ DE FAIRE L'IDIOT !

Même Nella, qui n'avait rien à se reprocher frissonna. Prises séparément, McGonagall et Mlle Assem (leur professeur de Potions) n'étaient déjà pas commodes mais le visage rouge de leur Directrice et celui, même si plus calme, complètement fermé d'Assem faisait froid dans le dos. Derrière, elle vit Wiertz arriver en courant, le visage essoufflé par l'effort.

- J'enlève cinquante points à chacune de vos maisons, lâcha McGonagall tout en délivrant Potter du maléfice du saucisson dont il était victime.

Des murmures hébétés et des sifflets lui parvinrent aux oreilles et Nella se rendit compte qu'ils étaient apparemment le centre de l'attention des autres élèves depuis quelques minutes. Elle vit nettement les jumelles Moorehead se lancer un regard perplexe et Arthur Lowell grogner pour les points enlevés.

- Et vous écoperez tous d'une retenue tous les soirs jusqu'à la fin du mois ! Le double pour Weasley et Nott et le triple pour Lysenko et Potter.

- Quoi ? s'exclama l'aîné des Potter tout en fusillant Nott qui avait laissé échappé un ricanement du regard. Mais ce n'est pas juste !

- Vous êtes Préfets-en-Chefs, lui rappela à juste titre Assem, ce qui lui fit fermer sa bouche.

- Madame ? s'enquit Wil Jordan en levant timidement le bras. Si je peux me permettre, Flint et Bensberg n'ont rien fait et …

- Je ne veux rien entendre, l'interrompit McGonagall. RIEN !

Il referma la bouche, un peu éberlué mais finit par comprendre que la fureur de leur Directrice ne permettrait pas la moindre discussion. Et, en effet, elle n'avait pas tort. Avec un peu de recul, la scène paraissait un peu irréaliste et surtout immature si on considérait Dominique Weasley qui n'avait lâché Lysenko que parce que Bensberg les avait séparé (et encore, il avait eu du mal).

- Bon, et bien, je suppose que c'est terminé pour ce soir, fit Wiertz en prenant la parole pour la première fois. Tous les huit, retournez dans votre salle commune et sans trainer. Hors de question de passer par l'infirmerie, vous m'entendez ? J'y veillerai personnellement. Nous aviserons pour la suite des évènements.

Le professeur Allemand lança un regard équivoque à Assem et McGonagall qui hochèrent la tête d'un air approbateur. Anatole déglutit en comprenant que cette simple bagarre allait peut-être avoir des proportions qu'il n'avait pas encore imaginé.

oOoOoOoOo

- Pas mal, lâcha une voix grave, faisant sursauter Gemma qui venait de se précipiter vers Nella Flint, toujours à terre.

La jeune fille se tourna vers le grand brun, qui abordait toujours un regard terriblement sérieux, un peu étonnée qu'il s'adresse à elle de cette façon. A vrai dire, elle n'avait jamais réellement parlé à Isaac Nott, qui lui donnait des frissons dans le dos sans qu'elle ne sache réellement pourquoi. Peut-être était-ce sa façon de se tenir, toujours terriblement droite et la tête haute, ou alors l'impression qu'il aurait préféré mourir plutôt que d'adresser un sourire à qui que ce soit.

- Merci, répondit-elle simplement tout en s'agenouillant à côté de Nella. Bordel, tu as …

- Un sacré coquart, l'interrompit la voix, plus gai du deuxième Serpentard, Thomas Ayling. C'était un beau combat, mais du coup, on ne sait pas vraiment qui a gagné. Faudra remettre ça, j'aimerais bien empocher les quatre gaillons de Jordan et Bensberg.

- Personne ne va remettre ça, déclara sèchement Nella qui avait finalement repris ses esprits et s'était relevé avec l'aide de Gemma. C'était totalement idiot et immature de la part de Potter et Weasley.

Il ne lui vint même pas à l'idée d'ajouter que Gemma n'avait rien fait pour arrêter le combat tant son amie semblait affligée. Il lui semblait pourtant que ce n'était pas à cause de cette petite mise en scène idiote mais plutôt des trois mois de retenue que McGonagall venait de lui infliger. Et, d'ailleurs, elle était plutôt désolée pour son amie car elle savait que son poste de Préfète-en-Chef lui tenait à cœur.

- C'était trop cool, lâcha la voix aigüe de Mervin Kalls qui s'était faufilé parmi la foule d'élèves qui les observait toujours silencieusement même si McGonagall leur avait ordonné de reprendre le cours avant de s'éloigner en compagnie de Wiertz et d'Assem. Quand tu as mordu la fille et tout …

- Mervin, ce n'est pas le moment !

- Je peux t'arranger ça, si tu veux, lâcha Nott en désignant la joue de Nella, empêchant Mervin de répliquer.

La jeune fille hésita imperceptiblement mais finit par hocher la tête, se souvenant que Wiertz leur avait interdit de passer par l'infirmerie. De plus, elle se doutait que la blessure n'était pas anodine tant sa joue la lançait et elle n'osait pas s'appliquer elle-même un sortilège antidouleur de peur de se louper.

- Merci, lâcha-t-elle après que Nott se soit occupé d'elle.

Tandis que le Serpentard hochait doucement la tête et baissait sa baguette restée fixée sur sa joue pendant quelques secondes, elle croisa le regard crispé de Jordan qui l'observait par-dessus l'épaule de son acolyte. Sentant la colère lui monter au nez, elle détourna le regard.

- T'es beaucoup plus jolie comme ça, approuva Mervin qui n'était toujours pas partit malgré le regard noir de Gemma.

- Merci, soupira-t-elle en secouant la tête -ce gamin était véritablement épuisant-, et si on rentrait maintenant ?

- Très bonne idée, approuva Ayling alors qu'elle ne lui avait rien demandé. McGonagall est en train de nous fusiller du regard, je crois qu'elle regrette de ne pas nous avoir tué tout à l'heure. Il est temps de filer.

Le Serpentard donna un coup d'épaule à Isaac Nott qui se dérida étonnement et furent les premiers à quitter la Grande Salle sans un regard pour Potter qui lui, avait les yeux dardés sur lui. Soudainement affreusement fatiguée, Nella cala son bras autour de la taille de son amie et suivirent de près les deux garçons.

Nella se souvenait de leur avoir crié d'arrêter, tout à l'heure, avant de se prendre un poing dans la figure mais, en vérité, elle se demandait plutôt si tout ça ne faisait pas que commencer.