Joyeux Noël et bonne année à tous ! J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes !
Je passe tout de suite aux choses sérieuses : je n'ai pas posté la semaine dernière pour deux raisons : premièrement, c'était en pleine période de fête et je n'ai pas vraiment eu le temps... Deuxièmement, le rythme de parution va sans doute ralentir... J'ai toujours quelques chapitres d'avance, mais ces temps-ci, j'ai besoin d'avancer sur des choses plus joyeuses, alors Hearts and Minds, c'est pas vraiment la bonne fic pour ça...
Je l'ai dit et répété : les prochains chapitres vont être violents. Plus que les autres. Vous êtes prévenus...
Sur ce, je vous souhaite une très bonne lecture !
Chapitre 5 : Rien n'est plus fort que les liens du sang
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"La famille, c'est le calme dans la vie, c'est l'affection paisible et sans remords" Ninon de Lenclos
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C'était une journée normale. Barnes et Rumlow rechignaient à faire leurs rapports, Barton et Romanoff squattaient, les pieds sur la table, un café bien chaud à la main, les jumeaux étaient également présents, Wanda finissant ses devoirs avec application alors que Pietro pliait les anciens rapports de son père pour les transformer en avion de papier et les lancer sur Romanoff et Barton.
Banner était assis à côté de Wanda, et tous deux bavardaient doucement, le génie pointant certains points sur les devoirs de la jeune fille. Stark et Lang jouaient à un quelconque jeu sur leurs ordinateurs, et Carter penchée sur l'épaule de Stark faisait des commentaires amusés, pour une fois étonnamment détendue.
L'autre Stark, le journaliste, était absent - ce qui expliquait la présence de Banner avec eux. L'homme terrifiait le génie.
Pepper, assise sur le bord d'un bureau, parlait avec animation à Steve. Définitivement, la jeune femme était la plus gentille de l'équipe, même si ses rapports avec tous les autres - Barnes plus particulièrement - s'étaient largement améliorés. Steve songea que ce devait être à force de sauver la vie de l'agent imprudent.
Elle s'interrompit quand son téléphone sonna, et adressant un sourire d'excuse à Steve, s'éloigna de quelques pas pour répondre. Si au début, elle garda le sourire, presque immédiatement, son visage pâlit, devenant livide. Steve ne fut pas le seul à s'en apercevoir, Romanoff et Rumlow dévisageant la jeune femme avec attention.
_ Tout va bien, Pep's ? s'inquiéta Rumlow, et elle le fit taire d'un geste de la main.
Son regard vert se posa sur Barnes, et elle secoua la tête d'un air triste, déglutissant avec difficulté.
_ Très bien, dit-elle seulement. Je transmettrais le message. Et Rogers prendra l'enquête évidemment, ajouta-t-elle d'une voix tremblante. Envoyez tous les documents par fax. Très bien. Au revoir.
Elle raccrocha et rangea son téléphone sans quitter Barnes des yeux.
_ Hum… Wanda, Pietro. Et si vous alliez dans la salle informatique pour jouer avec les ordinateurs de Stark ? suggéra-t-elle.
Wanda et Pietro n'étaient plus des enfants, et comprirent immédiatement au visage pâle de Pepper que quelque chose n'allait pas. En fait, tous comprirent. Les jumeaux se tournèrent vers leur père, dans le but évident de protester, mais d'un geste Barnes leur fit signe d'obéir.
_ Romanoff, Stark, Lang, accompagnez-les, ordonna-t-il, et personne ne songea à protester.
Sans doute parce que Romanoff y allait, Barton suivit le groupe, lâchant seulement à Carter un :
_ Tiens-nous au courant.
Elle acquiesça, et tous se tournèrent à nouveau vers Pepper.
_ Tout va bien, Pepper ? demanda Barnes, clairement impliqué dans ce qui troublait l'attachée de presse.
_ Tu… Écoute, c'est dur à dire, bredouilla Pepper. Hum… Il y a eu… Tes parents…
Le regard gris de Barnes se troubla, et d'une voix rauque il demanda :
_ Quoi ? Quoi mes parents ?
_ Ils ont été retrouvé ce matin, chez eux. Morts, finit Pepper d'une traite.
Oh mon dieu. Steve grimaça. Carter, horrifiée, porta une main à sa bouche alors que Rumlow se levait immédiatement pour soutenir son meilleur ami. Barnes resta immobile. Trop immobile. Et brusquement, ses mains se mirent à trembler et ses épaules suivirent le mouvement. Il s'accrocha à Rumlow, qui le serra dans ses bras.
_ C'est pas possible…
_ Je suis désolé, mon pote… Je suis désolé, répéta Rumlow, laissant son ami s'agripper à lui de toutes ses forces.
Pepper essuya une larme sur sa joue devant la douleur de Barnes, et Banner se leva pour poser simplement sa main sur l'épaule de celui qu'il considérait comme un père adoptif.
_ Je suis désolé, murmura-t-il à son tour, sa voix résonnant dans le silence tendu de la pièce.
_ Il… Il faut que je le dise aux jumeaux, bredouilla Barnes. C-c'était les seuls grands-parents qu'ils avaient.
_ Prends ton temps, Buck, suggéra Rumlow. C'est à toi de voir, c'est…
Barnes essuya ses larmes d'un geste rageur, et se tourna vers Pepper :
_ Tu as dit qu'il y aurait une enquête. Qu'est-ce qui leur est arrivé ?
Pepper regarda Steve, hésitante. Il savait à quoi elle pensait. Il était trop impliqué dans l'enquête, en temps normal, jamais personne ne l'aurait laissé intervenir.
_ C'était mes parents, j'ai le droit de savoir, Rogers ! s'exclama l'agent en se levant.
Steve hésita, puis songea que vu à quel point la loyauté de ses collègues lui était acquise, si ce n'était pas lui qui donnait les infos, ce serait Stark, Rumlow ou même Banner.
_ Allez-y, Pepper, autorisa-t-il.
Pepper se mordit la lèvre inférieure, et soupira :
_ Tu devrais t'asseoir… Bucky, assieds-toi.
Le fait qu'elle l'appelle par son prénom suggérait qu'elle allait lui apprendre quelque chose d'encore plus horrible que l'assassinat de ses parents.
_ On les a retrouvé chez eux. On leur avait tiré dessus, puis on les avait… éventrés.
Pepper détourna les yeux, nerveuse, et tout le monde entendit clairement les os de Barnes craquer quand il serra les poings.
_ Quelqu'un a écrit sur le mur… Avec leur sang… "Il est à moi. Vous n'aviez pas le droit de me le prendre", récita-t-elle.
_ Mes parents n'étaient pas des voleurs, grinça Barnes et une larme coula, puis une seconde, et il se mit à pleurer malgré lui.
Steve détourna les yeux à son tour, pudique, respectant la douleur de son collègue. Rumlow le serra à nouveau dans ses bras. Steve s'attendait à ce que Rumlow ou Barnes, le regard furieux, vienne réclamer vengeance. Dans le pire des cas, ce serait Romanoff ou Barton, les deux agents étant habitués à tuer. Au lieu de ça, ce fut une Carter au visage parfaitement lisse qui lâcha :
_ On peut pas laisser faire ça, Rogers. On doit choper cet enfoiré.
Et malgré son visage dépourvu de toute émotion, ses yeux bruns brillaient d'une rage contenue alors que son regard se posait sur Barnes qui sanglotait, soutenu par Rumlow et Banner.
Steve n'avait jamais vu Barnes pleurer. Il avait déjà vu la plupart des agents craquer lors d'un meurtre particulièrement ignoble, mais jamais il n'avait vu Barnes afficher le moindre signe de faiblesse.
Et là, il pleurait comme un enfant, s'accrochant désespérément à ses amis, cherchant du réconfort là où il pouvait.
Alors, il se sentit d'accord avec Carter. Ils ne pouvaient pas laisser ça impuni.
Ce ne fut pas Bucky qui annonça à ses enfants la mort de leurs grands-parents. Dieu merci, Brock et Bruce se dévouèrent pour le faire. Il entendit Wanda se mettre à pleurer, Pietro tenter vainement de se retenir avant de s'effondrer dans les bras de Stark qui l'étreignit avec chaleur.
L'agent, lui, restait incapable de se détacher des photos. Sa mère au visage crispé par l'horreur, son père figé à jamais dans une expression de surprise.
Et l'écriture ensanglanté sur le mur. "Il est à moi. Vous n'aviez pas le droit de me le prendre." Comme il l'avait dit à ses collègues, il n'y avait pas de gens plus droits que ses parents, et jamais ils n'auraient volé quoi que ce soit.
_ Tu devrais sortir d'ici.
Rogers. Évidemment.
_ Je ne peux pas, du avouer Bucky, et il essuya une nouvelle larme, se refusant à pleurer devant son chef.
_ Barnes, vraiment. Sors d'ici. Va voir tes enfants. Prépare l'enterrement de tes parents. Ne reste pas devant ces photos.
_ Comment est-ce que je pourrais ? Quelqu'un a tué mes parents, Rogers. Quelqu'un les a accusé d'un truc et les a tué, et je n'ai pas la moindre idée de qui est coupable ou de ce dont on les accuse. Je ne peux pas sortir d'ici.
Rogers passa devant lui, affichant un visage fermé.
_ Tu as des enfants qui ont besoin de toi, Barnes. Je sais que c'est dur, mais tu ne peux pas… Tu ne peux pas chercher à faire justice toi-même, tu le sais, j'espère ? On sait tous les deux ce que ça a donné, la dernière fois.
Bucky baissa les yeux, incapable de soutenir le regard bleu. Évidemment qu'il savait. Mais ça n'empêchait pas ses envies de meurtre.
Et brusquement, Rogers déchira les photos. L'une après l'autre, sans la moindre hésitation, détruisant le début d'enquête qu'ils avaient, et lâchant les confettis dans la poubelle. Cette fois-ci, ce fut clairement un ordre qui sortit de ses lèvres :
_ Va retrouver tes enfants, Barnes.
Alors Bucky obéit.
Toute l'équipe était venue. Normal. Ils étaient les seuls proches que Barnes avait. Steve restait en retrait, tout comme Carter, Lang, les deux Stark, Pepper, Romanoff et Barton. Même Tony Stark et Scott Lang affichaient un air grave, pour une fois.
Banner dit quelques mots. Et pour tout ceux qui le connaissaient, ils savaient que ça voulait dire beaucoup. Que Banner ose prendre la parole en public était plutôt extraordinaire.
Barnes pleurait. Les jumeaux aussi.
_ Ses parents… Vous les connaissiez ? demanda Steve.
Carter secoua la tête :
_ Ils sont venu le voir au bureau, une fois, mais c'est tout. Les jumeaux devaient avoir treize ou quatorze ans. Rumlow et Banner les connaissaient bien, mais nous, on les a juste aperçu rapidement.
Ils regardèrent tous les amis des parents de Barnes adresser leurs condoléances à l'agent et à ses enfants. Plus les gens défilaient, plus Barnes semblait se renfermer, ce que Steve pouvait comprendre.
Il avait perdu ses parents très jeune, savait que les "je suis désolé, vos parents étaient des gens bien" de la part de personne que vous ne connaissiez qu'à peine n'aidaient pas.
_ Vous êtes des amis de James, n'est-ce pas ?
Tous les agents tournèrent la tête vers le vieil homme à l'air accablé qui s'adressait à eux.
_ James ? répéta Steve en fronçant les sourcils, sans parvenir à déterminer d'où ce prénom lui disait quelque chose.
_ Barnes, clarifia Carter en lui serrant la main. Et oui, nous sommes ses amis, ajouta-t-elle à l'intention de l'homme.
_ J'étais le frère de sa mère, soupira l'homme.
_ Mes condoléances, marmonna Steve.
Il avait complètement oublié que le prénom de Barnes était James. À force d'entendre Rumlow l'appeler "Bucky", il avait fini par croire qu'il s'agissait de son prénom.
_ C'est bien que vous soyez là pour les épauler. Lui et ses gamins... Ils en ont besoin.
_ C'est normal, répondit Pepper. Il serait là pour nous si on avait besoin de lui. On doit être là pour lui s'il a besoin de nous.
Steve perdit le fil de la conversation quand un Barnes aux traits tirés se joignit à eux, accompagné par une jeune femme à l'air doux, un homme à l'air timide et leur petite fille :
_ Euh… Si ça vous dérange pas, je vais prendre ma journée, marmonna-t-il avec difficulté, s'adressant plus particulièrement à son patron qui posa sa main sur son épaule :
_ Barnes, prends ton temps, d'accord ? Vraiment. On pourra travailler sans toi. Rentre avec euh…
_ Jemma Fitz, se présenta doucement sa compagne.
La fameuse Jemma. Steve ne mentait pas quand il lui dit qu'il était enchanté de la rencontrer.
_ Bucky m'a beaucoup parlé de vous, répondit Jemma. Je vous présente mon mari Leo et ma fille Skye.
Steve présenta rapidement l'équipe, et il s'avéra que Jemma connaissait déjà la plupart d'entre eux de nom.
_ James ?
Barnes tourna la tête vers son oncle, et si pendant un instant ses sourcils se froncèrent, son regard parut soudain étrangement soulagé :
_ On-oncle Xander ?
_ C'est moi, gamin, sourit faiblement le vieil homme, et Barnes l'étreignit avec force.
_ Bon dieu, oncle Xander, je t'avais pas vu depuis… je sais pas, des années…
_ Je suis désolé qu'on se revoit dans de telles circonstances, James, soupira Xander, serrant son neveu contre lui. C'est un vrai soulagement de te voir… Tu sais, j'avais déménagé, et je n'ai jamais été très proche d'Elizabeth…
_ Ouais, mais t'étais toujours avec moi, quand j'étais petit, répliqua Barnes, et une nouvelle larme coula sur sa joue.
Tous ses collègues l'ignorèrent pudiquement et Jemma glissa une main fine dans la sienne avec douceur.
_ Je suis content de te revoir, finit par dire l'agent, et Xander le serra à nouveau dans ses bras :
_ Je suis désolé d'être resté loin de toi aussi longtemps, James. Vraiment. J'aurais du être là.
_ Quand ? protesta le brun en séchant nerveusement ses joues.
Il était évident pour tout le monde qu'il était à bout de nerfs.
_ Tout le temps. À ta remise de diplôme, à ton entrée au FBI… Je ne savais même pas que tu avais des enfants…
_ Désolé de pas t'avoir prévenu, regretta Barnes en détournant le regard.
_ Ne t'excuse pas, James. Pas de ça avec moi. Tu sais bien que tu as toujours été mon neveu préféré, ajouta l'homme avec tendresse.
_ Dis surtout que je suis le seul, rit doucement Barnes, d'un rire douloureux. Bon euh… J'avoue que j'ai besoin d'un peu de compagnie… Vous voulez venir chez moi ?
La proposition s'appliquait manifestement à toute l'équipe, et si dans un premier temps ils échangèrent des regards interrogateurs, paraissant se demander si c'était la meilleure chose à faire, Rumlow, sortant de nul part, posa un bras en travers des épaules de son meilleur ami :
_ Bien sûr. Banner et Wanda veulent aller à la bibliothèque, je crois qu'elle a besoin de sortir. J'ai accepté à ta place, ça te va, j'espère ?
_ Ouais… Merci, mec. Merci à vous tous d'être là aujourd'hui.
La discussion s'acheva là, et tous se dirigèrent vers leur voiture respective, direction la maison de Barnes.
Bucky présenta rapidement oncle Xander à Pietro, qui lui serra juste la main avant d'aller se réfugier entre Romanoff et Barton, la fille de Jemma et Leo, Skye, sur les genoux.
_ Ne le prends pas mal, murmura Bucky en passant un bras autour des épaules de son oncle. Il était proche de papa et maman, il a juste besoin d'un peu de temps.
_ Je sais, James, sourit doucement oncle Xander. Je sais.
Ça lui faisait bizarre de revoir son oncle, et encore plus de faire la même taille que lui. La dernière fois que Bucky l'avait vu, il avait sept ans et lui arrivait à la taille.
Les deux hommes se dévisagèrent.
_ Tu as changé, dit seulement oncle Xander en le regardant avec tendresse, semblant suivre le fil des pensées de Bucky. Quand je t'ai vu pour la dernière fois, tu étais un gosse… maintenant regarde toi, James. Père de famille, avec un boulot… tu es devenu un homme. Un bel homme. Tes parents seraient fiers de toi, tu sais ?
_ Je sais, oncle Xander, murmura Bucky en l'étreignant, touché. Merci.
_ Barnes, où est ta cafetière ? lança Stark, s'attirant plusieurs murmures de reproche.
Bucky se détacha de son oncle, et rejoignit ses amis dans le salon.
_ Oublie Stark et retourne faire des papouilles à ton oncle, suggéra Romanoff, et sa franchise valut trois paires d'yeux levés au ciel, appartenant respectivement à Rogers, Pepper et Carter.
_ Vous voulez du café ? demanda seulement Bucky sans relever.
Stark, Brock, Barton, Rogers et Leo acceptèrent. Romanoff accepta un verre de vodka que Bucky n'avait même pas proposé, et Pepper, Carter et Jemma se contentèrent d'une infusion. Bucky fit mine de ne pas remarquer que son fils avait bu une gorgée du verre de Romanoff, se disant qu'il le reprendrait plus tard, si ça se reproduisait.
_ Où sont Lang et ton frère, au fait ? lança-t-il à Stark, ne s'apercevant de la disparition du journaliste et du stagiaire de l'informaticien qu'à ce moment-là.
_ Ils ont suivi Banner et Wanda à la bibliothèque, répondit complaisamment Stark. J'arrive toujours pas à croire que Tony soit amoureux de Banner. C'est juste beaucoup trop drôle.
Derrière l'épaule de Stark, il vit Jemma sourire doucement, installée sur les genoux de Brock, blottie contre lui. Elle appréciait beaucoup le jeune génie, et ce dernier avait été amoureux d'elle pendant plus d'un an.
_ Bruce le mérite largement, fit remarquer Bucky en serrant sa tasse de café contre lui, tentant de se réchauffer alors qu'il savait que le froid qu'il ressentait n'était que purement psychologique.
_ Oh, c'est certain. Ne t'inquiète pas, Barnes, je ne critique pas ton fils aîné, se moqua doucement Stark, et Bucky sourit pour montrer qu'il comprenait. Mais mon frère est juste… Tony a besoin que tous les projecteurs soient toujours braqués sur lui…
_ C'est marrant, ça me rappelle quelqu'un, marmonna Carter derrière son infusion, s'attirant des sourires amusés de toute l'équipe.
Sauf Bucky, qui ne parvenait pas vraiment à sourire. Même si c'était drôle, et ça faisait toujours du bien d'être avec ses amis, sa famille, même. Mais cette fois-ci, ça ne le soulageait pas vraiment. Ce n'était pas du réel bonheur.
_ Je sais Carter, je suis toujours au milieu des projecteurs de ton esprit, reprit Stark, amusé. Ce que je veux dire, c'est que Banner est tout l'inverse. C'est comme s'il se nourrissait d'ombre là où Tony a besoin de lumière.
_ Je trouve surtout que la majeure différence entre Banner et ton frère, Stark, c'est que Banner est un homme bien, lui, fit nonchalamment remarquer Bucky tentant d'avoir l'air naturel.
Stark s'esclaffa de bon coeur et accepta la critique à l'encontre de son frère sans faire de commentaires.
_ Et le fait que Lang accompagne Wanda à la bibliothèque, ça ne choque personne ? dit seulement Pietro d'un air renfermé.
_ Qu'est-ce que tu veux dire ?
_ Il l'aime bien, affirma Pietro. Et quand je dis bien, c'est vraiment bien.
Bucky haussa un sourcil, comprenant ce que voulait dire son fils.
_ Lang est un homme âgé de sept ans de plus que ta soeur, Pietro. Je doute qu'il apprécie Wanda autrement qu'amicalement et platoniquement.
_ C'est parce que tu ne les as pas vu se tripoter dans les couloirs, rétorqua l'adolescent.
_ Excuse-moi ?!
_ N'importe quoi, soupira Stark. Écoute, Pietro, je ne suis pas sûr que ce soit vraiment le moment pour… raconter ce genre de choses à ton père, d'accord ?
Il se tourna vers Bucky pour s'expliquer :
_ Wanda a vu une araignée, a paniqué et a simplement embrassé Lang sur la joue quand il l'a écrasée. Il n'y a rien entre Lang et elle, ne t'inquiète pas pour ça.
_ Je te dis qu'il a des vues sur ma soeur, s'entêta Pietro.
_ Wanda est une bien belle jeune fille, intervint oncle Xander. Ce ne serait pas la première fois qu'un homme un peu plus vieux tombe amoureux d'une jolie jeune fille. Mais ça ne veut pas dire qu'il a de mauvaises intentions envers elle.
Bucky soupira pour lui-même, et quitta le salon pour s'isoler quelques minutes. Il avait besoin de réfléchir, et une soudaine envie de pleurer pointait le bout de son nez. Cette sensation qu'il allait s'effondrer ne le quittait pas depuis qu'il avait appris la mort de ses parents.
Scott Lang et Wanda. Y avait-il la moindre chance que pour une fois, Pietro ait été plus observateur que toute l'équipe de profilers ? Après tout, c'était de sa soeur qu'il s'agissait. De la fille de Bucky. Fille qu'il avait un peu trop délaissé ces derniers temps.
_ Est-ce que tout va bien ?
Surpris par la soudaine apparition de quelqu'un derrière lui, Bucky sursauta et renversa le café heureusement tiède sur sa chemise blanche, lâchant un "putain de merde !" par réflexe.
_ Barnes ? Tu vas bien ?
Les mains calleuses de Rogers l'obligèrent à se retourner, et il grimaça en voyant la chemise blanche brunir peu à peu.
_ Putain, murmura à nouveau Bucky, sentant des larmes impromptues et inutiles pointer le bout de son nez.
C'était la pire semaine de sa vie.
Steve accompagna Barnes dans sa chambre, et resta debout, le regardant s'asseoir sur son lit. Un peu curieux, il observa attentivement la pièce. Un grand lit dans un coin, une petite bibliothèque contre un mur, dans laquelle il repéra "Le portrait de Dorian Gray", l'un de ses romans préférés. Et bien, Barnes ne cesserait jamais de le surprendre. Une seule photo sur la table de nuit, les jumeaux fêtant apparemment leur treizième anniversaire, entourés par toute l'équipe. Même Banner, qui pourtant détestait être pris en photo, souriait en tenant Wanda par les épaules.
_ Tu dois me jurer que tu vas le retrouver, articula Barnes d'une voix rauque.
Ramené à la réalité, Steve sursauta, quitta la photo des yeux - notant tout de même l'absence de Barnes au milieu du tableau familial qu'ils semblaient former - et dirigea son regard vers l'agent assis sur son lit.
Plus que jamais, Barnes ressemblait à un homme perdu, désorienté, abandonné.
_ Retrouver qui, Barnes ? demanda doucement Steve en s'asseyant à côté de lui.
_ L'assassin de mes parents. Ce connard qui les a… Retrouve-le, ok ? J'ai bien compris que tu ne voulais pas que je participe à l'enquête, et… Je crois que j'ai besoin d'un peu de temps avec mes gosses. Peut-être prendre une petite semaine pour partir en vacances avec eux, m'éloigner de toutes ces conneries. Mais si j'accepte de prendre de la distance avec l'enquête, tu dois me jurer que tu le retrouveras, et qu'il aura ce qu'il mérite, d'accord ?
_ Barnes… Tu sais que je peux pas te promettre ça. Mais je peux te promettre d'essayer, et de tout faire pour coincer ce mec. D'accord ?
Barnes soupira, et posa sa tête sur l'épaule de Steve, qui passa un bras autour de ses épaules. Il n'était pas troublé par la soudaine proximité qu'affichait Barnes avec lui, se doutant que l'agent avait juste besoin de quelqu'un à qui parler.
_ Merci, dit seulement Barnes.
_ Tu sais… à propos de ce que ton fils a dit… rapport à Lang…
_ S'il a osé toucher à Wanda je le tue, murmura Barnes. C'est aussi simple que ça. C'est ma petite fille. Elle est trop jeune pour sortir avec l'un de mes collègues.
_ Elle est jeune, Barnes. Ce n'est plus une enfant, mais elle est jeune. S'il se passe quelque chose entre eux deux…
Et Steve savait parfaitement qu'il se passait quelque chose. Il n'était pas aveugle, faisait attention à ce qui se passait avec ses agents, et était déjà tombé sur Lang et Wanda en train de se bécoter.
_ … alors il y a peu de chances que ce soit sérieux. Ton oncle l'a très bien dit avant : il arrive qu'une adolescente âgée et un jeune adulte tombent amoureux. Ça ne veut pas dire qu'il va la forcer à faire quoi que ce soit, tu sais ?
_ Je ne peux pas la laisser reproduire les mêmes erreurs que moi, Rogers. Quand j'avais dix-sept ans, je me suis retrouvé à devoir m'occuper de deux gosses de trois mois… tu n'imagines même pas à quel point ça a été dur.
_ Je trouve que pour un jeune père, tu t'en es plutôt bien sorti. Regarde-toi. Tu vis dans une maison de taille respectable, tu as deux, pardon, trois enfants parfaitement éduqués, et tu as un bon boulot qui, si je ne me trompes pas, te plaît bien, et dans lequel tu es on ne peut plus doué. Ta vie tu l'a réussie, Barnes.
_ Est-ce que tu es en train de me dire que ça ne serait pas si grave que ma fille tombe enceinte à dix-sept ans ?
_ Non, ce n'est pas ce que j'ai dit. Les enfants ne reproduisent pas tout le temps les erreurs de leurs parents, tu sais ? La mère des jumeaux… où est-elle maintenant ?
_ Elle me les a laissé, et elle est partie. J'imagine qu'elle doit être mariée maintenant… peut-être même qu'elle a d'autres enfants. J'en sais rien, pour être honnête. Magda m'a juste…. On a couché ensemble une fois quand j'avais seize ans. Personne n'a jamais su où elle avait disparu pendant le lycée. Et un jour, elle a sonné chez mes parents, et m'a présenté les jumeaux. Elle m'a dit qu'elle devait faire des courses, qu'elle revenait dans une demi-heure, et qu'elle me laissait juste les enfants pour qu'on fasse connaissance.
_ Et ?
_ Et bien ça fait dix-sept ans, alors… je pense qu'elle ne reviendra jamais. Le supermarché était juste au coin de la rue, en plus.
_ C'était Maximoff son nom de famille, pas vrai ?
_ Ouais. C'était leur nom de naissance, et… je t'avoue que les premiers mois, j'espérais encore qu'elle reviendrait. J'ai jamais demandé à ce que le nom de Wanda et Pietro soit changé. J'avais le bac à passer et… tellement de choses d'adolescent à faire que je les ai délaissé. Sans mes parents… Wanda et Pietro seraient loin d'être ce qu'ils sont aujourd'hui.
_ Tu aimes bien te dénigrer, pas vrai ?
Barnes parut tellement surpris qu'il le dévisagea avec des yeux ronds :
_ Excuse-moi ?
_ Barnes. Toi et moi, on sait parfaitement que tu as été un père extraordinaire pour les jumeaux. Tout le monde le sait. Tu étais un gosse exactement comme eux, quand tu les eu, et pourtant, tu t'en es admirablement sorti. Je sais que tu traverses une période compliquée avec… tes parents. Mais tu vas t'en sortir, parce que t'es pas le genre de mec à laisser tomber. Je le sais, après presque six mois à te supporter, ajouta-t-il avec un sourire. T'es fort, Barnes. Plus fort que ce que tu crois. Et j'ai confiance en toi. Ils ont tous confiance en toi. C'est l'une des premières choses que m'a dit Carter quand je suis arrivé. Que pour gagner la loyauté de l'équipe, il fallait que je gagne la tienne.
_ Bah c'est fait, murmura impulsivement Barnes. Tu passes ton temps à me sauver la vie, alors il faut bien que je te fasses confiance.
Ils se dévisagèrent et Steve vit clairement sur le visage de Barnes, le moment où il jugea qu'ils s'étaient beaucoup trop rapprochés l'un de l'autre. Comme pour le lui prouver, un instant plus tard, ce fut un air faussement railleur qui apparut - mais Steve savait voir la douleur qui se dissimulait derrière :
_ Bon, lâcha nonchalamment Barnes. Est-ce que c'était juste un subtil stratagème pour essayer de me la mettre ?
Steve mit un instant à comprendre de quoi il parlait, et devint écarlate :
_ Comment tu sais ça ?!
_ Ça quoi ? Attends, c'était vraiment pour ça ? s'exclama Barnes, semblant aussi surpris que lui - et blessé aussi.
_ Quoi ?! Non ! Que je suis gay ! Comment tu sais ça ?!
Steve avait fait attention à ce que son orientation sexuelle - et même simplement sa vie privée - ne soit jamais abordé avec ses collègues.
_ Bah je le savais pas, répondit l'agent d'un air profondément perplexe. C'était rapport à moi, tu sais ? Tout le monde sait que je suis bi. Et que je saute sur tout ce qui bouge. Pourquoi ça te terrifie à ce point que je sache que tu es gay ? T'as honte ?
_ Je préfère simplement garder ma vie privée pour moi, se défendit Steve. Tu ne parles pas de ta vie privée au travail, toi, que je sache.
Barnes s'esclaffa, un rire légèrement forcé :
_ Rogers. J'emmène mes gosses au bureau. Je passe ma vie à mon boulot. Et mes seuls amis sont mes collègues. Alors, conclusion ?
Steve rougit un peu, et se contenta de hausser les épaules. Barnes secoua la tête pour lui-même, et dit seulement en se relevant de son lit, déboutonnant lentement sa chemise tâchée de café :
_ T'as pas à avoir honte, Rogers. Mes préférences sexuelles ne dérangent personne, ce sera le même cas pour toi. Mais t'inquiète, j'irais pas le hurler sous tous les toits.
Il laissa tomber sa chemise à terre, et ouvrit son armoire, dévoilant des vêtements bien pliés et une penderie étonnamment rangée. Barnes semblait pourtant être le genre d'homme à mettre tout en désordre - comme le témoignait sa chemise toujours par terre et qu'il ne semblait pas avoir l'intention de ramasser.
_ C'est Banner qui range ma chambre, annonça Barnes, semblant suivre les pensées de Steve. Il est toujours tellement reconnaissant à chaque fois que je l'accueille, et c'est un maniaque du rangement. Je lui ai déjà dit qu'il fallait pas, mais il est décidé à faire le ménage dans cette maison à chaque fois qu'il vient.
Steve allait répondre quelque chose d'ironique sur l'exploitation des enfants quand son regard se posa sur le torse de l'agent. Plus particulièrement sur ses épaules. Une épaisse cicatrice semblait traverser l'épaule de part en part. Sans compter le fouillis indescriptible de cicatrices gonflées sur son bras gauche.
_ Qu'est-ce qui t'es arrivé ? souffla-t-il.
Barnes baissa les yeux vers son torse, et haussa les épaules :
_ Quoi, ça ? C'est rien !
_ C'est pas rien ! protesta Steve en se levant, pour parcourir la cicatrice de l'épaule du bout des doigts.
Ce faisant, il remarqua une autre cicatrice, cette fois-ci au niveau des hanches.
_ Barnes, qui t'as fait ça ?
Le sourire amusé de Barnes s'élargit :
_ C'est personne, je te dis. Là…
Il pointa sa hanche, et avec un peu d'attention, Steve reconnut une trace de balle :
_ C'était l'une de mes premières affaires. Je me suis fait tirer dessus par un meurtrier sadique. C'est Romanoff, Barton et Rumlow qui m'ont sauvé la vie. Ça a été notre rencontre avec Romanoff et Barton, d'ailleurs ! Après, ils nous ont plus jamais lâché ! Ça fait un souvenir…
_ C'est ça que t'appelle rien ? grimaça Steve.
_ Le reste, je t'assure que c'est rien…
Il pointa son bras gauche, qui d'après ce que Steve avait vu quand il portait des t-shirts ou des chemises à manches longues, fonctionnait parfaitement. Il n'avait jamais su que son bras était ainsi blessé :
_ Ça, c'était quand j'étais un ado. Je courais, et j'ai voulu sauter par dessus un barbelé. À la place, je me suis pris le bras dedans. N'importe quelle personne sensée aurait détaché les barbelés un par un, mais j'étais un peu con quand j'avais quinze ans. J'ai tiré d'un coup sec. Déchirures musculaires, hémorragie importante. Bref, j'ai un peu morflé !
Steve frissonna :
_ Arrête de me décrire ça, s'il te plaît.
_ Bah dis donc, pour un profiler habitué aux crimes gores, t'es une sacrée petite nature, pour une si petite cicatrice.
Si petite cicatrice… Il y en avait une bonne centaine, et elles s'entrecroisaient sur le bras musclé. Et quand c'était sur des corps vivants, ce genre de choses horrifiait Steve.
_ Et ça, finit Barnes en montrant son épaule, où s'affichait une cicatrice petite mais gonflée, qui traversait le haut de son torse pour ressortir dans son dos, tu vas rire.
_ C'est une trace de balle. Un fusil, je dirais, analysa Steve en fronçant les sourcils. Alors non, je ne rirais pas à l'idée que tu te sois fait tirer dessus !
_ Une fois, Barton, Romanoff, Pietro, Wanda et moi, on est allé à la chasse. Sauf que Wanda sait pas se servir d'un fusil. Je ne sais toujours pas comment elle a fait pour me tirer dessus alors que j'étais derrière elle, mais elle l'a fait.
_ W-Wanda t'a tiré dessus ?!
_ C'est ça.
_ Wanda, ta fille ?
_ Wanda ma fille.
Oh. Effectivement, Steve du retenir une furieuse envie de rire.
Barnes et lui sursautèrent quand la porte de la chambre s'ouvrit, et par réflexe, Steve s'écarta de Barnes, comme s'ils étaient en train de faire quelque chose d'interdit.
Il croisa le regard d'Alexander Pierce, l'oncle de Barnes qui, l'espace d'un instant, parut le fusiller d'un regard sombre, avant de se tourner vers son neveu :
_ Désolé, je vous dérange…
_ Du tout, du tout, sourit Barnes sans sembler gêné le moins du monde. Il y a un problème, oncle Xander ?
_ Hum… Pietro dit qu'il aimerait que tu lui donnes une arme… lâcha Xander, semblant hésiter. Je crois qu'il était sérieux… Ah, et il y a un raton-laveur dans ta cuisine...
_ Hein ? Oh, évidemment qu'il était sérieux, répliqua Barnes en ouvrant l'autre porte de son armoire, dévoilant un placard empli d'une bonne quinzaine d'armes. J'imagine qu'il va aller s'entraîner avec Barton et Romanoff. Tant mieux, ça lui fera du bien. Et la sale bestiole, c'est Rocket. Tout le monde peut remercier Lang pour cette saloperie.
Steve dévisagea fixement l'agent. Personne n'avait d'autorisation de port d'armes pour en posséder autant, à part peut-être les fabricants d'armes.
_ Tiens, reprit-il après avoir choisi un pistolet avec attention. Fais attention, il est chargé.
_ Tu donnes des armes à tes enfants ? s'inquiéta Xander.
Steve, même s'il se contenait en présence de l'oncle de Barnes, pensait la même chose. Mais qu'est-ce qui prenait à Barnes, bon dieu ?!
_ Romanoff l'a laissé tirer pour la première fois quand il avait sept ans, répliqua Barnes. C'est presque un tireur d'élite, maintenant, mon bout d'chou.
_ Oui, et ta fille t'a tiré une balle dans l'épaule, intervint Steve sans pouvoir se retenir.
_ Oui, je sais, elle aime pas les armes, soupira Barnes en haussant les épaules.
Steve ne put s'empêcher de retenir un sourire alors qu'il levait les yeux au ciel.
_ Au fait, oncle Xander ! reprit Barnes avant que le vieil homme ne quitte la pièce. Tu dors où, ce soir ?
_ Je vais me trouver une chambre d'hôtel. Pourquoi ça, James ?
_ Ne dis pas de conneries, oncle Xander. Tu restes à la maison. On a une chambre d'amis. Brock pourra toujours dormir dans ma chambre, vu que Rogers lui a donné un congé indéterminé ainsi qu'à Banner, tant que j'irais mal, et qu'il espérait sans doute que je l'ignorerais.
Barnes lui adressa un sourire malicieux, et Steve sourit :
_ Coulson m'a clairement spécifié que plus que de trouver les criminels, mon boulot c'était de prendre soin de vous.
_ Trop mignon, Rogers.
_ James, écoute, je ne vais pas te forcer à dormir avec ton ami, tu sais, je peux prendre une chambre d'hôtel.
_ Pour être honnête, oncle Xander… ça me ferait plaisir que tu restes. J'ai besoin de ma famille, en ce moment, tu sais…
Xander parut touché et s'avança dans la pièce pour prendre son neveu dans ses bras. Barnes sourit et se laissa étreindre. Steve regarda la scène, et sans parvenir à comprendre pourquoi, détourna les yeux, n'aimant pas ce qui se passait à côté de lui. Il y avait quelque chose qui le dérangeait.
Finalement, Xander embrassa Barnes sur la joue et quitta la pièce sans regarder Steve, laissant les deux hommes dans un silence gêné.
_ Tu sais, finit par lâcher Barnes d'une voix graveleuse, si tu veux rester aussi cette nuit, il y a toujours moyen pour que Brock squatte le canapé.
_ Sans commentaire.
Barnes se contenta de rire doucement, et cela sembla être à Steve la seule expression sincère qu'il avait depuis qu'il avait appris la mort de ses parents. C'était déjà une amélioration.
Quand Bucky entra au bureau, rien n'était semblable à d'habitude. Pour une fois, personne n'était affalé les pieds sur son bureau à attendre que le temps passe, il n'y avait pas de rires, de jeux ou de remarques idiotes qui les aidaient à tenir quand ils avaient une affaire particulièrement éprouvante.
Juste un horrible silence, et un travail acharné.
_ Salut, lâcha-t-il à mi-voix, attirant vers lui tous les regards.
_ Barnes ! Qu'est-ce que tu fous ici ? Je croyais que Rogers t'avais donné des congés !
Bucky haussa les épaules, et s'installa à côté de Natasha :
_ Les enfants sont au lycée. Oncle Xander avait quelque chose à faire. Je me sentais trop seul, à la maison.
Bordel. Il avait l'air d'une de ces victimes traumatisées. Bucky ressentit un élan de colère envers le foutu connard qui le faisait se comporter comme ça.
_ Va squatter chez Stark et Lang, suggéra Carter.
Bucky haussa les épaules et demanda simplement :
_ Vous avez avancé sur le meurtre de mes parents ?
_ Rogers nous a demandé de ne pas t'en parler, Barnes, soupira Pepper en posant une main sur son épaule. Chéri, tu devrais aller dormir un peu. Tu as une tête de déterré.
Tous tournèrent la tête par réflexe quand Rogers sortit du bureau, acquiesçant à l'intention de quelqu'un qu'il avait au téléphone :
_ On bouge, il y a eu deux autres meurtres, articula-t-il silencieusement, avant de croiser le regard de Bucky, et de froncer les sourcils :
_ Je vous rappelle.
Il raccrocha, et lança à l'intention des agents :
_ On part dans cinq minutes. Soyez prêts.
_ C'est le même meurtrier ? demanda Rumlow.
_ On en parlera plus tard, répliqua Rogers. Barnes, mon bureau, maintenant.
_ Tu vas te faire engueuler, glissa son meilleur ami en lui faisant un clin d'oeil. Pep's a raison, va dormir. T'as l'air crevé.
Bucky sourit à Brock et accompagna son chef dans son bureau.
_ Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda le blond en croisant les bras sur son torse.
_ Je m'ennuyais. Je me sentais seul.
_ Peut-être que ça ne serait pas arrivé si tu n'avais pas renvoyé Rumlow et Banner au boulot.
_ Je veux les meilleurs pour retrouver l'assassin de mes parents, Rogers. Dis-le-moi. Est-ce que c'est le même meurtrier ?
_ Je pense que oui. Il y a des différences dans son mode opératoire, mais… Il a laissé un message.
_ Quoi comme message ?
_ "Il est à moi." récita Rogers. "Vous n'aviez pas le droit de le toucher."
_ C'est une variante du message de mes parents, murmura Bucky. Je peux venir ?
_ Non, Barnes. Je refuse que tu viennes, d'accord ? Tu n'as pas besoin de voir ça.
_ Rogers…
_ S'il te plaît, pria Rogers. Je sais que toi et moi… on n'a pas forcément les mêmes avis, ou les mêmes idéaux… Mais là, j'essaie de faire avant tout ce qu'il y a de mieux pour toi, Barnes… Bucky. Vraiment. Rentre chez toi. Va chercher tes enfants au lycée. Organise-toi une sortie. Mais ne t'inflige pas ça, d'accord ?
Bucky soupira pour lui-même.
_ Alors je veux que tu me tiennes au courant de l'enquête. Promets que si tu as le moindre suspect, tu me le diras.
_ Barnes…
_ S'il te plait. Rogers, je resterais à l'écart de l'enquête quelques temps, je ferais comme si mes parents étaient pas morts, je ne foutrais pas la merde comme je sais si bien le faire mais… tiens-moi au courant. J'en ai besoin, Rogers.
_ Je ne te demande pas de faire comme si tes parents n'étaient pas morts, Barnes. Va te détendre. Je te ferais un topo quand on rentrera de la scène de crime. Je te le promets. Mais en échange, va chercher tes gamins au lycée, et sors avec eux. Où tu veux, simplement… prends un peu de distance avec tout ça, d'accord. Tu as des gosses qui t'adorent, et c'est le plus important.
_ D'accord… accepta Bucky un peu à regret.
Il salua le blond, passa rapidement dans le bureau - l'antre profonde et flippante - de Stark pour dire bonjour à l'informaticien, à son frère squatteur et à son stagiaire, et finalement décida d'obéir au psy Rogers. Peut-être qu'une journée avec ses enfants lui ferait du bien.
La scène de crime était bien loin de la maison des parents de Barnes et, à la grande inquiétude de Steve, à peine à quelques dizaines de kilomètres de leur QG.
Ils entrèrent dans la maison, laissant Pepper s'occuper d'un mari éploré. Alors comme ça, ce n'était pas un couple cette fois-ci. Plus que jamais, Steve regretta l'absence de Barnes, même s'il était content d'avoir réussi à le convaincre de prendre une journée.
Ils entrèrent dans le salon, et Steve grimaça à la vue des corps. C'était encore pire que ce qu'on lui avait décrit au téléphone.
Les deux corps étaient étendus par terre, entourés par des flaques de sang, et ils avaient manifestement été égorgés.
Steve devint livide en voyant ce qui avait été placé entre les doigts serrés de l'homme.
Il pointa la main de l'homme du doigt et murmura à Rumlow :
_ C'est bien ce que je crois ?
Rumlow fixa ce que Steve lui montrait, et secoua la tête :
_ Bordel, on s'est plantés. C'est pas juste un tueur sadique, c'est un tueur sadique avec des pulsions sexuelles.
_ Rien ne montre qu'il ait violé ni la femme ni l'homme, intervint Banner à mi-voix en s'approchant des corps. En revanche, ajouta-t-il avec du dégoût dans la voix, il a découpé les organes sexuels masculins et même féminins bien que ceux-ci soient internes. Il en veut manifestement à ces gens, peut-être voulait-il assouvir une pulsion sexuelle mais en a été incapable…
_ Ça ne ressemble pas à ça, répliqua Carter. Le sang sur le mur, le message… "il est à moi." Manifestement il leur en voulait. Je dirais que ce massacre, avec leurs organes génitaux, est également du à une envie, peut-être même un besoin de vengeance. Dans la tête de ce dégénéré, ces deux victimes ont touché à ce qui lui appartenait.
_ Les deux victimes s'appelaient Gilmore Hodge et Magda Jones. Pour ce qu'on en sait, ils ne se connaissaient pas, et n'ont apparemment aucun lien avec les parents de Barnes, intervint Pepper en entrant. Stark essaie de regarder dans leur passé voir s'il trouve le moindre lien. Même entre eux… on a rien trouvé.
_ Le mari, c'était…
_ Elliot Jones. Pas grand-chose à dire. Il est rentré, a vu sa femme et un inconnu morts dans le salon, et a appelé la police.
_ Il n'est pas suspect ?
_ Il n'a aucun lien avec les autres victimes, soupira Pepper. On n'a pas la moindre piste…
Steve regarda les cadavres, ressentant une étrange et inqualifiable forme de malaise. Même lors des meurtres d'enfants ou autres tortures particulièrement sadique, il n'avait jamais ressenti ce genre de choses.
_ Je suis le seul que ces corps mettent mal à l'aise ? murmura Banner, comme s'il lisait dans ses pensées.
_ Non, moi aussi.
_ C'est à cause de la ressemblance avec Wanda, intervint Romanoff en croisant les bras sur sa poitrine.
Steve observa Magda Jones avec un petit peu plus d'attention. Si elle avait les yeux bleus, contrairement à Wanda qui les avait verts, les traits du visage, les longs cheveux sombres et la peau claire ressemblaient traits pour traits à l'adolescente.
_ Je les connais, lâcha soudainement Rumlow, et tous le dévisagèrent.
_ Pardon ?
_ Je les connais, Rogers. Je sais pas d'où, mais… je les connais, je te jure !
_ C'est peut-être des célébrités, ou des gens que tu as vu à la télé ou dans un journal.
_ Non, je leur ai déjà parlé… répondit l'agent d'un air perplexe. Je sais pas quand ou où, mais… je les ai déjà rencontré.
_ Fais un effort de mémoire, Rumlow ! s'agaça Steve. Tu connais peut-être le lien qui nous manque entre eux !
_ J'en sais rien ! Je sais même pas si je les ai vu en même temps !
Steve soupira en sortant de la pièce à grands pas. Tout ce qu'il avait, c'était un vague profil, et toujours pas le moindre suspect.
Barnes n'allait pas aimer.
Bucky ne revint au bureau que le lendemain matin. Il avait finalement renvoyé ses enfants au lycée, après la journée précédente passée sur le canapé avec Pietro et Wanda devant des séries télés débiles - Big Bang Theory, c'était excellent, Friends plutôt pas mal, et 2 Broke Girls juste parfait ! - à manger du pop-corn, des pizzas et de la glace - que des trucs diététiques.
Rogers lui avait laissé un rapide message pour lui dire qu'il n'y avait pas d'avancement dans l'enquête, alors il était venu se renseigner lui-même.
Il salua tous ses collègues, qui travaillaient, sourcils froncés, et tapa sur l'épaule de Rumlow, qui releva la tête de vieux albums photo qu'il regardait :
_ Mec, tiens ! Regarde-moi ça ! Je suis sûr de les connaître, mais je sais plus d'où !
Bucky leva la tête, pour observer les quatre photos des victimes. Il connaissait bien évidemment ses deux parents, et préféra se concentrer sur les deux nouvelles victimes.
Il sentit sa tasse de café lui échapper des mains, exploser à ses pieds alors que l'évidence se faisait dans son esprit. Le monde se mit à tourner autour de lui, et il sentit à peine des mains inquiètes l'aider - l'obliger - à s'asseoir.
Des cris retentissaient autour de lui, mais il demeurait incapable de parler.
_ BARNES !
Il revint à la réalité en croisant le regard bleu brillant d'inquiétude de Rogers.
_ Qu'est-ce qui se passe ?
_ C'est moi, articula Bucky.
_ Toi qui quoi ? demanda Romanoff, l'air étonnamment inquiète.
_ C'est moi ! cria l'agent, soudain en colère, croisant le regard de Magda sur la photo.
Malgré son sourire, jamais ses yeux bleus ne lui avaient semblé si accusateurs.
_ Toi qui quoi, Barnes ?
_ Le lien, murmura-t-il d'une voix tremblante. C'est moi le lien…
_ Ne dis pas de bêtises, protesta doucement l'homme en posant une main sur sa joue pour le rassurer. Barnes, ce n'est pas…
_ Son nom de jeune fille. Magda, son nom de jeune fille… C'est Maximoff… C'est la mère des jumeaux. Et… et Hodge… C'était mon premier amant… C'est forcément moi le lien…
_ Mais oui, c'est de là que je les connais… intervint Rumlow, et Bucky ne releva pas.
_ Alors quoi, quelqu'un aurait… une fascination pour Barnes ? s'inquiéta Carter.
_ Quelqu'un qui pense qu'il lui appartient, commenta Barton.
Un éclat de rire nerveux échappa à Rogers, qui posa immédiatement sa main sur sa bouche :
_ Excusez-moi, dit-il simplement.
_ C'est de ma faute, articula lentement Bucky.
_ Bien sûr que non ! s'offusqua Stark. Barnes, rien n'est de ta faute ! Rien du tout !
On aurait presque pu croire que c'était lui qui était accusé.
_ Stark, Lang, faites des recherches sur le passé de Barnes, voyez s'il y a un élément récurrent dans sa vie, si quelqu'un était présent quand il était avec chaque victime. Romanoff, Carter, vous allez chercher les jumeaux au lycée, on ne sait pas à quel autre proche de Barnes il risque de s'en prendre et deux femmes n'attireront pas trop l'attention. Barnes, tu as une idée de qui pourrait être la prochaine cible ?
_ J'ai… Personne. Les jumeaux, Jemma, oncle Xander, et vous… balbutia Bucky, incapable d'y croire. Je…
_ Du calme, du calme… ordonna Rogers en l'aidant à se relever. Toi et moi on va parler un peu, d'accord ? Banner, tu vas aider Stark et Lang pour les recherches. Pepper, Barton, vous essayez d'établir un profil. Rumlow… Tu te tiens prêt ? Je parle à Barnes cinq minutes, et après tu le raccompagnes chez lui et tu le protèges, compris ? Et protèges aussi Pierce.
_ Noté, je vais chercher mon arme, dit seulement Rumlow en adressant un sourire réconfortant à son meilleur ami.
_ C'est de ma faute, répéta Bucky quand tout le monde eut quitté la pièce.
_ Tu te rappelles de ce que tu as dit au jeune Peter Parker, Barnes ? Quand il disait que c'était de sa faute si les jeunes avaient été tués.
_ L'affaire Wade Wilson…
_ C'est ça. Tu lui as dit "ça alors ? Est-ce qu'on s'est trompé de coupable ? Tu veux que je te mette les menottes et que je t'emmène au commissariat ? Est-ce que tu as voulu leur mort ? Est-ce que tu avais une arme, et est-ce que tu leur a tiré dessus ? Ce n'est pas de ta faute si un homme malade a fixé son obsession sur toi. Tu n'es responsable ni de la mort de ces personnes, ni de la maladie de cet homme. La seule personne à qui revient la faute, c'est celui qui a pressé sur la détente." T'as pressé sur la détente, Barnes ? ajouta doucement Rogers. Est-ce que tu as tué tes parents, ton amant ou la mère de tes enfants ?
_ Bordel, Rogers, tu as une bonne mémoire, murmura Bucky, se sentant sur le point de fondre en larmes.
_ Évidemment. Tu sais, ça m'a touché ce que tu as dit à ce pauvre gamin. Parce que ça sonnait juste, et que tu disais ce que personne ne savait exprimer.
_ T'as rigolé avant, reprit Bucky, passant du coq à l'âne.
La façon nerveuse dont Rogers avait ri quand Barton avait évoqué que quelqu'un pensait que Bucky lui appartenait…
_ Pourquoi ?
_ C'est un peu gênant. C'est sorti tout seul. Je suis désolé.
_ Pourquoi, Rogers ? C'est… aussi bizarre que ça qu'un homme puisse être obsédé par moi ? Je veux dire…
_ C'est l'idée que tu puisses appartenir à quelqu'un, Barnes. C'est stupide. Tu es… Tu es indomptable, et farouche, et définitivement insoumis. Même si parfois tu fais semblant de t'être un peu apprivoisé, de te plier aux règles, de m'obéir… Au final, tu fais ce que tu veux. Tu es ce que tu es et… vouloir te soumettre, ce serait perdre tout ce qu'il y a de plus beau en toi. Tu es tout simplement parfait dans ta manière d'être libre, et si tu ne l'étais plus… Tu serais loin d'être l'homme que je connais et… tu perdrais tout ce que j'aime chez toi. Et ça, je refuse que ça arrive. Alors on va trouver ce connard, et lui expliquer que Bucky Barnes n'appartient qu'à lui-même. Qu'est-ce que t'en penses ?
Steve fronça les sourcils. Bordel, ça n'avait pas de sens. Il n'y avait l'air d'avoir personne qui se soit intéressé exagérément à Barnes. Ils avaient vérifié les commentaires des articles diffamatoires de Tony Stark, la remise des diplômes de Barnes, son entrée à l'armée, au FBI, la naissance de ses enfants…
_ Il faut remonter plus loin, grommela-t-il. Les parents de Barnes l'avaient manifestement empêché de le voir… Donc ils devaient encore avoir une certaine influence sur lui.
Le hurlement de Stark fut entendu de tout le monde, et au cas où ça n'aurait pas été le cas, son stagiaire Lang traversa le bâtiment en criant que Stark avait trouvé quelque chose.
En moins d'une minute, Banner, Tony Stark, Pepper et lui étaient dans le bureau de Stark.
_ Je suis trop con ! jurait l'informaticien. Le père de Barnes était avocat alors j'ai prêté aucune attention à toutes les injonctions et les trucs qu'il a demandé, il y en avait bien trop pour isoler quelqu'un ! Mais il y en avait une qui concernait Barnes !
_ Quoi ? Laquelle ? s'exclama Steve.
_ Allez, abrège, Howard, balance ! s'impatienta le frère de Stark.
_ Oui, oui, ça vient ! C'était… une injonction d'éloignement, lut Stark, sourcils froncés.
_ C'est exactement ce qu'on cherche ! fit remarquer Barton.
_ Contre qui ? Datant de quand ?
_ C'est Barnes père qui l'a demandé pour notre Barnes, expliqua Stark. Il avait six ans à l'époque. Les raisons, c'était comportement inapproprié et obsession.
_ C'est tout à fait ça, murmura Pepper en crispant sa main sur l'épaule de Barton. Elle était contre qui cette injonction, Stark ?
_ Oh mon dieu, articula Stark, devenant blanc comme un linge, penché sur son ordinateur portable.
_ Stark ! le pressèrent Steve, l'autre Stark, Pepper et Barton.
Lang demeurait étonnamment silencieux, mais personne ne releva.
_ Alexander Pierce.
La nouvelle tomba comme un couperet. Steve mit un instant à se reprendre, et une lumière se fit dans son esprit :
_ Pierce vit chez Barnes depuis l'enterrement.
_ Et Rumlow et Barnes y sont, ajouta Pepper, paniquée.
_ S'il comprend qu'on s'approche de lui…
_ Barnes, paniqua Stark.
Steve n'écoutait déjà plus la conversation, partant en courant pour dévaler les escaliers aussi vite que possible, son portable à la main.
_ Allez, décroche, décroche, décroche ! Décroche, Barnes !
Mais qu'est-ce qui lui avait pris de renvoyer Barnes chez lui avec Rumlow comme seule protection ? Pourquoi avait-il cherché à l'éloigner de l'endroit où il aurait été le plus en sécurité ?! Pour le ménager, pour lui permettre de se reposer, mais quel crétin il avait été !
"Vous êtes bien sur le répondeur de l'agent Barnes, je ne suis pas disponible pour le moment, mais vous pouvez joindre mes collègues…"
Steve raccrocha, et enchaîna avec le numéro fixe de Barnes, sans cesser de courir jusqu'à sa voiture. Barnes décrochait toujours sur son portable professionnel. Toujours. Il préférait ne pas penser à ce que ça pouvait vouloir dire.
"Vous êtes chez Bucky Barnes et Wanda et Pietro Maximoff ! Si c'est un ou une des ex de papa, vous êtes pas obligés de rappeler, laissez tomber il veut pas vous revoir ! Sinon, vous pouvez toujours laisser un message, on vous rappellera p'têtre !"
Le répondeur le faisait habituellement toujours sourire, surtout en entendant à quel point la voix de Pietro, à l'époque âgé de sept ou huit ans, était sérieuse. Mais là, cela inquiéta simplement encore plus Steve.
Se fichant des règles de téléphone au volant, il appela Rumlow, et grimaça en tombant encore une fois sur le répondeur.
_ Rappelez-moi, bordel de merde ! hurla-t-il, paniqué.
Il devait dépasser toutes les limitations de vitesse, et ce n'était pas sa voiture de fonction, il n'avait donc pas de gyrophare, mais au diable les consignes. C'était Barnes qui était là-bas, et c'était lui qui l'y avait envoyé.
C'était de sa faute. S'il n'avait pas été aussi con, ce ne serait pas arrivé.
Il se gara dans la cour de chez Barnes, nota l'absence de la voiture de Pierce et la présence de celle de Rumlow, celle de Barnes, ainsi que de la moto de ce dernier.
Et la porte d'entrée était ouverte. Steve sortit son arme du holster de ceinture, et pénétra dans la maison. S'immobilisa en voyant le corps inanimé et le sang qui coulait.
_ Rumlow !
Il entendit quelqu'un se garer dans l'entrée, et s'approcha de son agent.
_ Bon dieu, Rumlow !
Il le secoua doucement, priant pour qu'il respire. Et brusquement, l'homme ouvrit les yeux, et prit une grande inspiration sifflante.
_ R-Rogers… J-j'ai… C-c'était… B-Buck… bredouilla-t-il.
_ OH MON DIEU ! BROCK !
Le hurlement de Pepper le fit sursauter, et Steve fut violemment poussé de côté alors que la jeune femme, soudainement très douce, glissait ses mains sous le t-shirt appuyant comme elle pouvait sur les deux impacts de balle, l'un à l'épaule gauche, l'autre dans la cuisse.
_ Du calme, Brock, murmura-t-elle en appuyant pour contenir le flot de sang qui coulait. On va t'emmener à l'hôpital ! BARTON ! hurla-t-elle soudain. VIENS !
Barton avait une formation des premiers secours, se rappela Steve, paralysé. Barnes n'était pas là. Il était évident qu'il n'était pas là…
_ B-Buck… répéta Brock. Pepper, dis à Rogers… B-Buck est… X-Xander… Il… J'ai rien pu faire, finit-il d'une traite.
_ Je sais, le rassura Pepper. Je sais, Brock. C'est bon, t'as fait ce que t'as pu. Il faut juste que tu restes avec moi, d'accord ?
Barton enleva rapidement son t-shirt, s'en servant pour en faire un garrot à la cuisse.
_ J-juste dormir un peu, d'accord ?
_ Non ! Non, Brock, il faut que tu restes avec moi, d'accord ? Reste avec moi !
Pepper pleurait, et Steve secoua la tête pour se remettre les idées en place. Barnes. Barnes avait disparu aussi.
Il décrocha son téléphone, attendit un instant que Stark ne réponde, et ordonna :
_ Trouve-moi tous les logements de Pierce dans les environs. Vite.
Bucky se sentait dans le brouillard. Incapable de se souvenir de ce qui avait bien pu lui arriver. Il était rentré avec Brock… S'était inquiété pour oncle Xander… Puis il avait entendu Brock crier. S'était retourné. Oncle Xander avec une arme à la main. Une de ses armes. Et Brock s'écroulant à ses pieds.
Il n'avait pas su réagir. Son hésitation lui avait coûté la victoire.
Bucky ouvrit les yeux en sursaut. Son crâne, là où oncle Xander l'avait frappé avec la crosse du flingue, lui faisait un mal de chien. Il était menotté, les mains dans le dos. Attaché à un radiateur.
Nu.
Son souffle s'accéléra. Il y avait un problème. Qu'est-ce qui pouvait bien avoir conduit oncle Xander à tirer sur Brock ? Avait-il pensé que c'était lui l'assassin ? Mais pourquoi le menotter lui, dans ce cas ?
La réalité était évidente, mais Bucky était incapable de l'accepter. Parce que ça ne pouvait pas être ça.
_ Bonjour, James.
_ On-oncle Xander ! s'exclama-t-il en tirant sur ses menottes. Qu'est-ce qui se passe ?! Qu'est-ce qui t'a pris ? Brock ? Et…
_ Brock Rumlow était un obstacle, James, répondit oncle Xander d'une voix vibrante de sincérité. Un obstacle entre toi et moi ! J'ai essayé de tous les éliminer, mais il en reste encore bien trop ! Tes parents étaient les premiers sur la liste… John croyait qu'il pouvait t'éloigner de moi ! hurla soudain son oncle, les traits déformés par la fureur. Il croyait que j'étais un malade ! Il ne comprenait pas que tu étais tout pour moi… comme je dois être tout pour toi.
Non.
Non, non, non.
NON.
Il avait mal compris. Ce n'était pas possible. Pas possible. C'était son oncle. Oncle Xander. Il l'aidait à surmonter l'enterrement de ses parents, à retrouver une vie de famille normale avec ses enfants.
Ce n'était pas possible.
_ Tu as… papa et maman ? murmura Bucky, bouleversé. Et Hodge et… Et… Et Magda ?
_ C'était simplement des exemples, James. Des exemples que je devais faire. Tu as mené une vie très dissolue, et tuer tous tes amants aurait été bien trop long. Et j'ai été pressé par le temps. Ils ne devaient pas comprendre que tu étais le lien, James.
_ Tes prochaines cibles… C'était qui ?
Non… Il refusait d'y croire. C'était juste impossible que le vieil homme souriant qui lui donnait des sucettes quand il était jeune soit à présent le meurtrier de quatre personnes ayant à un moment ou à un autre, toutes été importantes pour lui.
_ Pietro et Wanda, répondit doucement oncle Xander. Ainsi que Bruce Banner, Brock Rumlow, Jemma Simmons et Steve Rogers.
Oh non… Non, non, non… Son oncle de venait pas dire qu'il avait dans l'intention de tuer les deux personnes les plus chères au cœur de Bucky, son meilleur ami et celui qu'il considérait comme un fils adoptif, ainsi que sa petite soeur d'adoption et… un ami ? Ce n'était pas possible. Non, non, non.
_ M-mais… pourquoi ?
Il savait pourquoi. Il n'avait pas eu besoin de Rogers pour établir un profil. Des heures de réflexion et une rapide conversation dans la voiture avec Brock lui avaient suffi.
Mais il avait besoin d'une réponse.
_ C'est toi et moi, James. Depuis le début, toi et moi sommes destinés à être ensemble. C'est comme ça.
_ Tu délires ! s'exclama Bucky sans pouvoir se retenir, des larmes coulant sur ses joues. Merde, oncle Xander ! T'es mon oncle ! J'ai trente-cinq ans de moins que toi ! T'as tué ta propre soeur ! Ma mère ! Et mon père ! Comment est-ce que…
_ Je sais que tu ne comprends pas encore, James… Tes parents ont profité de mon absence pour t'inculquer des milliers de notions abstraites et stupides comme la liberté, les choix… Mais toi et moi sommes liés, et je te le prouverais ! Ce n'est pas un choix, c'est un fait, James !
Il devait réfléchir. Souvent, Bucky répétait à ses enfants qu'en cas de prise d'otage, c'était Wanda et non Pietro qui aurait le plus de chance de s'en sortir. Parce qu'elle utilisait toujours son cerveau et les mots comme des armes là où Pietro préférait les flingues. Il devait réfléchir pareil.
Cesser de penser que c'était son oncle. Un inconnu. C'était un inconnu. Il avait déjà été dans des mauvaises postures avec certains criminels, et soit Brock couvrait ses arrières, soit… Soit Rogers lui sauvait la vie. Il allait devoir parier là-dessus.
Gagner du temps. Comment faire ? Le faire parler. De quoi ? La mort de ses parents. Insupportable. La mort de Magda et Hodge. Insupportable. La possible mort de ses enfants. Insupportable. Le lien censé les unir. Insupportable.
Autre plan. Le mettre en colère. Comment ?
_ Tu penses que je t'appartiens… murmura-t-il. C'est ça, n'est-ce pas ? Tu penses que je t'appartiens, oncle Xander.
_ Ce n'est pas une simple pensée, James, répondit doucement oncle Xander en lui caressant la joue, un geste qui pour la première fois, dégoûta Bucky au plus haut point. C'est un fait. Tu m'appartiens.
"Tu es indomptable, farouche, et définitivement insoumis." Ce fut cette phrase de Rogers qui lui donna une idée. Ce que voulait oncle Xander, c'était le soumettre, lui qui avait toujours été incontrôlable.
Le mettre en colère.
_ Rogers… chuchota-t-il, et il força son visage à afficher un large sourire. Rogers…
Oncle Xander était entré dans la chambre quand il était torse nu et que Rogers était à ses côtés. Il saurait additionner deux et deux. Ce n'était pas pour rien que Rogers était l'une de ses futures cibles.
_ Quel est le problème avec Rogers ? demanda oncle Xander, et effectivement, son visage s'assombrissait.
_ Pour quelqu'un qui a un lien avec moi, tu gobes vraiment tous mes mensonges, hein ? articula Bucky. Tous ceux qu'on disait aux autres, lui et moi. Personne ne s'est jamais rendu compte de ce qu'on était vraiment tous les deux.
Les jointures des mains d'oncle Xander blanchissaient et Bucky continua, enfonça le clou. Gagner du temps.
_ Lui et moi… Entre nous, c'est… Waouh.
Raconter n'importe quoi. Qu'est-ce que Rogers aimait chez lui ? Sa liberté. Qu'est-ce qu'oncle Xander voulait ? Sa liberté.
Alors qu'est-ce qu'il allait donner à Rogers ?
Sa liberté.
_ J'ai essayé de contrôler notre relation, au début, comme je le faisais toujours.
Prendre le pouvoir. C'était possible. Avec les mots, c'était possible. Il pouvait renverser le rapport de force malgré ses menottes.
_ J'ai du essayer environ une demi-seconde avant qu'il ne me renverse sur le bureau, ne me menotte et ne me baise violemment comme j'avais jamais été baisé.
Mentir. Raconter qu'il avait tout donné à Rogers.
Oncle Xander avait cru les surprendre tous les deux. Jouer sur ça.
_ Il fait un patron de merde, mais au lit, putain… C'est lui qui a un total contrôle sur moi. Je suis attaché, bâillonné… totalement à sa merci. Et j'en redemande.
Le coup prit Bucky par surprise, et envoya sa tête cogner violemment le radiateur. Oncle Xander avait atteint ses limites. Bucky grimaça.
La trahison lui faisait mal, et les coups qu'il prenait n'aidaient pas. La position dans laquelle il était, assis, les mains attachées dans le dos le rendait incapable de parer le moindre coup.
_ Je voulais y aller doucement, James, articula oncle Xander, une main posée sur sa gorge, empêchant Bucky de respirer convenablement. Je voulais te laisser le temps de t'y faire, que toi et moi soyons sur la même longueur d'ondes…
_ Comment ce serait possible ? explosa Bucky sans plus pouvoir se retenir. Tu as tué mes parents ! TU AS VOULU TUER MES ENFANTS !
La main d'oncle Xander se resserra sur sa gorge, et dans le même mouvement, l'arrière du crâne de Bucky heurta à nouveau le radiateur.
_ Je vais être obligé de passer aux choses sérieuses, James !
_ Comme si tu pouvais faire pire que d'avoir voulu tuer toute ma famille… ricana l'agent, sentant des larmes traîtresses lui monter aux yeux au pire moment.
_ À genoux.
Bucky leva des yeux confus vers son oncle. Qu'est-ce qu'il voulait exactement ?
_ J'ai dit "à genoux" James, répéta oncle Xander d'une voix calme.
_ Va crever.
_ Tu as déjà joué à la traînée en faisant ça avec Rogers, non ?! Alors à genoux, James !
Son mensonge lui retombait dessus. Bordel. Bucky ferma les yeux, et secoua résolument la tête.
Un coup de pied dans l'estomac l'obligea à se plier en deux, une main froide et dure - reptilienne - le força à se redresser, et Bucky se retrouva debout, les menottes suivant le tuyau du radiateur.
_ Mets-toi à genoux, James.
Il ne perdait pas son calme. Plus maintenant. Il était parfaitement maître de lui-même.
Et Bucky aurait voulu hurler, pleurer, appeler à l'aide.
Le canon de l'arme se retrouva contre sa tempe.
Il pouvait mourir comme ça. Sans se soumettre. Se battant jusqu'à la mort.
Pietro et Wanda.
Wanda et Pietro.
Ses deux enfants.
Son seul but dans la vie depuis qu'il avait dix-sept ans était de ne jamais les rendre malheureux.
Il ne pouvait pas mourir ici. Pas juste après ses parents.
Il ne pouvait pas laisser ses enfants seuls.
Bucky laissa les larmes couler le long de ses joues, silencieuses, alors qu'il se laissait tomber à genoux.
Il ferma les yeux. Refusait de laisser à oncle Xander le plaisir de le voir se soumettre. Tressaillit quand il entendit le bruit d'une fermeture éclair et des bruissements de tissus.
Non. Non… ça ne pouvait pas être ce qu'il pensait.
Il ne put s'empêcher d'ouvrir les yeux, pour voir oncle Xander baisser calmement son pantalon.
Alors, il paniqua. Laissa toute la peur, l'horreur et la terreur qu'il avait tenté de contenir, envahir tout son corps.
_ Non ! Non, non, non, oncle Xander, je t'en supplie, fais pas ça ! J-je t'en supplie ! M'oblige pas à faire ça !
Il criait, pleurait, tentait de se reculer, tremblant et terrifié comme il ne l'avait jamais été.
Même quand ce pédophile, Stane, avait pris Wanda en otage, il n'avait jamais cédé à la panique ainsi. Il était resté calme, malgré les émotions qui l'agitaient intérieurement.
Oncle Xander avait eu ce qu'il voulait.
Bucky était à ses pieds et suppliait.
_ Je ferais tout ce que tu veux, ne m'oblige pas à faire ça ! Oncle Xander, je t'en supplie…
Ses prières étaient entrecoupées de sanglots violents qui secouaient tout son corps, alors qu'il tirait vainement de toutes ses forces sur les menottes.
_ Ne m'oblige pas…
_ Chut…
La main calleuse d'oncle Xander se posa sur sa joue, une douce caresse qui terrifia Bucky encore plus qu'il ne l'était déjà.
_ Tout ira bien, James…
Et les lèvres froides du vieille homme se posèrent sur les siennes dans un baiser malsain qui le fit frissonner de tout son corps. Peut-être qu'il allait y échapper. Il était prêt à supplier autant qu'il le faudrait pour ça.
Il aurait mille fois préféré les coups de poing, de couteau ou n'importe quelle forme de torture. Il aurait mille fois préféré que ce soit un inconnu.
Puis les lèvres glacées s'écartèrent, et Bucky ferma les yeux quand une main se glissa dans ses cheveux de manière à contrôler les mouvements de sa tête. Il n'y échapperait pas. Bien sûr que non.
_ Ouvre la bouche, James.
Non. Non, il ne pouvait pas. Il ne pouvait pas.
Bucky ne pensait même plus à contrôler ses pleurs, la peur qui devait se lire clairement sur son visage ou ses tremblements.
_ James, ne m'oblige pas à utiliser mon arme.
Bucky ouvrit la bouche, se forçant à garder les yeux totalement clos. Un haut-le-coeur remonta dans sa gorge quand le membre en érection de son oncle pénétra sa bouche, profondément, jusqu'au fond de sa gorge. Par réflexe, il voulut s'écarter, vomir, mais la main du vieil homme contre sa nuque empêchait le moindre de ses mouvements.
Bucky n'avait jamais rien eu contre le fait de faire des fellations. En fait, les quelques fois où il l'avait fait, il avait eu beau ne pas trouver ça extraordinaire, ça ne l'avait jamais dégoûté non plus.
À présent, il était certain de ne plus jamais en faire.
Un va-et-vient. Il tenta de profiter du moment où le pénis sortait de sa bouche pour la fermer, mais n'eut le temps de rien faire que déjà il était de retour, jusqu'au fond de sa gorge. Bucky pouvait presque sentir le vomi remonter dans sa gorge, ce même vomi qu'il s'efforçait désespérément de contenir sachant que cela ne ferait sans doute qu'empirer les choses.
Un nouveau va-et-vient. Puis un autre. Bucky cessa de lutter, préférant rester passif, espérant vainement que ça ferait moins mal. La queue s'enfonçait au fond de sa gorge, raclait légèrement ses dents, l'étouffait à moitié, mais il s'efforçait de ne rien faire.
Il ne comprit pas tout de suite ce qui se passait quand le liquide envahit sa gorge et que l'érection se retira enfin. Puis il vomit, se mettant à tousser, une toux rauque entrecoupée de sanglots impossibles à retenir. Et plus il toussait, plus il s'étouffait avec son vomi et… Et il savait qu'il y avait autre chose dans sa bouche. Le sperme de son oncle. Et plus il s'étouffait plus il pleurait, sans jamais parvenir à arrêter l'un des trois piliers du cercle vicieux.
Bucky songea à Pietro et Wanda. Il avait fait ça pour les revoir. Quelqu'un viendrait, quelqu'un le chercherait. Il devait les revoir.
Mais cette fois-ci, même cette pensée ne le réconforta pas.
Il avait envie de mourir.
Était-ce que Jemma avait ressenti quand elle avait été violée ? En avait-elle voulu à Bucky pour ne pas être arrivé plus tôt ? Elle lui avait toujours assuré que non, mais maintenant que lui-même était dans cette situation, il savait que c'était forcément faux.
"Je suis désolé de t'avoir laissé tomber, Jem'."
Effondré à genoux, il serait tombé en avant sur le ventre, si les menottes ne l'avaient pas retenu, appuyant sur ses poignets dans une douleur qu'il ne ressentait même plus. Sa bouche était sèche, sa gorge douloureuse, son regard plongé dans le vide.
_ Assieds-toi, James…
Bucky obéit sans même y penser. Il se laissa tomber contre le radiateur, se fichant que sa tête cogne la paroi métallique. Ses fesses s'écroulèrent par terre, ses jambes pliées dans une position douloureuse.
Il aurait aimé ressentir une autre douleur que celle qu'il avait dans la bouche.
Et une main parcourut son torse, et Bucky comprit que ce n'était pas fini quand elle glissa vers le bas, écartant ses cuisses serrées avec une douceur ferme.
_ Non, répéta-t-il d'un air apeuré, sa voix rauque suppliant même s'il savait que ça ne servirait à rien. Non, non…
_ Chut, James… Je vais te rendre ce que tu m'as donné, c'est normal…
_ Non, je ne veux pas… bafouilla Bucky. Non, arrête, je t'en supplie…
La main froide et calleuse se posa sur son membre, mima un lent mouvement de va-et-vient. Bucky grimaça. Il aurait préféré sentir les mains de son oncle partout plutôt que là.
Il haïssait les larmes qui coulaient sur ses joues, il haïssait sa voix si rauque, il haïssait ses supplications…
Et pourtant il continuait, comme si ça avait la moindre chance d'interrompre oncle Xander.
Pitié. Qu'on le laisse. Qu'on le laisse tranquille, qu'on le laisse seul, qu'on le laisse…
Qu'on le laisse mourir.
Plus de quatre heures. Quatre heures que Steve tournait en rond. Il n'y avait rien ! Il était allé chez les parents de Barnes, chez Gilmore Hodge et chez Magda Jones. La maison d'Alexander Pierce se trouvait à une centaine de kilomètres, et était sous surveillance.
Pas de traces de Pierce, et pas de traces de Barnes.
Quand le téléphone sonna, après l'échec Magda Jones, il décrocha immédiatement :
_ Rogers.
_ C'est Stark. Juste pour te tenir au jus. Rumlow est tiré d'affaire. Pepper est avec lui à l'hôpital. Carter et les jumeaux nous ont rejoint au QG. Ils vont bien, ils sont inquiets pour leur père, bien sûr, mais ils ne sont pas blessés. Barton et Romanoff vont venir te prêter main forte pour retrouver Barnes. Lang et moi on va trouver des pistes. Des nouvelles maisons.
_ Je ne veux pas de nouvelles maisons, Stark, je veux la bonne ! Pendant qu'on se rend inutiles à fouiller des maisons vides, Barnes se fait peut-être torturer !
_ Non, ça ne collerait pas au profil de Pierce, répondit immédiatement Stark, et Steve sentit qu'il était reparti en mode génie "je ne réfléchis plus à ce que je dis, j'énonce des faits". Pierce a une obsession pour Barnes, il le veut lui appartenant, de manière physique et émotionnelle, alors la seule raison pour laquelle Pierce pourrait avoir enlevé Barnes ce serait pour satisfaire ses...
Il s'interrompit juste à temps, et Steve ne dit rien. Parce qu'il savait exactement quel était le profil de Pierce. Et qu'il ne voulait pas entendre ce que Barnes était peut-être en train de subir.
_ Je vais trouver, finit par dire Stark après un silence inconfortable.
Et brusquement, il se mit à parler à quelqu'un d'autre.
_ Tu es sûr ? Ok, j'envoie, Barton et Romanoff !
_ Quoi ? s'inquiéta Steve.
_ Lang ! Je pense qu'il a trouvé où est-ce que Pierce pourrait se planquer !
_ Explique ! exigea-t-il.
_ Barnes a été dépucelé dans la maison d'enfance de Hodge ! Il va sans dire que Pierce doit être fou de rage à cause de ça… On parle d'un accro aux symboles qui a tué le premier amant et la femme la plus importante de la vie de Barnes ! Alors quoi de mieux que de le prendre là où il a été disons… "impurifié" pour la première fois ?!
_ Et comment tu sais que ça s'est passé chez Hodge ? Pourquoi pas chez les parents Barnes ? demanda Steve en s'engouffrant dans sa voiture.
_ Lang a retrouvé des e-mails envoyés entre Rumlow et Barnes il y a quelques années, dans les méandres d'internet. Et une sex-tape. Enfin peu importe. Quand tu le retrouveras, dis à Barnes qu'il sait pas cadrer.
"Quand tu le retrouveras". Steve avait une boule dans la gorge. Pas "si". "Quand". Oui, il devait le retrouver.
Il y eut un court silence, un rapide "merci" de Stark et ce dernier reprit :
_ Pepper dit que Rumlow confirme.
_ J'y vais ! Envoie l'adresse !
_ Ok. T'es plus proche que Barton et Romanoff, Rogers. Alors grouille.
Steve acquiesça, et démarra. Il allait retrouver Barnes. Il le fallait.
Moins de vingt minutes plus tard, il se garait devant la maison. Et reconnut la voiture de Pierce.
Rapidement, il prévint Barton et Romanoff qui tous deux lui conseillèrent de les attendre : ils étaient encore à dix minutes de route en faisant au plus vite.
Aucun d'eux ne pensa à prévenir les forces d'interventions spéciales. Au fond, Romanoff et Barton en faisaient partie, alors c'était comme si. Il était surtout évident pour tout le monde que Pierce ne pouvait pas ressortir de cette maison en vie. Pas question.
Arme à la main, il pénétra dans la maison. Dans l'entrée, deux corps étaient effondrés, morts. Les parents de Hodge, habitant encore la maison, sans doute.
Qu'avait dit Stark ? Les symboles. Pierce voulait des symboles. La chambre de Hodge. C'était là que se trouvait forcément Barnes.
Le plus silencieusement possible, il monta les escaliers en direction du premier étage, sachant que c'était souvent là que se trouvaient les chambres.
La première porte, face aux escaliers, était ouverte, et il y pénétra. Il vit immédiatement Barnes, sans doute attaché au radiateur, et Pierce penché vers lui.
_ FBI. Mains derrière la tête, éloignez-vous de Barnes tout de suite, ordonna Steve.
Très lentement, Pierce se redressa, puis se décala d'un pas sur le côté, lui permettant de voir la scène complète. Bucky Barnes, nu comme au jour de sa naissance, manifestement sous le choc, les joues trempées de larmes, et le ventre… d'autre chose. Et surtout, l'arme à feu que Pierce pointait sur sa tempe.
_ Tirez, dit le vieil homme. Mais si vous ratez votre coup, je l'emmène avec moi.
Steve se figea. Il ne pouvait pas prendre le risque de perdre Barnes. Pas alors qu'il se considérait responsable des décisions qui l'avaient mené dans cette situation.
_ Très bien. Alors maintenant, Rogers…
De la haine à l'état pur brillait dans ses yeux quand il le fusilla d'un regard froid.
_ … baissez votre arme. Tout de suite.
_ Vous n'allez pas tirer, lâcha Steve.
_ Il est instable, Rogers, articula Barnes d'une voix rauque, comme s'il avait hurlé pendant des heures.
Il avait sans doute hurlé pendant des heures, toutes ces heures que Steve avait mis pour le trouver.
_ La ferme, dirent Steve et Pierce en même temps.
Steve parce qu'il avait un plan. Un plan particulièrement horrible et éprouvant pour Barnes, mais il n'avait pas le choix. Il fallait qu'il risque ça. Si seulement il avait attendu Romanoff et Barton, comme ces derniers le lui avaient conseillé.
Steve baissa son arme avec lenteur. Pas vers le sol. Droit sur Barnes. L'agent déglutit seulement, alors que Pierce semblait pris au dépourvu.
_ Vous ne tirerez pas, Rogers, imita-t-il, tentant de retrouver une contenance.
_ Pourquoi ? rétorqua Steve, cherchant à imiter l'arrogance de Rumlow, Barnes ou Stark. Je le tue. Et après, vous devenez quoi, vous ? Vous n'auriez rien eu de lui, pas même sa mort. Ce serait moi qui la savourerait. Je tue les deux responsables de la mort d'un agent de mon équipe.
_ Quoi ?
_ Rumlow est mort de ses blessures, asséna Steve, le regard brillant de colère, mettant toutes ses forces dans son mensonge. Et ça, c'est la faute de Barnes. S'il avait pu être un peu moins arrogant, un peu plus intelligent, il n'aurait pas insisté pour rentrer chez lui. Rumlow ne l'aurait pas accompagné, et il ne serait pas mort !
_ Non…
C'était la voix hagarde de Barnes. Comme s'il n'avait pas entendu les derniers mensonges de Steve. Tout ce qu'il avait compris était "Rumlow est mort de ses blessures."
_ Alors croyez-moi, je prendrais un intense plaisir à tuer l'homme qui me pourrit la vie depuis des mois, et qui est aujourd'hui responsable de la mort de quatre civils et un agent du FBI !
Le tout pour le tout, songea Steve en voyant le regard fou de Pierce se poser sur Barnes. Pas question de lui laisser le temps de se dire qu'il ferait peut-être mieux de le tuer lui-même. Il tira une fois dans le mur, à côté de Barnes, faisant tressaillir le meurtrier paniqué, et sans laisser à Pierce le temps de réagir, tira trois fois.
Tête, abdomen, gorge.
L'homme s'écroula. Immédiatement, Steve se précipita auprès de Barnes après avoir donné un coup de pied dans l'arme de Pierce, par mesure de sécurité.
Il était menotté. Rapidement, l'agent fouilla les poches du pantalon de Pierce, trouvant facilement les clés, et détacha son collègue. Barnes se laissa faire, presque inerte.
_ Allez, Barnes, viens, je vais te sortir de là, promit Steve en le soutenant comme il pouvait.
_ Brock, articula lentement Barnes en s'accrochant à lui avec difficulté.
_ Il va bien, Barnes, promis. Il s'en est sorti. Allez, viens, je vais t'emmener à l'hôpital…
_ Non ! protesta immédiatement Barnes, se débattant vaguement, tombant à terre, comme s'il ne tenait pas sur ses jambes. R-Rogers, pas l'hôpital…
_ Ok, ok, Barnes. Pas l'hôpital. Du calme, du calme, supplia Steve.
Il enleva son manteau et le posa sur les épaules de Barnes afin de le couvrir. Avec lenteur, il entraîna l'homme sous le choc vers l'entrée… la sortie de son enfer.
_ Barnes ! s'exclamèrent Romanoff et Barton en entrant dans la maison.
Immédiatement, Barton vint prêter main forte à Steve pour supporter le poids de Barnes, ce dernier paraissant ne pas pouvoir tenir debout tout seul dans l'immédiat.
_ Pierce ? interrogea Romanoff.
_ Mort. C'était de la légitime défense, dit Steve.
_ En haut ?
Il acquiesça, et elle monta immédiatement les marches quatre à quatre, son arme à la main.
_ Barnes… Il faut qu'on t'emmène à l'hôpital, prévint doucement Barton en l'aidant à sortir de la maison.
_ Non, protesta Barnes à nouveau. Non, non, pas l'hôpital !
Ils s'interrompirent tous quand la voiture de Carter se gara dans la rue - elle avait du être prévenue par Stark. Les deux enfants de Barnes étaient dans la voiture, et tous deux furent aussitôt dehors.
_ Non, répéta Barnes, paniqué. Je veux pas les voir. Rogers, supplia-t-il. Les laisse pas me voir comme ça.
Steve eut un instant d'hésitation, puis se plaça devant Barnes pour le dissimuler à la vision de ses enfants.
_ Barton, oblige Carter à rentrer au QG avec les jumeaux, ordonna-t-il.
L'agent des forces spéciales s'exécuta immédiatement, après avoir tapoté doucement l'épaule de Barnes en signe de compréhension.
_ Je t'en supplie, Rogers… Je… je veux pas que mes enfants me voient, d'accord ?
_ Promis, assura Steve. Je vais te protéger, Barnes, d'accord ? Calme-toi. Où est-ce que tu veux que je t'amène ? On va discuter calmement dans un endroit tranquille, tu veux bien ?
_ Pas l'hôpital, dit seulement Barnes. Et pas chez moi. I-il y a vécu. Je peux pas je dois…
_ Bien sûr, murmura Steve, comprenant de qui il parlait. Bien sûr Barnes. Je vais te conduire dans un endroit sûr. C'est promis.
Oui, c'était promis. Steve s'arrangerait pour que chacun des endroits dans lequel irait Bucky Barnes à partir de maintenant serait sûr. Il le protégerait de tous les dangers, quels qu'ils puissent être.
Bucky maîtrisa difficilement ses larmes alors qu'il restait immobile assis sur le siège passager de la voiture.
_ Tu es sûr que Brock va bien ? demanda-t-il pour se raccrocher à quelque chose de tangible.
_ Stark m'a dit qu'il était sorti d'affaire. Pepper est avec lui. Tu veux aller le voir ?
_ Pas l'hôpital, non…
Il ne pouvait pas. Il ne voulait pas affronter une horde de médecins qui l'examineraient sous tous les angles pour déterminer exactement ce qui s'était passé. Il le savait, c'était déjà amplement suffisant.
C'était déjà beaucoup trop.
_ D'accord, pas l'hôpital, répondit Rogers, étrangement conciliant.
_ Où tu m'emmènes ?
La réponse fusa immédiate, douce :
_ Un endroit sûr.
Bucky n'en avait pas besoin de plus. Il détourna les yeux vers la fenêtre, et regarda le paysage défiler.
Il se sentait plus vide que jamais.
Il se demanda depuis combien de temps la voiture s'était arrêtée quand Rogers ouvrit la portière pour l'aider à sortir. Il apprécia vraiment le fait que l'agent ait récemment troqué sa veste en cuir brune contre un long manteau. Au moins cela permettait-il à Bucky de dissimuler sa nudité.
_ On est où ?
Maison petite, mais accueillante. Pas de jardin fleuri, juste de la pelouse autour.
_ Chez moi.
Bucky ne demanda rien d'autre, se laissant entraîner dans la maison.
_ Tu veux prendre une douche ? Aller te coucher ? proposa Rogers.
_ Douche. Coucher, répondit-il seulement.
_ Okay. Je vais te prêter des vêtements, d'accord ?
Bucky hocha la tête, et laissa Rogers le conduire à la salle de bain.
_ Je peux te laisser une minute ? Le temps d'aller te chercher des vêtements ?
Bucky ne répondit rien, et le blond hésita, avant de choisir de prendre ça comme une approbation et de quitter la pièce presque en courant. L'agent se tourna, et regarda son visage défait dans le miroir au dessus du lavabo.
Il était loin, le Bucky Barnes arrogant et sûr de lui. L'homme qui le fixait dans ce miroir était faible, malheureux et terrorisé. Bucky le détestait.
Il détestait ses mains tremblantes, ses lèvres humides, son regard figé. Avec lenteur, il porta des doigts engourdis jusqu'à sa tempe, d'où coulait une légère traînée de sang.
_ Je peux essayer de soigner ça, après, si tu veux.
Il sursauta en croisant le regard de Rogers dans le miroir.
_ J'ai pas eu mon diplôme de premiers secours, mais je peux toujours tenter… Tu as mal ?
_ Pas là, répondit assez honnêtement Bucky.
Il avait un peu mal. Mais par rapport au reste, c'était minime.
_ Tu veux que j'appelle un médecin ? J'ai un ami, Sam Wilson. Il est très gentil, et il ne te posera pas de question.
_ Non !
L'exclamation lui avait échappé.
_ Non, répéta-t-il à mi-voix. Rogers, s'il te plaît. C'est bon.
_ Sûr ?
_ Sûr.
Rogers soupira, déposa des vêtements à côté du lavabo, et demanda seulement :
_ Tu as faim ? Je peux sortir quelque chose. J'ai majoritairement du surgelé, mais…
L'idée de mettre quoi que ce soit dans sa bouche le dégoûtait au plus haut point. C'était stupide et psychologique, le genre de conneries que Bucky essayait à tout prix d'éviter en restant très réaliste et terre-à-terre. Il secoua seulement la tête.
_ Okay. Je te laisse prendre ta douche. Tu pourrais… ne pas fermer à clé ? Que je puisse intervenir si tu as besoin d'aide.
_ Je fermerais pas, assura Bucky.
Rogers acquiesça, et sortit en refermant doucement la porte. Bucky du résister à l'envie de tourner la clé dans la serrure pour s'assurer que personne ne rentrerait. Rogers avait raison. Il pouvait parfaitement faire un malaise ou une saloperie du genre. C'était ce que faisaient les victimes après un traumatisme.
Bucky ne voulait pas être une foutue victime.
Lentement, il déboutonna le manteau, et le laissa tomber par terre, fixant son reflet dans le miroir d'un air accusateur.
Il commença par se rincer la bouche. Plusieurs fois. Encore, encore, et encore, et ce n'était jamais suffisant. Attrapa la brosse à dents de Rogers, mettant à peu près trois fois la dose conseillée de dentifrice. Frotta, espérant vainement que cette sensation horrible disparaîtrait.
"À genoux".
_ Dégage, marmonna-t-il, la bouche pleine de dentifrice.
"Ouvre la bouche, James".
_ Dégage putain. Dégage, dégage, dégage.
"J'ai dit "à genoux", James".
_ Je m'appelle Bucky. Même mes parents m'appelaient plus James, putain. Dégage. Arrête. Vire.
_ Tout va bien, Barnes ?
Bordel. Il lui fallut un instant pour se reprendre, cracher dans le lavabo et marmonner d'une voix tremblante :
_ C'est bon, Rogers. V-va manger tes surgelés. Je vais bien.
_ Tu es sûr ?
"Chut… Tout ira bien, James."
_ Dégage putain !
Un long silence suivit ses mots. Rogers et oncle Xander se taisant en même temps.
_ P-pas toi, Rogers… Enfin, j-je…
_ Si ce n'est pas moi, qui ? s'inquiéta Rogers, restant heureusement bien sagement de l'autre côté de la porte.
_ C-c'est juste… Je… laisse-moi juste aller sous la douche, d'accord ?
_ Barnes…
_ Ouais ?
Rogers ne répondit pas tout de suite, et finit par dire après quelques instants de silence pesant :
_ Si tu veux parler… ou même ne rien dire… si tu as besoin de moi. Je suis là, d'accord ?
_ Merci. Je veux juste aller sous la douche, mentit Bucky.
Ce serait simple de se laisser aller avec Rogers. Tout lui raconter. Ce que son oncle l'avait forcé à faire, ce que, sans ses enfants, il aurait refusé de faire. Lui dire toute la vérité.
La honte qu'il ressentait. Le dégoût. Cette sensation horrible qui parcourait son corps à tous les endroits où oncle Xander l'avait touché.
Il ne pouvait plus l'appeler oncle Xander. C'était malsain. Sans doute…
Plus malsain que ce qui était arrivé aujourd'hui ? Il n'en avait pas la moindre idée.
Se glissant sous la douche, il alluma le jet d'eau chaude, et attendit qu'elle soit brûlante pour se glisser en dessous. C'était trop chaud, et ça faisait mal. C'était ce qui lui fallait.
Il espéra qu'il aurait des cloques. Ou qu'il pèlerait. Qu'il aurait une raison de s'arracher la peau pour qu'une nouvelle, propre et pure la remplace. Plus pure que celle qu'il devait supporter à présent.
Il regarda sa peau pâle devenir écarlate, sentit sa blessure à la tempe le brûler.
Baissa les yeux sur ce qu'il avait entre les cuisses. Qui le dégoûtait à un point inimaginable. Son corps lui avait échappé. Il avait cédé aux désirs malades d'oncle… de Xander.
Des larmes brûlantes lui montèrent aux yeux - toujours moins chaudes que l'eau qui ruisselait sur son corps - et il sentit ses jambes se dérober sous lui.
_ Je suis pas à toi, répéta-t-il en se laissant glisser le long de la paroi de la douche.
"Bucky Barnes n'appartient qu'à lui-même". C'était ce que Rogers avait dit.
_ Je ne suis pas à toi, articula-t-il, détachant bien chaque syllabe. T'es mort, espèce d'enfoiré. T'es mort. Et moi je suis vivant, et je ne suis pas avec toi. Je ne suis pas à toi. Et jamais je me mettrais à genoux devant toi. Je te hais. Je te hais. Je te hais, je te hais, je te hais, je te hais…
Il sursauta en entendant quelqu'un toquer à la porte.
_ Barnes ?
Rogers. Encore.
_ Quoi, Rogers ? T-t'as pas autre chose à faire que de venir me voir toutes les cinq minutes ? lâcha Bucky en grimaçant, la chaleur commençant à devenir insupportable.
_ Barnes, ça fait une demi-heure que t'es sous la douche… Je m'inquiète, c'est tout.
Une demi-heure ? Il y était depuis deux minutes. Deux petites minutes.
_ J-je vais sortir. T'inquiète pas, je te coûterais pas trop cher en eau.
_ Tu sais bien que ce n'est pas ce que je veux dire, s'exaspéra Rogers. Barnes, je m'inquiète. C'est pour ça que j'ai peut-être l'air… insistant.
Bucky ne répondit rien. Rogers avait oublié de lui donner une serviette, alors il s'enroula dans la sienne. Sa peau brûlée le fit souffrir quand elle frotta contre la serviette pourtant douce.
Il se sécha avec des gestes rapides, grimaçant malgré lui à chaque contact. Enfila le jogging et le t-shirt que Rogers lui avait laissé, et marmonna, sachant parfaitement que Rogers était resté derrière la porte tout le long :
_ C'est bon, tu peux entrer.
Prouvant ce qu'il pensait, Rogers entra immédiatement, et recula d'un pas, par réflexe :
_ C'est une vraie fournaise !
En grimaçant, il ouvrit la fenêtre et se tourna vers Bucky :
_ Tu vas bien ?
_ Tu comptes me le demander combien de fois ? se défendit Bucky, revêche.
_ Le nombre de fois qu'il faudra pour que j'obtienne une réponse sincère, Barnes.
_ Je vais pas bien, Rogers. Voilà. Réponse sincère. Maintenant, tu me lâches la grappe ?
Parce que s'il insistait encore un peu, Bucky allait craquer. Et ça, il s'y refusait.
_ Tu es sûr que tu n'as pas faim ? Sharon, une de mes amies, a déposé des tomates et des patates farcies. Elle soutient que je mange mal et que je ne peux pas me nourrir que de pâtes et de plats tout faits. C'est une excellente cuisinière.
_ J'ai pas faim, Rogers. Merci.
_ Soif ?
_ T'as de la vodka ou un truc fort ?
_ Non, répondit Rogers d'un ton sans réplique.
Très bien. Monsieur Rogers refusait qu'il boive de l'alcool. Bucky soupira.
_ Montre moi tes bras, demanda Rogers.
Bucky ne vit pas de raison de ne pas s'exécuter, aussi tendit-il ses bras à Rogers, qui tressaillit :
_ Bon sang, Barnes. T'as pris ta douche à soixante degrés ou quoi ?
Immédiatement, il lui tourna le dos pour chercher dans les placards, fouillant rapidement, manifestement ignorant de ce qu'il y avait dans sa propre salle de bain.
_ Sharon laisse tous ses produits de beauté chez moi. J'ai de la crème hydratante. Elle va apaiser un peu. Tu n'as pas trop mal ?
Bucky ne répondit rien. Il se laissa faire quand Rogers l'obligea à s'asseoir, et lui en étala sur le visage, les bras, puis doucement sur son torse et dans son dos, après lui avoir enlevé son t-shirt. Dieu merci, il ne toucha pas au pantalon.
Alors Bucky se laissa faire. Parfois, c'était plus simple de ne pas réfléchir.
Steve était à peine entré dans le bâtiment qu'une jeune fille lui sautait dessus :
_ Steve ! Steve !
Aïe, songea-t-il en retenant une grimace, ça commençait fort.
_ Bonjour, Wanda.
_ Papa… Comment il va ? Il est où ? On peut le voir ?
Mentir. Dissimuler ce qu'il savait, ce qu'il avait compris. Barnes ne voulait pas que qui que ce soit soit au courant pour l'instant.
_ Il va bien, Wanda. Il est juste épuisé, et sous le choc. C'était son oncle, tu sais… Il avait juste besoin d'un peu de repos… De prendre du recul.
Les mensonges sortaient facilement. Il avait sorti le même à Stark et Lang quand ces derniers lui avaient téléphoné, leur demandant de transmettre le message aux autres.
Barnes avait dormi le reste de la journée, et toute la nuit. Steve avait passé son temps à faire des allées et venues entre le canapé où il dormait et sa chambre, où Barnes faisait manifestement quelques cauchemars.
_ Quand est-ce qu'il va revenir à la maison ?
_ Bientôt. Tu verras. Laisse lui juste un peu de temps.
Wanda acquiesça, l'air inquiète. Au fond, elle se fichait de Pierce, c'était évident. Les jumeaux l'avaient à peine rencontré, alors que Barnes avait grandi avec lui.
Steve soupira. Il s'en voulait de laisser Barnes seul, mais il avait des choses à faire. Briefer Romanoff et Barton sur ce qu'ils avaient vu, écrire son rapport et le rendre au plus vite, avant que les choses ne deviennent compliquées.
À peine était-il sorti de l'ascenseur, que ce fut une Romanoff sur les nerfs qui l'aborda, accompagnée de Barton.
_ Il faut qu'on parle, lâcha-t-elle.
Steve opina, et suivit les deux agents dans son bureau.
_ Où est Barnes ? lança la rousse.
_ Chez moi.
_ Il faut que tu l'emmène à l'hôpital, ordonna-t-elle.
_ Romanoff, il refuse catégoriquement d'y aller. Il ne veut pas. Je ne vais pas le forcer, protesta Steve.
_ On ne peut pas toujours faire ce que Barnes veut ! s'exclama Romanoff.
_ Pardon ?! C'est ce que vous faites toujours ! Barnes n'a pas besoin d'un médecin, il a besoin d'un psy, Romanoff ! Et la meilleure façon de le convaincre d'y aller, ça ne sera pas en le forçant à aller à l'hôpital !
Barton intervint d'une voix calme :
_ Comment il va ? C'est ça le plus important, je pense. Comment il va, Rogers ?
_ Il dort depuis hier.
_ Pierce avait la queue à l'air, quand je l'ai trouvé hier. Rogers, dis-moi que ce n'est pas…
_ Si… je crois. Il a rien voulu me dire mais… Barnes serait pas du genre à péter les plombs parce qu'on lui a tapé dessus. C'est… pire que ça, je crois.
_ Il s'est conduit comme une victime de viol ? interrogea Barton, et Steve savait que son calme était trompeur.
_ Il est resté pas loin d'une heure dans la salle de bain. Presque quarante-cinq minutes sous la douche. Quand il en est ressorti… il avait la peau cramée. Bien cramée.
_ La purification par l'eau. Le changement de peau. C'est classique chez les victimes de viol.
_ Arrête de répéter ça ! s'exclama Romanoff en fusillant son mari du regard.
_ Répéter quoi ? s'étonna Barton.
_ Victime de viol ! s'énerva-t-elle, les yeux humides et brillants de colère. Barnes n'est pas une victime, c'est juste… une faiblesse passagère. Il n'a pas…
_ Romanoff…
_ Merde, ça avait pas le droit de tomber sur lui ! Il est… Barnes est le mec le plus droit que je connaisse !
Steve savait à quoi ils pensaient tous. C'était plus simple de réconforter les proches des victimes quand ça ne les concernait pas directement.
C'était plus simple quand ils n'étaient pas les proches d'une victime.
Le bureau était silencieux. On aurait dit un bureau normal. Pas le bureau de l'analyse des sciences du comportement, où tout le monde savait qu'il y avait toujours du bruit, des disputes, des rires et une vivacité qu'il n'y avait pas dans les autres services.
_ Bah alors. Si vous êtes silencieux comme ça quand je suis pas là, c'est normal que Rogers m'accuse d'être la source du bordel.
Toutes les têtes se tournèrent vers l'arrivant. Avec une vivacité inhabituelle, Wanda fut la première à se jeter dans ses bras :
_ PAPA !
Bucky encaissa le choc, et attira l'adolescente contre lui :
_ Coucou ma puce…
Trois jours qu'il n'était pas rentré à la maison. Il avait décidé de survivre pour eux, mais n'était pas rentré pendant trois jours.
Pietro suivit immédiatement, et étonnamment, Bruce fit de même. Bucky les serra tous les trois dans ses bras.
_ C'est rien… je suis rentré. C'est bon…
_ T'as mis longtemps, mec. Même moi j'ai été plus rapide, se moqua gentiment Brock en s'approchant de son meilleur ami en s'appuyant sur des béquilles - son épaule avait guéri vite, mais sa cuisse avait souffert.
_ Toi t'as rien à foutre là. Protecteur comme il est, ça m'étonne même que Rogers t'ai laissé entrer, répliqua Bucky.
Il avait passé les derniers jours à dormir et réfléchir. Avait passé quelques soirées avec Rogers. Ils n'avaient pas parlé.
Par contre, les patates farcies de la fameuse Sharon n'étaient pas mauvaises.
Il croisa le regard de Rogers. Ce dernier n'était pas surpris. Bucky ne lui avait pourtant pas dit qu'il passerait au boulot ce jour-là. L'agent se contenta de sourire doucement, laissant Bucky à ses retrouvailles.
_ Tu rentres à la maison, papa ? s'inquiéta Pietro.
_ Bien sûr. Désolé de vous avoir laissé seul avec la cinglée russe pendant trois jours.
_ Je t'entends, Barnes ! dit seulement Romanoff. Et je te signale que j'ai aussi nourri ton taré de raton-laveur !
Quand il croisa son regard, il comprit qu'elle savait. Et Barton aussi. Les deux agents ne dirent rien de plus, et Bucky leur fit des remerciements silencieux.
Il ne voulait le dire à personne. Ça ne concernait que lui et le cadavre de Pierce.
_ Barnes, intervint Rogers. T'as un rapport à signer, il faut que je les envoie à la direction.
Il posa le-dit rapport sur la table, et attendit.
_ Qu'est-ce qu'il dit ? demanda Bucky.
_ Ce qui s'est passé, affirma calmement Rogers. On a compris que c'était Pierce le tueur, je vous ai envoyé Rumlow et toi en pensant qu'il était désarmé, ce qui n'était pas le cas. Il a blessé Rumlow et t'as pris en otage pour tenter de s'échapper. Romanoff, Barton et moi on vous a retrouvé, et on a du le tuer. Légitime défense.
Bucky fronça les sourcils, et dévisagea ses collègues.
Stark souriait, un bras autour des épaules de Carter qui semblait trop heureuse de retrouver Bucky pour l'envoyer chier. Lang lui fit un clin d'œil, et Pepper afficha un large sourire. Dans l'ensemble, tout le monde paraissait heureux - et acceptait de soutenir cette version on-ne-peut-plus fausse du rapport.
_ Qui l'a signé ?
_ Les agents impliqués, répliqua Rogers. Rumlow, Romanoff, Barton. Il reste plus que toi et moi.
Bucky n'hésita pas. Il attrapa un stylo et signa le rapport, sans même le lire. Il savait que tous ses collègues venaient de s'allier pour lui éviter une évaluation psychologique, qui se serait sans doute révélée très négative, ainsi qu'une attention accrue de leurs supérieurs envers lui.
_ Merci, dit-il seulement.
Romanoff lui tapota l'épaule, Barton et Rumlow se remirent à échanger des mots doux comme ils en avaient l'habitude.
_ Tu mens pour moi, Rogers ? murmura Bucky quand ce dernier se pencha pour signer. C'est un délit de mentir à ses supérieurs.
_ Je sais. Mais je pense que le jeu en vaut la chandelle. Tu en vaux la peine, Barnes.
Bucky soupira. Il était temps de se comporter comme l'enfoiré qu'il était.
Affichant le large sourire arrogant qu'il aurait pu avoir naturellement une semaine plus tôt, il lâcha d'un ton sarcastique :
_ Bon dieu, Rogers, t'en fais vraiment beaucoup pour me la mettre.
Voilà. Je vous avais prévenu que la violence monterait d'un cran, et j'espère que personne n'est trop choqué/horrifié par ce qui est arrivé. Bien évidemment, Bucky va mettre beaucoup de temps à se remettre, mais je vous promets une happy end. Promis juré.
Le prochain interlude s'appellera "Un c'est bien, deux c'est mieux - ou pas"
À la prochaine !
