10.
Jaillissant d'un cauchemar, Alérian demeura un long moment redressé dans son lit, le cœur battant, ruisselant de sueur, avant de retomber sur ses oreillers, les détrempant en quelques instants.
« Je ne peux sacrifier mon père… J'en ai marre d'avoir raison ! Je voudrais n'être jamais venu au monde si je dois être responsable de la mort de mon papa ! Et c'est toi qui me l'as ordonné, sur l'influence de maman certainement. Je n'aurais jamais dû t'obéir. Tu étais estropié, je pouvais avoir l'ascendant sur toi, vu que tu étais désarmé – sauf que Rei et surtout Yattaran m'aurait dévissé la tête avant que je ne puisse m'approcher suffisamment… ».
Se levant, le jeune homme passa dans la salle de bain, se douchant, retrouvant fraîcheur et bien-être, se sentant mieux. Il se changea et revint dans son lit, ramenant une partie du drap non humide sur lui.
« Mais qu'est-ce que je dois faire ? Qu'est-ce qu'il est possible de faire ? Je ne sais pas… Tu es repartie, maman, me protéger et combattre Murhie t'a bien trop affaiblie, et pour longtemps je le crains ».
Alérian se rassit dans son lit.
« Oh oui, tu ne mentais pas, maman : tu n'es plus là… Et je peux presque sentir la folie psychique de Murhie effleurant mon esprit… Elle sait où je suis, elle me traque plus que par le passé encore ! Je ne saurai jamais me défendre ! ».
Le jeune homme retomba sur ses oreillers, soupira.
« Si j'arrive à dormir, je me réveillerai peut-être mieux. J'ai à réfléchir, au mieux, l'esprit clair, pas aussi enflammé que dans ces mauvais rêves… ».
Alérian gémit, laissant enfin ses larmes d'impuissance, de remords, couler.
Epuisé, anéanti par l'épuisement, il replongea dans le sommeil.
Devant son capitaine ayant retrouvé ses deux yeux, bien qu'encore protégés par des lunettes fumées, Danéïre s'était laissée aller à quelques confidences.
- Mes parents, mes frères et sœurs sont restés sur notre planète.
Oshryn soupira à son tour.
- Ma fiancée, le bébé qu'elle attend, je ne sais rien…
Alérian avait répondu par un grognement.
- Nous souffrons tous, capitaine, firent ses deux lieutenants. Mais nous, nous sommes encore relativement proches des nôtres, presque physiquement, et au moins en pensées.
Danéïre but une gorgée d'eau.
- Tes Tuteurs sont sous le joug des Erguls qui contrôlent la Terre. Et tu viens de laisser ton père derrière toi… Nous ne pouvons juger…
Alérian soupira, entre deux sommeils, ou plutôt deux cauchemars.
« Comme si je pouvais me plaindre de mon sort… Je dois encore m'espérer heureux. Mon papa est vivant, il se battra comme il peut. Je n'ai pas à me plaindre… ».
Cela avait été non sans appréhensions que Warius avait établi le contact avec le Starlight de son partenaire.
- Tu es toujours là, Alie ? Tu as pu survivre dans cet univers de folie ?
- Je vais mieux… Mais mon papa est perdu, prisonnier, et il n'a jamais aucune des atrocités qui lui sont reprochées… Il m'a forcé à l'abandonner et j'ai eu l'absence de couilles de lui résister, bien qu'il n'y avait aucun moyen de le ramener… J'ai nos renseignements, pour en revenir strictement à la mission, mais j'ignore toujours comment les interpréter !
- Nous avons des Analystes pour cela, rassura Warius. Nous devons juste rentrer sains et saufs, tous les deux ! Tu es prêt ?
- Juste après avoir envoyé quelques tirs sur cette Ruche Originelle !
- A toi la primeur, mon grand !
- Merci, Warius.
- Tu es sûr que tes yeux vont mieux, que ton globe droit est sauvé ?
- Oui.
- J'en suis profondément et sincèrement heureux. Préparons notre sortie, capitaine Rheindenbach.
- Au moins, avant de disparaître, mon père saura que j'ai pris la relève. Je suis prêt.
Warius leva le pouce en signe d'assentiment.
- Explose tout, Alie, tu es un superbe guerrier !
