Le réseau de cavernes était véritablement immense. Cela faisait déjà tout une journée qu'ils erraient sous les voûtes gelées. Le rayonnement bleu de la glace apportait une faible lumière qui leur donnait l'air d'un groupe de fantômes en route pour l'au-delà. Ils commençaient à songer à établir un campement pour la nuit lorsqu'ils entendirent une série de jurons résonner dans les corridors vides du glacier :

« Et merde ! Fais chier, putain de bordel ! Merde, merde, merde ! »

Grey sourit. « Ça, c'est Leon », affirma-t-il sereinement. Ils avancèrent en direction de sa voix et finirent par le découvrir, pris au piège d'une cage de glace. Grey s'approcha et croisa les bras sur sa poitrine, puis lança d'un ton dégagé :

« Besoin d'un coup de main, Leon ? »

Son condisciple lui jeta un regard noir.

« Je peux rien faire contre cette foutue glace ! Je t'en foutrais, des corsaires mages de glace ! Jamais vu un truc pareil ! Putain ! »

Grey se mordit la lèvre pour réprimer son hilarité.

« Tu vas me laisser moisir là, ou toi et ta clique habituelle allez me faire sortir de là ?

— Mauvais choix de mots pour demander de l'aide, commenta sèchement Erza.

— T'inquiète ! s'exclama Natsu en frappant son poing dans sa paume. Faire fondre la glace, c'est ma spécialité. »

Leon l'observa d'un air apeuré. « Euh... Essaie de pas me faire griller en même temps, tu veux ?

— Je te dis que c'est ma spécialité, laisse-moi faire. »

Natsu envoya un torrent de flammes qui renversa Leon... mais laissa la cage parfaitement intacte. Le chasseur de dragons bondit : « De la glace qui fond pas ?! C'est quoi, ce bordel ?

— Attends, Natsu ! intervint Lucy. Ça te rappelle pas quelque chose ? »

Le jeune pyromane secoua la tête d'un air boudeur.

« Et cette mission où on est allés chercher une glace très spéciale qu'on ne peut sectionner qu'à l'aide d'un outil magique ? Non ? On était restés emprisonnés pendant des jours !

— Moi, je m'en souviens ! » intervint Happy.

Natsu demeura inexpressif une poignée de secondes, puis s'illumina : « Ah oui ! Le stylo magique ! Et alors ? T'as un stylo ? »

Lucy s'agita d'un air embarrassé.

« Eh bien... Non. »

Grey soupira.

« C'est arrivé une autre fois, que tu puisses pas faire fondre la glace. » Il se gratta la tête d'un air embarrassé. « Enfin, en mission, je veux dire. Bref, je peux peut-être essayer un truc. »

Il posa les paumes sur les barreaux de glace et se concentra. La texture de la glace s'imprima dans sa peau et dans sa mémoire, lui rappelant une fois où il avait réussi à faire passer la glace d'un autre mage à travers son propre corps. Sa magie tâtonna le long de la prison, cherchant à reconnaître la magie qui l'avait créée. Il la sentit réagir et l'attira en lui. La cage s'illumina pendant un bref instant, puis Grey l'absorba littéralement. Satisfait, il recula et sourit à Leon.

« Et voilà, tu es libre. »

Son condisciple le dévisagea avec une expression proche de l'horreur : « Mais depuis quand tu sais faire ça, toi ?

— Ce n'est que la deuxième fois que j'essaie. Je t'expliquerai plus tard, quand tu seras grand.

— Espèce de sale petit... » Il s'interrompit et se mordit la lèvre. « Bon... Bref. Merci, je suppose. »

Le mage passa une main dans sa chevelure d'un blanc éclatant. « Je m'étais mis dans de sales draps... Qu'est-ce qui t'a autant retardé ? Je pensais que tu serais déjà là il y a deux jours !

— J'ai eu un léger contretemps... Quelqu'un a essayé de me tuer, et il a presque réussi.

— Vraiment ? Comment ça se fait ? »

Grey détourna le regard.

« Il était bourré, informa Natsu avant que son compagnon n'ait le temps de tenter une explication.

— Oh. Je vois. Bon, écoutez, cette caverne est truffée de pièges. Vikken a fait en sorte de garder son trésor bien en sécurité. »

Il s'apprêtait à poursuivre avec le récit des épreuves qu'il avait traversées jusqu'ici quand une voix calme et grave l'interrompit :

« Les pièges sont tous désactivés. Je ne savais pas que vous seriez là. J'ai trouvé ce que je cherchais, libre à vous de prendre le reste. »

Erza blêmit, puis rougit, en voyant Jellal émerger d'un corridor sur leur droite. Elle était si contente de le voir... Mais fut aussitôt troublée par quelque chose d'indéfinissable qui émanait de lui. Son expression avait changé, même si elle était incapable de mettre le doigt dessus. Jellal lui sourit. Elle frémit : ce sourire lui parut terriblement distant.

« Tu sens bizarre », commenta Natsu en l'examinant de haut en bas. Étrangement, le chasseur de mages noirs parut troublé. Il fixa Natsu et secoua la tête de façon presque imperceptible. Le mage de feu haussa les épaules.

« Il y a un problème, cela dit, reprit Jellal. Enfin, pas pour moi.

— Quoi, encore ? s'exaspéra Leon, que cette caverne avait mis à bout de patience.

— Il y a ici une très puissante magie. Il s'avère que Vikken n'était pas un mage de glace ordinaire.

— Ça, je l'avais déjà remarqué, merci, marmonna Leon, encore humilié par son petit séjour en prison.

— Vikken était un chasseur de démons, reprit Jellal tranquillement. Il utilisait la magie de construction, comme vous deux, ajouta-t-il en regardant Leon et Grey, mais il possédait des sorts capables de tuer des démons. Comme vous ne l'ignorez sans doute pas, il a déjà éliminé à lui tout seul plusieurs créations de Zelef... Son art, il l'a laissé ici en héritage. Mais un seul d'entre vous peut en bénéficier. »

Grey et Leon échangèrent un regard. Sur ce coup-là, ils n'allaient pas se faire de cadeaux.

« On devrait avancer prudemment, dit Leon en surveillant Grey comme s'il s'attendait à le voir détaler. On se départagera en temps voulu, quand on saura à quoi on a affaire.

— Je suis d'accord, répondit Grey d'une voix tendue. Allons-y. »

Happy et Natsu se regardèrent : cette histoire risquait de mal tourner. Puis, ils emboîtèrent le pas aux mages de glace, suivis de Lucy qui partageait leur mauvais pressentiment.

Erza, restée en arrière, regarda autour d'elle et découvrit que Jellal avait profité de la distraction pour s'éclipser. Elle se tourna vers le corridor où avaient disparu ses amis, puis vers celui qui ramenait à la sortie. Elle hésita quelques secondes, puis rebroussa chemin. Quelque chose n'allait pas avec Jellal, et elle devait en avoir le cœur net.

Au bout de quelques minutes, le petit groupe s'aperçut que la reine des fées ne les suivait plus.

« Elle a dû rester avec Jellal », dit Lucy.

Grey laissa les autres prendre de l'avance et fit signe à Natsu.

« Tu as senti quoi, au juste ? Il avait un drôle d'air, Jellal. »

Le chasseur de dragons fronça les sourcils.

« Il trompe Erza. Et avec un homme, bizarrement.

— Quoi ?! Tu en es sûr ?

— Pas de doute là-dessus.

— Merde...

— Si elle l'apprend... »

Les deux mages se regardèrent. « C'est la fin du monde ! » s'exclamèrent-ils d'une seule voix.

Erza sortit de la caverne sans avoir croisé Jellal. En émergeant en plein jour, elle aperçut sa silhouette enveloppée d'un manteau bleu se diriger vers la forêt voisine. À bonne distance, elle le suivit. Jellal pénétra sous les frondaisons et s'enfonça dans les bois. Il marchait d'un pas lent qui contrariait l'impatience de la reine des fées. Cependant, elle n'eut pas longtemps à attendre avant de découvrir sa destination : au fond d'un vallon encaissé, elle distingua un campement sommaire composé d'un feu de camp et d'une tente dressée à côté un gros rocher. Assis sur un arbre éventré par la foudre, un homme vêtu de noir attendait. Il tourna la tête en entendant Jellal approcher. Erza s'approcha discrètement pour essayer d'entendre ce qu'ils se disaient.

L'homme en noir – qui lui sembla très jeune – se leva et vint à la rencontre de Jellal.

Jellal lui montra un objet gros comme son poing, apparemment translucide. L'autre homme hocha la tête, puis fit un pas en avant et enlaça Jellal... Puis il l'embrassa, et Jellal lui rendit son baiser comme s'ils étaient amants de longue date. D'abord sidérée, Erza sentit son cœur se remplir de rage. Elle serra les poings et resta une bonne minute à les observer, puis elle tourna les talons et partit à grande enjambées.


À l'intérieur de la caverne, l'atmosphère était tendue. Grey et Leon gardaient le silence, leurs pensées fixées sur cette magie qui les attendait, ou plutôt qui attendait un seul d'entre eux... Toute sa vie, les démons avaient hanté les cauchemars de Grey. Il voulait ce pouvoir qui lui permettrait de les combattre à armes égales, en cet instant, il n'y avait rien qu'il désire plus au monde. De son côté, Leon espérait saisir l'occasion d'augmenter drastiquement sa puissance : il avait tellement travaillé pour en arriver là. Il avait toujours été un élève attentif et sérieux, et c'est pourquoi le dilettantisme de Grey l'avait toujours agacé, depuis qu'ils étaient gamins. Quand Oul avait pris Grey sous son aile, son camarade n'avait qu'une idée en tête : la vengeance. Il était buté et revêche à toute forme d'enseignement, mais son talent naturel lui avait permis d'avancer. Cela aussi, ça agaçait Leon : est-ce que Grey avait jamais vraiment travaillé dur pour obtenir quelque chose ? Tout en formulant cette pensée, Leon sut qu'elle était injuste, mais il ne pouvait pas s'empêcher d'être un tout petit peu rancunier.

De leur côté, Lucy, Happy et Natsu bavardaient autant pour passer le temps que pour essayer de dissiper l'atmosphère pesante. Happy et Lucy faisaient de leur mieux pour ne pas poser de questions à Natsu sur ce qu'il avait senti à propos de Jellal, et ils y parvinrent pendant presque cinq minutes. Le chat bleu prit la parole en premier :

« Qu'est-ce qui n'allait pas avec Jellal, dis, Natsu ?

— Je pense pas que ce soit à moi de vous le dire.

— Tu l'as dit à Grey, j'en suis sûr ! » protesta le chat.

Le chasseur de dragons grogna sans répondre.

« Allez, Natsu, s'il te plaît ! » supplia Lucy en faisant les yeux doux – une expression qu'elle croyait à tort irrésistible. Mais... Sans être irrésistible, Natsu y avait toujours été sensible. Un peu. Ça lui rappelait leur rencontre, quand elle l'avait regardé avec des étoiles dans les yeux dès qu'elle avait su qu'il faisait partie de Fairy Tail. Il soupira.

« J'ai senti l'odeur d'un homme sur lui.

— Qui ça ? s'exclamèrent Lucy et Happy en chœur.

— J'en sais rien.

— Alors pourquoi c'est si troublant ?

— C'était pas le genre d'odeur que tu as en passant la soirée avec quelqu'un. C'est le genre d'odeur que tu as... Quand tu partages son lit. »

Lucy émit un petit cri tandis qu'Happy virevoltait de surprise.

« Plutôt inquiétant, hein ? dit Natsu. Mais ici aussi, il se passe des choses inquiétantes. Pour l'instant, on peut rien y faire, on verra de retour à la guilde.

— Mais Erza va... commença Lucy.

— Ne dis rien, Lucy, je ne vais plus être capable d'avaler le moindre poisson d'ici notre retour si je commence à imaginer ce qu'Erza va faire ! s'écria Happy d'une voix blanche.

— Je suis d'accord ! renchérit Natsu. Enfin, sauf pour le poisson. Depuis ce matin, j'ai envie de côtelettes au barbecue...

— Ma parole, vous ne pensez vraiment qu'à ça ! » s'exclama Lucy, ce à quoi Natsu et Happy répondirent par un reniflement de dédain unanime.


Erza prit le train dans la première ville sur son chemin, et le soir même, elle était de retour à Fairy Tail. Quand Macao lui demanda ce qu'elle faisait déjà là, toute seule, elle perdit son sang froid et lui décrocha une droite qui l'envoya valser sous une table. Elle serra les poings. Voilà qu'elle agissait comme Natsu ! Cela ne lui ressemblait pas ! Mais il fallait bien dire qu'elle ne sentait pas vraiment elle-même non plus, et cela depuis qu'elle avait vu Jellal avec cet homme... En y repensant, son sang se remit à bouillir. Elle invoqua une douzaine d'épées et les envoya se ficher dans l'un des piliers avec toute la force qu'elle put rassembler. Le pilier trembla à peine. Erza était sûre que Makarav avait enchanté le bâtiment pour éviter que la guilde ne soit détruite une seconde fois. Elle lâcha un soupir rageur et avança à grandes enjambées vers le comptoir, puis demanda à Mirajane de lui servir un triple whisky. Et maintenant, pensa-t-elle en contemplant son verre, je me mets à agir comme Grey.

« Oh-oh, Erza se dévergonde », lança Kanna d'un air ravi en s'asseyant à côté d'elle.

La reine des fées ne répondit pas, le regard obstinément fixé sur sa boisson. Kanna se radoucit :

« Il s'est passé quelque chose ? »

Erza soupira.

« Je ne veux pas en parler, Kanna.

— Laisse-moi au moins te tenir compagnie pour picoler. Je suis douée pour ça.

— Fais ce que tu veux, mais je ne suis pas de bonne compagnie ce soir.

— Oh, ça m'est égal. À la tienne ! » s'exclama la cartomancienne en choquant sa pinte contre son verre.

Un mince sourire étira le coin des lèvres d'Erza.

« Bien, c'est un début ! approuva Kanna. Mirajane, apporte-nous des bouteilles, elle en a besoin ! »

Mirajane sourit avec douceur et interrompit son service pour prendre un verre avec elles. Elle s'assit avec les filles et toutes les trois commencèrent à se soûler.


Jellal avait dit vrai : ils parvinrent sans difficulté au cœur de la caverne. Ils débouchèrent dans une salle de vastes proportions, avec un plafond criblé de stalactites très haut au-dessus de leurs têtes. Au centre, un autel de glace captait la lumière du jour déclinant qui se déversait par une ouverture dans la paroi de la grotte. L'autel était entièrement dépouillé, à l'exception d'un gantelet de métal bleu sombre à l'allure vaguement menaçante qui trônait en son milieu. Ils s'approchèrent avec circonspection et s'arrêtèrent à quelques pas de l'autel. Grey et Leon se firent face.

« Alors, comment on va régler ça ? » demanda Grey.

Des tas de réponses défilèrent dans l'esprit de Leon, mais la dernière, celle qui resta imprimée dans ses pensées comme l'évidence même, était pourtant la seule option qu'il n'avait pas envisagée au cours du trajet. Il prit quelques instants pour réfléchir. Ce n'était pas un choix à faire à la légère. En un éclair, les moments les plus importants de sa vie avec Oul et avec Grey ressurgirent dans son esprit.

Il se rappela le jour où Oul l'avait trouvé, errant dans les rues, sale et affamé. Elle lui avait donné un morceau de pain et l'avait écouté raconter comment ses parents étaient morts dans la montagne, le laissant seul et sans un sou vaillant. Elle lui avait dit : « Si tu viens avec moi, je t'apprendrai comment te défendre. » Il l'avait regardée avec de grands yeux tandis qu'elle lui tendait une petite épée de glace. « C'est toi qui as fait ça ? » avait-il demandé, émerveillé. « Oui, et si tu me suis, tu apprendras à en faire autant que tu veux comme celles-ci. »

Puis, il se revit avec son maître dans ce village dévasté dont les décombres fumaient encore, et vit Oul soulever une poutre noircie pour libérer un gamin qui pleurait... Ses souvenirs l'emmenèrent ensuite dans la maison de Oul. Il dînait avec elle, et le gamin restait dans son coin, recroquevillé sur lui-même. Ses yeux gris étaient noirs ce soir-là, et ils le restèrent pendant encore de nombreuses semaines.

Quelques années plus tard, il accompagnait Oul pour chercher Grey qui avait disparu. Ils finirent par le trouver, prêt à en découdre et persuadé de pouvoir vaincre Deliora avec ses petits poings. Non, pas persuadé, se corrigea mentalement Leon. Déterminé. Tout en sachant que c'était vain. Il n'avait simplement pas pu agir autrement.

Puis, enfin, le pire souvenir de tous.

Leon reprit conscience difficilement, et Grey et lui étaient seuls. Elle est morte... lui dit Grey. Et là, la rage... La rage qui noircit son champ de vision, qui lui ôta l'usage de ses cordes vocales, qui fit crier toutes les fibres de son corps. Et cette pensée qui surgit dans son esprit, la seule pensée qu'il eut pendant des années entières : je ne pourrai plus jamais la surpasser. Il m'a privé de mon rêve.

Leon ouvrit les yeux en prenant une brusque inspiration, comme s'il se réveillait d'un cauchemar. Il leva les yeux et vit Grey qui le dévisageait d'un air perplexe. Il se massa les paupières et dit une voix sourde :

« Je n'en veux pas. Le gantelet est à toi. Deviens un chasseur de démons. »

La tête que tirait Grey l'aurait presque fait rire, dans d'autres circonstances.

« Tu en feras meilleur usage que moi, Grey. Tu recherches le pouvoir afin de triompher de tes ennemis. Moi, je l'ai toujours cherché pour satisfaire mon ego. Traquer les démons, c'est ce pour quoi tu es fait. Je ne sais pas très bien comment... Mais je suis sûr que Oul approuverait. »

Son condisciple ne disait toujours rien.

« Et s'il te plaît, ajouta Leon, n'en faisons pas toute une histoire. »

Il poussa un gros soupir et commença à s'éloigner. Puis, il se tourna vers Natsu et lança :

« Au fait... À propos de ce que tu m'as dit l'autre jour... Je pense que tu as raison.

— Évidemment ! » se rengorgea Natsu.

Leon lui adressa un clin d'œil aguicheur et tourna les talons.

« Hein ?! C'était quoi, ça ? demanda Grey, complètement désarçonné.

— T'occupe ! Alors, tu vas le mettre, ce gantelet, oui ou non ? »

Grey regarda Leon s'en aller avec une immense perplexité. Il n'était pas encore reconnaissant, il était simplement stupéfié. Puis, il se ressaisit et reporta son attention sur l'autel. Il s'approcha.

« Fais attention, Grey, intervint Lucy. Tu sais pas comment tu vas réagir à ce truc.

— Ça ira, Lucy », la rassura le mage de glace. Il souleva le gantelet, l'observa un instant, et l'enfila sur sa main droite. « Leon a raison, reprit-il. C'est quelque chose que je dois faire. C'est ça, le sens que je veux donner à ma vie. »

Le métal froid se referma sur son bras jusqu'au coude. Une sensation de picotement l'envahit, suivie d'une intense douleur. Il serra les dents, laissant la magie se déverser en lui comme un torrent en furie. L'énergie qui contractait la moindre fibre de son corps était si froide qu'elle n'était que pure souffrance. Il la sentit lutter en lui, et puis soudain, tout cessa. Le gantelet se détacha de son bras et tomba avec un clang retentissant sur le sol gelé. Grey regarda son avant-bras : un tatouage bleu lui brûlait la peau, signe que la magie s'était ancrée dans sa chair.

« Wow... commenta Natsu. Ça va ? »

Grey hocha la tête.

« Je me sens différent... Cette magie... Elle est extraordinaire.

— Essaie une attaque, pour voir!

— Ok... Reculez, j'ai la sensation que ça va faire mal. »

Grey prit une grande inspiration et soudain, la magie se déversa de lui en un tourbillon assez semblable au hurlement du dragon de Natsu. Le souffle alla heurter la paroi du fond de la caverne, qui vola en éclats instantanément, révélant le paysage extérieur.

« Ah-ah ! C'est génial ! s'enthousiasma Natsu.

— Impressionnant », renchérit Lucy.

Grey se tourna vers eux.

« Je pense que ce truc va être utile. Allez, partons d'ici.

— Eh, attends, Grey, pas si vite ! intervint la constellationniste. Et mon 'passeport pour la tranquillité budgétaire', alors ? On dirait que je me suis encore faite avoir !

— Ah, c'est vrai... » reconnut Grey d'un air embarrassé. Il réfléchit un moment, puis se tourna vers son amie : « Écoute, Natsu et moi avons un compte à régler avec une certaine guilde de bandits... Je te laisse ma part du butin, ça devrait faire l'affaire.

— Ça me va, mais vous n'allez pas les tuer, hein ?

— Pas d'inquiétude. »

Lucy lança un regard insistant à Natsu, qui se contenta de grommeler.

« Bon, j'imagine que je vais devoir m'en contenter. Allons-y. »


Il était tard dans la soirée, et même Kanna vacillait sur son tabouret de bar. Erza était passée de l'autre côté du comptoir, et à moitié affalée sur Mirajane, elle rigolait bêtement sans se souvenir pourquoi.

« Erza ! lança Kanna d'une voix traînante. T'es complètement ivre ! Dommage que je sois trop soûle, demain je m'en rappellerai pas bien !

— Tais-toi et vas te coucher, pocharde ! râla Erza.

— Comme si tu pouvais me faire faire quoi que ce soit... ricana Kanna.

— J'peux toujours dire à Lucy que tu m'as raconté toute votre vie sexuelle... Ça a l'air plutôt cool, le sexe entre filles, d'ailleurs. Mira ? Tu veux pas essayer ? »

La barmaid lui envoya un sourire trouble et dodelina de la tête.

« J'ai déjà essayé, une fois, dit-elle. Et oui, c'est cool. Alors, pourquoi pas ?

— Vous êtes sérieuses, les filles ?! s'exclama Kanna en renversant de la bière sur le comptoir.

— Sérieuse ? Moi, sérieuse ? s'insurgea Erza. J'en ai marre d'être sérieuse ! Je suis la seule de toute cette guilde à être sérieuse !

— Pas faux... marmonna la cartomancienne. Enfin, y a Fried, aussi... Me demande si y sait sourire, çui-là...

— Allez, viens par ici, Mira... Je t'ai toujours trouvée mignonne. T'as de beaux cheveux... Mais tu devrais vraiment laisser tomber la couette... »

Mira poussa un petit cri vexé, mais Erza s'était levée et la poussait contre le bar pour l'embrasser, sans prendre garde aux bouteilles qui tombaient et se brisaient sur le plancher. Kanna observa la scène de l'autre côté du comptoir, médusée. Elle se retourna pour savoir si elle était la seule à voir ça, mais les buveurs restants semblaient faire obstinément semblant de ne rien remarquer.

« Ok, ok, je vais vous laisser... Essayez de pas tout détruire...

— Aucune chance ! cria Erza en lâchant Mirajane. Makarov a enchanté cette guilde ! Vous entendez ? En-chan-té ! Allez, Mira, on monte ! »

Erza souleva la barmaid dans ses bras et la porta dans l'escalier comme un chevalier servant, mais un chevalier qui aurait bu une ou deux pintes de trop.

De l'autre côté de la salle, Gajeel grogna de dépit.

« Les gonzesses...

— Hé ! » protesta Jubia, qui l'accompagnait ce soir-là.

Mais le chasseur de dragons avait déjà trouvé quelque chose de plus digne de son intérêt. Sur le pilier près du bar, une douzaine d'épées magiques lui mettaient l'eau à la bouche. Des épées invoquées... Ça devait avoir un goût délicieux.

Impuissante, Jubia regarda son ami arracher les lames une à une et les dévorer à belles dents.

« Oh-là-là... murmura-t-elle. Erza ne va pas être contente. »

Celle-ci, pour l'instant, avait d'autres préoccupations. Elle jeta Mira sur son lit et bondit sur elle, découvrant avec une certaine satisfaction que ses lèvres avaient un goût de fraise. Mirajane se laissa faire quelques instants, puis fit rouler Erza sur le côté avant de lui grimper dessus.

« Pas si vite, ma belle. J'ai comme l'impression que ce soir, tu as besoin que je sorte le grand jeu.

— Le... grand jeu ? » hésita Erza. La flamme dans les yeux de Mira était presque effrayante.

Son amie se recula et sous le regard médusé d'Erza, elle invoqua Satan Soul. La reine des fées se retrouva soudain soulevée dans les bras d'une créature ailée démoniaque qui eut tôt fait de lui arracher son armure comme si celle-ci était faite de tissu. Puis, Mira la poussa contre le mur et empoigna ses seins nus dans ses mains dotées de longs ongles noirs qu'elle fit jouer autour de ses tétons.

« Prête à une chevauchée avec le démon ? » murmura Mira à l'oreille d'Erza.

Celle-ci sentit un délicieux frisson d'anticipation couler le long de ses vertèbres.

« Plus prête que jamais », répondit-elle.

Mira vola avec sa proie de l'autre côté de la pièce et la poussa sans ménagement contre le mur. Erza sentit le béton se fendiller dans son dos. Elle hoqueta, ravie et un rien effrayée. Elle baissa les yeux sur la poitrine opulente de sa diabolique partenaire et pencha la tête pour tester en tester la pulpe du bout des dents, tout en nouant ses jambes autour de ses hanches voluptueuses. Mirajane pressa son entrejambe contre la sienne, et Erza eut la surprise d'y sentir quelque chose qui ne devrait pas y être...

« Ahah, ricana-t-elle, une nouvelle utilité à la magie de transformation, à ce que je vois... »

Mira l'ignora et lui mordilla le cou, les mains posées sur ses fesses. Erza n'était pas sûre d'avoir vraiment envie de voir la verge qui frottait contre ses lèvres, mais elle appréciait le sens du détail de son amie. Elle avait effectivement envie d'une chevauchée sauvage.

Le pouls d'Erza s'accéléra sous les baisers agressifs de Mira, tandis que sa poitrine se pressait contre la sienne à chaque inspiration.

« Oh, Mira, je t'en supplie, ne me fais pas attendre... »

Sa compagne se recula et l'observa avec un sourire malicieux.

« Et pourquoi donc ? On a toute la nuit, et j'ai envie de jouer avec toi encore un peu... »

Elle redéposa Erza sur le lit et descendit entre ses cuisses pour goûter sa vulve humide et gonflée comme un fruit tentateur. La reine des fées renversa la tête sur l'oreiller en poussant un gémissement étouffé.

« Ça ne suffira pas, dit Mira. Je veux te faire crier.

— Alors au travail », dit Erza, haletante, les joues en feu.

Mira replongea entre ses cuisses et titilla son clitoris du bout de la langue. Erza tendit les bras au-dessus de sa tête et attrapa la tête de lit... Qu'elle brisa net entre ses poings. Le montant de bois tomba au sol dans un bruit retentissant. Erza commença à rire, mais son rire s'étrangla dans un nouveau gémissement tandis que la langue de Mira glissait le long de sa vulve avec une lenteur aussi délicieuse qu'exaspérante. Mira entreprit ensuite de lui suçoter le clitoris tout en glissant un doigt en elle, et Erza se cambra en se mordant les lèvres. Une fine pellicule de sueur ouatait sa peau, dont la blancheur était encore soulignée par l'écarlate de sa chevelure répandue sur les draps. Au rythme de ses gémissements, Mira sut qu'elle était proche de l'orgasme, et elle cessa son petit jeu.

Elle la souleva dans ses bras et de nouveau, l'accula contre un mur. Cette fois, sans prévenir, elle s'introduisit en elle et commença à onduler des hanches. Erza ne sentit aucune douleur. En revanche, des vagues de plaisir ondoyèrent dans tout son ventre et jusqu'au bout de ses seins. Mira ralentit le rythme, lui laissant savourer la sensation de son vagin qui se refermait sur cette verge démoniaque. Et enfin, l'innocente barmaid obtint ce qu'elle voulait : Erza se mit à crier, totalement abandonnée dans ses bras, les ongles plantés entre ses omoplates. Mirajane l'emmena au septième ciel en quelques coups de rein, puis déposa une reine des fées au bord de l'évanouissement sur son lit à moitié détruit. Erza marmonna quelque chose d'incompréhensible et sombra dans un profond sommeil. Satisfaite, Mirajane sourit et reprit sa forme habituelle avant de s'étendre à ses côtés et de s'endormir à son tour.


Gajeel fut bien le seul à n'avoir rien entendu cette nuit-là. Gavé de magie inconnue, il s'était endormi à même le sol et ronflait bruyamment pendant que les autres membres de la guilde échangeaient des regards inquiets et scrutaient le plafond comme s'ils craignaient qu'il ne leur tombe sur la tête. Mirajane et Erza... Même si ce n'était pas pour le combat, la simple association des deux mages équivalait dans leur esprit à terreur et destruction.

Le lendemain, Gajeel se réveilla avec un mal de crâne carabiné et un drôle de goût dans la bouche. Mais il sentit aussitôt que quelque chose en lui avait changé. Il n'avait pas obtenu un surplus de puissance, il avait plutôt acquis... un savoir, comprit-il. Il bondit sur ses pieds, tout à coup très excité.

« Je crois que je sais comment ça marche ! s'écria-t-il. Ken no Maho ! »

Un impressionnant claymore d'acier se matérialisa dans son poing.

« J'ai réussi ! beugla-t-il. J'ai volé la magie d'Erza ! »

Personne ne lui prêta attention : cette nuit, personne n'avait beaucoup dormi.


« Merci d'être allé chercher cet artefact pour moi, Jellal... »

Le chasseur de mages baissa la tête. Il faisait nuit depuis des heures, mais ni l'un ni l'autre n'avait envie de dormir. Ils se contentaient de rester auprès du feu, à fixer les flammes en silence.

Au bout d'un long silence, Jellal dit :

« Tu sais que je ne veux pas m'en servir.

— Rappelle-toi de notre conversation lors de notre première rencontre, dit Zelef avec douceur. Tu ne peux pas me tuer, mais si un jour ma vraie nature reprend le dessus, tu auras le pouvoir de me sceller. Nul n'a jamais pu en dire autant. Tu le sais, maintenant : il était vain de chercher à me faire revenir, comme tu as essayé de l'accomplir avec la Tour du Paradis. Je ne suis jamais mort, je n'ai jamais été scellé. J'avais simplement choisi de me retirer du monde. Maintenant, si les choses tournent mal, tu pourras me faire disparaître. C'était notre souhait à tous les deux, non ? »

Jellal sentit ses yeux se remplir de larmes.

« Mais les choses ont changé, murmura-t-il.

— Je sais. Essaie de te souvenir qu'elles le pourront encore. »

Jellal secoua la tête et tenta de chasser ses larmes. Il avait besoin de lui. Maintenant qu'il n'était plus si seul, si malheureux, il ne voulait pas perdre sa dernière chance de bonheur. Il ne voulait pas perdre celui qu'il en était venu à considérer comme un frère d'âme. Zelef l'avait convaincu d'aller chercher cet artefact, un secret que Vikken avait emporté dans la tombe... Jusqu'à maintenant. Zelef pensait qu'il avait inventé un artefact capable de sceller les plus puissantes magies noires, et il avait demandé à Jellal de retrouver cet objet, une simple pierre translucide gravée d'une rune noire. Le chasseur de mages aurait préféré qu'il ait tort et ne jamais avoir mis la main sur cet objet maudit...

Zelef se rapprocha et passa un bras autour de lui, puis posa sa tête sur son épaule.

« Mon destin est entre tes mains, Jellal. Je t'appartiens tout entier. »

Jellal eut envie de répondre qu'il ne voulait pas, mais en fut incapable. À la place, il laissa les lèvres de Zelef effacer l'angoisse et le chagrin, puis le plonger dans un oubli délicieux.