Déclaration : Les personnages ne m'appartiennent pas, ce sont ceux du film The eagle. Je ne fais que les emprunter, merci à Rosemarie Sutcliff de les avoir crées.
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Chapitre 10 : Octavia
Aquila suivait du regard le médecin qui quittait la villa d'un pas pressé.
- Esca s'est réveillé ? demanda-t-il finalement bien qu'il ait compris seulement en regardant son filleul.
Marcus acquiesça tout en suivant également le médecin du regard. Assurément il était l'homme de la situation mais quelque chose, chez lui, le gênait l'empêchant de l'apprécier pleinement.
- C'est une bonne nouvelle ! ajouta Aquila dont le sourire reflétait le soulagement.
Pour Esca ou pour lui ? Marcus connaissait la réponse mais peu lui importait. Tant qu'Esca serait son esclave, il ne serait jamais traité comme une quelconque marchandise.
- Et ce médecin alors ? Comment est-il ? réclama un Aquila fort curieux, comme toujours.
- Vraiment singulier...
- Tant que cela ? s'enquit-il en se tournant vers lui, tout sourire.
- Tu n'imagines pas à quel point… il parle le celte et il l'a soigné à leur manière !
Le vieux romain ne cacha pas une surprise bien légitime puis éclata de rire.
- Effectivement, c'est un original, reprit-il en essuyant des larmes de rire. Es-tu certain qu'il est romain ? !
Marcus sourit à son oncle, lui aussi se posait cette même question.
- Quel dommage… jugea Aquila, il semblait sympathique.
- Je pense qu'il est compétent…
- Dans ce pays, ils n'ont pas de médecine ! le coupa le vieil homme. Rien ne soutient la comparaison avec la notre alors, je ne risque pas de lui demander de nous soigner.
- Il est certain que j'ai dû mal à le comprendre… J'aimerais te parler de tout autre chose, fit Marcus soudain sérieux.
- Allons-nous asseoir, proposa son oncle.
- Que se passe-t-il alors ? fit-il en prenant un siège en face de son filleul à la table du salon.
- C'est Stephanos, je n'aime pas la manière dont il traite Esca, déclara Marcus d'une traite.
Il était inutile de tourner autour du pot, Marcus n'était de toute façon pas doué pour la diplomatie.
- Ce matin, expliqua-t-il tandis qu'Aquila fronçait les sourcils, il a fait lever Esca pour qu'il m'apporte mon petit déjeuner…
- A-t-il réussi ? le coupa son oncle.
- Oui…
- Alors, où est le problème ?
- C'était trop tôt, il a eu une commotion cérébrale. Il n'avait même rien mangé.
- Bien sûr. Je comprends.
Marcus en doutait, mais il continua quand même.
- Ce n'est pas la première fois, ajouta-t-il.
- Que veux-tu que je fasse ?
- Je te laisse décider, tu le connais mieux que moi. Tu dois sans doute comprendre son attitude…
Lui ne la saisissait pas bien mais il n'avait pas laissé son oncle interférer dans sa manière de traiter son esclave, il se sentait maintenant peu à l'aise pour lui dicter sa conduite avec le sien.
- Oui… fit Aquila les yeux dans le vague, manifestement perdu dans son passé. Je n'ai pas toujours vécu de cette façon tu sais Marcus. Cette villa a été témoin de nombreux banquets et fêtes… j'avais alors bien plus d'esclaves, beaucoup dans les cuisines, j'aime toujours autant manger ! D'autres qui me servaient moi et mes invités. Stephanos cuisine plutôt bien, il a toujours régné en maître dans la cuisine. Pas au sens figuré comme maintenant, non, il a possédé d'autres esclaves. Je lui avais donné cette opportunité, il avait gagné de l'argent, j'ai complété pour qu'il achète ses propres esclaves cuisiniers. J'étais ravi de cette situation, je n'avais pas à m'occuper d'eux, Stephanos gérait tout. Cette période faste a eu une fin, le grand âge arrivant, je me suis lassé de ces grandes réceptions et du commerce de chevaux.
- Je ne savais pas que tu avais eu une affaire à toi, fit remarquer Marcus qui découvrait l'ancienne vie de son oncle.
Elle n'avait plus à rien à voir avec celle rangée qu'il menait à présent.
- J'aime les chevaux, tout comme toi il me semble. Tu n'as jamais trouvé les écuries un peu grandes pour mon seul usage ? Oh, cela n'a jamais été une grande affaire mais cela m'a permis tous les excès… pour en revenir à mon esclave, je pense qu'il garde une certaine nostalgie de cette époque, l'envie de commander les jeunes recrues. Il est certain qu'il les dirigeait d'une main de fer… je lui parlerai et au moindre écart je sévirais. Est-ce que cela te convient ?
- C'est parfait. Cette affaire est close. Je vais voir Esca, déclara Marcus les mains à plat sur la table pour s'aider à se relever.
Il sentit le regard de son oncle dans son dos tandis qu'il quittait le salon. Il ne doutait pas des raisons invoquées pour expliquer l'attitude de l'esclave grec mais il savait aussi, qu'il partageait certaines de ses idées concernant le traitement de son esclave. Comme à cet instant précis, il devinait de que son oncle réprouvait son attitude trop attentionnée.
oOoOoOoOoOo
Esca s'était rendormi quand Marcus rejoignit la chambre de Stephanos. Celle-ci était plongée dans une pénombre relative, le soleil réussissait malgré tout à s'immiscer dans la pièce à travers les persiennes toutes simples de la pièce. Marcus ne put s'empêcher d'observer le jeune homme, dans un silence qui soudain l'inquiéta. Il pencha son visage au-dessus du sien pour vérifier qu'il respirait bien... sa respiration était à peine audible, mais elle était bien là. Il se rassit, ce calme était propice à la réflexion.
Il ne put empêcher un sourire de percer la dureté habituelle de son visage. Même alité et mal en point, Esca ne se serait pas laissé soigner par ce médecin romain, il en était convaincu. Quelle tête de mule… savait-il au moins la chance qu'il avait de se faire soigner et bien soigner ? Il était fier, même si cette fierté était souvent ravalée, elle était tapie au fond de ses yeux… prête à bondir à la moindre occasion. Le médecin en avait fait les frais mais contre toute attente, cela avait révélé sa vraie personnalité. Pour Marcus, il était hors de question de se laisser surprendre, il préférait de loin affronter cet amour-propre celte que l'occulter.
Il l'avait pourtant fait. Une faiblesse qu'il avait tolérée tandis qu'il était trop soufrant pour s'exposer à ce regard parfois si pénétrant. Le respect et l'humilité de son esclave se gagnent aussi. Ceux qui réclamaient un tel comportement sans rien faire pour le mériter n'étaient que des lâches qui préféraient le mensonge à la vérité.
Il resta encore un long moment au chevet de son ilote perdu, dans ses pensées.
- Marcus ? fit une voix enraillée par le sommeil.
Il allait quitter la pièce mais au lieu de cela à mi-chemin, il se figea sur place. Il se retourna lentement, c'était la première fois qu'Esca utilisait son nom pour l'appeler. L'entendre prononcé, avec cet accent celte si caractéristique, suscita en lui des sentiments tout à fait étranges. Une voix d'outre tombe, nul doute.
- Je suis désolé, commença-t-il en se redressant difficilement dans le lit, luttant visiblement contre la douleur et le sommeil.
- Je sais qu'elle s'est introduite dans la maison, tu n'as rien à te reprocher, le coupa immédiatement Marcus en accompagnant ses paroles d'un geste ample de la main.
Il venait de réaliser que son esclave ne savait pas ce qui s'était passé après sa perte de connaissance, mais il ne voulait pas qu'il s'en inquiète. Le problème était réglé, Esca n'avait aucun besoin de se soucier de cela. Cela sembla plonger le le jeune blessé dans une intense réflexion le rendant muet par la même occasion. Marcus décida de se rasseoir, il était curieux et amusé par la réaction de son ilote.
- Je voulais la tuer, déclara enfin Esca dans un souffle en scrutant son maître. Je l'aurais fait… mais je n'avais plus assez de force.
- Je te crois. Elle savait comment s'y prendre et elle avait l'avantage de la surprise.
En le voyant gêné, Marcus se mit à la place du celte pour la première fois. Oui, c'était évidemment embarrassant de se faire ainsi malmener par une femme, il le comprenait aisément, il partageait ce sentiment. Lui aussi s'était fait avoir par une femme.
- Tu aurais eu raison de la tuer, ajouta Marcus le visage durci par la rancoeur, pleinement conscient de ses paroles.
Elle était venue le tuer, femme ou pas, c'était un combat à mort. Atia l'avait envoyée en toute connaissance de cause, il aurait aimé qu'Esca leur prouve à quel point il était dangereux de s'en prendre à un membre de cette maison. Mais il ne lui en voulait pas d'avoir failli, il pensait vraiment ce qu'il lui avait dit. Cette femme n'en était probablement pas à son premier meurtre et Esca avait peu de chances de survivre ainsi attaqué dans son sommeil. Non, il s'en était bien sorti, Marcus était fier de son esclave. Il n'aurait pas fait quérir un médecin romain pour un lâche. Il n'aurait d'ailleurs jamais gardé un couard à ses côtés.
Esca se détendit un peu en entendant ces paroles réconfortantes. En voyant Marcus quitter la chambre, il avait craint de manquer à nouveau cette explication qu'il désirait tant avoir avec celui qui avait sa vie entre ses mains. Il l'avait appelé par son nom, cela lui avait échappé… mais Marcus n'avait pas relevé et il s'était montré si compréhensible qu'Esca était soulagé, presque euphorique.
Il aurait vraiment aimé tuer cette romaine, elle lui avait fait beaucoup de mal mais heureusement, au final, il n'avait perdu qu'un peu d'orgueil. Marcus ne semblait pas lui en vouloir du tout… ce n'est rien de grave, pensa-t-il avec soulagement.
Marcus avait même trouvé un médecin romain tout à fait étonnant, qui avait vraiment soulagé son mal de tête. Avec un peu de recul, il aurait pu s'y attendre… Marcus était un homme singulier, il en avait une nouvelle preuve et quelle preuve. Il mesurait tous les efforts qu'il avait fait, pourrait-il jamais rembourser une telle dette ? Soudain, il désirait plus que tout reprendre son rôle auprès de Marcus, remplir son devoir. Il remarqua alors son bandage, c'était le sien, il en était certain. Stephanos ne serait certainement pas capable de le bander de cette manière.
- Ton bandage… n'a pas été refait ?
- Ah, ça non. Je n'allais pas laisser Stephanos s'en occuper n'est-ce pas ?
Esca ne répondit pas, il partagea avec Marcus un petit sourire complice. Il était ravi d'être le seul en qui Marcus avait assez confiance pour toucher à son genou.
- Il faut le refaire, cela fait deux jours…
- Le médecin t'a clairement ordonné de rester au lit, le coupa le Romain. Tu ne comptes tout de même pas désobéir ?
- Non… domine. Mais je peux le refaire depuis ce lit.
Sur ce, il attrapa le vinaigre et un bandage propre. Il était certes un peu au ralenti, mais tout à fait capable de refaire un simple bandage. De plus, tout était disponible sur une petite table près de son lit. Marcus étendit alors délicatement sa jambe sur le lit. Il fut alors très facile pour Esca, une fois bien redressé, de s'occuper comme d'habitude de la plaie de Marcus. Cette routine fut néanmoins interrompue par une arrivée impromptue.
La fille d'Atia se matérialisa à la porte de la chambre et ce fut Esca le premier qui la remarqua. Il se figea, Marcus comprit immédiatement que quelque chose clochait et en suivant le regard fixe du celte, il saisit vite le désappointement de son ilote. Elle attendait à la porte, inquiète, le visage fermé. Marcus lui sourit, un sourire qui échappa à Esca et lui fit signe d'entrer. Elle ne bougea pas d'un pouce et soudain, comme si une guêpe l'avait piquée, elle se précipita littéralement dans les bras de l'ilote.
Marcus ne put s'empêcher de rire devant ce spectacle, la jeune romaine sanglotant sur le torse d'Esca qui avait levé ses bras à l'horizontale, évitant ainsi de la toucher. Marcus lisait dans ses yeux combien la situation le laissait perplexe, il l'interrogeait du regard ne sachant clairement pas comment réagir… mais cela était trop comique, Marcus n'avait pas envie d'intervenir. Contre toute attente, il se leva malgré les regards désespérés d'Esca. Octavia était venue le voir, il l'y avait autorisé, il n'avait plus sa place.
Il quitta donc la chambre mais après quelques pas, il ne put s'empêcher de revenir jeter un œil, discrètement. Il n'était pas inquiet, simplement curieux. Finalement, le celte avait fermé ses bras sur la jeune romaine qui ne semblait pas pour autant s'être calmée, ses épaules tressautaient toujours légèrement. Esca avait fermé ses yeux… Marcus soupira, attendri et touché par la scène. Son esclave avait dit détester tout ce qu'il représentait, tout ce qu'il était… Il se demanda à quel point, Octavia ou le médecin romain pouvaient le faire changer d'avis.
- Marcus ?
- Rejoins-moi Octavia.
Marcus était sur la terrasse de sa chambre, un livre sur ses genoux. La lecture n'avait jamais été son fort, mais il fallait bien occuper tout le temps libre que sa blessure lui imposait. Octavia était suivie par Stephanos qui installa un siège à côté du sien.
- Il ne m'en veut pas ! s'exclama-t-elle dès que Stephanos fut parti.
Elle l'avait suivie discrètement du regard, cela n'avait pas échappé à Marcus.
- De qui parles-tu ? l'interrogea-t-il perplexe.
- D'Esca, répondit-elle tout sourire.
- Comment veux-tu qu'il t'en veuille, c'est un esclave, la sermonna-t-il gentiment.
- Bien sûr, fit-elle soudain déçue.
- En même temps, reprit-il, Esca est honnête, tu as déjà constaté à quel point il cachait mal ses idées… je pense qu'il était sincère.
- Je l'espère vraiment, la honte m'accable Marcus. Je n'osais venir vous voir… quand j'ai appris que ton esclave était vivant, je ne pouvais faire autrement que venir m'excuser pour le tord qu'à pu vous causer ma mère...
Sa voix n'était qu'un murmure empreint de son émotion évidente.
- Je te présente toutes mes excuses Marcus… fit-elle en se mettant en à genou devant lui.
- Elles sont acceptées Octavia, se pressa-t-il de répondre en lui tendant sa main pour qu'elle se relève. Mais, tu n'as pas à t'excuser.
- Si, bien sûr que si. Les dieux m'en sont témoin, je prie tous les jours mais…
- Tu dois continuer, l'encouragea-t-il.
Ses prières ne portaient pas ses fruits de toute évidence, mais il ne voulait pas qu'elle se décourage. Le dessein des dieux est parfois complexe, souvent incompréhensible et hors de portée des mortels. Elle devait continuer à se fier à eux.
Elle hocha la tête puis se releva.
- Ce jardin est magnifique, fit-elle pour entamer la conversation avec un doux sourire un peu triste. C'est si reposant, ajouta-t-elle.
- En effet, il m'est d'un grand secours.
- Tu dois trouver cela tellement ennuyeux… Passer d'une vie de soldat à celle-ci ne doit pas être facile. Tout doit te paraître si futile… fit-elle le regard perdu vers l'horizon.
Marcus la considéra avec plus d'attention, elle disait vrai, mais ces mots dans la bouche d'une femme si jeune, n'ayant jamais connu la vie de soldat, révélaient une grande sensibilité qui ne manquait pas de charme.
- Esca m'a raconté ton opération, continua-t-elle, comme tu as souffert et comme tu as été si courageux.
- Il t'a raconté cela ? fit Marcus incrédule en écarquillant les yeux.
Il n'en revenait pas. Les souvenirs n'étaient pas agréables, déjà il les partageait avec son ilote, quelle idée avait-il eue d'aller les lui raconter ?
- Il ne devait pas ? Ne le punit pas, s'il te plaît, l'implora-t-elle, il ne faisait que répondre à mes questions...
Elle avait tourné son visage vers lui et son regard triste fit céder Marcus immédiatement.
- Non, bien sûr que non.
- Merci Marcus, murmura-t-elle avec ce sourire dont il ne se lassait décidément pas.
Ils restèrent un long moment côte à côte et silencieux. Octavia ne ressemblait en rien à sa mère, même physiquement Marcus peinait à trouver un trait de famille. C'était un bon point pour elle. Il la trouvait plus jolie qu'à sa première visite, cela tenait probablement au fait que cette fois elle était venue seule. Elle avait de beaux cheveux, souples et frisés, impossible de dire si cela était naturel ou pas. Marcus avait une expérience très limitée en ce qui concernait les femmes, mais il savait qu'elles pouvaient métamorphoser leur apparence. Sa tenue lui plaisait bien, elle portait une jolie robe de couleur parme, brodée, simple, mais élégante.
- Veux-tu que je te fasse un peu de lecture ? finit-elle par proposer en regardant le livre posé sur les genoux de Marcus.
- Je veux bien… la lecture n'a jamais été mon fort. Mais je crains que cela ne t'intéresse pas.
- De quel livre s'agit-il ?
- Bellum Gallicum*.
- C'est un très bon choix, je l'ai déjà lu. Avant que je n'oublie, fit-elle en saisissant le livre, demain tu recevras une livraison qui devrait te plaire, un cadeau.
- Octavia, je n'ai pas besoin de cadeau. Le mal a été réparé, tu as passé assez de temps avec Esca pour le constater toi-même.
Elle lui lança un regard… pénétrant qui, associé à un sourire en coin, la firent paraître bien moins naïve et fragile qu'elle ne lui avait semblé de prime abord. Pourquoi donc le regardait-elle ainsi ?
- Qui y a-t-il ? ne put-il s'empêcher de demander.
- Rien !
- Quelle est ce cadeau ? demanda-t-il pour changer de sujet.
- Mes grands-parents et moi-même avons choisi tout un panel d'armes au marché de Calavella. Certaines sont de grande valeur, certaines romaines, d'autres celtes. Mais peu d'entre elles sont en bon état, je pense que vous aurez un important travail de restauration.
- Vous ?
- Toi et Esca, bien sûr.
A suivre...
* Bellum Gallicum : La Guerre des Gaules de Jules César.
Merci à tous ceux qui ont mis cette histoire en alerte ou en favoris et qui bien sûr ont pris le temps de me laisser un message. Ils sont la source de ma motivation... si vous saviez à quel point ! Bon ou mauvais, j'espère lire votre avis sur ce chapitre ^^
