Suiiite ! =D

Bon appétit !

10. La Porte du Chaos

Je ne me souviens pas de ma mort, juste de mon réveil, ici-bas.

Harryo

Dans l'obscurité presque totale du cachot, Ewilan chercha à tâtons la petite écuelle d'eau que ses geôliers avaient passée par la petite ouverture à la base de la lourde porte. D'une main tremblante, elle la saisit et en versa le contenu dans sa gorge sèche et brûlante.

La jeune fille ne savait pas depuis combien de temps elle était là, enfermée et torturée par les assauts mentaux d'Azan. La cruauté du Mentaï était sans limite. Sa cellule était petite, ses murs de pierre brute ruisselaient d'humidité et le sol dur et froid lui blessait les genoux et les coudes, comme elle était toujours allongée par terre, refermée sur elle-même en position fœtale. Mais Azan était parti depuis environ une heure, la laissant là, vide de force et de toute volonté.

Ewilan se sentait nue et sans défense depuis que les Mercenaires l'avaient dépouillée de son don avec leurs pierres inspirées. Elle ne savait pas d'où ils tenaient ses objets, mais leurs effets étaient terriblement douloureux. Il suffisait de poser une pierre sur la tempe d'un dessinateur pendant quelques secondes pour qu'un éclair traverse l'imagination comme un bulldozer et se heurte à la conscience du malheureux. A long terme, Ewilan n'en connaissait pas les conséquences, mais elle savait désormais qu'elle n'était plus capable de dessiner, ou seulement occasionnellement, de petites choses comme une flamme ou un peu de lumière dans le noir du cachot.

Roulant sur le côté, elle s'apprêtait à replonger dans son demi-sommeil habituel quand un bruit dans le couloir l'interpela. Gémissant de douleur en poussant sur ses coudes pour se relever, Ewilan s'accrocha aux barreaux de la petite ouverture de la porte pour voir le Mercenaire qui la gardait chercher dans un trousseau de clé. L'homme releva la tête vers elle.

- On te change de cachot, il y a...

Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Pourtant, comme si tout se passait au ralenti, la jeune fille entendit le sifflement caractéristique d'une lame de métal fendant l'air à toute vitesse. Son coeur fit un bond plein d'espoir dans sa poitrine. Quelqu'un était venu la chercher ! L'instant d'après, un long poignard s'enfonça dans le crâne du Mercenaire avec un craquement écœurant.

La porte s'ouvrit en grand et Ewilan tomba dans les bras d'Edwin, des larmes de joie ruisselant sur ses joues. Quelqu'un était venu ! Ses jambes, parcourues de tremblements, cédèrent sous elle et le Frontalier du presque la porter pour la sortir du cachot.

- Ewilan, viens !

Edwin entraina Ewilan hors du cachot.

- Tu sais marcher ?

La jeune fille acquiesça.

- Bien, il ne faut pas rester ici.

Le Frontalier assit Ewilan, tremblante, près d'un mur pendant qu'il retirait son poignard du crâne du Mercenaire. Sans un mot, il prit le cadavre déjà froid par les bras et le traina dans le cachot. Il s'empara ensuite le trousseau de clés et ferma la porte de la cellule.

- Edwin... gémit la jeune fille en tendant un bras vers lui.

Il attrapa sa main tendue et l'aida à se relever.

- Je.. je ne sais plus dessiner...

- Des gommeurs ? Demanda-t-il en fronçant les sourcils.

Ewilan secoua la tête.

- Je ne sais pas, c'est douloureux.

Inquiet, le Frontalier posa une main sur son front. Elle était brûlante.

- Viens, lui dit-il. Il faut nous mettre en sécurité.

- Attends ! S'alarma soudain la jeune fille. La sphère de vision ! Ils nous ont vu !

- Non, je l'ai détruite.

Elle écarquilla les yeux. Comme pour les pierres inspirées, elle avait découvert ici aussi les sphères de vision. C'était des dessins de forme sphérique, translucides, qui fonctionnaient comme des caméras de surveillance. Quelque part dans la forteresse, un Mercenaire observait les différentes pièces où elles avaient été posées. Lors de son arrivée, elle avait vu l'une d'elles, juste en face de sa cellule. Elle gisait maintenant au sol, en un petit tas d'éclats brillants.

Edwin l'entraina d'un pas rapide dans un dédale de couloirs étroits et sombres, chichement éclairés par quelques torches mourantes, quelques fois dans l'obscurité totale. Étrangement, ils ne firent aucune mauvaise rencontre. Ewilan s'appuyait sur l'épaule du Frontalier, soulagée comme jamais de retrouver un visage familier, de sentir sa force protectrice. Elle savait qu'avec lui, elle était tirée d'affaire. Il lui tardait de revoir la lumière du jour.


Appuyée sur l'épaule du Frontalier, Ewilan ferma les yeux. Après une heure entière à déambuler dans les couloirs, ils avaient investi une petite pièce, un vieux bureau ou un débarras où étaient entassées toutes sortes d'armes, pour y prendre du repos. Edwin l'avait assurée qu'aucun Mercenaire ne passerait par là. Elle n'avait pas posé de question, mais, affamée, elle avait accepté avec joie la viande de siffleur séchée qu'il lui avait tendue et l'avait engloutie comme si c'était un repas de roi. Ewilan sourit.

- Comment savais-tu, pour les sphères de vision ?

D'abord, Edwin ne bougea pas, gardant les mains à plat sur la lame de son sabre, posé sur ses genoux, les paupières closes. La jeune fille se doutait qu'il ne comptait pas dormir, comme elle, mais elle était toujours impressionnée par le calme dont il faisait preuve en n'importe quelle situation. Maintenant, il gardait tout son flegme et son sang-froid, alors qu'ils étaient au coeur même du quartier général de l'éternel fléau de l'Empire.

- Il y en a dans certaines pièces du palais de Sil'Afian et dans la salle des coffres, répondit le Frontalier sans ouvrir les yeux.

- On dirait que les ennuis ne s'arrêteront jamais, soupira-t-elle.

Edwin finit par relever ses paupières.

- Peut-être, Ewilan, mais n'y a-t-il pas aussi du bon, même dans la plus noire des situations ?

La jeune fille réfléchit.

- Le bonheur parfait et éternel n'existe pas, mais le malheur total et éternel non plus. Même si j'ai souffert ici, je sais que le bonheur est là, en dehors de ses murs, avec ma famille et mes amis.

- Tu vois, finalement, nous serons bientôt dehors et l'Empire pourra s'occuper des Mercenaires. La paix n'est pas si loin, poursuivit le Frontalier.

- Il me tarde de voir la lumière du jour ! S'exclama Ewilan.

Edwin sourit et la jeune fille capta une étincelle particulièrement intéressante dans son regard.

- Les autres seront bientôt là aussi ?

- Je suis parti en tête, pour ne pas perdre de temps, mais je leur ai laissé un message. Ils sont certainement en chemin, expliqua le Frontalier avant de devenir sérieux. Il faut aussi que je te parle de quelque chose.

- Oui ? Demanda Ewilan.

- Si demain ça tourne mal, si nous sommes attaqués...

- Non, je ne partirai pas sans toi ! S'insurgea-t-elle en s'accrochant à son bras.

- Ewilan, écoute-moi !

La jeune fille se mordit la lèvre. Il était hors de question d'être séparée de ses amis à nouveau. Edwin était la première personne qu'elle avait rencontrée en Gwendalavir et, au fil du temps, elle en était venue à le considérer comme un proche, entre un grand frère et un père. Elle sentit des larmes commencer à naître aux creux de ses paupières. L'état désespéré de leur situation lui sautait maintenant aux yeux.

Après hésitations, elle consentit à le laisser continuer.

- Si nous sommes attaqués, si nous sommes submergés, je veux que tu partes seule.

Ewilan déglutit avec difficulté, un nœud dans la gorge, mais finit par acquiescer.

- Je vais te dire comment sortir d'ici et, une fois dehors, tu m'attendras une heure. Si je ne suis pas revenu, tu prends mon cheval et tu vas à Fériane. Si les autres ne sont pas encore là et si tu n'es toujours pas en état de dessiner, tu demanderas à maître Carboist, qui est à Fériane pour l'instant, de contacter Sil'Afian. C'est bien compris ?

- D'accord...

Edwin tira alors un poignard de sa ceinture et le lui tendit.

- Je crois savoir que Salim t'as enseigné comment t'en servir ?

D'une main sans force, elle prit le poignard et le fit jouer entre ses doigts. C'était exact, Salim lui avait appris à se défendre avec un poignard, alors qu'ils séjournaient encore avec les Haïnouks, sillonnant les Plaines Souffles sur leurs grands navires à roues. Ce temps-là lui semblait si loin.

Après quelques secondes silencieuses, Ewilan ferma les yeux et Edwin reposa ses mains à plat sur sa lame. L'intuition de la jeune fille lui disait que, quand elle ouvrirait les paupières, le plus dur serait encore à venir.


Nillem accéléra sa course et cria aux Mercenaires qui le suivaient de faire de même. Un des compagnons de la gamine était venu la chercher, le Frontalier, Til'Illan ! Et, par-dessus le marché, il avait réussi à trouver la seule et unique entrée secrète non gardée de toute la Forteresse. Et comment diable cet homme avait-il réussi à sortir la fille de son cachot, sans être vu et sans alerter ceux qui surveillaient les sphères de vision ? Il lâcha un juron. Au moins, s'il réussissait à ramener sa tête au conseil, voilà qui attirerait enfin la gloire et lui donnerait le pouvoir qu'il attendait tant au sein de la guilde.

- Dépêchez-vous ! Hurla-t-il aux autres.


Ewilan était à bout de souffle, elle sentait ses poumons sur le point d'exploser. Mais Edwin la poussa en avant.

- Par là ! Cria-t-il en désignant une lourde porte de métal noir.

Le coeur de la jeune fille rata un battement. Elle connaissait cette porte, elle donnait sur la vaste salle où Azan avait pour habitude de l'emmener pour ses séances de torture, la salle de la Porte du Chaos !

- Edwin, non !

Trop tard. Le Frontalier ouvrit la porte et la poussa à l'intérieur. A l'autre bout du couloir, des cris des Mercenaires retentirent. Ils étaient sur eux.

- Cours, Ewilan, n'oublie pas !

Il refermait à peine la porte que le fracas des lames s'entrechoquant lui parvint. Que faire ? Elle n'était pas en état de dessiner, mais elle n'arrivait pas à abandonner Edwin là. Le coeur lourd et douloureux, elle fit volte-face et partit à toutes jambes, tentant désespérément de se rassurer, de se dire qu'ils le feraient prisonnier, qu'ils l'épargneraient...

La Porte était là. Ewilan ralentit sa course. En cet instant, les runes étranges brillaient d'une lueur rouge soutenue, plus lumineuses qu'elle ne les avaient jamais vues et elle n'aimait pas ça. Sur le mur ruisselant d'humidité, les traits de la Porte du Chaos s'étalaient comme une menace.

Des larmes pleins les yeux, Ewilan traversa la salle sans se retourner. Plus vite elle retrouverait ses compagnons, plus vite ils pourraient porter secours à Edwin.


Edwin était petit à petit submergé. Des corps jonchaient déjà le sol, mais ses ennemis arrivaient encore de partout, sortant de chaque couloir. Voyant leurs frères d'armes tomber un à un sous la lame du Frontalier, certains partirent chercher du renfort. Un autre Mercenaire s'effondra, le seul encore près de lui, et il put apercevoir, au bout du couloir, un groupe de cinq nouveaux adversaires dont le meneur leur hurlait de se dépêcher.

Il ne perdit pas une minute. Il poussa la lourde porte et se glissa dans la salle suivante avant de la repousser avec force. Alors qu'il traversait la grande pièce presque vide, son regard capta une lumière à la limite de son champ de vision. D'étranges symboles sur la pierre émanait une lueur rouge qui allait crescendo, avant de diminuer, comme un coeur qui bat. C'était le dessin d'une porte. Edwin se détourna, atteignit la porte suivante et la verrouilla à l'aide du trousseau de clés qu'il avait subtilisé au geôlier d'Ewilan quelques heures plus tôt, ainsi, ils ne pourraient pas partir à la poursuite de la jeune fille avant de lui être passés sur le corps.

Quand il se retourna, le groupe de cinq Mercenaires qu'il avait aperçu entra. Au centre, un homme d'une trentaine d'années aux yeux d'un bleu étonnant fit signe aux quatre autres de l'encercler. Edwin fronça les sourcils. Il n'aimait pas ça, car, pendant qu'il ferraillerait avec ses comparses, le meneur, à l'écart, pourrait tenter de lancer un poignard ou même de se glisser dans son dos.

Les quatre Mercenaires passèrent directement à l'attaque.

D'un œil sceptique, Nillem regardait ses compagnons tomber un a un. Il grinça des dents et dégaina son sabre. Maintenant que Til'Illan était épuisé par tous ses combats, il était à lui.

D'une démarche silencieuse et féline, il s'approcha du Frontalier, alors que ce dernier plongeait sa lame dans l'abdomen du quatrième Mercenaire qui s'écroula, seul le bruit mat de son corps heurtant le sol troubla le silence absolu qui régnait alors dans la pièce. Les deux adversaires se mirent à tourner en cercle, lentement, se jaugeant du regard. Un sourire plein de confiance s'étira sur le visage du Mercenaire. Le Frontalier ne portait qu'une simple armure de cuir, alors que lui avait renforcé la sienne de pièces métalliques. De plus, il venait de livrer plusieurs combats d'affilée contre des Mercenaires surentrainés et avait couru à travers les sous-sols pendant des heures.

Son heure de gloire avait sonné. Un des hommes les plus célèbres et aimés de tout Gwendalavir allait mourir sous sa lame, mais, surtout, il allait priver Ellana du compagnon qu'elle avait trouvé pour le remplacer et cela le faisait déjà jubiler de plaisir. Il donnerait cher pour voir le visage de la Marchombre se décomposer en apprenant que c'était lui, Nillem, celui qui avait choisi la voie du Chaos, qui avait fait rendre l'âme à l'homme qu'elle aimait. Le combat commença.

Nillem bougea, très vite, et exécuta une attaque directe, droit vers le coeur de son adversaire. Mais Edwin fut plus rapide encore. Mû par un réflexe dû à des années de combat, il se déplaça de côté et plaça un coup d'entaille, explosif comme un coup de fouet, qui mordit dans le biceps du Mercenaire, talentueux, mais trop lent pour tenter une parade. Sans attendre, Nillem feinta et se lança dans une série de coups complexes de son cru auxquels personne n'avait jusqu'à présent survécu. Mais, sans sembler éprouver la moindre difficulté, le Frontalier para chaque tentative.

Une grimace de frustration déforma le visage du Mercenaire, mais il n'eut pas le temps de s'apitoyer, car Edwin passa à l'attaque, implacable, vif comme l'éclair. Sa lame fusa, prolongement de son bras, et traça un sillon de feu sur le torse de Nillem, qui ne dut sa vie sauve qu'à un peu de chance, car le sabre revint, filant droit vers sa gorge.

Nillem vit alors les yeux de son adversaire s'écarquiller de stupeur et il mit ces quelques instants à profit pour s'écarter d'Edwin. Il commençait à comprendre qu'il ne serait pas capable de le battre.

Mais le Frontalier ne faisait déjà plus attention à lui et c'est alors que le Mercenaire aperçut le tentacule noir enroulé autour de la cheville de son ennemi. Nillem faisait face à lui, et lui faisait dos à la Porte. La Porte était ouverte.

Comme une bouche noire, des volutes de fumée sombre sortaient de l'ouverture alors que les runes étranges flamboyaient d'une lumière rouge sang, mais on ne pouvait toujours rien distinguer au-delà. L'inconnu, l'obscur, le terrifiant, ... Nillem sentit une vague de vertiges l'envahir. Un frisson lui parcourut l'échine.

D'un trait net, Edwin trancha le tentacule. Il se pencha pour arracher l'appendice encore enroulé à sa cheville quand il sentit une vive brûlure. Le tentacule était recouvert d'une matière visqueuse et corrosive qui s'était attaquée au cuir de son armure. Se débarrassant vivement de la chose, il se tourna et découvrit d'où il venait. L'étrange porte s'était ouverte, comme une gueule noire vers l'obscurité.

Prudemment, il fit un pas en arrière, mais un nouveau tentacule fusa, sorti de l'ombre, et le saisit à l'autre cheville. Edwin trancha, mais deux revinrent. A chaque fois qu'il en tranchait un, deux autres apparaissaient. Mais, après quelques secondes d'un combat acharné, un nouveau tentacule, plus fort et épais que les autres, s'enroula autour de son tibia, puis remonta le long de sa cuisse. Edwin leva son sabre, mais l'appendice serra sa jambe, résistant comme un étau de métal. Avec un bruit écœurant, son tibia céda son la pression. Le Frontalier s'écroula, laissa tomber son sabre et attrapa le tentacule à deux mains, malgré l'acide qui lui brûlait les doigts.

Son coeur rata un battement quand il se sentit glisser sur la terre battue. Le tentacule l'attirait vers la Porte ! Il tendit la main vers son sabre qui gisait à côté de lui, mais un autre appendice noir et gluant sortit de l'ombre et, vicieusement vif, enlaça son bras avec une force surhumaine. Edwin tendit l'autre main, attrapa son arme et hacha rageusement dans les tentacules. Immédiatement, ils sécrétèrent un liquide verdâtre et brûlant qui traversa son armure de cuir comme du beurre et mordit sa chair en émettant des fumées noires et irrespirables. Le Frontalier serra les dents pour réprimer la douleur et leva son sabre. Mais les tentacules étaient résistants comme l'acier et l'entrainaient toujours plus près de la gueule de ténèbres sur laquelle s'ouvrait la Porte. Il vit une autre de ces choses sortir de l'obscurité. L'appendice fouetta sa main qui lâcha son sabre, s'enroula autour de sa gorge et serra. Edwin suffoqua.

Mais que se passait-il ? Qu'étaient donc ces choses qui l'entrainaient vers les ténèbres ?

Le Frontalier voulu porter ses bras à sa gorge, mais l'un d'eux, emprisonné par un tentacule, se brisa dans l'étau de la chose. Son cri s'étouffa dans sa gorge étranglée. Il rua, décocha des coups de pied de sa jambe libre, mais s'en était fini et il le savait. Ils l'avaient eu, il était à leur merci. Lentement, il se sentit glisser sur la terre battue, immobilisé, brûlé, vaincu. Avant de disparaître dans la gueule de l'enfer, il tendit son bras libre, enfonça ses ongles dans la terre rougeâtre, pleinement conscient que c'était un geste désespéré. C'était fini, et il ne saurait même pas ce qui avait mis fin à ses jours.

Dans un silence presque religieux, Nillem regarda la Porte se refermer sur le Frontalier. Ses lourds battants de pierre se fermèrent bruyamment et les runes se remirent à briller normalement. Le Mercenaire resta là, quelques secondes, avant de tomber à genoux, son coeur battant la chamade, une coulée de sueur froide mouillant le dos de sa tunique. Ses mains tremblaient, ses jambes tremblaient. Il avait vu la Porte avaler son adversaire, alors que, pétrifié de peur, il n'avait pu amorcer un geste, pas même pour s'enfuir.

Un groupe de Mercenaires entra alors dans la pièce.

- Nillem ! Hurla Essindra en se précipitant vers lui.

Elle le prit par les épaules et releva son visage.

- Que s'est-il passé ? Où est Til'Illan ?

Nillem ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Essindra soutint son regard effaré.

- Où est-il ?

- Elle... elle l'a avalé...

- Quoi ?

Sans répondre, il tendit le bras et désigna la Porte.

Edwin Til'Illan n'était plus, la Porte du Chaos avait pris sa vie.

J'espère que vous avez aimé !