La guerre, chez les moldus comme chez les sorciers,

Ca fait des dégâts...

Sauf que d'habitude, ça n'arrive qu'aux autres.

Non.
Si mal.
Ca m'étouffe.
Ca brûle.
Non.
Pas moi.
Ca monte, j'ai mal.
Je souffre. Souffrir. Souffrance.
Pas eux.
J'arrive plus. A rien. Pas réfléchir. J'ai mal, si mal. J'arrive pas à parler.
C'est pas possible.
Je cours. Toute cette énergie morte. Là. Au fond de mon gosier. C'est coincé. Je bouscule les gens. Je ne les écoute pas.
Ce n'est pas imaginable. C'est le noir dans ma tête. Pas eux.
Je percute Severus.

"Lily, pour le devoir en potion, t'as commencé? J'hésite au n°3 a. et b.! Tu pourrais pas...Lily? Ca va? t'es toute..."

Je ne l'écoute pas. De toute façon, je comprends rien. C'est coincé. Je suis HS. Je cours. Je traverse le château, je passe la grande porte. Je sors.
De l'air! Je souffre. Ca monte encore. Rien ne s'ouvre. Je ne peux que courir. J'ai si mal.
Je rejoins la forêt interdite, là où il n'y a personne. Je tombe entre les énormes racines, je me fais griffer par les branches. Mais je continue.
Jusqu'à un petit chemin. Jusqu'à une petite crique qui longe le grand lac de Poudlard.
Je m'effondre.
Et les vannes s'ouvrent.
Je cris. Je jette des pierres. Partout. Pas eux. Des larmes envahissent mes yeux, mes joues, mes cheveux, mon cou, mes vêtements.
Mes boucles rousses s'agitent dans tous les sens. Je m'écroule par terre, dans le sable, dans la terre, dans l'eau. Je me relève. J'hurle. Je retombe. Souffrance. Désespoir.
Je m'allonge. Je pleure. Un filet de voix sort de ma gorge. Je ferme les yeux.
Je réalise.

***

Une demie-heure auparavant...

"Venez, allons dans mon bureau."
Avec Amy et Potter, je suis sortie du stade. Mais qu'est-ce qui se passe... A deux secondes près, on aurait pu terminer le match! En jetant un oeil aux deux autres, j'en conclus qu'ils n'étaient pas plus au courant que moi. Mcgo nous rejoignit, un sourcil en circonflexe, la mine visiblement très déçue. On n'était effectivement pas très loin de remporter le match contre les Serpentards. Une si belle occasion de charrier Sev' pendant des semaines et de voir Mcgo de bonne humeur pendant au moins trois jours! Un exploit dont Potter peut se vanter personnellement.

"Mais Albus! Expliquez-moi! Le vif d'or était à moins d'un mètre des attrapeurs! Je ne supporterais pas de rendre la Coupe à une autre maison!
-Minerva..."

Et il la regarda d'un air infiniment las et suppliant.
La directrice des Gryffondors s'arrêta net et le regarda intensément. Dumbledore?

Au pas de course, nous rejoignîmes le bureau du directeur. "Chupa Chups", prononça le vieux professeur, et la porte s'ouvrit sur le plus bel escalier de tout Poudlard.
Deux minutes plus tard, nous étions tous les trois confortablement assis dans un canapé rouge et or extrêmement confortable, apparu d'un coup de baguette. Dumbledore s'assit également, face à nous. Il nous jeta un coup d'oeil et son regard bleu vif fixa presque instantanément ses souliers. Il prit une grande inspiration et se releva. À la manière d'un vieillard qui a trop vécu. Il marcha en direction d'une fenêtre et s'y arrêta.

"Il a pillé le centre d'archives du ministère. Une partie de ces documents représente celles de Poudlard."

Cette fois-ci, il nous regarda et une larme perla le long de sa barbe.

"Vous y êtes tous mentionnés. Toutes les lettres que l'on vous a communiqué, vos adresse, vos familles, vos résultats scolaires, vos options, vos casiers judiciaires..."

Et alors? Tous les trois, nous nous sommes regardés, l'air complètement perdu.

"Il cherchait à savoir quels sont les élèves qui sont d'origine moldue."

Je le suis et Bones est à moitié moldue par son père... Mais Potter? Tout le monde connaît ses parents: de célèbres aurors dont il profite de la cote de popularité!

"Il voulait punir les moldus qui ont engendrés des sorciers. Les "sang-de-bourbe" comme il dit."

Oh mon dieu.
Non.
Amy eut un teint de craie. Potter pâlit mais... lui?

"Les mangemorts y sont allés maison par maison. Et les brigades d'aurors sont arrivées pour les défendre."

Le vieux directeur baissa la tête et une autre larme glissa le long de sa joue douce et ridée.
"Ils... Je... Pas assez nombreux... Prévenus au compte-goutte..."

Je me levai.
Je le regardai et il ne soutint pas mon regard.

"Je suis désolé."

Et je m'enfuis.