Note de l'auteur : Et voilà le chapitre 10, peut etre plus court que ce que j'aurais voulu mais bon. Bonne lecture !
Matthis s'inquiétait pour Alexandra, elle lui semblait étrange ces derniers temps. Peut-être le stress du brevet ? Il était déjà en fin de cinquième, son amie, elle, était passé en troisième et allait passer son examen « Brevet des collèges » dans quelques semaines à peine. Depuis le temps, il était évident qu'il était tombé amoureux d'elle. C'était si prévisible, elle était la seule personne qu'il avait…Il ne s'était pas étonné en réalisant ses sentiments mais n'avait rien tenté. A la différence de lui, la jolie blonde avait des amis dans son quartier, une famille, des gens qu'elle aimait. Dans tout ce tas de personnes, pourquoi s'intéresserait-elle plus à Matthis, hein ?
- Matthis, j'ai une grande nouvelle à t'annoncer !
Le petit brun aux yeux gris pencha la tête à l'air excité de son amie.
- Quoi donc ?
- J'ai…Un petit ami !
- Oh.
Il lui fit un gentil sourire, déchiré intérieurement. Pas comme s'il avait eu un espoir à un seul instant.
- Il est gentil ?
- Il est merveilleux ! Un peu plus vieux que moi, mais…
Les sourcils de Matthis se froncèrent.
- Plus vieux ? Plus vieux comment ?
- Il a vingt ans, pas de quoi s'affoler !
- Pas de quoi s'affoler ?! Il a cinq ans de plus que toi ! C'est…C'est…
- Matthis, tu t'en fais pour rien !
- Pour rien ?! Non, non, non, Alexandra, c'est…C'est n'importe quoi ! Et puis comment tu l'as rencontré, d'abord ?
- C'est un ami d'un de mes cousins, je l'ai rencontré il y a deux semaines.
- Deux semaines ?! s'étrangla presque Matthis.
Tout son univers venait de s'écrouler. Son Alexandra avait pour « petit ami » un mec de vingt ans qu'elle connaissait à peine. Et elle ne s'affolait même pas !
- Alexandra , réfléchis, un peu ! Ce…C'est…Non, tu ne peux pas !
- Mais pourquoi tu réagis comme ça ? Tu as exactement la réaction qu'aurait eu mon père –c'est bien pour ça que je ne lui ai pas dit.
- Mais c'est normal ! On s'inquiète pour toi !
- Mais il n'y a pas de quoi, il est adorable !
- C'est ce qu'ont pensé des dizaines de filles de ton âge avant de se faire manipuler par leur mec !
Alexandra soupira et caressa doucement les cheveux de Matthis.
- Tu ne peux pas comprendre, tu es trop jeune.
- Argument de merde !
- Si tu veux, ce soir je sors avec lui et ses amis, tu peux venir, et tu jugeras par toi-même de comment il est réellement.
Matthis hésita longuement. C'était gros comme la tour Eiffel. C'était un scénario qui s'était répété des dizaines de fois. Il l'avait vu dans les journaux et à la télévision. Une fille de quinze-seize ans qui tombait amoureuse d'un merveilleux, beau, galant et formidable homme de la vingtaine. Le-dit homme l'invitait à sortir avec ses amis, tous dans la même moyenne d'âge…Et l'irréparable arrivait. Qu'il accompagne Alexandra ou non n'y changerait rien, enfin si, s'il l'accompagnait, il serait un dommage collatéral.
Il exposa à son amie ce qu'il pensait de ce rendez-vous en priant pour qu'elle soit prise de bon sens et n'y aille pas. Mais elle se contenta de rire.
- Tu as trop d'imagination, Matthis.
- Et toi tu es trop naïve !
Elle soupira et il entendit nettement de l'agacement dedans. Son cœur se serra. Il n'arriverait plus jamais à la faire changer d'avis à présent. Elle irait à ce rendez-vous peu importe quoi.
Il déclina l'invitation. Y aller et se faire agresser aussi ? Sans façon. Il prétexta devoir rentre r tôt sous peine de se faire engueuler.
Que pouvait-il faire contre des jeunes de vingt ans, de toute façon…Il se referma comme une huître pour toute la journée, trouvant que le soir arrivait trop vite à son goût. Son sac sur le dos, il alla jusqu'à son arrêt de bus, traînant exprès des pieds pour voir qui était l'homme qui servait de « petit ami » à Alexandra.
Il déglutit.
C'était encore pire que ce qu'il imaginait. Six types venaient d'arriver avec des dégaines de videurs de boîte de nuit, le pantalon aux genoux en plus.
En voyant son Alexandra se glisser au bras de l'un d'eux avant de se s'en aller, il ne put empêcher son corps de se tourner pour les suivre discrètement. C'était idiot, qu'espérait-il ? Pouvoir appeler la police s'il y avait un problème ? Il n'avait pas de portable et les rues étaient vides de piétons à cette heure-là. Alors quoi ? Ramasser ce qu'il resterait de son amie après que ces types en aient fini avec elle ?
Au bout d'un long moment de filature, Matthis se fit remarquer qu'il devait être complètement masochiste. Il était en planque derrière une poubelle puante depuis dix minutes et ne voyait rien. Mais il avait nettement entendu un des types réussir à convaincre son Alexandra de se droguer, lui disant qu'il en prenait régulièrement et se portait comme un charme, que les médias exagéraient et que ça ne lui ferait pas de mal.
A présent, le petit brun aux yeux gris retenait ses sanglots. Planant complètement, son amie obéissait à tout ce que les types lui demandaient. Et lui, il était là, caché, à écouter, trop terrifié pour intervenir. Il se sentait si lâche.
Caché derrière son abri de fortune, il entendit tout ce que les hommes faisaient à son Alexandra. Des choses qu'un enfant de son âge ne voulait pas entendre et savoir.
Au bout d'un trop long moment à son goût, les garçons abandonnèrent le corps souillé de son amie dans la poubelle. En sortant de la ruelle, ils le remarquèrent. Sans se poser de questions, l'un d'eux l'attrapa par le col, ouvrit à nouveau la poubelle et le jeta dedans sans une once de remords. Prostré, Matthis se sentit tomber sur quelque chose de mou qu'il identifia comme la jolie blonde. Outre les relents des déchets et de vomi, elle sentait l'alcool et la fumée. Durant dix minutes, il resta ainsi, immobile contre son amie, à écouter les mouches et les guêpes prisonnières de la poubelle voler. Une fois sûr que les types s'étaient bien éloignés, il se releva avec difficulté et posa ses mains sur le couvercle, ignorant les choses gluantes qui entrèrent en contact avec sa peau.
Mais il eut beau pousser, rien ne vint.
Il se rappela que ces poubelles-là pouvaient être fermées à clé si on y mettait un cadenas.
Il fondit en larmes.
Trois jours plus tard, Matthis était en garde à vue. Vaguement nourri, il avait eu droit à une heure de repos avant son interrogatoire. Il était patraque, il sentait mauvais, il n'avait qu'une envie : mourir. Il avait attendu le lundi pour que les éboueurs ouvrent les poubelles. Il avait bien essayé de taper contre les parois mais personne n'entendait rien. Alexandra et lui avaient donc dû patienter sans manger ni boire, au milieu de déchets en décomposition. La jeune fille n'avait pas décroché un mot de toute leur captivité. Pas plus qu'après qu'ils aient été découverts.
En vérité, la seule chose qu'elle avait faite avait été de le désigner lorsque le policier lui avait demandé qui l'avait mis dans cet état.
Epuisé, le petit brun aux yeux gris avait été emmené au poste de police alors qu'on ramenait gentiment son amie chez elle. Il ignorait si elle l'avait dénoncé pour protéger son « petit ami » ou parce qu'embrumée par la drogue, elle avait cru qu'il était le réel coupable.
Il n'eut aucun mal à expliquer aux agents ce qui s'était réellement passé. Ils furent très sympas avec lui. Sûrement se doutaient-ils qu'un gamin de douze ans était incapable de faire une chose pareille. Et surtout, comment aurait-il pu s'enfermer avec sa victime dans une poubelle cadenassée ?
Il fut ramené chez lui et constata sans surprise qu'il n'avait pas manqué à ses parents qui lui firent bien remarquer qu'ils étaient mieux sans lui. Il s'en fichait.
Il s'en fichait de tout, à présent. Mais il comprenait. Il comprenait des choses que, emprisonné dans sa bonne éducation, il s'était refusé à comprendre. Dans ces milieux de désespérés, la loi du plus fort régnait. Et le seul moyen de devenir le plus fort n'était pas d'être le plus musclé ou le plus intelligent, non. Suffisamment le plus malin pour mettre les autres à ses pieds. Le « petit ami » d'Alexandra avait mis cinq types aux siens, voire peut-être plus.
Matthis décida qu'il mettrait toute la banlieue sous ses chaussures.
Matthis : J'en ai marre de toi.
Euh...Review ? :3
